CHAPITRE 69

OOC : Coucou à tous ! Voici un nouveau chapitre ! Merci à Kuro Sha et Cao dreams in books pour leurs reviews ! Laissez des commentaires si vous en avez envie. Ça fait toujours plaisir de savoir où je peux m'améliorer.

Père Jean marchait sans savoir où aller, où se rendre.

Autour de lui, le noir habituel…mais Père Jean eut l'impression de marcher dans un long tunnel. Un long tunnel qu'il devait traverser pour pouvoir sortir et rejoindre l'extérieur.

Il devait être inquiet. Il devait être paniqué, terrifié. Pourtant, il ne ressentit rien de tout cela.

Il ressentit…à la place, une sensation de profonde sérénité. Une aura de bien-être, de paix intérieure.

Père Jean continuait ses pas.

Devant lui, une lumière. Une lumière blanche, brillante l'éblouissant presque.

Des murmures, des chuchotements…Il eut l'impression d'entendre des voix qui lui parurent familières. Des voix qu'il n'avait pas entendues depuis longtemps.

Son père…sa mère…morts depuis dix ans.

Ils l'appelaient. Ils l'invitaient à les rejoindre. A nouveau, une bouffée de chaleur envahit le cœur du prêtre.

Cela paraissait si bon, si prometteur. Père Jean poursuivit sa marche, tendant les bras en direction de la lumière.

Puis, ces pensées.

La clé pour tout détruire et tout reconstruire…

La clé pour sauver Marie…

La clé pour sauver l'univers…

La clé pour rendre Wing heureux…

Cette clé…se trouve entre tes mains.

Père Jean s'arrêta net.

Il observa la lumière blanche se rapprocher de lui, comme prête à l'engloutir.

L'humain recula…et bientôt, il fut aspiré à l'intérieur de l'aura brillante qui disparut dans un trou noir aussi vite qu'elle n'était apparue.


Père Jean reprit conscience sur une surface dure, quoiqu'atténuée par la mollesse d'oreillers et de couvertures.

Autour de lui, les chuchotements ne s'arrêtèrent pas. Les bruits d'un électrocardiogramme atteignirent ses oreilles. Venant à peine d'émerger, Père Jean eut l'impression que son esprit avait quitté son corps. Quand il essaya de bouger la main droite, au moins deux bonnes minutes qui lui parurent trop longues passèrent jusqu'à ce qu'il pût être en mesure d'effectuer le mouvement.

Etait-il à l'hôpital ? Père Jean sentit sa bouche sèche s'ouvrir difficilement, mais aucun mot n'en émana.

Il ne se souvenait pas de qui s'était passé…il se souvenait seulement avoir perdu connaissance. Mais pour ses souvenirs d'entre-temps, et de tout ce qui s'était passé avant qu'il ne s'évanouisse…son esprit ne lui apportait aucune réponse.

« Jean… »

Père Jean ne réalisa pas que sa main avait été saisie. Le noir habituel lui voilait les yeux. Mais il reconnut après un temps, la paume douce et chaude de Marie qui lui serrait la sienne.

« …Jean. Comment tu te sens ? Tu sais où tu es ? Tu me reconnais ? »

Sa voix semblait bouleversée. Père Jean se contenta d'hocher la tête, trop faible pour se tourner dans la direction d'où provenait la voix de Marie.

« Bon sang…Jean. Tu…tu m'as vraiment fait peur…tu…j'ai cru que… »

Marie n'eut pas besoin de prononcer la fin de la phrase.

J'ai cru t'avoir perdu.

Père Jean avait cru l'avoir perdue aussi…peu à peu, ses souvenirs revinrent, par bribes et par fragments. Le Sanctuaire…Marie blessée…

« …Toi… » parvint-il seulement à demander.

Marie prit une inspiration.

- …Je vais bien, Jean. Ratchet m'a soignée. Il t'a soigné aussi…Nous sommes…nous sommes à la base Autobot. A Jasper.

Père Jean laissa le soulagement l'envahir.

- Je ne pourrais plus courir ou faire de l'exercice pendant plusieurs semaines. Mais ça va. Je m'en sortirai.

Tant mieux, souhaita-t-il lui dire.

Mais…ce qui s'était passé…Son amnésie laissait un grand flou dans son esprit. Père Jean rendit l'étreinte de Marie et resserra sa prise, lui demandant silencieusement ce qui était arrivé.

Avait-ce été le choc émotionnel…qui l'avait plongé dans cet état-là ? Le stress…le fait qu'il avait risqué sa vie… ?

- …Tu as eu un arrêt cardiaque, Jean, lui annonça-t-elle.

