CHAPITRE 67

OOC : Coucou à tous ! Voici un nouveau chapitre ! Merci à Kuro Sha et Cao dreams in books pour leurs reviews ! Laissez des commentaires si vous en avez envie. Ça fait toujours plaisir de savoir où je peux m'améliorer.

« A gauche…Encore ! »

Ils s'y étaient mis tout de suite.

Dans un écho lointain, la Sirène continuait de retentir.

Par le biais de la commande vocale, Père Jean ordonna à l'armure de lever manuellement les bras pour ouvrir le disjoncteur du laboratoire afin de sélectionner les câbles à débrancher ou éventuellement à couper.

Sous les directives de Glacius et de Ratchet, Père Jean essayait d'être le plus attentif possible. Il n'avait jamais été doué en mécanique, mais il savait qu'il ne fallait pas se tromper. Au début, Père Jean avait cru pouvoir forcer les barreaux de la cellule, mais Glacius l'avait immédiatement mis en garde en disant qu'il s'agissait de barreaux en laser et les toucher risquerait de l'électrocuter, ou au mieux, d'endommager l'armure. Quand Ratchet avait émis l'idée d'un code, Glacius avait également rejeté l'idée. Si cela avait été aussi simple, l'armure n'aurait pas été indispensable.

Père Jean comprenait mieux Glacius quand ce dernier avait mentionné qu'ils n'auraient ni la taille, ni la force adéquate pour les faire sortir. La dernière solution avait été le disjoncteur et ce dernier se trouvait dans un compartiment en hauteur, touchant presque le plafond selon les informations de Glacius.

Heureusement que Glacius avait la connaissance nécessaire. Il était ses yeux et dès que Père Jean se dirigeait au mauvais endroit, le Cybertronien le rappelait immédiatement à l'ordre.

Ce n'était pas évident à manier, mais pour l'heure, ordonner à l'armure d'effectuer les gestes pour désactiver les barreaux de la prison n'était pas le plus compliqué. Contrairement à la marche où Père Jean tombait plusieurs fois de son siège, le prêtre pouvait la stabiliser à l'arrêt et rester droit tandis que l'armure se contentait d'utiliser ses bras.

« Bien, vous tenez à présent les câbles noirs et bleus. Essayez de les joindre ! » lui cria Glacius.

Cette technologie le dépassait…mais en essayer une ne lui arriverait sûrement qu'une fois dans une vie.

Père Jean s'exécuta.

« Joins-les ensemble, » ordonna-t-il calmement.

Un bruit de grésillement se fit entendre, quand bien même il était étouffé par l'insistance de la Sirène qui continuait de sonner.

Tant qu'elle sonnerait…ils auraient un délai.

Une légère lueur illumina son noir…Cela disparut aussi vite que cela n'était apparu. Père Jean devina qu'il s'agissait d'une étincelle.

« Père Jean ! Qu'est-ce que vous avez fait ? » hurla Glacius, ne cherchant plus à cacher la terreur dans sa voix.

Son cœur sauta dans sa poitrine. Pourtant, il avait suivi les directives de Glacius. Avait-il commis une erreur ? Avait-il effectué malencontreusement une mauvaise manœuvre en joignant les câbles ?

Si c'était le cas, qu'en était-il de… ?

Brusquement, un bruit sourd coupa Glacius en plein milieu de sa phrase.

Puis, la voix de Ratchet résonna derrière eux.

« Ca a marché ! » s'exclama-t-il.

- Les barreaux…

- Ils ont été désactivés !

En chœur, Glacius et Père Jean laissèrent échapper un même soupir de soulagement.

Ils avaient réussi. Ratchet et Marie étaient libres.

- Retourne-toi, ordonna Père Jean à l'armure qui le transportait.

Une nouvelle fois, Père Jean tomba en avant. Mais cette fois-ci, il s'y était préparé en raison du nombre de fois que cela s'était produit durant le seul trajet de la salle de mécanique jusqu'au laboratoire de Tarantulas. Sans surprise, il tendit les bras en avant et amortit sa chute en plaçant ses paumes au sol. Peu après, il réagrippa son siège pour se hisser dessus.

Il entendit les bruits de pas du Cybertronien s'alourdir, signe que ce dernier se rapprochait de lui. Il était manifestement sorti de sa cellule.

Puis, après un silence, la voix de Ratchet s'éleva.

- …Qui êtes-vous ?

Son ton était sombre, méfiant.

Après ce qu'il venait de vivre auprès de Tarantulas, cela ne l'étonnait qu'à peine. Et puis…Depuis combien de temps était-il coincé ici ? Le prêtre se racla la gorge, cherchant ses mots.

