PROMPT : Au pied de la lettre


James Potter, pour la toute première fois de sa vie, se retrouvait isolé et seul. Ce n'était pas une expérience qu'il était ravi de découvrir, et il espérait que les choses reviendraient rapidement à la normale.

Qu'il ait réussi à mettre en colère le placide professeur Longdubas avait fait le tour de l'école, et la raison de la colère de l'enseignant n'était pas resté secret.

S'il imaginait pouvoir se vanter et en tirer un bénéfice, il en fut rapidement pour ses frais.

La façon dont il avait traité son petit frère avait gêné ses camarades, et d'un coup, le leader des Gryffondor s'était vu ignoré par tout le monde. De l'avis général, Serpentard ou non, Albus Potter était un Potter lui aussi, fils du Sauveur au même titre que James.

Au lieu de se remettre en question pourtant, James rejeta immédiatement la faute sur son frère.

Rien de mieux pour se dédouaner que de reprocher à Albus de tout prendre au pied de la lettre… Simplement sa réflexion lui attira des regards agacés et il préféra quitter la tour Gryffondor plutôt que d'être rejeté devant tout le monde par ses propres amis.

Alors qu'il déambulait dans les couloirs déserts, sa colère contre son frère montait. Avant l'arrivée d'Albus à Poudlard, tout se passait bien pour lui. Il était le roi de l'école, et tout le monde lui obéissait. Il était le fils du Sauveur, et toutes les portes étaient ouvertes pour lui. Les professeurs n'osaient même pas le punir, de peur de se mettre son si célèbre père à dos.

L'arrivée d'Albus avait tout détruit, d'autant plus que l'idiot s'était lié d'amitié avec un Malefoy et avait commis le sacrilège d'être réparti à Serpentard. Comme le disait sa mère, c'était un traître qu'ils avaient hébergé toutes ces années… D'un coup, James découvrit qu'il ne pouvait plus agir contre les Serpentard comme il l'avait fait depuis qu'il était à Poudlard.

Lorsqu'il vit son oncle Ron arriver à Poudlard, il se précipita vers lui, heureux de trouver un visage familier. Il était persuadé que celui-ci serait de son côté… Après tout, il était persuadé d'avoir toujours été le préféré de Ron, surtout lorsqu'ils parlaient Quidditch.

Cependant, Ron en le voyant eut une grimace agacée et tenta de l'ignorer. Quand James insista, il se figea sous le regard méprisant de son oncle.

- Oncle Ron ?

L'auror soupira.

- James. Tu en as assez fait je pense. Tu devrais faire profil bas et retourner dans ton dortoir.

- Mais…

- Non, pas cette fois. Tu as déçu beaucoup de monde, jeune homme. Ton père est furieux et est passé près de te renier pour de bon. N'espère pas trouver du soutien au Terrier, la façon dont tu as agi n'est pas digne…

James serra les poings et s'empourpra, furieux.

- Maman ne…

- Ta mère ne pourra rien pour toi. Harry est le chef de la famille Potter, tu l'oublies… J'espère pour toi que ton frère sera sain et sauf.

- c'est de sa faute !

- Non James. Grandis un peu. Tu es le seul responsable de la situation. Ton oncle George est furieux après toi, parce que tu as entraîné Fred dans tes… idées stupides. Donc, retourne dans ton dortoir et restes-y jusqu'à ce qu'on te fasse demander.

James plissa les yeux et fit demi-tour, s'éloignant d'une démarche raide, à grands pas rageurs. Ron le regarda partir en soupirant et ferma un instant les yeux, conscient que la situation ne s'arrangerait pas sans faire de casse.

L'auror espéra que son neveu aurait entendu ce qu'il lui avait dit et qu'il réfléchirait un peu… Il secoua la tête et partit dans les couloirs de Poudlard pour retrouver son épouse.

James comprit qu'il avait des ennuis après avoir parlé à son oncle. Cependant, il n'avait pas l'intention de faire amende honorable. Il espérait juste échapper aux sanctions qui s'annonçaient exemplaires.

Après quelques minutes de réflexion, il décida que la meilleure chose à faire serait de couper l'herbe sous les pieds de son père. Plutôt que d'attendre sagement comme l'avait suggéré Ron, il allait envoyer un hibou à sa mère et se plaindre du traitement qui lui était réservé.

Il savait sa mère totalement dévouée à sa cause, prête à le soutenir envers et contre tout. Son oncle pouvait dire que son père était le chef de famille, mais lui avait grandi en voyant sa mère prendre toutes les décisions et faire plier son mari à sa guise.

Dans son esprit adolescent, il était évident que ça serait encore une fois la même chose…

Il s'engouffra dans la première salle de classe vide qu'il trouva et remonté, il écrivit une longue missive à sa mère. Il y décrivit sa propre version des faits, comment Albus avait une fois de plus fait en sorte de lui attirer des ennuis en s'enfuyant.

Il se plaignit du fait que son père prenait fait et cause pour Albus. Après une hésitation, il décida de ne pas parler de son oncle Ron.

En se relisant, il eut un sourire satisfait : à la lecture de ses mots, sa mère comprendrait immédiatement que c'était lui, James, la réelle victime et non ce petit cafard d'Albus. Et elle viendrait sans hésitation à son secours comme elle l'avait toujours fait.

Avec un peu de chance, ce serait son frère qui serait expulsé de Poudlard comme un malpropre pour s'être enfui. Et les choses rentreraient dans l'ordre enfin.

Ça lui prendrait peut être un peu de temps, mais il reprendrait l'avantage et redeviendrait ce qu'il avait toujours été : un leader né.

Au moment de se rendre à la volière, James hésita un bref instant, craignant de se faire surprendre. Il regretta vivement la carte des Maraudeurs et se demanda si sa mère pourrait obliger son père à la lui restituer. Rasant les murs, il se précipita pour envoyer son courrier, utilisant sans vergogne la chouette de son père.

Avec un sourire ravi, il décida qu'il pourrait bien aller attendre la réponse de sa mère dans le parc. Peu importait les mots de son oncle Ron, il n'avait pas peur des colères de son père.