Posté le : 11 décembre 2019
Ceci est le dernier chapitre de Lucioles. Non, je ne pleure pas.
Rar : Merci Rhea pour ton avalanche de reviews ! Elles m'ont beaucoup touchée, je suis vraiment heureuse que tu aies apprécié cette histoire. Je te laisse la terminer !
Playlist :
Owl City – Fireflies
Imagine Dragons – Trouble
Kino - Posledni Geroi (le Dernier Héros)
Po-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-
Maintenant qu'il n'était plus le seul à partir, Luke réalisa qu'il avait bâclé la préparation de son voyage, et qu'il manquait des paramètres de sécurité élémentaires. Il devait se réentraîner à la self défense, développer une armure capable d'aller dans l'espace, élaborer un sort ou dispositif permettant de traduire toutes les langues… Cela, ajouté à ses leçons de pilotage au spatioport, laissait amplement le temps à Trin' de réaliser son stage et de terminer ses études. Cependant, l'étudiant devait annoncer à ses proches qu'après cela, il allait partir pendant des mois.
La conversation avec sa mère se passa à peu près aussi mal que prévue. Elle s'était saignée aux quatre veines pour que son fils fasse de grandes études, et lui, que faisait-il ? Il annonçait qu'après son stage et son diplôme, au lieu de trouver un travail, il partait en Australie passer une année sabbatique.
Étant sa mère, elle avait tout de suite identifié la raison de cette décision.
« Je parie que c'est pour un mec, s'était-elle écrié trente secondes après l'annonce de son fils. Avec qui tu pars ? Avec qui tu pars ? avait-elle insisté en enfonçant son doigt dans son sternum à chaque mot.
-Aïe, maman, mes côtes !
-Je veux un nom !
-… Luke ?
-Tu veux dire celui à cause duquel je t'ai ramassé à la petite cuillère pendant trois ans ? Mais tu as complètement perdu la tête ? »
Trin' ne répliquant rien et se contentant d'afficher une grimace d'excuses, sa mère renchérit :
« Je vais te chicoter !
-Maman, calme-toi, on va en discuter… »
Il était toujours aussi incapable de mentir à sa mère, et il dut rapidement dire la vérité. Mais savoir que son benjamin allait quitter la Terre pour faire sauver la planète et faire avancer l'humanité n'apaisa pas Victoire, bien au contraire. Il fallut de long mois où Trin' lui montra ses progrès en self defense, et une démonstration de chaque équipement de sécurité que Luke avait fabriqué, pour qu'elle se fasse enfin persuader de le laisser partir.
Mis à part son stage, Trin' avait repris la capoeira qu'il avait pratiquée étant petit, et Luke l'avait inscrit à d'autres sports de combat. Entre ces séances presque quotidiennes et sa vie sexuelle active, Trin' ne se souvenait pas de ce qu'était de se réveiller sans courbatures.
Malgré qu'ils soient tous les deux très occupés, Luke et lui prirent le temps de se voir. Ils retournèrent au cinéma voir un énième spin-off mal fait de Star Wars, allèrent au restaurant, et un matin, Trin' s'étrangla en se voyant en première page d'un magazine people. Ses collègues le charrièrent pendant des semaines avec ça, mais au moins, ils le prirent un peu plus au sérieux et ne lui demandèrent plus de faire les cafés.
Luke, lui, se fichait que les tabloïds s'offusquent qu'il sorte avec un simple stagiaire clevelandais alors qu'il pourrait se taper tout le gratin de New York. Il était absorbé par ses recherches spatiales, qu'il développait dans le vieil atelier de son père ou à la Nasa, et passait le reste de son temps en cours d'art martial, ou bien en leçon de pilotage au spatioport. Il entraînait aussi sa magie, et revoyait parfois Strange pour des séances de méditation. Le soir, il se téléportait souvent dans l'appartement de Trin', et ils mangeaient en parlant de leurs journées ou de leur vie future dans l'espace.