La nouvelle résonna comme un coup de tonnerre. Cela laissa le prêtre sans voix.

- …Ton…ton cœur s'est arrêté de battre pendant deux minutes. Je…je voulais t'emmener à l'hôpital…Mais Ratchet m'en a dissuadée. Il s'est servi du défibrillateur…Il n'a pas arrêté d'essayer jusqu'à ce que ton cœur rebatte. On…on a cru que c'était la fin…S'il ne m'avait pas convaincue…cela aurait été trop tard…

La fin…

Ce tunnel sombre…cette lumière blanche…ces voix…

Père Jean n'eut rien à répondre. Il ne comprenait pas…il n'avait jamais eu d'antécédents cardiaques…

Marie caressa doucement sa paume, dans un geste réconfortant teinté d'affection discrète.

- …Il a établi un diagnostic. Il a conclu que c'était dû à l'armure que tu utilisais…

L'armure…ah oui. Maintenant, il s'en rappelait distinctement. Le pilotage, le toucher, la chaleur du cockpit…

- Tarantulas a créé l'armure pour que le spark, l'énergie du pilote y soit connectée. Même si un cœur humain est aussi capable de la faire bouger, à la commander…ce que Tarantulas n'avait peut-être pas prévu…un cœur humain n'est pas aussi résistant qu'un spark. Il s'use beaucoup plus facilement. Et cela a provoqué l'arrêt cardiaque.

Père Jean déglutit, encaissant les différentes informations.

Cela expliquait son malaise, ses nausées…

- On a ramené l'armure…elle peut être utile pour les Autobots. Mais…un humain ne doit pas l'utiliser, Jean.

- …Au moins, j'en aurais piloté une. Une armure Cybertronienne, une fois dans ma vie, déclara Père Jean en affichant un faible sourire.

- Tu as toujours été un geek dans l'âme, répondit Marie sous le ton léger de la plaisanterie.

Le silence tomba. Père Jean laissa son cerveau accueillir les différents souvenirs qui revenaient au fur et à mesure.

- …L'artefact ? demanda le prêtre.

- Le Diamant est en sécurité, le rassura Marie.

L'odeur de l'energon lui revint brusquement en mémoire. Père Jean souhaita se redresser. Mais Marie lui posa une main ferme sur son épaule, l'invitant à se re-asseoir.

La question lui brûla les lèvres.

- …Glacius ?

Même s'il ne le voyait pas, Père Jean ne devina que trop douloureusement le visage de Marie se fissurer.

Dans sa poitrine, son cœur s'accéléra.

- …Non…prononça-t-il dans un souffle rauque.

- …Il n'est pas mort, Jean. Mais…il est en stase d'urgence.

- En stase d'urgence ?

- L'équivalent d'un coma pour les humains, clarifia Marie.

Un coma…

Père Jean ne put savoir s'il devait se sentir soulagé que Glacius ne soit pas mort…ou davantage inquiet. Il laissa tomber sa tête sur l'oreiller.

- …Il va se réveiller, hein ? demanda Père Jean, le ton vide.

- …Je l'ignore, Jean.

- Il va se réveiller.

Glacius était fort…

Il ne méritait pas de mourir. Pas après tout ce qu'il avait accompli pour eux.

- Jean.

- Je lui fais une promesse, se rappela Père Jean. Je dois la tenir.

- Pour l'instant, tu ne pourras rien faire. Tu dois te reposer…c'est tout ce qu'il te faut, à l'heure actuelle.

Le prêtre opina du chef, l'angoisse lui resserrant le cœur.

Marie ne partait pas. Avec difficultés, Père Jean posa sa seconde main sur sa paume.

- …Tu restes avec moi… ? lui demanda-t-il doucement.

- Bien sûr, répondit Marie.

Il la sentit se rapprocher. Il la laissa venir à lui pour poser sa tête contre sa poitrine, dans une étreinte silencieuse, mais tendre.

Ils en avaient besoin. Tous les deux…Père Jean avait besoin de sa présence. Il essaya de ne pas penser à Glacius, se contentant d'enfouir sa tête dans les cheveux doux de Marie.


« Ratchet…Primus, parles-nous ! »

Les mains tremblantes posées sur son châssis, Ratchet baissa la tête, n'osant pas affronter le regard de la deux-roues qui brûlait dans son dos.

Pourquoi…comment pouvait-elle encore lui parler ? Comment pouvait-elle encore le regarder ?

