Gays o thrones
Chapitre 66
Boules de neige
Tyrion Lannister avait fini par trouver un terrain d'entente entre Daenerys et Jon : il avait proposé à ce dernier d'aller chercher un Marcheur Blanc au Nord du Mur, accompagné des meilleurs hommes de la reine, Jorah, Gendry, et Davos.
« Vous vous moquez de moi, le lutin ? », avait répondu Jon Snow, « sur trois hommes prêts à partir, un seul appartient à la reine, et c'est un pestiféré en fin de vie ! »
« Je ne suis pas pestiféré, protesta Jorah, je suis lépreux. »
Tout le monde l'ignora.
« Et en plus, j'ai remporté les combats de gladiateurs des arènes de Meereen ! »
Tout le monde continua de l'ignorer.
« Comprenez-moi, Jon, dit Tyrion, Jorah est le seul combattant que nous ayons qui supporte le froid et connaît le Nord, et si nous voulons tenir Cersei à l'écart pour vaincre cette armée des morts dont vous nous parlez sans cesse, il faut lui en rapporter un, sinon elle n'y croira pas ! »
« Votre reine non plus n'y croit pas, ni même vous, avouez-le ! »
« Jon, je vous aime bien, j'essaie, je vous assure, mais les Marcheurs Blancs, c'est comme le Père Noël : au-delà d'un certain âge, quand on cesse d'y croire, il est très dur de se remettre en cause et de revenir en arrière. »
« Le Roi de la Nuit est tout sauf un Père Noël, vous le sauriez si vous le voyiez, et vous finirez par le voir ! Dites plutôt que vous vous débarrassez de moi ! »
Davos intervint : « En même temps, peut-être serait-il judicieux de vous éloigner quelques temps de cette femme... »
« Pourquoi ? Vous croyez qu'elle va me manquer ? »
« Plus vite on s'éloignera des dragons, mieux je me sentirai... », avoua Davos.
« Et moi, plus vite je quitterai cette île où je n'ai que des mauvais souvenirs, mieux je me porterai ! », renchérit Gendry.
« Toi, mon garçon, reste sage ! », le tança Davos.
« Mais-euh ! Je suis sage ! », protesta Gendry.
A force de se faire harceler par Tyrion et Davos, Jon abandonna la partie et accepta de partir, à condition que Ser Jorah se rende à Winterfell.
« Je vous ferai une lettre de recommandation pour mon ami Sam, il verra s'il peut vous soigner. J'aime autant avoir un combattant en forme ! »
« Certes, demanda Davos, mais pourquoi ne faisons-nous pas escale, nous aussi, à Winterfell ? »
« Parce que je dois aller convaincre mon ami Tormund, qui est à Château-Noir auprès de mon ami Ed, le Lord-Commandant, de venir avec nous. »
« Comme vous voudrez ! »
Aussitôt dit, aussitôt fait : on traversa la mer, et chacun partit de son côté.
Lorsqu'il vit arriver Ser Jorah et son courrier, Samwell Tarly fut un peu déçu ne pas voir Jon à ses côtés.
« On s'est quitté dans des circonstances assez pénibles », confia-t-il à son patient, pendant que celui-ci se déshabillait et prenait place sur un tabouret. « J'aurais aimé le revoir... »
« Bah, si je survis à votre opération, je lui transmettrai votre message... »
Samwell grimaça : « Hum… c'est gentil, mais vous savez, c'est un peu… confidentiel. »
« Ah. »
Samwell sortit une aiguille de sa trousse de mestre… Enfin, de la trousse de mestre qu'il avait volée à la Citadelle.
« Quand l'armée des morts sera là, il faudra du matériel pour soigner les blessés ! », se justifia-t-il.
Jorah Mormont ne répondit rien. Il n'avait rien à dire. Et puis, pourquoi ce type se sentait-il obligé de se justifier ? Pourquoi ce besoin de parler sans cesse ? C'était bien les gars du Sud, ça, aucune sensibilité à la beauté du silence !
Sam proposa du lait de pavot à son patient, qu'il refusa. Il le versa alors subrepticement dans une coupe de bière, et la proposa à Jorah. Ce dernier la but cul sec.
« Elle a dû tourner, votre bière, fit-il. Elle a un drôle de goût et je me sens bizarre... »
Sam inventa une excuse : oui, avec l'hiver, la guerre, le houblon avait été récolté tardivement, bref, il broda à partir de ce qu'il avait lu dans les livres. Fort heureusement pour lui, Jorah était chevalier, pas agriculteur.