Un jour où il n'avait envie de faire aucune de ses quatre activités du moment, il passa au salon de tatouage Boys Don't Cry. Amandine l'accueillit comme une collégienne surexcitée, et lui présenta tout son travail. Très emballé, Luke dessina de mémoire un phoque fauve, et lui demanda de le lui tatouer à la cheville. Il passa souvent au salon après ça, griffonnant des idées, regardant Amandine travailler, et finissant par se graver lui-même une luciole géométrique au creux du poignet.
Les combinaisons furent prêtes, Luke obtint son permis de pilotage spatial, et Trin' fut diplômé de l'université. On lui avait proposé un contrat dans l'entreprise de son stage, sans doute à cause de ses relations, mais il avait décliné en avançant sa participation à des projets secrets de Stark Industries dans la recherche écologique. Il avait beaucoup apprécié la tête de ses supérieurs hiérarchiques à cette annonce.
Ils firent une grande fête de départ avec le reste des Trails, sa famille, ses proches amis de la fac et les mutants. Ce soir-là, il discuta longuement avec son grand-père, qui lui dit de vivre sa vie, et de ne jamais se mettre entre parenthèses, pour quoi ou qui que ce soit. Il lui dit aussi de lui ramener une alien de son âge pas trop regardante et pas trop dure à regarder, mais Trinité mit ça sur le compte de la gnôle que le vieil homme s'était enfilée.
Cette fête avait apaisé ses derniers doutes. Il partait sans regrets pour l'espace, et aux cotés de Luke.
Les jours qui suivirent furent des émerveillements constants. Malgré ses protestations, Luke ne l'avait jamais emmené au spatioport, gardant la surprise pour le jour du départ, et rien que cet endroit lui coupait le souffle. Il se croyait dans un film de science fiction, avec les vaisseaux spatiaux manquant de se rentrer dedans toutes les dix minutes, les aliens qui se hurlaient dessus dans des langues aux accents inconnus, et les boutiques de souvenirs avec de petits globes terrestres.
Luke l'emmena dans un garage sous-marin où il garait son vaisseau. Il l'avait acheté au dernier moment pour ne pas payer de frais astronomiques de parking (sans mauvais jeu de mot).
Il s'agissait d'un petit vaisseau bleu et argent, aux courbes racées et douces, qui rappelaient à Trin' une voiture miniature qu'il adorait étant gamin. En bon amoureux de son engin, Luke lui présenta toutes ses caractéristiques techniques, mais Trin' n'y comprit rien, et demanda juste s'il pouvait l'appeler « Titine ». Luke refusa catégoriquement, parce qu'ils baptiseraient le vaisseau ensemble mais que ce serait tout sauf « Titine », et Trin' prit ça pour un oui.
Ils décollèrent le lendemain, et un sourire mangeait son visage tandis qu'ils étaient secoués par les turbulences. Il fut par contre complètement silencieux quand Luke prit le temps deles mettre en orbite, et que Trin' contempla la Terre, si belle et si bleue, comme une fragile bille de verre flottante, qu'une pichenette pourrait briser.
« On trouve de quoi la sauver, murmura alors Luke, et on revient.
-Vendu », murmura Trin' sans pouvoir détacher son regard de sa planète.
Après quelques sauts en distorsion, ils furent dans le système de Beta Ceti, et commença alors la longue attente pour parvenir jusqu'à Něråma. Ils firent beaucoup l'amour cette semaine-là , listèrent les repas lyophilisés par ordre gustatif,chantèrent à tue-tête la playlist de leur collège, et trouvèrent un nom convenable au vaisseau. Ils l'avaient appelé le Trying Luck, un clin d'oeil à leurs deux noms, mais aussi aux risques qu'ils prenaient en s'aventurant aussi loin dans l'inconnu, tout ça pour la chimère d'une réussite.
Un jour, Luke annonça qu'ils se rapprochaient pour de bon, et Trin' ne parvint pas à cacher son excitation. Il lui arrivait le soir de caresser du pouce le tatouage du phoque fauve sur la cheville de Luke, et s'était toujours demandé ce qu'il ressentirait en en voyant un vrai.
Plus ils approchaient, plus son compagnon fronçait les sourcils, et Trin' finit par lui demander ce qui n'allait pas.
« C'est la surface, expliqua Luke, je ne la reconnais pas. Pourtant, je jurerais que ce sont les mêmes montagnes, mais il y avait un désert, là, avant, fit-il en désignant une étendue verte.