- Mon nom est Père Jean. Je suis l'ami de Marie.

- Un humain…un autre humain qui a découvert notre existence, murmura le dénommé Ratchet. Qui se trouve au Sanctuaire sans aucune conséquence ?

- Oui. Mais je ne vous veux aucun mal. Pas plus que Marie. J'ai découvert votre existence lorsque Wing est venu sur Terre.

- Wing ? répéta Ratchet.

Ha. Peut-être ne le connaissait-il pas ?

- Wing vient du Cercle de la Lumière, lui déclara Père Jean. Comme Outrigger.

- De quoi parles-tu ? Comment peux-tu au courant pour le Cercle de la Lumière ?

Il ne le croyait pas. Si Père Jean avait pu voir, il aurait sans doute aperçu l'expression fermée et froide de l'ancien captif.

- C'est impossible. C'est impossible qu'ils soient ici. Ils ne se mêlent pas de nos affaires avec les humains, de toute façon.

Non. Il ne devait pas dire ça….

- Ils se sont alliés avec les Autobots. Vos amis…Arcee, Bumblebee et Cliffjumper sont ici sur Terre, s'empressa-t-il de lui dire.

La surprise tomba.

Il devina que Ratchet avait écarquillé les optiques de stupeur et de perplexité.

- …Non. Ils…ils sont revenus ? émit-il, la voix sourde et déconcertée.

- Je vous expliquerai. Mais vous pouvez me faire confiance. Nous faire confiance à moi, Marie et Glacius, ajouta-t-il d'un ton rassurant.

- …Ils sont là…Mes amis.

Père Jean sourit. Ils allaient se retrouver. Il allait retrouver ses amis. Tout comme Wing allait revoir Gasket. Tout de suite, il appela le nom de Marie. Cette dernière lui répondit et sa voix le guida jusqu'à elle. Le prêtre sourit et commanda à l'armure de tendre son bras. Quand il jugea qu'il fut suffisamment auprès d'elle, il arrêta l'armure.

- …Qu'est-ce que… ? l'interrogea Marie, la voix faible et hésitante.

- Je vais te porter.

- Mais…est-ce que c'est fiable ?

Père Jean hésitait à répondre. Etait-ce fiable ?

- …J'ai choisi de faire confiance à la technologie Cybertronienne, répondit-il simplement.

- Jean…

- Je vais te porter, répéta-t-il doucement.

Il pouvait au moins faire ça. L'aider à sortir, l'extraire de cet endroit alors qu'elle était blessée.

- Fais-moi confiance.

Marie pouvait paraître petite par rapport à lui dans cette armure…mais il put deviner un frisson traverser l'échine de son amie.

Quelques instants plus tard, un bruit de mouvement suffit pour lui faire comprendre que Marie était grimpée sur la main géante. Père Jean ordonna à l'armure de garder le bras tendu et de ne lâcher Marie sous aucun prétexte.

- Il faut partir, maintenant ! cria Glacius. On doit se rendre à la salle des ponts-terrestres si on veut s'échapper d'ici.

Oui. Il fallait que Marie soit évacuée. Qu'elle reçoive les soins nécessaires.

- …Non, répliqua Ratchet, sans aucun avertissement.

Le silence tomba sur le groupe.

Ni Père Jean, ni Marie, ni Glacius ne comprirent.

- Non ? Comment ça « non » ? On vient de vous libérer, Autobot ! cracha Glacius, la panique revenant à la surface.

- Je ne partirai pas sans Undertone.

Undertone…

Oui. Aux vues de la conversation à laquelle ils avaient assisté, il s'agissait de quelqu'un d'important pour Ratchet. Père Jean n'aurait pas dû l'oublier.

- Où peut-on le trouver ? l'interrogea le prêtre.

- Vous ne le trouverez pas. Il est hors de question que vous vous mettiez en danger ! gronda Ratchet. Marie est blessée. Il faut que vous filiez si vous souhaitez avoir une chance de vous en sortir !

- Mais on ne peut pas vous laisser tomber non plus ! rétorqua Marie.

- Je ne laisserai pas tomber Undertone. Il a été là pour moi ! Il a tout donné pour moi ! Et puis…il faut…il faut…

Ratchet se mit à tousser. A plusieurs reprises. Une fois qu'il récupéra de l'air, il compléta sa phrase.

- Ils ont des armes. Des armes de destruction massive. Tarantulas, Airachnide, Glowstrike…il ne faut pas les laisser en leur possession. Autrement, c'est l'univers tout entier, dont votre planète, qui risquerait d'être détruit.