« Ratchet ! Primus, parle-nous ! Parle-nous ! Dis-nous ce qui s'était passé. »

Aussitôt que Père Jean et Marie furent tirés d'affaire, Ratchet rejeta l'étreinte offerte par la deux-roues et le bot rouge. Dès l'instant où Arcee et Cliffjumper s'étaient avancés vers lui, un sourire rempli d'espoir sur leurs visages, sincèrement ravis de le revoir vivant, Ratchet avait rejeté leur accueil, se concentrant à la place sur les blessés à soigner.

Il savait qu'il devait partager leur joie…qu'il devait être heureux de revoir ses anciens camarades…

Mais à l'heure actuelle, c'était comme s'il ne les reconnaissait pas. Comme s'il ne réalisait pas encore qu'il s'était évadé du Sanctuaire…De cet enfer…Qu'il s'agissait d'une autre tromperie de la part de Tarantulas…

« Ratchet…Qu'est-ce qui se passe ? Où est Wheeljack ? Où sont les autres membres de l'équipe ? Où sont nos amis ? Parle-nous ! »

Je ne veux pas vous parler…

Laissez-moi…Laissez-moi…

« Je dois les soigner… »

Comme si c'était la seule chose à faire, à l'heure actuelle. Tarantulas risquait de changer d'avis.

Parle-nous, Ratchet…Parle-nous !

« Ratchet, arrête ! Tu nous fais peur, là ! Dis-nous ce qui s'est passé… »

Ratchet avait serré la mâchoire. S'ils étaient véritablement avec lui à l'heure actuelle…Comment pouvait-il…Comment pouvait-il leur annoncer cette douloureuse nouvelle ?

Eux, qui souriaient i peine quelques minutes…comment pouvait-il leur annoncer cela et ne pas les détruire ?

« Ratchet ! Pose cet équipement ! Assieds-toi ! Parle-nous ! On est inquiets ! »

Ratchet s'était arrêté.

« …Wheeljack…First Aid… »

Puis, comme s'il s'agissait de son dernier souffle, il déclara, le ton vide.

« …Ils sont tous morts. Ils ont tous été massacrés. »

Arcee avait pleuré. Elle, qui avait été toujours été si forte, qui s'était toujours comportée durant les périodes dures et avait toujours agi comme si rien ne l'avait jamais affectée, avait explosé en larmes et avait sangloté dans les bras de Cliffjumper pendant de longues heures. Quand bien même le bot rouge avait également essayé de paraître résistant, il fut profondément dévasté et accablé par la nouvelle.

Leurs camarades ne reviendraient pas…ils étaient morts, tués par des monstres, des fous et des sadiques. Et Ratchet s'était contenté de rester immobile, à contempler ses camarades Autobots pleurer leurs pertes.

Encore à l'heure actuelle, la deux-roues lui faisait face, la gorge nouée et les larmes dans ses optiques qui menaçaient de rouler sur ses joues.

- …Parle-moi, Ratchet.

- …Je m'en vais.

Son sac à la main, il était prêt à utiliser un pont-terrestre et partir. Loin.

Il ignorait où mais loin d'ici…Pendant un temps, il fut presque tenté de retourner au Sanctuaire. C'était sa place. C'était là où il appartenait. C'était là où il méritait de souffrir.

- Ratchet…tu n'as pas à t'en aller…

- C'est de ma faute, déclara Ratchet, le ton sombre.

- Non ! Ne dis pas ça, s'écria Arcee alors qu'elle s'approchait de lui précipitamment.

- Si, c'est de ma faute ! cria-t-il soudainement, faisant reculer la deux-roues.

Toute la douleur, toute la rage qu'il avait accumulée…tout cela…tout revenait en lui. Au bout d'un moment, il sentit ses jambes se dérober sous lui. Il tomba à genoux. Pourtant, il continuait de parler.

- C'est de ma faute s'ils sont morts ! hurla-t-il, les poings serrés, prêt à frapper quelque chose. J'aurais dû empêcher leur mort ! J'aurais dû mourir ! J'aurais dû mourir avec eux !

Tout ira bien, doc.

Tout cela parce qu'il avait été le medic…parce que ces monstres avaient eu besoin d'un medic !

- Un Autobot ne laisse pas ses camarades périr ! Je ne mérite pas ce titre ! Non ! Je ne mérite plus ce titre ! Je dois partir, maintenant.

- Tu vas laisser tomber tes camarades ? Les camarades qui te restent ? gronda Arcee, le ton montant. Tu vas te renfermer sur toi-même ?

- …Au moins, je ne souffrirai plus. Et plus personne ne souffrira à cause de moi et de mes erreurs !

Arcee n'ajouta rien d'autre.

Ratchet se prit le visage dans les mains. Et quelques instants plus tard, il sentit une étreinte douce lui envelopper les épaules.