-Tu n'avais pas dit que le temps s'écoulait de façon différente sur cette planète ? »
Le jeune inventeur écarquilla les yeux, et Trin' en fut consterné. Vous étiez un génie, vous planifiiez un voyage depuis des mois, et vous ne pensiez pas à ça. Sérieusement.
Bon. Il fallait reprendre depuis le début.
« Tu es parti il y a sept ans. Rappelle-moi le ratio de temps entre le nôtre et le sien ?
-Une heure chez nous équivaut à deux mois.
-Cela fait…
-Une journée équivaut à quatre ans, un an équivaut à mille quatre cent soixante ans, sept ans équivalent à dix mille deux cent vingt ans, répondit calmement Jarvis depuis sa petite balle sur le tableau de bord.
-Tu as quitté cette planète il y a dix mille ans, répéta Trin' avec stupéfaction.
-Ok, non, c'est trop dangereux, on fait demi-tour, bondit Luke en commençant à modifier les données de vol.
-Arrête, arrête ! On ne va pas faire demi-tour maintenant !
-Il y a trop d'inconnus, tout peut avoir changer, depuis tout ce temps ! L'air n'est peut-être plus respirable, ce que je mangeais n'est peut-être plus comestible, une population hostile s'est peut-être développée !
-On est préparés pour ça, Luke ! On a assez d'oxygène pour trois ans, assez de nourriture en poudre pour quatre, et on ne s'est pas entraînés au combat pendant des mois pour rebrousser chemin au moindre risque !
-Ce n'est pas un « moindre risque », je n'ai absolument aucune info sur ce qui nous attend !
-Et ce sera pareil sur les autres planètes, Luke, parce que tu n'en as visité qu'une ! Deux avec Knowhere, mais on était d'accord pour ne pas mettre les pieds dans cet endroit pour l'instant. On arrêterait maintenant ? Parce que tu refuses de partir un peu à l'aventure ?
-Je ne comptais pas nous mettre en danger dès la première planète, non, pas exactement !
-C'es un très bon entraînement à l'inconnu, et tu connais déjà un peu les espèces d'ici !
-Elles ont sans douté évolué, depuis tout ce temps.
-Cela prend bien plus de dix mille ans !
-Les baleines volent, ici, Trin', je ne crois pas que cette planète s'embarrasse beaucoup de nos lois de la nature. Si le paysage a changé, c'est peut-être pareil pour tout le reste !
-Bon, écoute : on est encore à dix mille mètres. Je nous remets à la verticale, tu vas méditer, et quand tu auras arrêté de psychoter, on atterrira. Vu ?
Luke souffla par le nez avec énervement, fulmina quelques secondes, puis lâcha :
« Si on meurt, ce sera cent pour cent de ta faute, et aucunement de la mienne !
-Très bien ! Maintenant va méditer ! »
Trin' se remit aux commandes et releva le nez du vaisseau pour stopper leur descente. Il ne regarda pas en arrière, et finit par entendre Luke soupirer et partir dans leur chambre. Patientant tranquillement, il joua à son Rubik's Cube sans trop réussir à le résoudre, et discuta avec Jarvis pour tenter de rassembler des informations sur la planète. Une petite heure plus tard, il sentit des mains sur ses épaules et des lèvres sur sa tempe.
« Pardon pour tout à l'heure, murmura Luke dans ses cheveux. J'ai flippé.
-Tout va très bien se passer. Et même si ce n'est pas le cas, nous sommes prêts. »
Cinq heures néramiennes plus tard, ils étaient encerclés par des hommes seiches à l'air menaçant, et Luke murmurait d'un ton mécontent :
« Je t'avais dit qu'on aurait dû faire demi-tour ! »
-o-o-o-o-
Après avoir atterri, Luke, équipé de sa combinaison, était sorti dehors. Une fois avoir fait refaire trois fois à Jarvis les analyses de l'air, il avait autorisé Trin' à sortir, le prévenant qu'il aurait du mal à respirer au début. Ce fut le cas, mais ça n'empêcha pas le terrien d'ouvrir des yeux médusés sur le ciel vert pomme, le soleil rouge, les algues géantes aussi grandes que des séquoias. Après quelques minutes d'adaptation, ils avaient fait leur sac à dos, et s'étaient prudemment éloignés de leur vaisseau. Ils ne marchaient que depuis cinq minutes quand ils s'étaient sentis épiés, et s'étaient arrêtés. Sous leurs yeux médusés, des troncs des algues et des buissons de corail s'étaient détachées des silhouettes molles, hostiles et changeant de couleur.