- Vous voulez parler des artefacts ? l'interrogea calmement Père Jean.

Il sentit Ratchet tiquer. A nouveau, il ressentit cette stupeur.

- Comment êtes-vous au courant ?

- C'est la raison pour laquelle le Cercle de la Lumière s'est rangé aux Autobots, lui répondit le prêtre. Ils sont à leur recherche. Nous en avons un. Les autres sont en route pour récupérer le quatrième.

Ratchet mit un temps avant de répondre, d'une voix tremblante.

- …Et eux, ils en ont deux. Ils ne doivent pas trouver les autres.

- Nous le savons.

- C'est pour ça que vous devez partir ! s'écria Ratchet, l'agacement et l'inquiétude le dominant. C'est mon combat ! Ce n'est pas celui des humains ! Vous nous avez chassés ! Mais Optimus…Optimus se serait battu pour vous.

- Vous ne pouvez pas rester ! Vous ne pouvez pas rester auprès de Tarantulas, lui rétorqua Père Jean.

Il comprenait Ratchet. Il le comprenait vraiment. Et il voulait l'aider. Mais Marie devait être évacuée aussi.

Ils ne pouvaient pas se battre sur deux fronts à la fois. Mais Ratchet ne partirait pas sans Undertone. Ni sans un artefact.

Père Jean ignorait quoi faire. Placer Marie et Glacius en sûreté ou suivre Ratchet et l'aider à retrouver ce qu'il cherchait ?

Non…ça ne devait pas être un choix aussi difficile.

Soudain, la voix de Glacius résonna une nouvelle fois.

- J'ai peut-être une idée de l'endroit où seraient cachés les artefacts, déclara-t-il, le ton soucieux.

Toute l'attention se concentra immédiatement sur le Cybertronien.

- Sur le chemin pour se rendre à la salle des ponts-terrestres…il y a une porte qui mène à une salle des trésors. Personne n'a le droit d'y entrer. Il est fermé par un mécanisme automatique…mais je peux peut-être le geler et forcer l'entrée pour y accéder.

- Le geler ? s'étonna Marie.

Il marqua une pause.

- J'ai des pouvoirs de glace.

- Pourquoi nous aiderais-tu ? grogna Ratchet, la colère animant son ton. Tu es avec eux…Tu es un Decepticon…

La réponse de Glacius ne se fit pas attendre.

- Nous n'avons pas de Déployeur officiel…et Père Jean nous a promis un foyer. A Swelter et moi. Si je demande à Swelter de venir nous rejoindre…je pense qu'il finira par m'écouter.

Il sentit le regard interrogateur de Marie sur lui. Père Jean décida de ne pas y prêter attention et se contenta d'hocher la tête.

- On pourrait essayer d'y accéder, c'est vrai.

- Et comment transporteriez-vous les artefacts ? leur demanda Ratchet.

- Sans moi, les humains ne sauraient pas ouvrir un pont-terrestre, répliqua Glacius. J'ouvrirai la porte…et Père Jean n'aura qu'à entrer à l'intérieur et récupérer les artefacts tandis que j'ouvrirai le pont-terrestre.

Ce n'était pas une mauvaise idée.

Mais Père Jean devait imposer sa condition. Une seule.

- Dans ce cas, tu conduiras Marie au pont-terrestre. Ouvre des coordonnées à un endroit où elle pourra être soignée. C'est elle, la priorité. Elle doit être évacuée en premier.

- Non ! rétorqua la concernée.

A son tour, sa voix trembla.

- Je refuse qu'on se sépare !

- Marie…ça ira pour moi…

- Je refuse que tu sois seul ! hurla Marie.

- Il ne sera pas seul. Je le rejoindrai le plus vite possible…la coupa Ratchet, la sévérité évidente dans son ton. Je ne veux pas mettre les humains en danger…Je ne lui fais pas confiance mais le plan de Glacius n'est pas bête. Et son armure permettrait de transporter les artefacts.

- Et vous êtes en train de me dire que vous savez ouvrir un pont-terrestre ? cracha Marie.

- Il se trouve que oui, répliqua Ratchet.

Confier Marie à Glacius…récupérer un artefact…Faire pencher la balance…

Ils n'auraient peut-être plus d'occasion. Et si Glacius l'avait aidé à s'échapper, il lui faisait confiance pour amener Marie en lieu sûr.

- Je suis d'accord…

- Jean !

- Je te rejoindrai le plus vite possible, Marie.

