Je suis en retard.

J'ai honte, j'ai procrastiné, laissé Master of none de côté, et maintenant, j'ai tellement honte que e n'est pas un, mais deux chapitres que je publie ce soir.

Yep. Enjoy.


41— Lundi 3 Janvier.

Harry reprend son souffle tant bien que mal. Son cœur cogne fort dans sa poitrine, pressé contre ses côtes, si fort que c'en est presque douloureux. Il roule sur le côté, juste assez pour que son corps soit calé par celui de Malfoy. Il lève les yeux vers lui, et son regard croise celui, gris, embrumé, du blond, qui entoure ses épaules de son bras, adaptant sa position dans une posture qui efface toute distance entre eux. Ils sont encore essoufflés, l'un et l'autre, mais peu à peu, le calme les gagne. La brusquerie de leurs gestes, l'urgence de leurs corps les quitte lentement, pour laisser place à une langueur dans laquelle Harry pourrait se complaire des heures durant, réalise-t-il en soupirant.

Sa main se balade sur le ventre plat et pâle de Malfoy, découvrant là une cicatrice, là un grain de beauté qu'il peut sentir sous ses doigts, et partout une douceur et une chaleur qui l'émeuvent bien au-delà de ce qu'il aurait imaginé. Les dernières semaines lui ont prouvé quelque chose qu'il avait jusque-là refusé de reconnaître. Malfoy lui manqué. Son corps, bien sûr, mais aussi son sourire, son humour à l'acide, son regard sévère, son rire, aussi, rare et précieux, son comportement avec Scorpius, ou juste ses doigts dans les cheveux de Harry.

— Comment était ton Noël ? demande Malfoy, coupant Harry de ses pensées, tandis que ses doigts courent sur la peau nue de l'enseignant.

— Je l'ai passé dans la famille de mon meilleur ami.

— Pas dans la tienne ? s'étonne le blond à voix basse.

— Je n'ai plus mes parents. Mon parrain et son compagnon son partis fêter leur Noël en Islande.

Les bras de Malfoy se resserrent sensiblement autour de lui.

— Raconte-moi.

— La maison des Weasley est très bruyante. C'est un endroit qu'ils retapent eux-mêmes depuis des années. Quand un côté est réparé, un autre tombe en ruines.

— Pittoresque, commente Malfoy.

— Ils n'ont pas beaucoup de moyens. Mais ils sont généreux. Ils ont sept enfants. Six garçons, une fille. J'ai rencontré Ron à l'époque du collège, et j'ai longtemps cru que je passerais ma vie avec Ginny.

— Qu'est-ce qui t'a fait réaliser que ça ne serait pas le cas ?

Harry prend un instant pour réfléchir à cette question.

— Ca a été un long cheminement, je crois, commence-t-il.

Il hésite, puis se lance comme on saute du haut du plongeoir. Les yeux fermés, le souffle coupé, le cœur au bord des lèvres. Il ne peut pas en être autrement, avec un sujet comme celui-ci. Pas encore, en tout cas.

— Ginny était amoureuse de moi depuis ses neuf ans, je crois. Elle a été la première fille avec qui j'ai vraiment été, mise à part une autre fille, Cho, que j'ai vaguement dragué au collège. C'était la sœur de mon meilleur ami, et tout le monde semblait s'attendre à ce que nous soyons ensemble. C'était évident, quelque part. C'est quelqu'un de bien, de drôle, de gentil, une fille forte qui sait mettre n'importe qui à l'aise, quelqu'un de bien plus adapté à la vie en société que moi. Nous sommes restés ensemble pendant quelques mois avant que je ne remette en question ce que je pensais alors être une évidence.

— Pourquoi remettre ça en question, si c'était si évident ?

— Ca ne l'était pas pour moi. C'était facile, cousu de fil blanc, évidemment. Mais il me manquait quelque chose, je crois, je ne me sentais pas tout à fait à ma place.

Les doigts de Malfoy sur son épaule lui feraient presque oublier cette plongée dans son passé. La tête la première, prêt à sentir le fond de la piscine contre son front, les poumons prêts à exploser, tout cela est adouci par la présence de Malfoy, son odeur, son corps contre le sien. La douceur de sa voix, aussi, son souffle chaud contre la temps de Harry.

— J'ai fini par me rendre à l'évidence. C'est arrivé quand un nouveau est arrivé dans notre classe, à Ron, Hermione et moi.

— Hermione ?

— Ma meilleure amie.

Malfoy hoche la tête, silencieux.

— Il était drôle. Pas très intelligent, plus nul encore que moi en sciences, mais il y'avait quelque chose chez lui qui me perturbait.

— Tu avais quel âge ?

— Seize ans. Un rien aurait pu m'exciter à ce moment-là, sauf que justement, Ginny ne me faisait aucun effet. Pas plus que les autres filles, d'ailleurs. Je n'ai pas trouvé ma première fois très intéressante, au contraire, c'était à peine plus plaisant qu'une branlette dans les toilettes, surtout considérant que là, je n'imaginais pas de paires de seins ou de cheveux longs.

— Plutôt des dos musclés et des fesses masculines, murmure Malfoy à son oreille.