Trin' était si fasciné par les créatures qu'il n'arrivait pas à en avoir peur. Leur tête était plutôt plate, leurs pupilles en forme de « w » étrange, et leurs quatre dents en triangle formaient un cercle une fois leur bouche fermée. Au lieu de bras et de jambes, elles possédaient des tentacules, pourvus ou non de ventouses selon les individus. Entre ces tentacules s'étirait une membrane fine et transparente, qui rappelait un peu les écureuils volants. Elles étaient armées de longues lames fines et tranchantes, ressemblant à des arrêtes géantes.
Elles les avaient rapidement entourés après ça, les cliquetant dessus de manière agressive, leur peau variant du blanc au rouge en quelques secondes. C'était une excellente technique d'intimidation, et aussi de camouflage, un peu comme…
« Tes seiche-écureuils, réalisa soudain Trinité.
-Quoi ?
-Ce sont tes seiche-écureuils. Elles sont humanoïdes et intelligentes, maintenant.
-C'est pas vrai, balbutia Luke en palissant. On est vraiment dans la merde. J'ai un taser dans ma poche droite…
-Ne fais pas ça, laisse-moi faire.
Trin' sortit de sa poche son Rubik's Cube, et le tendit, paumes ouvertes, à l'assaillant qui était le plus proche de lui. Il tendit un peu plus son arme, avec l'intention claire de le trancher en deux, mais Trin' persista.
« Bonjour, fit-il doucement avec un grand sourire. N'ayez pas peur. C'est un cadeau. »
Ils se toisèrent quelques secondes, Trin' gardant son air avenant et ses bras tendus, la créature continuant de le fixer d'un regard hostile. Elle finit par lever un de ses tentacules, entourer l'objet et le lui prendre. Trin' se recula avec les mains levées, retournant auprès de Luke.
Lui était mortifié. Voir Trin' les mains en l'air lui ramenait des flashback traumatiques de son premier quinzième anniversaire, et il s'en voulait déjà terriblement de le mettre en danger. En ce moment, Trin' aurait dû être entrain de faire des photocopies, et le plus grand risque qu'il aurait dû affronter, se couper avec une feuille. Au lieu de cela, Luke le jetait dans les bras d'une tribu indigène alienne et hostile, dont il avait chassé les ancêtres pour les manger !
« Calme-toi, lui souffla doucement Trin' en le voyant respirer trop fort. Cela va bien se passer. »
Celui qui semblait être le chef de la petite expédition leva le Rubik's Cube, le regarda sur toutes ses coutures, et le leva près du soleil rouge, comme s'il ne distinguait pas bien les couleurs. Puis il manipula l'objet, comme pour deviner son usage. Trin' lui mima le fait d'en tourner les parties, le seichécureuil le regarda un instant, et à l'aide d'un second tentacule, il fit pivoter une rangée.
Intéressée, une autre créature se rapprocha, et cliqueta à l'autre en désignant un carré jaune. Le chef fit pivoter la face correspondante, et un second guerrier baissa son arme pour tapoter de son tentacule un autre carré jaune, cliquetant un petit moment.
Trin' regarda discrètement autour de lui, et vit que la couleur de la peau des seiches-écureuils commençait à changer. Ceux qui brandissaient toujours leurs armes portaient à présent des nuances d'orange, et les trois qui jouaient avec le Rubik's Cube avaient des fluctuations de vert, rose et jaune. Intrigué, Trin' souffla à Luke :
« Tu crois que c'est en fonction de leurs émotions ? Tu en sais quelque chose, Jarvis ? lança-t-il à l'holster de Luke.