Il sentit un sourire peiné sur le visage de la deux-roues, son souffle saccadé caressant le cou du médic.

- …Je sais ce que ça fait, déclara Arcee après un silence. Perdre un camarade, un partenaire, un ami…et je sais que tu as affronté l'enfer. Qu'on aurait dû venir te chercher plus tôt.

Oui…

Ratchet se mordit la lèvre.

- Mais…te renfermer sur toi-même ne fera pas avancer les choses. Tu le sais.

- C'est de ma faute…vous devriez m'en vouloir.

- Non. Tu n'aurais rien pu faire, tu m'entends ? Arrête de t'autoflageller comme ça. Arrête de t'en vouloir.

Elle marqua une pause.

- Ratchet…reste avec nous. On a besoin de toi ici. Pas seulement parce que tu es le medic. On a besoin de toi parce que tu nous as manqués. Atrocement. A moi, à Cliffjumper, à Bee…à tous. Ne nous abandonne pas, s'il te plait.

Ratchet ferma les optiques.

- …N'abandonne pas Undertone. Il a besoin de toi aussi.

A nouveau, Ratchet sentit les larmes rouler sur ses joues. Arcee resserra son étreinte, acceptant sa réponse silencieuse.

- …Ils mourront tous…cracha-t-il, les sanglots dans sa voix. Ils paieront…ils paieront…

- …La vengeance ne ramènera pas nos camarades, Ratchet.

Mais c'était tous ce qu'ils méritaient, à l'heure actuelle ! Tous ce que ces sadiques méritaient !

Ne détruis pas ton âme…

Ratchet laissa son sac glisser de ses doigts et tomber au sol. Il finit par se retourner lentement pour serrer Arcee contre lui, évacuant par les larmes toute la douleur et le deuil qu'il n'avait pas pu exprimer aussi librement au Sanctuaire.


« …Merci. »

La veille, Père Jean avait dormi toute la journée. La fatigue et les émotions l'avaient achevé. Mais aujourd'hui, il se sentait un peu plus en forme. Suffisamment pour se lever du lit et tituber jusqu'au chevet de Glacius.

Il avait envie de demander à Ratchet de déplacer son lit pour être plus proche du Cybertronien. Mais peut-être n'était-ce pas une bonne idée. Le fait de savoir Glacius dans le coma, que ce dernier ne répondrait pas, ne réagirait pas à ses mots lui perçait le cœur.

Mais il avait voulu au moins le remercier. Père Jean chercha à tâtons et finit par poser sa main sur le métal qu'il devina comme étant un doigt de Glacius.

Des bruits de pas résonnèrent derrière lui.

« …Vous devriez être couché, Père Jean », s'éleva la voix de son bienfaiteur.

Père Jean sourit, reconnaissant Gasket. Doucement, sans se détourner complètement de Glacius, il pivota la tête en direction du Cybertronien.

« …Je sais. Mais je souhaitais vous remercier aussi, déclara l'humain.

- Vous n'avez pas à me remercier, soupira Gasket. C'est vous, Marie et Ratchet qui avez réussi à placer l'artefact en sécurité.

- Mais sans vous, nous étions morts. Vous nous avez également sauvés des flammes, au Château de Garboil, Wing et moi.

Il sentit Gasket tiquer. Père Jean se redressa avant de s'asseoir sur le sol.

- …Pourquoi ne m'avez-vous pas révélé votre identité, Gasket ? Et pourquoi n'êtes-vous pas resté avec nous ? l'interrogea-t-il doucement.

- …Je l'ai déjà expliqué à Marie. J'avais peur.

- Peur ?

- Des Decepticons. Des Autobots…de votre espèce.

Père Jean fronça les sourcils à cette remarque.

- …Et de la réaction des membres du Cercle de la Lumière. C'est à cause de moi s'ils connaissent la position des artefacts.

- On vous a forcé, Gasket. Vous n'auriez pas pu faire grand-chose.

- Si. J'aurais dû faire tout ce qui était en mon pouvoir pour qu'ils ne découvrent rien.

- Vous n'allez pas repartir, n'est-ce pas ?

L'hésitation du Cybertronien ne fut que flagrante.

Soudain, un détail revint en mémoire de l'humain.

Comment avait-il pu oublier une information aussi importante ? Tout de suite, il s'exclama.

- …Gasket. Il faut contacter Wing, Bumblebee et Rung. Le Sanctuaire a envoyé un escadron de cent Insecticons à Frayus, pour récupérer le prochain artefact.

- Tu en es sûr ?

Oui. Glowstrike les avait envoyés. Père Jean se rappelait de chaque détail de leur conversation.