Il avait l'occasion d'être utile. De lui être utile. Il devina que Marie secouait la tête frénétiquement.

- Marie… Glacius te sortira d'ici.

Elle refusait…Elle refusait d'accepter.

- Non. Je ne veux pas…je ne veux pas !

- Marie…tu as toujours été celle qui me défendait, lui déclara-t-il, prenant un ton doux et tendre.

Oui. Contre les agresseurs, contre les écueils de la vie…

- …Cette fois-ci, c'est à mon tour de te défendre. Je ne suis pas un combattant. Je ne saurai pas me battre, même avec une telle armure…Mais je peux au moins essayer de te protéger.

Même si Marie et lui avaient pris des chemins différents, Père Jean n'oubliait plus ce qu'elle avait fait pour lui, durant toutes les années qu'ils avaient partagé, quand bien même la maladie avait fini par les séparer.

Il avait arrêté de laisser l'issue de leur relation parasiter leurs souvenirs. Leurs bons souvenirs.

- …Ce n'est pas ton rôle, répéta Marie.

- Cette fois, ça l'est, répliqua-t-il calmement. Laisse-moi faire ça pour toi. S'il te plaît.

Il lui devait bien cela.

Il ne la voyait pas…mais il pouvait presque sentir les larmes chaudes de Marie rouler sur ses joues.

- …J'ai toujours pensé que je devais te protéger pour…pour me racheter. Pour n'avoir pas été présente pour toi quand tu as perdu la vue.

Lui qui tombait malade, elle qui cessait de se battre et qui faisait ses valises pour partir du jour au lendemain.

Ce passage de sa vie…il le revivait même en dormant.

Il devina un sourire à travers les larmes de son amie.

- Mais…peut-être que tu n'en as pas besoin. Que tu n'as pas besoin que je te défende. Peut-être que je n'ai pas encore compris que…je ne pouvais pas effacer le passé.

Père Jean ouvrit et ferma sa bouche. Il souhaitait lui dire quelque chose.

Quelque chose pour la réconforter. Il était dans cette armure. Il ne pouvait pas la serrer dans ses bras, peu importe combien il en avait envie.

- Si c'est ce que tu souhaites, déclara Marie après un temps, je ne vais pas t'en empêcher.

Il ignorait si elle pouvait apercevoir son expression malgré l'armure qui les séparait.

En tout cas…le choix était fait. Et elle ne s'y opposerait pas, peu importait combien c'était douloureux.

- Je suis sûr qu'Undertone n'est pas loin, déclara Ratchet. Je te rejoindrai tout de suite, Père Jean. Dans tous les cas, bouge le moins possible jusqu'à ce que j'arrive.

Père Jean opina du chef.

- Attendez…les coupa subitement Glacius.

Le silence tomba. Personne ne parla.

- …Ecoutez…leur ordonna doucement le Cybertronien, sa voix devenant basse.

Père Jean se figea.

- Ecoutez…

Ecoutez…

Le silence. Le silence dans le laboratoire.

La Sirène ne résonnait plus.

Ils comprirent ce que cela signifiait.

Déjà au loin…provenant des couloirs, des escaliers…Père Jean pouvait entendre de faibles éclats de voix…

- Dépêchons-nous, leur ordonna Ratchet dans un souffle. Dépêchons-nous ! Tarantulas est en train de revenir !

Il est en train de revenir…

Ainsi que les autres…

Père Jean garda le bras tendu, Marie dans ce qui était probablement la paume de l'armure.

- Marche, commanda vocalement Père Jean.


« Par là ! » le guida Glacius. « Par là ! »

Même si Père Jean chuta de son siège une nouvelle fois, l'armure continuait de marcher. Père Jean lui commanda de le suivre, peu importe où il irait.

Il gardait le bras tendu, n'osant pas espérer de peur que Marie ne tombe au sol.

Il entendit de faibles gémissements provenant de son amie…la douleur la reprenait. Il avait peur que la blessure ne se soit aggravée. Le cœur de Père Jean s'accéléra. Tandis qu'il suivait Glacius, il essayait tant bien que mal de la rassurer.

Je suis là, essaya-t-il de lui dire. Je suis là.

Il essayait de se faire violence pour ne pas changer d'avis et dire à Glacius que finalement, il les suivrait jusqu'au pont-terrestre. Juste pour vérifier que Marie soit en sécurité.

Mais Glacius était sincère. Il le sentait. Il veillerait sur elle…quand bien même c'était douloureux pour Père Jean d'entendre Marie souffrir comme ça.

Enfin, Glacius lui cria de s'arrêter. Père Jean se réagrippa à son siège.

