Chapitre 63
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Le désordre qui règne dans la salle de réunion n'a rien de comparable avec celui de la veille, quand les biens volés n'étaient que de banals objets du quotidien. Tout le monde braille, s'affole, pleure sur ce qu'il a perdu. Ce bruit et cette absence de maîtrise commencent rapidement à vous énerver, et vous envisagez un instant de retourner chercher votre bazooka pour rétablir le calme à votre manière. Cela s'avère finalement inutile : quand Hijikata entre, c'est avec sa tête des pires moments. Personne n'a jamais osé le défier dans ces moments-là. À part vous, bien sûr, mais là, vous n'êtes pas d'humeur. Votre envie de tuer est totalement accaparée par quelqu'un d'autre.
De sa voix trop calme qu'il ne dégaine que pour les occasions et qui sonne comme un glas, il demandez à tout le monde d'expliquer où ce « fils de *** » est allé fouiner, et s'il a laissé le moindre indice. Quand vient votre tour, vous détaillez tout ce que vous avez constaté, sans toutefois mentionner quel objet a été volé. Il ne vous le demande pas. Kondo, quand à lui, a un peu de mal à se faire comprendre entre ses pleurs et ses reniflements : d'après ce que vous avez compris, la photo d'Otae-donno lui est revenue au prix d'une autre relique de sa dulcinée : un mouchoir en tissu, qu'il aurait obtenu après cette histoire impliquant ce cyborg armé d'un sabre-laser, dont la jeune femme aurait été proche. Kondo ayant été légèrement blessé dans l'aventure, elle lui avait donné, dans un élan de reconnaissance pour son aide, ou de faiblesse, ou d'inconscience, ce morceau de tissu pour qu'il puisse éponger son sang. Et si ce n'était qu'un simple mouchoir, le fait qu'il ait été offert de plein gré par son Otae lui donnait infiniment plus de valeur aux yeux de Kondo que n'importe quelle photo prise à son insu.
Malheureusement, il n'a pas plus d'indice que les autres. Tout le monde a retrouvé ses possessions à la même place, en a perdu une autre de forte valeur sentimentale, a trouvé les même messages. Si le voleur qui croupit en ce moment dans vos geôle était une anguille, celui-là était un fantôme : il n'avait laissé absolument aucune trace, nulle part.
Soudain, la porte de la salle s'ouvre à nouveau : sous les regards étonnés de ceux n'ayant pas noté son absence, entre Shimaru, son carnet restitué sous le bras. Les regards d'étonnement se muent bientôt en regards de crainte, et pour cause : il avait promis le seppuku pour tout retard. Mince, lui qui est toujours ponctuel, d'habitude. Malgré ce que vous avez vous-même dit à Kamiyama plus tôt, il ne va quand même pas oser...
- Shimaru, commence-t-il d'un ton menaçant, tu as dû entendre que...
Mais à la surprise générale, votre collègue si timide interrompt le vice-commandant à sa manière, en brandissant son carnet devant lui. En tendant le cou, vous pouvez y lire les mots : « il a laissé ça ». Dans son autre main, il tient un DVD accompagné d'un mot de la main du malfrat : « au capitaine de la division du silence, responsable de la justice au sein du Shinsengumi ».
- Tu l'as contrôlé pour vérifier qu'il était sûr ? demande Hijikata en se saisissant de l'objet.
Il hocha affirmativement la tête. Le seppuku ne sera probablement pas d'actualité, cette fois encore.
Sans plus attendre, il va insérer le DVD dans le lecteur de l'ordinateur de la pièce. Les secondes de chargement précédant le lancement de la vidéo parurent une éternité. Enfin, le lecteur s'afficha sur l'écran.
Bien que vous vous y attendiez, vous sentez vos instincts meurtriers s'exacerber quand la tronche de ce pantin en costume lavande apparaît sur l'écran.
- À nouveau bonjour, messieurs du Shinsengumi, commence-t-il. À l'heure qu'il est, vous avez dû retrouver vos précieuses petites bricoles qui ont soigneusement été remises à leur place. Mais je devine des mines contrites... Vous rendriez-vous compte, à présent, de la vacuité de votre précédente inquiétude ? À quel point il aurait été préférable que je garde ces babioles inutiles ? Réalisez-vous, à présent, qu'est-ce qui avait le plus de valeur pour vous ? Avez-vous compris le véritable Esprit de Noël ?
- Tu va voir ce que je vais lui faire, à l'Esprit de Noël ! hurle Hijikata sur l'écran, tandis que vous caressez votre sabre à travers son fourreau. Dis-nous un peu où tu es, on verra si tu es aussi éloquent sans ta langue !
- Allons, vous êtes fâché, n'est-ce pas ? poursuit-il avec une fausse compassion, ce qui vous donne encore plus envie de lui faire bouffer ses propres boyaux. Inutile de vous mettre dans tous vos états, le rôle de l'Esprit de Noël n'est pas de rendre les hommes malheureux en leur prenant ce qui leur est cher, mais de leur enseigner des leçons, et je suis sûr que vous avez appris la vôtre, maintenant. Je vais donc vous rendre ce qui vous appartient, dans un lieu approprié... Retrouvez-moi au marché de Noël, où chacun sauvera ce qui lui est lui réellement précieux.
Le bandit s'incline, puis la vidéo s'arrête. Tous les regards se tournent vers celui qui va décider de la suite, à savoir Hijikata.
- Toushi, que devrait-on faire ? lui demande Kondo, apparemment lui-même indécis. Il pourrait très bien s'agir d'un piège...
- C'est sûrement un piège, approuvez-vous, mais on n'a pas d'autre indice. Il n'y a pas d'autre option, si ce n'est rester ici et attendre...
- Je suis d'accord, affirme Hijikata en s'allumant une clope. De plus, le marché de Noël est noir de monde, en ce moment. Si ce type a décidé de nous tendre un piège, ce sont des civils qui risquent d'en faire les frais. Je n'aime pas ça non plus, mais nous n'avons guère le choix.
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Kondo et les autres approuvent silencieusement. Il ne vous reste qu'à aller vous jeter dans la gueule du loup... Et ça se passe au chapitre 35.