-Sur Terre, les seiches sont connues pour modifier en quelques secondes la texture de leur peau et imiter la granulité de leur environnement. La peau des céphalopodes est en effet entièrement dotée d'une triple couche de leucophores, d'iridophores…
-Abrège, Jarvis, souffla Luke tandis que l'individu le plus proche de lui repassait au rouge, apeuré par la voix sortant du petit objet.
-La seiche change de couleur pour se fondre dans son environnement ou exprimer ses émotions, résuma l'IA d'une voix presque boudeuse.
-Incroyable, souffla Trin'.
-Ravi de voir que mourir bientôt te rend si enthousiaste.
-Mais non, on ne risque plus rien, le réprimanda Trin', regarde-les. »
Les seiche-écureuils étaient maintenant à quatre sur le cube coloré, le chef tournant les faces sous les conseils de ses semblables. Au bout de quelques secondes, ils furent satisfaits, et tendirent un tentacule pour rendre à Trin' son objet.
Le Rubik's Cube était certes visqueux et collant, mais résolu.
« Incroyable, souffla-t-il avec un sourire. Bravo ! leur lança-t-il avec un grand sourire.
Les yeux se plissèrent, et il sembla à Trin' que le chef était satisfait.
« Gardez-le, insista-t-il en le tendant, c'est un cadeau. »
Les pupilles en « w » s'écarquillèrent de nouveau, mais le seiche-écureuil finit par récupérer le jouet. Il cliqueta à ses semblables un long moment, et les uns après les autres, ils enroulèrent leur tentacule. Le chef enroula le sien, puis regarda Trin' et Luke de nouveau. De façon un peu exagérée, il porta un de ses tentacules à sa bouche à plusieurs reprises, puis montra les profondeurs de la forêt.
« Je crois qu'ils veulent nous emmener chez eux pour nous donner à manger, devina Trin'. On y va ?
« C'est ça, et arrivé au village, les explorateurs découvrent qu'ils ne veulent pas leur donner à manger, mais les donner à manger. Aux villageois, explicita Luke en n'obtenant aucune réaction.
-Oh, arrête, ils ont résolu un Rubik's Cube du premier coup et en moins d'une minute, ce ne sont pas des cannibales.
-Cet argument est non-recevable. Tu connais Hannibal Lecter ? Très fort aux échecs, ce type.
-Tu es un rabat-joie, c'est tout ce que tu es. Ils ont juste eu peur, mets-toi à leur place ! Un truc bruyant tombe du ciel, et il en sort deux aliens. Tu fais quoi, toi ? Tu fais un gâteau et tu leur apportes ? Non, tu sors ton bon gros taser, comme tu allais le faire…
-Tu as géré, c'est ce que tu voulais entendre ? Tu as géré. Le coup du Rubik's Cube, non mais sérieusement…
-Heureusement qu'ils peuvent voir les couleurs, sinon ça tombait à l'eau.»
Luke secoua la tête et sourit. Trin' le regarda discrètement, songeant à quel point sa vie était géniale. Il reporta son attention sur les seiche-écureuils nageant devant eux, et chercha à l'aveugle les doigts de Luke. Son compagnon les lui prit, et ne les lâcha pas jusqu'au village.
Ils ne les mangèrent pas, mais leur donnèrent à manger sur leur route. Ils marchèrent une bonne heure avant de tomber sur le village. Ils ne réalisèrent qu'ils étaient arrivés que lorsqu'un seichécureuil leur mima de lever la tête, et qu'ils aperçurent des nids accrochés aux algues. Les seiches se mirent à nager dans l'air (donc à voler, ce qui était génial), et les attendirent à mi-hauteur, comme étonnés qu'ils ne puissent pas faire de même. Luke se pencha, alluma les propulseurs qu'il avait installé sous leurs chaussures, et après quelques acrobaties involontaires, ils parvinrent à s'élever jusqu'au nid central. Juché à mi-hauteur du « village », il pouvait accueillir une cinquantaine d'individus.
Trin' ne pouvait s'empêcher de regarder partout, complètement fasciné, mais se força à porter attention à ce qui se jouait. Dans un concert de cliquetis, le chef sembla les présenter à la tribu, puis répondit aux questions de son peuple. Il finit par y avoir une sorte de vote, où une majorité finit par enrouler ses tentacules. Trin' supposait que ce geste signifiait un accord, un assentiment. Il y eut encore une petite discussion, puis certains villageois s'approchèrent timidement d'eux. Ils tentaient de communiquer par cliquetis, mais bien évidemment, les deux terriens n'y comprenaient rien.