- Nous sommes devant la porte, leur informa-t-il. La salle des trésors.

Père Jean entendit les pas de Glacius s'éloigner.

Il reculait.

- Le mécanisme est là. Avec mes pouvoirs, je peux le détruire et ouvrir la porte.

- Je sais que tu peux, le conforta Père Jean d'un ton encourageant.

L'instant d'après, un bruit s'apparentant à celui d'un bloc de glace se brisant dans la mer se fit entendre.

Il comprit qu'il utilisait ses pouvoirs…

Un choc assourdissant se fit entendre, résonnant violemment dans une porte métallique à proximité d'eux.

A nouveau, le silence.

Puis, le même choc revint frapper la porte. Encore et encore.

Glacius continua. Il continua d'utiliser ses pouvoirs.

Il gronda d'impatience. Père Jean comprit que la porte ne cédait pas. Mais il persévérait.

Et peu à peu, quand bien même le prêtre était à l'abri dans son armure, il sentit l'air se refroidir considérablement.

- Cette porte est complètement indestructible ! cracha Glacius.

- Attends. Essaie de l'emprisonner dans la glace.

Peut-être qu'il pouvait lui donner un coup de main.

Doucement et prudemment, Père Jean ordonna à l'armure de déposer Marie. Père Jean vacilla quand l'armure se pencha pour la déposer délicatement au sol.

- ça ira pour toi ? lui adressa le prêtre.

- Oui, le rassura Marie.

- Fais face à la porte, commanda le prêtre.

L'armure pivota. Père Jean lui ordonna de s'arrêter.

Le choc serait violent pour lui. Il s'y préparait. Mais si c'était utile, autant l'endurer.

- …Frappe la porte.

Père Jean serra la mâchoire tandis que l'armure prenait son élan.

Puis, l'instant d'après, il fut projeté dans le mur tandis que l'armure frappa de toutes ses forces dans la porte métallique.


Encore et encore…

Père Jean ne saurait dire combien de temps ils passèrent à s'acharner sur la porte. Glacius utilisait ses pouvoirs, Père Jean utilisait l'armure pour ne serait-ce qu'au moins l'emboutir…

Mais les réactions de Marie et de Glacius ne changèrent pas. Rien n'avait bougé.

« On devrait partir ! Peut-être qu'on fait ça pour rien ! » leur signala Marie.

Oui…

Mais au moins, essayer…Ils devaient au moins essayer de savoir si les artefacts étaient emprisonnés à l'intérieur.

Finalement, Père Jean opta pour une autre solution.

« C'est une porte s'ouvrant à la verticale ou à l'horizontale ? le questionna-t-il.

- …La verticale.

- Guide-moi, Glacius.

Il commanda à l'armure de se baisser.

C'était peut-être quelque chose à tenter.

Père Jean prit une inspiration, se préparant pour les nouvelles turbulences à venir.

Puis, il ordonna à l'armure de tendre les bras et d'essayer de forcer la porte en essayant de l'ouvrir par-dessous.

Glacius hurla que cela ne marcherait pas. Père Jean sentit de violentes vibrations traverser son environnement. Il ne put même pas se rasseoir qu'il fut brusquement plaqué au sol, face contre terre.

L'armure obéissait. Elle était en train d'essayer d'ouvrir la porte, de forcer une ouverture quelle qu'elle soit.

« Encore… » balbutia Père Jean.

Les vibrations et les secousses s'intensifièrent.

Des secousses qui lui rappelaient celles du tremblement de terre qui avait frappé Crown City il y a peu.

« Encore… » répéta-t-il, essayant de ne pas défaillir.

L'armure ne s'arrêtait pas. Elle obéissait à ses ordres…alors que cela pouvait la détruire ou au moins, l'endommager gravement.

Père Jean voulut laisser tomber.

Mais il fallait…il fallait…

« Encore ! »

Père Jean fut propulsé en avant.

A nouveau, sa tête heurta le mur. Pendant quelques secondes, Père Jean vit des étoiles couvrir le noir habituel alors qu'il sentit son corps retomber au sol, sa respiration sifflante, le souffle coupé.

Il ignorait ce qui s'était passé. Pendant quelques secondes, Père Jean demeura dans cette position.

Il entendit la voix de Marie résonner. Mais c'était comme s'il était sous l'eau…ses mots, ses paroles étaient incompréhensibles.

« …Deux mètres…l'ouverture… »

Deux mètres…

Enfin, Père Jean retrouva l'ouïe. Doucement, il se redressa. Une vague nausée lui prit à la gorge mais il choisit de l'ignorer.