- Il faut les contacter, répéta le prêtre.

- Dans ce cas, on s'en chargera. Mais malheureusement, il est probable qu'ils soient déjà arrivés à Frayus. Et cette planète est hors de portée de nos réseaux de communication sur Terre en raison de leur distance. Ratchet essaie actuellement d'effectuer des manipulations pour pouvoir les contacter mais cela risque de prendre du temps.

Père Jean se mordit la lèvre. Il n'avait pas pensé à cela.

- …Mais…est-ce que Cybertron et Frayus sont loin l'une de l'autre ?

Il devina un air songeur sur le visage de Gasket.

- …Assez loin. Mais cela risque d'être juste au niveau de la distance.

- Peut-être peut-on demander à quelqu'un qui habite sur Cybertron de les contacter ? Vous connaissez sûrement quelqu'un, non ?

Gasket mit un temps avant de répondre.

- …Oui. Je connaitrais quelqu'un. Drift…Drift peut essayer de les contacter.

Père Jean approuva du chef l'idée.

- On peut faire ça.

- Vous devriez vous recoucher, Père Jean. Vous êtes fatigué.

Alors qu'il se redressait, l'humain se raidit. Il passa une main dans la poche de son pantalon, qu'il n'avait pas changé depuis son arrivée au Sanctuaire.

Il sentit quelque chose à l'intérieur…et lorsque Père Jean attrapa l'objet pour l'extraire, il réalisa au contact qu'il s'agissait de la clé USB qu'il avait emporté alors qu'il cherchait l'artefact.

La clé pour tout détruire et tout reconstruire…

- …Qu'est-ce que c'est ? l'interrogea Gasket.

- Je l'ignore…je l'ai trouvé au Sanctuaire. Ou plutôt…c'est le Diamant d'Adaptus qui…qui me l'a donnée.

- Attends…l'artefact t'a donné quelque chose ?

Père Jean hocha la tête. Gasket ne répondit pas. Il sentit qu'il était déconcerté. Prudemment, le Cybertronien lui demanda de le lui donner et Père Jean obéit, lui tendant le bras pour qu'il le reçoive.

- …Vous croyez que cela signifie quelque chose ? demanda le prêtre.

L'humain devina qu'il examinait la clé USB en question.

- …C'est étrange, déclara Gasket.

- Pourquoi ?

- C'est une clé USB avec un programme spécial. Quelque chose que vous, les humains, appelleriez un malware. Il s'agit de vieille technologie Cybertronienne. Habituellement, on ne se sert de ce type de clé USB que pour deux raisons.

Deux raisons… ?

- …Pour collecter les données personnelles d'un Cybertronien, confessa Gasket.

- Les données personnelles ?

- Les souvenirs, si vous préférez. Les Cybertroniens peuvent choisir de placer des données sur ces clés USB et de les réutiliser plus tard si besoin. On peut également en extraire de notre système et les supprimer de notre mémoire, tout en les conservant sur cette clé USB via le programme.

Supprimer des souvenirs de sa mémoire ? Quel genre de souvenir ?

Père Jean repensa à Wing. Aux souvenirs effacés de sa mémoire…ceux qui concernaient sa fille.

Cela réduisit l'humain au silence. Il se rappela que Gasket, Drift et Dai Atlas avaient délibérément choisi d'effacer ses souvenirs pour protéger Wing de la douleur.

Et qu'avant son départ, Wing…ignorait les appels de Drift et ne souhaitait pas non plus communiquer avec Dai Atlas.

- …Je ne comprends pas pourquoi l'artefact vous a montré cela, compléta Gasket.

- Je l'ignore aussi.

Mais…est-ce que Wing accepterait de parler avec Gasket ?

Quelque chose interpella l'humain. Il hésita, mais finit par questionner le Cybertronien :

- …Donc, le malware supprime les données de la mémoire d'un Cybertronien ?

- En effet, déclara Gasket.

- Et…est-il possible de retrouver les données perdues ? Au cas où quelqu'un…y aurait accédé ?

Un court silence lui répondit.

Il ne savait pas si c'était opportun d'évoquer ce sujet avec Gasket et de lui avouer qu'il connaissait la vérité par rapport à Heavenlight. Que Wing le savait aussi.

Il pouvait. Mais…ce n'était pas à lui de le dire. C'était à eux-deux de se parler, de s'expliquer.

- …Oui, finit-il par répondre. Oui, il est possible de recollecter nos données perdues, en inversant l'algorithme du programme. Par contre, c'est très complexe.

C'était tout ce qu'il avait eu besoin de savoir.

