Gays of thrones

Chapitre 65

Greyjoy ex armada

Euron Greyjoy aimait les défis. Alors qu'il manœuvrait le gouvernail de son immense navire, il se prenait à rêvasser, la proue pointée sur un objectif qui n'existait que dans ses pensées.


En arrivant à Port-Réal, il s'était attendu à pêcher la sirène. De cette créature maléfique, Cersei n'avait conservé que la noirceur de l'âme. Terminées, les boucles blondes magnifiques, elle avait pris goût aux cheveux courts et s'affichait désormais avec son look de garçonne. Mais cela, Euron pouvait passer outre, pourvu qu'au-dessus de ces cheveux-là brillât toujours une couronne ! Quant à la séduction, Cersei n'en manquait pas, bien qu'elle fût un peu passée. Mais cela, Euron pouvait passer outre, pourvu qu'il pût arroser encore cette terre presque aride ! L'idée étant de l'ensemencer, mais cela, quand on est Fer-Né, on ne le dit pas… Un Fer-Né, ça ne sème pas.

En d'autres termes, le poisson n'était plus très frais, mais ses œufs bien trop précieux pour faire la fine bouche. Seulement voilà : le poisson était aussi très bien gardé. Par une espèce de chat qui se prenait pour un lion. Jaime Lannister était aussi beau que sa sœur, et sa jalousie évidente avait donné à Euron l'envie de le titiller : « Alors mon beau, on a peur d'être délaissé ? Tu veux que je te fasse un câlin ? »

« Sans façon ! », avait répondu le blondin en relevant le menton.

« Allez, je parie que tu aimes te faire sonder les profondeurs... »

Jaime avait piqué un fard, ce qui avait fait rire Euron. Il lui avait flanqué une claque sur le derrière, histoire de bien ponctuer la vanne. Mais n'allez rien y voir de sérieux là-dedans, hein, surtout ! Euron aimait juste provoquer un peu les adeptes du pédalo – no homo !

« Mais moi non plus ! », avait rétorqué Jaime à cette précision.

« Tant mieux, ça me rassure ! », avait répondu Euron, qui n'en croyait pas un mot. « J'ai vu beaucoup de choses dans ma vie, mais ça, c'est bien la seule qui m'effraie ! »

Jaime était resté coi. Le type se vantait d'avoir vu des batailles, des tempêtes, des soldats brûler, des marins se faire engloutir par des monstres des abysses… et il avait peur d'un coup dans la rondelle ? Non, vraiment, ils n'avaient pas les mêmes valeurs.

Cela dit, Jaime ne pouvait nier, en son for intérieur, que le vieux loup de mer ne le laissait pas indifférent. Etait-ce sa rudesse, sa vulgarité, sa barbe rousse ? Toujours est-il qu'il lui rappelait Bronn. Il lui arrivait parfois, lorsque Bronn et lui faisaient l'amour le soir, de laisser son regard se troubler et d'imaginer que c'était lui, Euron, le joyeux luron, qui s'essoufflait au-dessus de lui avant de tomber, raide mort, dans ses bras. Mais Euron avait encore tous ses cheveux, un royaume (même petit), et toute une armée de soudards barbus imbibés d'eau de mer qui embarquaient l'imagination de Jaime dans des régions inexplorées… et Bronn, remarquant ces effets dont il ignorait la cause, soupirait, levait les yeux aux ciel, et se repliait en quatre pour contenter son maître. Quand il croisait Euron et son insupportable arrogance, Jaime Lannister sentait son cœur tanguer comme s'il marchait sur le pont de Pyke, et il s'accrochait mentalement aux cordages pour ne pas perdre contenance. Et le soir, laissant son corps à Bronn, il se demandait s'il ne serait pas souhaitable de quitter Port-Réal pour gagner Port-Lannis, et traverser, de temps à autre, la mer agitée pour aller se dévergonder sur les Îles de Fer.


Euron Greyjoy était à des nœuds de se douter de l'effet qu'il faisait sur Jaime Lannister. Il essayait de mettre la main sur un trône, et accessoirement, sur la belle femme assise dessus. Le Régicide était certes fort attirant, lui aussi, et Euron n'avait rien contre un plan à trois avec des jumeaux, du moment que ça se passait dans sa cale (ben quoi ? Seul dans une chambre avec deux Lannister en chaleur, vous seriez confiant, vous?), mais pour le moment, Cersei les avait mis en concurrence : Jaime était parti pour Hautjardin, et lui voguait à la recherche de la flotte de sa nièce, qui transportait les Dorniens.

Il ne tarda pas à la trouver. Il se tenait en embuscade derrière un rocher, lorsque des bruits portés par le vent lui signalèrent une flotte à l'approche. Euron connaissait ces signes : c'était un corsaire, enfant de flibustier et roi des pirates, on ne la lui ferait pas.

Yara aussi était corsaire, mais son père n'était pas pirate et elle n'était pas reine des flibustiers : son manque d'expérience lui fut fatal. Bon, il faut dire aussi que se faire monter dessus par Ellaria Sand au lieu de surveiller l'horizon n'était pas la chose la plus judicieuse à faire. Mais face à une Dornienne entreprenante, Yara avait décidé de mettre la reine des dragons entre parenthèses. Malheureusement, ce ne fut pas sa nouvelle conquête qui la fit tanguer, ainsi que son navire.