- Vous avez réussi à forcer une ouverture de deux mètres ! entendit-il Glacius.

Père Jean inspira et expira lentement, reprenant peu à peu son souffle.

- On ne pourra pas y accéder ! cria Glacius.

- Si…

Deux mètres…c'était suffisant pour une taille humaine. Sa taille, au moins.

- …Ouvre-toi, ordonna-t-il à l'armure, la voix éreintée.

Père Jean effectua un pas et ne se rendit pas compte qu'il avait déjà quitté l'armure jusqu'à ce qu'il ait touché le sol.

- Jean ! l'appela Marie, le ton inquiet. Tout va bien ? Parle-moi !

Son front était en sueur et il était actuellement en pleine tachycardie : son cœur battait dans sa poitrine à vitesse grand V et la nausée n'avait pas disparu.

C'était étrange. Pourtant, c'était l'armure qui avait effectué tout l'effort. Pas lui.

- Tu n'as pas l'air bien.

- Je suis sûrement un peu nauséeux à cause des montagnes russes, plaisanta le prêtre. Ne t'inquiète pas pour moi.

Il fallait se concentrer. Ils n'étaient pas encore en sécurité et le plus dur restait à venir.

- Ouvrez-vous un pont-terrestre et sauvez-vous. J'attendrai Ratchet.

- Jean…

Père Jean lui sourit une nouvelle fois.

- …Ca ira. A tout de suite, Marie.

- …A tout de suite, lui répondit-elle d'une voix douce.

Aidé par Glacius, Père Jean parvint à trouver l'ouverture avec ses mains et se prépara à se glisser à l'intérieur de la pièce.

- …Merci, Glacius, le gratifia-t-il, reconnaissant. Merci…de prendre soin de Marie.

- Et vous…prenez soin de Swelter.

Il n'entendit pas la fin de sa phrase.

Glacius et Marie avaient disparu.

Avaient-ils déjà rejoint le pont-terrestre ?

Le silence tomba. Père Jean appela. Personne ne lui répondit.

Et alors qu'il se retournait, le noir autour de lui, le noir qui l'avait toujours accompagné depuis le début de sa cécité…devint lumineux.


C'était comme dans un rêve.

Dans les rêves, Père Jean voyait. Il revivait ses souvenirs. Il revivait sa jeunesse. Il revivait la période dans laquelle il pouvait encore discerner les multiples couleurs. Le bleu, le rouge, le jaune, le blanc…

Pas que le noir qui s'illuminait selon les périodes, mais qui ne laissait rien d'autre paraître.

Ce noir inconnu, comme une couverture chaude qui l'enveloppait mais qui le coupait à tellement de choses…tellement de choses à lesquelles il ne pouvait accéder que par les autres sens…

Les multiples couleurs…partout.

Les guirlandes de Noël, la lumière du soleil, le bleu du ciel, le vert de la prairie et le rose pâle des lèvres du souvenir de Marie jeune.

La première chose que vit Père Jean fut un rouge lumineux. Une lueur rouge lointaine.

Père Jean demeura immobile, n'osant pas bouger.

Il crut qu'il s'était endormi. Mais même en marchant, en se pinçant, il eut du mal à y croire.

Il eut du mal à croire que c'était vrai…que c'était la réalité.

Cette lueur rouge…qui devenait de plus en plus nette…qui laissait entre-paraître une forme de losange…comme un rubis…

Un diamant…

Père Jean s'arrêta.

Des voix, des chuchotements parvenaient à ses oreilles…

Le prêtre se retourna…

Une silhouette se discerna. Une silhouette humaine, cette fois-ci.

Mais il la reconnaissait. Il ne l'avait pas vu depuis une éternité, mais il la reconnaissait…Il ne l'oublierait jamais, même dans ses derniers moments.

Elle lui faisait dos…mais il savait de qui il s'agissait.

La vue de Père Jean se brouilla.

La gorge nouée, la mâchoire serrée, il risqua à faire un pas.

Ses cheveux bruns…ses épaules carrées…cette chemise bleue…

Pareille à celle qu'il avait rencontrée. Celle qui l'avait défendu contre ses agresseurs à la sortie d'un bar.

Père Jean se prit le visage dans les mains.

Marie…c'était Marie…

Il la revoyait…Il était aveugle, il avait perdu la vue depuis longtemps…

Et il la revoyait…Elle était face à lui.

Ses yeux…ses yeux voyaient !

« Marie… » l'appela-t-il faiblement, la voix étranglée.