Gasket lui donna la clé USB, indiquant qu'ils devraient demander à Ratchet de l'examiner plus tard.

- …Gasket, l'interpella Père Jean avant que le Cybertronien ne s'éloigne.

Il devina que son interlocuteur s'était retourné.

- …Réparez votre antenne, lui conseilla Père Jean, un sourire complice sur son visage. Wing n'a jamais cessé de vous envoyer des messages depuis que vous êtes parti.

Cela laissa le Cybertronien sans voix.

- …Vraiment ? demanda-t-il, le ton hésitant.

- Il tient beaucoup à vous. Il s'est beaucoup inquiété. S'il est venu sur Terre, ce n'était pas seulement par rapport aux artefacts. Mais c'était également pour vous, pour vous retrouver.

Il croyait que Gasket avait besoin de le savoir.

Etant donné que Wing avait tout donné pour essayer de le retrouver, et peu importe ce qui s'était passé, Père Jean savait que Wing serait heureux de revoir Gasket vivant.

Gasket ne répondit pas. Il se contenta de s'éloigner, sans un mot. Toutefois, il s'arrêta avant de lancer distraitement :

- …Tu devrais parler à Marie. Elle a des choses à te dire.

Père Jean entendit Outrigger au loin le prendre à part.

- Gasket ! Tu…te souviens de moi ? lui demanda le jeune bot. J'étais petit, à l'époque.

Il devina un sourire sur les lèvres de Gasket.

- On ne s'est pas beaucoup croisés mais…Bien sûr que je me souviens de toi, Outrigger. C'est difficile de t'oublier.

Cet échange ravit Père Jean. L'humain décida de les laisser seul et se guida lentement jusqu'à son lit avant de s'y allonger. Il tendit le bras et retrouva la main de Marie, cette dernière ayant promis de rester avec lui.

- On a quand même accompli tant de choses ensemble, déclara Père Jean, le ton léger.

- Hm ?

- On a voyagé beaucoup ensemble. On a découvert l'existence des Cybertroniens ensemble. On a traversé de nombreuses épreuves ensemble. Et…actuellement, on contribue ensemble à la sécurité de l'univers. Et à nous deux…Wing et Gasket seront réunis.

Il devina un sourire sur le visage de Marie.

- …C'est vrai, admit-elle.

- Gasket m'a informé que tu avais quelque chose à me dire, Marie.

Il la sentit se raidir.

Un silence tomba. Marie finit par prendre une inspiration. Une longue inspiration.

- …Je n'ai plus d'appartement, Jean.

Cette révélation foudroya le prêtre. Et comme promis plus tôt au Sanctuaire, Marie lui raconta tout. Elle lui raconta la rencontre entre Gasket et les humains, le fait que ces derniers avaient essayé de désactiver le Cybertronien, sa position à ce sujet, et le fait qu'elle ait choisi de libérer Gasket…

Et son renvoi. L'armée, après de nombreux services de la part de Marie en tant qu'officier, avait renvoyé Marie pour insubordination et faute lourde.

D'où la méfiance de Gasket envers les humains, pensa Père Jean.

- …Ils m'ont dit que j'avais mis la sécurité de l'univers en péril.

- C'est plutôt eux qui la mettent en péril avec leur mentalité, rétorqua le prêtre, scandalisé d'une telle décision de leur part.

Il reprit la main de Marie.

- …Mais…tu pouvais m'en parler, Marie. Tu pouvais m'en parler et me le dire…je t'aurais aidé.

- Je n'avais pas envie, Jean.

Il devina qu'elle avait baissé la tête.

- …Après que je t'ai laissé tomber…cela n'aurait pas été juste pour toi de m'héberger quand je ne le mérite pas. Parce que c'est ce que tu m'aurais proposé, n'est-ce pas ?

Le prêtre soupira.

- Cela n'aurait pas été juste. Peut-être. Mais ce n'était pas juste de ta part de ne pas m'en parler.

- Je suis désolée.

- Marie…

Père Jean se rapprocha d'elle.

- …Viens habiter chez moi. Mon appartement n'est peut-être pas grand. Mais ce sera toujours mieux que de dormir dans la voiture.

- Jean…

- Starry sera ravi de te voir, ajouta-t-il sous un ton amusé.

Marie ne répondit pas.

- …Tu as toujours été trop gentil, Jean.

- Je crois que je partage ce point commun avec Wing, rétorqua-t-il tranquillement.

- …Jean.

Elle marqua une pause.

- …J'ai encore des sentiments pour toi.

Père Jean releva le menton. Il sentait le poids de mots que Marie avait du mal à prononcer. Il adressa dans sa direction un sourire encourageant, l'invitant à continuer.