« Je vous préviens, fit Samwell en brandissant son aiguille, la pénétration risque d'être un peu douloureuse… surtout la première fois. »
« Je sais, murmura Jorah, qui partait sur une autre planète, j'ai déjà vécu ça. »
L'aiguille de Sam pénétra les chairs de Jorah. Un liquide blanchâtre en jaillit.
« Humpf ! », fit Jorah.
Sam le regarda. Pourquoi cette situation lui en évoquait une autre ? Il n'avait pas pris de pavot, pourtant...
Il récidiva.
« Ouch ! », grogna Jorah.
Sam eut envie de poser sa main sur son corps, qu'il avait bien musclé, pour le réconforter, mais la lèpre l'en dissuada. Il avait beau porter des gants, il valait mieux éviter tout contact.
« Ah ! »
« Oh ! »
« Han ! »
« Hiiiiiiii ! »
Jorah sortit un nombre incalculable d'onomatopées, avec une force de conviction qui commençait à troubler Samwell. C'était bizarre, cette impression d'être face à un homme qui voulait prouver sa virilité en se retenant d'exprimer ses sensations. Sam n'avait jamais compris ce besoin de contrôler ses émotions… C'était bien pour ça que son père l'avait déshérité et envoyé au Mur.
C'était peut-être ça, en fait : Jorah ressemblait à son père. Ces cheveux clairs, ce teint bronzé, cette introversion… Lui, Sam, était pâle, aux cheveux bruns, et plus inverti qu'introverti.
Après une suite de râles plus troublants les uns que les autres, Samwell passa un baume sur les muscles à vif de Jorah Mormont. Un souvenir lui revint en mémoire.
Quand il était enfant, il avait chipé un jour la poupée du mestre de Corcolline, qui représentait un écorché, et avait dormi avec, en la serrant bien fort contre lui. Quand son père l'avait découvert, il lui avait flanqué des coups de savates à n'en plus finir.
« Mais enfin, Randyll, avait protesté Melessa Tarly, la mère de Samwell, ce n'est qu'un enfant, il a cru que c'était un jouet ! »
« C'est un outil médical, pas une poupée ! », avait tonné Lord Tarly, en frappant son fils qui pleurait.
« Arrêtez de le frapper comme ça, ou j'appelle la DDASS ! », insista Lady Tarly.
« Vous m'obligeriez ! », ironisa son mari. « Un garçon qui dort avec une poupée… masculine, en plus ! »
Les larmes montaient aux yeux de Samwell. Il eut envie de les essuyer, mais ses gants étaient tout poisseux.
« ça va pas ? », demanda Jorah.
« Ce n'est rien… C'est le produit… Il pique un peu... »
« Oui, ç'a l'air d'être fait à base d'oignon, ce truc, ça sent fort, en tout cas ! »
« Euh… L'odeur est peut-être aussi due à l'infection... », objecta Sam.
Jorah le regarda, abattu. Sam se mordit les lèvres.
« Rassurez-vous, si ça cicatrise, vous retrouverez une odeur normale ! »
« C'est sûrement pour ça que la reine me repoussait... », soupira Mormont, tristement.
Samwell sentit un élan de compassion envers cet homme : il piqua de nouveau son aiguille dans un bubon pour le tirer de ses pensées.
Jorah grogna comme un ours.
Pendant que Jorah essayait de guérir, Jon, Davos et Gendry atteignirent Châteaunoir. Ed les accueillit en souriant : « Jon ! Tu m'as manqué ! », fit-il en l'étreignant.
« Je vois que tu portes toujours ma cape de fourrure ! », fit Jon en souriant, ému.
« Oui. Depuis ton départ, je ne l'ai jamais lavée, pour qu'elle garde ton odeur ! »
Le sourire de Jon se figea, gêné. Gendry n'arrangea pas les choses en émettant un commentaire : « Ah, c'est pour ça qu'elle pue ! »
« Moi, j'aime bien cette odeur ! », fit une voix tonnante derrière eux.
Tous se retournèrent : Tormund venait de faire son apparition.
« Jon ! Mon petit corbeau ! », fit-il en serrant son amant dans ses bras.
Il le souleva de terre, et l'embrassa à pleine bouche devant tout le monde.
Davos baissa le nez, un peu gêné, Ed rougit et Gendry, fasciné, demanda si c'était la manière de saluer des Sauvageons.
« Non, lui lança Tormund en reposant Jon, mais ça peut s'arranger ! »
Et il saisit Gendry sous les aisselles, le souleva contre son torse, et lui enfonça sa langue dans la bouche, qu'il avait laissée bée de surprise.
Jon, surpris, regarda Ed, qui détourna les yeux en rougissant, pendant que Davos priait mentalement pour n'avoir droit qu'à une poignée virile.