— Tout à fait, acquiesce Harry, et ses joues rougissent légèrement à cette pensée. Je crois que Ginny s'en est aperçue avant moi. C'est quelqu'un de malin, qui voit clair dans le jeu des gens. Elle m'a largué, et j'ai cru que le monde s'écroulait sous mes pieds.

— Pourquoi ? Ca aurait pu être un soulagement, pourtant, remarque le blond.

— Oui, d'une certaine façon, et ça l'est maintenant, avec toutes ces années de recul. Mais à l'époque, c'était surtout une claque parce que je n'avais plus le choix que de me poser les bonnes questions. Je n'étais pas celui que je pensais être, il fallait que je remette tout en question, et Ginny n'était plus là pour me servir d'alibi. J'ai mis un peu de temps, après ça, à mettre des mots sur qui j'étais. Ron et Hermione, eux, avaient bien compris.

— Tu as quitté la sœur de ton meilleur ami parce que tu aimais les hommes…

— Oui, et Ron a mis du temps à accepter ça. Je crois que ça a été plus compliqué pour lui, parce qu'il aurait bien aimé que je devienne son beau-frère, que je fasse vraiment partie de la famille.

— C'est idiot.

— Peut-être. Ca va mieux maintenant.

Malfoy ne dit pas un mot. Silencieux, ses mains continuent leurs caresses sur les épaules de Harry, sa clavicule, le haut de son torse, et ses lèvres cherchent les siennes, forçant Harry à lever le menton vers lui. Cette fois, leur baiser est bien plus serein, bien plus tranquille que précédemment. Mardi est déjà arrivé, l'appartement est silencieux autour d'eux, à l'exception du bruissement des draps autour de leurs jambes emmêlées.

Leur baiser s'intensifie, prend de cette ampleur qui creuse un vide dans le vendre de Harry, qu'il lui faut absolument combler. Seul Malfoy a cette capacité, d'étancher la soif dans laquelle il a le sentiment de se noyer. Il bascule contre le blond, et maintenant, son corps est au-dessus du sien, ses genoux de chaque côté de sa taille. Ses mèches tombent devant ses yeux, forment un rideau qui masque tout horizon, mais les yeux de Malfoy le transpercent malgré tout.

— Tu ne te rends pas compte comme tu es beau, souffle l'avocat.

Harry ne répond pas. Pas tout de suite. D'abord, il embrasse de nouveau ces lèvres desquelles il semble incapable de se passer.

— Tes lèvres m'ont manqué, avoue-t-il dans un murmure, son front collé contre celui de Malfoy.

— Tu m'as manqué aussi, Potter.

De nouveaux, leurs corps, leurs mains, leurs bouches trouvent le chemin de l'autre. Cette fois, leurs gestes sont bien plus lents. Ils se sont retrouvés, et le vide des dernières semaines a presqu'entièrement disparu, comblé par la douceur, par l'odeur, par la tendresse de l'autre. C'est une composante qu'ils ne peuvent pas nier leurs gestes ne sont pas seulement ceux de deux hommes animés par le désir. Il y'a quelque chose de plus fort, de plus important, et lorsque Draco jouit en Harry de nouveau, allongé entre ses jambes, ses coudes de chaque côté de lui, ses lèvres picorant son cou entre deux paroles licencieuses qui ne manquent pas de faire rougir Harry, leur étreinte s'accroit, tant et si bien qu'ils tremblent ensemble, l'un contre l'autre, l'un avec l'autre.

Ils s'endorment ainsi, allongés l'un contre l'autre.

Et c'est ainsi qu'ils se réveillent.

Draco est le premier à émerger. Le corps de Potter, contre lui, a quelque chose d'inhabituel qui l'étonne pendant les premières secondes, juste le temps que la brume qui envahit son cerveau s'estompe. Il ouvre les yeux sur le visage serein de l'enseignant. Les traits du brun sont apaisés, empreints d'une tranquillité contagieuse s'il n'avait pas une grosse journée de travail devant lui, il pourrait rester avec lui des heures durant, à simplement le regarder respirer lentement. Ses cheveux tombent sur son front, plus décoiffés que jamais, mais Draco trouve cela attendrissant. Charmant, même.

Cet homme le touche d'une façon qu'il n'a pas vue venir. Il est plein d'idéaux, de valeurs qui pour Draco sont une perte de temps, d'une forme de courage qui lui donne des airs de sauveur de l'humanité, mais c'est aussi touchant que c'est exaspérant. Il est probablement de ces hommes qui vont au-devant du danger, qui rendent service même si cela doit les faire renoncer à eux-mêmes, l'exact opposé de Draco pour qui la loyauté ne concerne qu'un cercle très réduit. Ils sont aux antipodes l'un de l'autre, et pourtant, Potter l'attire comme un aimant. Draco passe la paume de sa main contre la joue de Potter, qui bouge un peu dans son sommeil.