- …Je veux dire, par là, que je t'aime encore. Je pense que je t'aimerai même toujours. Pas dans le sens platonique du terme. Je…Je t'aime encore comme un compagnon. Comme mon compagnon. Le seul que je n'aurais jamais.

Sa voix tremblait. Elle était anxieuse. Et en même temps, Père Jean devinait sa culpabilité et son rejet d'elle-même.

- …Je suis désolée, compléta-t-elle.

- Ne le sois pas.

Père Jean l'attira dans une étreinte forte et rassurante, que Marie s'empressa de rendre.

- …Je t'aime aussi, Marie. C'est juste que…maintenant, c'est différent.

Il était prêtre, maintenant.

Tout comme Wing avait laissé Drift partir, il devait laisser Marie partir.

- …Mais viens habiter chez moi. Ne reste pas seule.

Marie ne répondit pas. Malgré les sanglots étouffés dans sa poitrine, Père Jean devina un hochement de tête timide de sa part.


La salle plongée dans le silence, les bras croisés, Glowstrike contemplait la dépouille de Tarantulas.

« Tarantulas était…un brillant scientifique. »

Dans son dos, le ministre du culte du Sanctuaire prononçait un discours vantant les qualités de Tarantulas et quel genre de personne était-il. L'action était peut-être louable, mais encore fallait-il trouver des qualités chez un individu pareil.

Airachnide avait organisé ce cinéma. Des funérailles pour un officier de qualité. Et seulement pour un officier de qualité. Quelle Reine aussi attentionnée. Glowstrike l'observa du coin de l'œil. L'araignée faisait la moue et c'était probablement la chose qui pouvait potentiellement ressembler le plus à de la tristesse. Chez elle, du moins.

Quant à elle, Glowstrike ressentait autant de tristesse que devant une pantoufle par terre.

« …Il…adorait la science. Il était quelqu'un qui respirait la joie de vivre…il était…gentil quand il pouvait, récita le responsable, cherchant ses mots.

Une heure que durait ce cirque et c'était trop long. Glowstrike échangea un regard avec Saberhorn. Ce dernier s'ennuyait autant qu'elle et il ne manqua pas de lui offrir un sourire charmeur pour lui faire comprendre.

Elle avait l'impression de perdre son temps. Depuis qu'ils avaient découvert le cadavre de Tarantulas et que le Diamant avait été volé, Glowstrike endurait difficilement la défaite. Distraitement, la luciole se massa l'ecchymose au poignet. Airachnide avait été folle de rage en apprenant la nouvelle, au point qu'elle avait mis le vol de l'artefact et la mort de Tarantulas sur le compte des ouvriers de la Ruche tout simplement parce que l'alerte avait été sonnée.

Sur ce point, Glowstrike admettait qu'il y avait eu une négligence quelque part, même si elle était certaine que c'était le medic qui avait été derrière tout cela. Peut-être avait-il récupéré les humains et l'artefact au passage, avant de tuer Tarantulas. Mais Airachnide avait souhaité faire exécuter tous les ouvriers pour faute. Cela aurait signifié la fin de la Ruche et du Sanctuaire par extension. Même Hardshell avait été contre un tel acte. Toutefois, Glowstrike avait réussi à la convaincre de ne pas procéder à une telle boucherie. A la place, Airachnide avait choisi le plus gradé avant de le torturer et l'exécuter.

Néanmoins, même si cela avait soulagé les pulsions d'Airachnide, du moins temporairement, cela ne réglait pas le problème. Ils n'avaient plus qu'un seul artefact. Glowstrike ne regrettait pas Tarantulas, mais ils avaient perdu leur scientifique. Et leur plan d'utiliser les humains comme otage était tombé à l'eau. Au moins pour l'instant.

Airachnide ordonna au ministre de Primus de se taire. Elle prit une inspiration.

« Pour honorer la mémoire de mon officier tombé, j'organise une fête ce soir. Tout le monde est invité. Chacun aura droit à la quantité d'energon qu'il souhaite. »

Encore une fête, pensa Glowstrike amèrement. A croire qu'elle n'avait rien compris. Et comme c'était touchant de penser à Tarantulas. Mais le lynx, l'aigle, tous ceux qui étaient morts, n'avaient pas eu droit à un tel traitement. Pour peu, elle aurait été presque ravie qu'Airachnide perde son jouet de distraction. Elle le méritait pour ce qu'elle avait fait à Galamb.

L'araignée passa près d'elle. Glowstrike se figea, mais la laissa venir à elle. Airachnide enveloppa ses bras autour de sa taille, avant de lui murmurer dans le creux de son audio.