Ses joues étaient mouillées. Il réalisait qu'il pleurait.

De joie…des larmes de joie.

Il se retourna encore une fois.

Au loin, une autre silhouette. Beaucoup plus grande que lui…infiniment plus grande que lui…

La taille de ces immeubles d'autrefois…de ces gratte-ciels…

Père Jean ne comprit pas. Il fixait la silhouette, les larmes coulant sur ses joues sans s'arrêter.

Une silhouette faite de métal…blanche et rouge…des reflets lumineux…

Des lames dans son dos…

Cette description…ne correspondait qu'à une seule.

« Wing » appela-t-il.

Wing lui faisait dos. Il ne voyait pas son visage. Pas plus que celui de Marie.

Pourquoi ne se retournaient-ils pas ? Il voyait…il pouvait enfin voir…et ils ne se retournaient pas.

A nouveau, cette lueur rouge entra dans son champ de vision.

Cette forme de losange…qui flottait dans le noir.

Tu souhaites te rendre utile…

Me rendre utile…

Père Jean cligna des yeux.

Marie risque de mourir…l'univers risque d'être détruit…Wing risque d'être éternellement malheureux…

Mourir…Eternellement malheureux…

Les silhouettes distinctes ne bougeaient aucunement.

Tu serais prêt à tout abandonner…tu serais prêt à tout détruire pour mieux reconstruire…

Père Jean ne comprit pas.

Ton plus profond désir…

Celui de voir…

Au fond, il avait toujours voulu recouvrir la vue. Il avait toujours voulu revoir Marie…en personne, avec ses yeux, malgré que les médecins disent que cela soit impossible.

Il avait cru aux miracles…

C'était un miracle qui se produisait.

Alors, pourquoi…ressentait-il également une profonde anxiété ?

La clé pour tout détruire et tout reconstruire…

La clé pour sauver Marie…

La clé pour sauver l'univers…

La clé pour rendre Wing heureux…

Père Jean réalisa qu'il tenait quelque chose dans sa main.

Ton plus profond désir…

Père Jean cligna des yeux.

Il ne discerna pas bien ce qu'il tenait dans sa paume…cela paraissait si petit, si fragile…

Quelque chose en métal, de gris et noir…Son cerveau tourna à toute vitesse, essayant de se rappeler de quoi il s'agissait.

Un…une…

Il ne discernait pas bien à travers les larmes…

Ton plus profond désir.

Il se souvenait…

Cette forme…

Une clé USB.

Cette clé…se trouve entre tes mains.

Et alors qu'il relevait la tête pour reporter son attention sur la lueur rouge émanant du rubis flottant au loin…la lumière l'aveugla à nouveau.

Et lorsqu'il rouvrit les yeux…il n'y eut plus que du noir. Que le noir auquel il avait toujours été accoutumé depuis le commencement de sa maladie.

Père Jean agita la main.

Il voyait…il voyait maintenant.

Rien n'apparut devant ses yeux. Il l'agita encore, de plus en plus désespéré à l'idée de voir quelque chose.

Rien…rien n'apparaissait…

Il ne voyait plus…

Sans un mot, il tomba à genoux.

La violence et le désespoir envahissant tout son être, le prêtre ne put l'endurer plus longtemps.

La réalité refaisant douloureusement surface, et quand bien même il pria de tout son cœur pour avoir l'opportunité de voir encore une fois, Père Jean sanglota.

Les larmes de joie s'étaient transformées en larmes de douleur…et il pleura comme il n'avait jamais pleuré auparavant.


« Père Jean… »

La première fois, Père Jean ne réagit pas.

Il demeura dans la même position, n'entendant que les faibles échos de la voix de Ratchet, le Cybertronien masqué par le noir qui barrait les yeux du prêtre.

Il avait presqu'oublié la situation dans laquelle ils se trouvaient…Lui. Marie. Ratchet. Glacius.

Il était dans le Sanctuaire. Il était dans le Sanctuaire et ne voyait plus.

« Père Jean ! Tu m'entends ? »

Père Jean s'essuya les joues.

Cela ne servait à rien…la peine était encore trop présente.

« Je suis là, répondit-il, la voix étranglée.

- Vous avez forcé une ouverture. Je vais essayer de la forcer davantage pour laisser Undertone passer.

Donc, il avait retrouvé Undertone.

Père Jean opina du chef, sans réagir.

- Vous avez fait un bon travail.

L'instant d'après, un bruit assourdissant se fit entendre.

Ratchet s'était probablement baissé pour soulever la porte afin de laisser Undertone passer au travers.