Puis Potter ouvre les yeux. Ils sont presque trop verts, pense Draco. Les nombreuses nuances de ses pupilles se posent sur son visage, et sans réfléchir, avec un naturel qui, plus tard, l'effraiera peut-être un peu, il se penche pour l'embrasser. Potter aussi semble surpris, mais il ne recule pas, au contraire. Il pose une main sur le cou de Draco, s'avance contre lui, et répond à son baiser. Ses gestes ont la lourdeur du sommeil qui s'attarde encore un peu sur lui, comme une chappe de confort et de chaleur de laquelle il n'a aucune envie de se défaire.

— Quelle heure est-il ? demande Potter d'une voix rauque.

Draco se redresse juste assez pour apercevoir l'heure sur le réveil derrière l'enseignant.

— Sept heures quarante-cinq, répond-il.

Et c'est le raz-de-marée, la tempête Potter qui se redresse et réunit ses affaires dans la chambre. La moitié de ses vêtements sont restés dans le salon, ou peut-être dans le couloir.

— Je suis déjà en retard, je devrais être à l'école à l'heure qu'il est ! dit-il alors qu'il enfile ses chaussettes, sautillant d'un pied sur l'autre.

— Je peux te ramener, propose Draco.

— J'ai mon vélo.

— Il pleut. Je t'emmène.

— Et mon vélo ?

— Tu le récupéreras après !

— Après ?

— Ce soir. Demain soir. Quand tu reviendras.

Potter s'arrête, une jambe dans son jean, l'autre pliée, à mi-chemin de son pantalon, et fixe Draco avec un sourire d'adolescent. Il semble ridicule, pense l'avocat, mais surtout très beau.

— Je ne sais pas si tu ressembles à un flamant rose ou à une autruche, mais dans un cas comme dans l'autre, c'est ridicule, se moque Draco.

Son ton est railleur, Harry semble comprendre sans mal qu'il n'y a aucune méchanceté dans son propos. Rares sont les personnes, mise à part ses amis proches et sa famille, qui comprennent l'humour de Draco. Grinçant, glacial, qui claque comme un fouet quand on l'attend le moins.

— Lève-toi, dit Potter avec aplomb. Si tu ne t'habilles pas maintenant, autant que je prenne mon vélo.

Quelques minutes plus tard, ils bouclent leur ceinture dans le SUV de Draco, qui conduit Potter jusqu'à l'école. Dehors, la pluie est si dense que voir à plus de quelques mètres relève du défis.

— Dépose-moi dans la rue d'à côté, demande Harry.

— Tu as vu le temps qu'il fait ? Tu vas être trempé.

— Malfoy…

— Il est trop tôt. Il n'y aura personne à cette heure-ci, de toute façon.

Draco s'arrête à un feu rouge, et se tourne vers Potter, qui fini par sentir son regard sur lui.

— Oui ?

— J'ai très envie de t'embrasser, là, tout de suite.

— Tu demandes l'autorisation ?

— Non. Je te préviens que je vais t'embrasser.

Et c'est exactement ce qui se produit. L'avocat se penche vers Harry, et ses cheveux chatouillent les joues de l'enseignant lorsqu'il pose ses lèvres sur les siennes. C'est un baiser qui ne porte pas la passion de leur nuit, mais qui a encore la saveur et la chaleur de leur réveil dans les bras l'un de l'autre. Potter pose une main sur le bras du blond. L'instant passe à une vitesse folle, et lorsqu'ils se séparent, le sourire dont Potter gratifie Draco est éblouissant. Cet idiot est magnifique, même dans la grisaille londonienne, même avec la trace de l'oreiller toujours visible sur sa joue.

L'école est déjà toute proche Draco insiste pour le déposer le plus près possible de l'établissement. Il y'a beaucoup plus de monde que ce qu'il avait imaginé, et Potter se renfrogne. Des parents et leurs enfants affluent, cachés sous leurs parapluies, anonymisés par leurs capuches. À la grille, Luna accueille les enfants et les plus grands, leur adresse un sourire. Elle est la seule vraie touche de couleur, avec son imperméable ciré orange vif. Draco fronce le nez. Pansy serait horrifiée.

— Ce orange est une agression, dit-il.

Potter se tourne vers lui, un sourcil haussé par l'amusement. Cela crée une fossette qui n'apparait que lorsqu'il se retient de rire. Il est alors plus charmant que jamais.

— Luna est quelqu'un de bien. Mais ses goûts vestimentaires sont… particuliers.

— Les tiens sont loin d'être irréprochables.

— Je comprends mieux la vitesse à laquelle tu me retires mes vêtements.

— Détrompe-toi. Si tu étais mieux habillé, je te les retirerais plus vite encore, susurre Draco.

Le brun lui adresse un dernier sourire, enfonce son bonnet sur son crâne, et sort de la voiture, dont il claque la portière, avant de s'éloigner. Du coin de l'œil, alors qu'il redémarre, Draco le voit échanger quelques mots avec Luna, qui jette un regard ostensible en direction de lui. Elle n'est pas discrète, pense l'avocat, mais au moins, personne ne les a surpris… Et puis, pour être honnête, ce n'est pas la question qui l'anime en premier. La journée qui l'attend a beau promettre une masse de travail à peine imaginable, toutes ses pensées sont encore pour Potter et ses lèvres qu'il rêve de pouvoir embrasser encore.