« …J'espère que tu as un plan de secours. Sinon, ce sera toi, la prochaine pour qui on organisera des funérailles. »

Glowstrike ne réagit pas. Airachnide rapprocha son visage vers les câbles de son cou, comme pour humer l'energon qui circulait en elle.

« …J'aime ton parfum » déclara l'araignée, ses mains remontant doucement vers sa poitrine avant de la relâcher pour rejoindre Hardshell.

Meurs, pensa Glowstrike amèrement. Dès qu'elle fut suffisamment éloignée, Glowstrike relâcha un frisson de dégoût.


Glowstrike ne se rendit même pas à la fête organisée par Airachnide et sa clique. Elle se rendit directement dans sa chambre. Quand son regard se posa sur la cage vide, Glowstrike détourna immédiatement la tête.

Trouver un plan…lequel ? Bien sûr, Chop Shop et Filch étaient sur le coup pour récupérer le Livre d'Epistemus. Ils pourraient également chercher le Diamant et dépouiller complètement les Autobots.

Glowstrike ne put s'empêcher de soupirer. Elle avait l'impression de combattre sur deux fronts. Combattre les Autobots et combattre Airachnide…

Oui. Le Sanctuaire était menacé autant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Elle ne saurait dire laquelle de ces menaces était la plus dangereuse à traiter. Mais si elle ne veillait pas sur les habitants du Sanctuaire, personne d'autre ne le ferait.

Mais…veiller sur le Sanctuaire, le protéger surtout contre les Autobots, contre le Cercle de la Lumière…c'était plus compliqué qu'elle n'avait imaginé.

Elle était sur le point de refermer la porte quand Saberhorn la bloqua d'un bras. Il paraissait essoufflé, comme s'il avait couru.

« J'ai quelque chose qui pourrait t'intéresser, déclara Saberhorn.

- Un artefact volé ? demanda Glowstrike amèrement. Parce que c'est ce qui pourrait me rendre de meilleure humeur tout de suite.

- Désolé, ma Chère, ricana Saberhorn. Mais…je pense que ça t'intéressera quand même.

Glowstrike fronça les sourcils.

Saberhorn ouvrit son châssis…et en ressortit une petite fiole. Glowstrike s'approcha pour observer un contenu vert translucide.

Quand elle réalisa de quoi elle s'agissait, aucun mot ne sortit de sa bouche. Elle resta sans voix face au spectacle se présentant à elle.

- …L'energon synthétique ?

- On dirait que Tarantulas a achevé la recette que tu lui as demandé, approuva Saberhorn. Ce bougre a quand même réussi quelque chose.

- Et on pourra le reproduire.

- On pourra le reproduire.

Pour la première fois aujourd'hui, Glowstrike se détendit considérablement et s'autorisa à sourire.

- On n'aura plus besoin de diminuer les rations.

- C'est ce que je dis.

Même s'ils avaient encore besoin des artefacts, c'était une bonne nouvelle. La famine au Sanctuaire allait s'arrêter. Ils pourraient faire passer des formations et recruter un scientifique qui serait capable de reproduire le travail de Tarantulas.

Saberhorn se mit à rire, se délectant de leur trouvaille. Glowstrike le contempla sans un mot.

Contrairement aux fois précédentes, ce fut elle qui initia le geste. Elle noua ses bras autour du cou de Saberhorn. Ce dernier, quoiqu'un peu surpris, lui rendit l'étreinte immédiatement, une expression réjouie sur les lèvres.

Glowstrike ne le rejeta pas. Sans mesurer le temps, ils restèrent dans les bras l'un de l'autre, la luciole enfouissant son visage dans l'épaule du pirate.

Puis, elle recula, sans se détacher de lui. Elle était consciente de leur proximité actuelle. Elle savait que ce n'était pas une bonne idée. Ses optiques rencontrèrent celles de Saberhorn. Pendant de longues minutes, ni l'un ni l'autre ne parla.

Puis, Glowstrike abaissa son regard vers ses lèvres. Elle eut envie de se laisser tenter. De se laisser séduire. D'arrêter de le repousser.

Au moins, pour savoir si elle ne ressentirait rien comme elle s'y attendait…ou si, au contraire, elle ressentirait véritablement quelque chose.

Plus d'émotions. Tu ne ressentiras plus rien.

Parfois, elle désirait croire que c'était faux. Au final, elle se détacha de Saberhorn, gardant la fiole en main.

- …Autant fêter ça, tu ne crois pas.

- C'était l'idée que j'avais en tête, ma Chère.

Mais loin d'Airachnide. Glowstrike le laissa entrer et referma la porte derrière eux.