L'un deux montra le ciel à l'aide de l'un de ses tentacules, et Trin' tenta de replier ses doigts pour imiter le geste qu'il avait repéré. La peau de son interlocuteur s'illumina de bleu et vert clair tandis qu'il cliquetait avec enthousiasme à son voisin, faisant rire le terrien. Encouragé par sa réponse intelligible, le seichécureuil lui tendit un tentacule, et, intrigué, Trin' tendit la main à son tour. Ses yeux de poulpe écarquillés d'intérêt, sa peau fluctuant en bleu, l'extraterrestre manipula ses doigts avec ce qui semblait à Trin' être de la fascination stupéfaite.
« Tu as vu, souffla Trin' à Luke, on est des extraterrestres, pour eux.
-Extraněråmiens, s'amusa-t-il avant de lui souffler, tu avais raison.
-À propos de quoi ? J'ai toujours raison, mais je dis beaucoup de choses, alors…
-Pas dangereux, répondit son compagnon en ayant l'air bien plus rassuré.
-Est-ce qu'on peut rester, par pitié ? Je veux tout savoir d'eux.
-Attends, il faut qu'ils veuillent de nous.
-Je crois que c'est de ça qu'ils discutaient tout à l'heure. Il y a eu une sorte de référendum, tu as vu ?
-On verra, on verra », éluda Luke.
Ils allaient rester trois mois chez les seiche-écureuils. Cela demanda un temps d'adaptation, et de nombreux quiproquos en résultèrent, mais la cohabitation se passa bien. Trin', aidé par Jarvis, tenait un journal de bord sur les coutumes, les caractéristiques, le mode de vie du peuple, tandis que Luke s'attachait plutôt aux plantes et aux sols. On lui avait notamment montré une algue qui, une fois appliquée sur un aliment contaminé, inversait le processus de décomposition. Il en avait été excité pendant une semaine. Trin', lui, tentait d'identifier avec précision les symboles des gestes et des couleurs que la tribu échangeait tous les jours. Après ces mois d'observation, il avançait que le rouge était la violence, le blanc était la mort, le vert fluo la joie, le vert sombre la paix, le orange la méfiance, le bleu la curiosité, le bleu sombre la tristesse, le jaune l'attachement et l'amour, et que les nuances étaient infinies en fonction des motifs et des mouvements.
À l'aide de dessins réalisés dans la terre salée, Luke et lui apprirent petit à petit à parler. Les nuances de cliquetis étaient nombreuses, et d'une mauvaise position de la langue, on pouvait dire « soleil » au lieu de « baleine», mais ils finirent par acquérir un vocabulaire satisfaisant. Les seichécureuils et eux s'étaient échangés des cadeaux, avaient joué ou diffusé de la musique, et fait de nombreuses fêtes. Un soir, en bidouillant les phares et les circuits du vaisseau, Luke avait réussi à projeter un documentaire animalier de la Terre, et la réaction stupéfiée et colorée de son audience serait quelque chose dont il se rappellerait toute sa vie.
Trin' avait été curieux de savoir pourquoi certains individus avaient des ventouses et pas d'autres, et si cela avait un rapport avec leur genre. Il avait pris à part le chef, celui à qui il avait donné le rubiskub, et il s'était avéré, après une discussion compliquée et gênante impliquant ce que Luke et Trin' faisaient dans leur couchette le soir, que le chef était une cheffe. Les femelles, portant des ventouses et la vie, avaient toujours été considérées comme plus fortes, et par conséquent, les chasseuses et décisionnaires de la tribu.
Intrigué, Trin' avait finalement demandé des éclaircissements sur un point qui l'avait toujours chiffonné : il n'y avait que trois ou quatre anciens dans la tribu, et absolument aucun enfant. Après un instant de perplexité, la cheffe avait tenté d'expliquer ce qui était évident pour elle et impensable pour Trin'. Dans quelques semaines allait venir une journée au court de laquelle tous les individus d'âge moyen, elle comprise, allaient se reproduire. Les mâles allaient mourir quelques heures plus tard, puis les femmes allaient porter les œufs quelques jours, les pondre, et mourir à leur tour. Les quatre anciens que Trin' avait repéré étaient homosexuels, et, condamnés à ne pas pouvoir avoir d'enfants, ils servaient de mémoire, d'encyclopédie à la tribu.