Tormund reposa au sol un Gendry écarlate et sonné, salua Davos par une tape amicale sur les épaules, et annonça tout de go qu'ils avaient des visiteurs.
« Oui, nous avons fait des prisonniers, et d'après ce que j'ai compris, ils poursuivent le même objectif que toi ! », dit Ed à Jon.
« Comment ça ? »
« Suivez-nous, vous allez comprendre... »
Ed mena le groupe dans les cachots de Château-Noir. A peine furent-ils descendus dans les sous-sols que le bruit d'un choc métallique parvint à leurs oreilles.
Ils entendirent un cri d'homme : « Ah ! »
« Bon sang, qu'est-ce qui se passe ici ? », tonna Ed en courant.
Jon, Tormund, Gendry et Davos lui emboîtèrent le pas. Ils longèrent, un par un, une allée étroite entre le mur et les barreaux, guidés par une voix qui pestait : « La barbe, Dondarrion, tu ne pouvais pas te retenir ? »
Le groupe découvrit aussitôt la scène : une poignée d'hommes s'entassait dans une geôle. L'un d'eux s'était littéralement écrasé contre les barreaux, sourire aux lèvres, chignon défait. Derrière lui, un gaillard borgne remontait sa braguette.
Dans la geôle, un grand type barbu, au visage mutilé, se tenait assis sur un banc, visiblement de très mauvaise humeur. Jon le reconnut : c'était le Limier, l'ancien garde du corps du roi Robert. Un vassal des Lannister.
« Allons, Clegane, fit Dondarrion en lui souriant, tu t'es engagé à être plus ouvert d'esprit... »
« J'ai accepté de ne plus t'insulter sur tes mœurs de lopette, Dondarrion, mais j'avais pas signé pour un porno à domicile ! »
« Désolé, mais il faut bien passer le temps... »
« En plus, pour t'obliger, on a gardé nos vêtements... »
« Ah parce qu'en plus faut que je vous dise merci, bandes de gros porcs sans vergogne ? »
« Clegane... », murmura Thoros de Myr d'un ton doucereux, comme une mère qui sermonne gentiment son fils.
« Arrête de me regarder comme ça ou je t'enfonces ton chignon ! Note bien que ça te torcherait le fion ! »
« Eh oh, on se calme, là ! », fit Ed en tapant du poing contre les barreaux.
« Tout va bien, on est calmé ! », fit Dondarrion.
« C'est juste Clegane qui aurait besoin d'un câlin ! »
« Hors de question ! »
« Je pensais juste à un free hug, t'inquiète... »
« Pas besoin de sortir les crocs ! »
« La ferme ! », tonna Ed.
Soudain, Gendry s'emporta : « Vous ! Je vous reconnais ! Vous êtes la Fraternité sans bannière ! Je voulais vous rejoindre, et vous m'avez vendu comme un esclave ! »
Sandor Clegane le regarda, méprisant : « Ah ouais, le petit copain de la petite peste Stark… J'me rappelais pas que tu voulais rejoindre leur troupe de tarlouzes... »
« Arya ? Vous en avez fait quoi ? », demanda Jon.
« Enfuie. », dit simplement Thoros de Myr, en haussant les épaules, ce qui donna envie à Jon de le secouer contre les barreaux pour en savoir plus.
« Je ne sortais pas avec Arya... », protesta Gendry.
Les gars, elle était mineure, je vous rappelle…
« D'accord, je vois, grogna Clegane à son encontre. T'étais déjà pédé comme un phoque, en fait ! »
« Hey ! »
« Ou alors, t'étais puceau, je ne vois que ça pour expliquer que t'aies pu être excité par Béric Dondarrion... »
« Mais... », fit Gendry en rougissant.
« Vos mœurs ne m'intéressent pas ! », déclara Jon Snow. « Moi, je recrute des guerriers pour aller au Nord du Mur, et Ed m'a dit que vous étiez intéressés... »
« Pas du tout ! », répondit Clegane. « C'est juste qu'on est prêt à tout pour sortir de ce trou à rats ! »
« Ne l'écoute pas, fit Béric à Jon, il est un peu grincheux. Notre Maître nous a en effet indiqué que nous devions nous rendre à Châteaunoir... »
« Votre Maître ? »
« Oui, fit Thoros en regardant Jon Snow dans les yeux, le Maître de la Lumière... »
Jon regarda Béric et Thoros. Un sentiment de gêne l'envahit, qu'il partageait d'ailleurs avec Ser Davos : ça y est, ils allaient encore être embarqués avec des illuminés !