« Oh là, Théon, que se passe-t-il ? », lança Yara depuis sa cabine sous le pont à son frère, censé faire le guet au-dessus.

« Ce n'est rien, on a dû frôler un iceberg... », répondit stoïquement Théon.

« Un iceberg ? Au large de Dorne ? Tu te fous du monde ? »

« Yara ! », s'écria Ellaria, encore dénudée sous ses draps.

« Qu'est-ce qu'il y a, Ella Bella ? », demanda Yara en laçant sa chemise.

Ellaria Sand était terrorisée.

« L'eau rentre dans la cale ! », cria-t-elle.

C'était bien vrai, et Yara ne tarda pas à en comprendre la cause : le choc reçu par le navire était celui d'un tir de baliste.

« Tous aux chaloupes ! », hurla-t-elle en bondissant sur le pont.

« Quoi, on abandonne le navire ? », demanda Theon.

« Le navire est perdu, il prend l'eau ! »

Comme si cela ne suffisait pas, les deux Greyjoy virent alors, dans le noir de la nuit, le navire fumant de leur oncle, éclairé par des torches. Euron jubilait : « Mes chéris ! », hurla-t-il aux enfants de son frère, « Réjouissez-vous : j'arrive et je viens vous la mettre profond ! »

A ce moment-là, le bateau de Yara se fit éperonner par le rostre de celui de son oncle.

« Chef ! On a trouvé une sirène dans la cale ! », crièrent les Fer-Nés.

« Et en plus, elle est à poil ! »

« Super, mes enfants, répondit Euron, mais pour le moment, je vais m'amuser en famille ! »

Disant ses mots, il bondit sur le pont. Ce fut un carnage : il empala Obara avec sa lance, étrangla Nymeria avec son fouet, et s'empara de Yara tandis que ses hommes attrapaient Lolita et que Theon, honteux, se jetait à la mer.

« Frangin ! », hurla Yara, « Reviens ou je te dégomme, espèce de couard ! »

« Oui, c'est ça, ironisa Euron, qui la maintenait fermement, prend le temps de remonter le long de la coque, que je balance ta reine à la mer ! »

Yara rougit, puis, sans crier gare, envoya un coup de tête dans les mâchoires de son oncle.

« Mais pourquoi je n'ai pas fait ça dans la série, déjà ? », se demandait-elle en cherchant une arme abandonnée sur le pont.

La réponse vint de son cou, qui saignait.

« Ah oui, c'est vrai... »

Pas moyen de se jeter à la mer dans ces conditions. Déjà pour l'honneur c'était limite, mais là, avec les requins…

Euron, le visage en sang, éclata d'un rire dément, et commença à lui courir après, un coutelas brandi en l'air.

« Oh, ça me rappelle quand tu étais enfant, et qu'on jouait au poisson-chat, dit-il d'un ton ému. Je vous courrais après, tes frères et toi... »

« Oui, lança Yara, toujours en quête d'un truc qui tranche, et ne trouvant qu'une pauvre massue, déjà à l'époque, vous essayiez de nous balancer par-dessus les garde-fous ! »

« Souviens-toi, l'été dernier... », fit Euron, manteau au vent, coutelas en sang, en la suivant calmement, comme s'il attendait qu'elle s'essoufflât.

En désespoir de cause, Yara tenta de rompre les cordages maintenant une vergue, en espérant qu'elle se désarticulât et partît droit dans la tête de son oncle, mais tout ce qu'elle parvint à faire fut de l'emmêler et de devoir l'abandonner.

« Bon sang, mais qui a noué ces cordages comme un pied ? », pesta-t-elle.

« Sûrement ton frère, répondit Euron en brandissant sa face ronde comme la lune de l'autre côté du filet de cordes, dix ans dans le Nord, ça ne pardonne pas... »

Yara esquiva la coup de couteau, mais dérapa sur un cadavre. Euron se pencha et la ramassa. Elle se débattit, lui envoya des coups de poing, de pied, mais son oncle, qui avait l'air d'aimer ça plus que de raison, lui passa un bras autour du coup et serra jusqu'à ce qu'elle perde connaissance.

« Que veux-tu, petite, j'ai boxé des cachalots dans ma jeunesse... », susurra-t-il.

« Vous allez la tuer, chef ? », demanda un marin curieux.

« Non, fit Euron. Vois-tu, Otter, j'ai toujours rêvé d'avoir un poisson rouge pour me tenir compagnie pendant mes voyages en mer, et là, c'est l'occasion... »

(Oui, on a un Fer-Né qui s'appelle Otter dans cette fanfic, je ne vois pas où est le problème, c'est un super prénom, surtout en VF…)

« Mais, chef, on n'a pas d'aquarium... », répondit Otter.

Euron le regarda, blasé.

« Tu vois, fit-il, c'est exactement pour ça que j'ai besoin d'un poisson rouge ! Pour m'épargner ce genre de commentaire stupide ! »

Pendant qu'Euron ligotait sa sœur dans sa cale en expliquant à Otter le principe de la métaphore, qu'Otter confondait d'ailleurs avec le sémaphore, Theon errait sur les flots, accroché à une planche, en se demandant comment il allait faire pour réparer cette énième trahison.