Interdit, Trin' avait contemplé la peau blanche, jaune et bleu sombre de la cheffe avec une horreur incrédule. Il rejoignit Luke complètement bouleversé, et lui demanda de réécouter l'explication avec lui, pour être bien sûr de ce qu'on lui avait dit et dessiné. Son compagnon le suivit, comprit la même chose, et en fut tout aussi secoué.
Avec un sentiment d'urgence, ils profitèrent des jours qui leur restaient à passer avec la tribu telle qu'ils la connaissaient. Les préparatifs du grand soir durèrent des semaines, et ce fut fabuleux. Il y eut de la nourriture à foison, et ils avaient capturé de grandes quantités de plancton bioluminescent pour illuminer le village. La cheffe ouvrit le bal avec son compagnon, et ils dansèrent à en couper le souffle de Luke et de Trin'. Ils voltigeaient à une vitesse folle en osmose parfaite, et leurs corps s'illuminaient de couleurs plus éclatantes que jamais.
Luke en pleura. Le fait de devoir mourir pour donner la vie le faisait penser à sa mère, et il avait encore le cœur un peu fragile.
Trin' le vit, et l'emmena danser. Lui aussi trouvait tragique ce qui était sur le point d'arriver, mais il trouvait magnifique d'en faire une fête immense, comme un bras d'honneur à la mort.
Quand personne ne put plus rien manger et n'eut plus la force de danser, chaque couple finit par se retirer dans son nid, laissant les jeunes et les quelques anciens chanter autour du feu, le corps jaune et bleu sombre d'amour et de tristesse.
Ne partageant pas la tragédie qui se vivait, Trin' et Luke se retirèrent peu après. Luke l'embrassa comme s'ils allaient mourir eux aussi, et ils ne se lâchèrent pas de la nuit.
Il comprit quelque chose d'important cette nuit-là. Chaque seiche écureuil, mâle ou femelle, pourrait faire semblant d'être homosexuel pour rester en vie. À bien y réfléchir, il ne pensait pas que ça avait été déjà fait, cela leur paraîtrait impensable. Dans leur culture, mourir ne semblait pas être quelque chose de si dramatique, puisque la tribu était là, et qu'elle continuait de vivre grâce à eux. Et à quoi bon vivre, si on ne pouvait pas faire l'amour ou donner la vie?
Il devait accepter que Trin' ou lui pourrait mourir d'un accident bête, et que cela ne devait pas l'empêcher de partir vers l'inconnu. Comme l'avait dit Strange à propos de son père, aimer quelqu'un n'était pas l'enfermer dans une pièce capitonnée.
Ils assistèrent à la cérémonie d'adieu aux mâles, et assistèrent la cheffe jusqu'à ce qu'elle ponde et meurt à son tour d'épuisement. Ils aidèrent les jeunes et les anciens à prendre soin des petits, mais ils étaient en réalité autonomes presque dès la naissance, et pouvaient chasser avec les autres dès leurs premiers jours.
Leurs amis décédés leur manquant trop, ils décidèrent de quitter Něråma, et de pourquoi pas rentrer sur Terre trouver du réconfort. Luke avait emporté quelques spécimens d'algues, qu'il garda en serres hermétiques qu'il avait conçues dans le but de ne pas répandre de germes inconnus sur Terre.
Les Trails et la famille furent étonnés quand ils les appelèrent pour leur dire qu'ils rentraient, à peine une semaine après leur départ. Ils vinrent les accueillir sans protester, et furent absolument sans voix de les voir aussi changés. Ils écoutèrent les explications d'écoulement différencié du temps, pourtant, il était dur d'appréhender comment quelqu'un pouvait partir une demi-douzaine de jours et revenir aussi différent.