Des bruits de pas accoururent vers lui. Père Jean sentit une main inconnue quoique rassurante toucher son épaule.

- …Undertone ?

- Oui, lui répondit une voix masculine, d'un timbre assez calme.

Père Jean renifla.

- …Tout va bien ? le questionna Undertone.

- Oui. Le Diamant…le Diamant se trouve ici.

Il marqua une pause.

- …Faites attention. Wing a évoqué le pouvoir dangereux de ces artefacts.

- Qu'avez-vous dans la main ?

Père Jean fronça les sourcils.

Il n'avait pas remarqué qu'il tenait quelque chose.

Quelque chose de petit…

- …Je ne sais pas, répondit-il d'une voix éteinte.

- Une clé USB…où l'aviez-vous trouvée ?

Une clé USB…

Mais…il avait rêvé. Il avait rêvé de tout cela.

De cette illusion…Le Diamant d'Adaptus l'avait emprisonné dans une illusion…

- Je n'ai pas de clé…

- Si. Vous la tenez en ce moment-même.

Une clé USB…

Mais…Il ne l'avait pas inventé, si ?

Mais quand Père Jean l'effleura du bout du doigt, le métal tiède lui répondit.

C'était réel…

Cette clé…se trouve entre tes mains.

Pourquoi…pourquoi lui enlever sa vue…et lui laisser une clé USB ?

Il ne comprenait pas…

- Père Jean !

Père Jean fut coupé dans ses pensées.

Oui. Le Diamant. Marie. S'enfuir.

Précipitamment, il glissa la clé USB dans sa poche de pantalon. Il sentit Undertone lui agripper la main et l'inviter à le suivre. Sa gestuelle indiquait qu'il tenait quelque chose dans l'autre bras.

Père Jean ne chercha pas à demander. Il se contenta d'utiliser ses mains pour sortir de la pièce à travers la même ouverture qu'il avait utilisé pour entrer.

- Tu as récupéré le Diamant ? questionna Ratchet, s'adressant à Undertone.

- Oui.

- Et la Couronne ?

Père Jean devina une réponse négative de la part d'Undertone. Ratchet poussa un profond soupir d'impatience.

- Ils conservent toujours un artefact !

- On n'a pas le temps, lui rétorqua Père Jean. Nous en avons fait assez pour aujourd'hui. Un seul combat à la fois.

Seul le silence lui répondit.

Undertone fut le premier à approuver.

- Il a raison, Ratchet.

Oui. Ils en avaient fait assez…

Père Jean s'essuya les yeux, ces derniers étant encore humides.

- ça va, Père Jean ? lui demanda doucement Undertone.

- …Oui.

Il fallait qu'il se réhabitue. Il était sorti temporairement de sa cécité…pour une courte durée. Il devait à nouveau s'y accoutumer.

D'une voix lasse, Père Jean commanda à l'armure de se rouvrir.

- Est-ce vraiment une bonne idée de la conduire ? l'interrogea Ratchet, l'inquiétude évidente dans son ton.

- Oui.

Il ne comprenait pas ce que cet artefact avait essayé de lui montrer…ni pourquoi il avait cette clé USB en sa possession.

Mais l'heure n'était pas à cela. Ils avaient le Diamant. Ils devaient retrouver Marie et Glacius. Il se força à sourire avant de se guider vers l'entrée de l'armure, aidé par Undertone. Puis, une fois à nouveau à bord de l'armure, Père Jean ordonna à l'armure d'ouvrir son châssis pour que Ratchet glisse le Diamant à l'intérieur avant de le refermer.

Etait-ce une bonne idée ? Père Jean appréhendait qu'il soit emprisonné dans une nouvelle illusion avec le Diamant si proche de lui.

Tout ira bien, essaya-t-il de se rassurer. Il ne devait pas paniquer.

Tout ira bien…

Aux bruits de pas précipités des deux Cybertroniens, Père Jean devina que Ratchet et Undertone s'étaient mis à courir.

Tout de suite, Père Jean commanda à l'armure de les suivre. Il s'agrippa à son siège pour ne pas chuter durant le trajet.

Tout ira bien…

- La salle de pont-terrestre est juste là ! entendit-il Ratchet.

Tout ira bien…

Le noir devenait plus clair.

Ils allaient rejoindre Marie et Glacius. Ils allaient rejoindre son église. Ils allaient rejoindre les Autobots.

Ils allaient…

- Vous n'irez nulle part.

Cette voix…

Père Jean se figea.

Tout de suite, il commanda à l'armure de s'arrêter.

Tarantulas se tenait face à eux.