Luke travailla avec une équipe fiable de Stark Industries sur un filtrage de l'eau grâce aux plantes qu'il avait ramenées, et les tests furent plutôt concluants. Malheureusement, mal habituées à l'absence d'eau dans l'air, et asphyxiées dans l'eau terrienne trop pauvre en oxygène, elles moururent à peine une semaine plus tard. Sans se laisser décourager, il annonça qu'il reviendrait avec quelque chose de mieux.
Ils repartirent et se laissèrent cette fois porter par le courant. Luke s'offrit un traducteur dans la boutique du spatioport, même s'il ne contenait que les sept langues les plus parlées de la galaxie. Ils se firent conseiller les planètes intéressantes par les commerçants à quai, et partirent les visiter.
Ils réalisèrent plusieurs voyages de ce genre, rentrant dès qu'ils tombaient sur une technologie intéressante à reproduire, mais en prenant tout de même le temps d'explorer et de découvrir.
Trin' n'aurait jamais pensé qu'il était fait pour cette vie-là.
À vrai dire, les recherches de Luke avançaient bien, et il se prenait parfois à rêver de se poser quelque part, d'arrêter de courir partout, et de risquer tous les deux jours de se faire trouer le bide par des aliens racistes.
Ce fut quand Luke rencontrait un commerçant Skrull sur Xandar que l'idée lui vint.
Le tatouage de phoque-fauve de Luke était assez discret, et cela plaisait à Trin' d'être l'un des seuls à connaître son existence. La luciole, par contre, se dévoilait à chaque fois qu'il voulait dire bonjour à la manière terrienne, d'une poignée de mains. Le dessin avait fasciné la plupart des aliens qu'ils avaient croisés. Le commerçant Skrull n'avait pas fait exception, et le traducteur de poche devait le faire répéter trois fois tant ses questions étaient posées avec excitation.
Ses études de business et de management revinrent à Trin' comme un boomerang. Si la technique de tatouage n'était pas connue, et qu'il pouvait potentiellement y avoir de la demande, ils avaient le monopole d'un marché. Ils pourraient ouvrir un salon de tatouage ici. Si cela ne marchait pas, tant pis, ils se seraient posés un petit mois, auraient dépensé un peu d'argent, mais pourraient repartir. Si cela marchait, ils pourraient laisser la boutique à un employé de confiance, et voyager quand ils le voudraient.
Il hésita un moment avant d'en parler à Luke, et dans un moment de lucidité post-coïtal, il se lança. À son grand étonnement, Luke ne trouva pas l'idée mauvaise. En un mois, le local était choisi, acheté, et meublé. Le matériel fut importé depuis la Terre, acheté à Amandine presque de force tant elle ne voulait pas de leur argent. Le salon fit un carton, et Luke, retrouvant ses vieilles passions de dessin et de tag, se plut beaucoup dedans. Trin' exploitait ce qu'il avait appris et gérait les finances, la communication, et le recrutement.
Des technologies écologisantes étaient en phase de test dans des mains de confiance, et ils se disaient qu'ils pourraient bien laisser leur vie terrienne derrière eux, quant un jour, ils eurent de la visite.
-o-o-o-o-
Royaume des Enfers
Tony poussa la porte de la salle de cinéma et sourit à Elsa quant, assise au milieu, elle tourna la tête pour le regarder.
« Comment vont-ils ? s'enquit-il en montant les marches.
-Bien, fit-elle avec un sourire malin.
-Ont-ils appris ce qu'il se passait sur Terre ?
-Pas encore, mais je crois que c'est pour aujourd'hui.»
Tony hocha la tête, et s'assit à côté d'elle.
« Je ne t'ai jamais vu dehors, avec les autres, lança-t-il soudain. Tu ne bouges jamais d'ici ?
-Non, pas vraiment, fit-elle en haussant les épaules. Je suis curieuse de la vie de mon fils, et ce n'est pas comme si j'avais autre chose à faire. Parfois, pour lui laisser de l'intimité, Hela arrête de faire la projectionniste, et papote avec moi.
-Quant il t'a vue… et que vous avez parlé… est-ce que tu n'as pas été déçue, qu'il ne reste pas avec toi et préfère remonter nous voir, Trin' et moi?
-Il avait quinze ans, s'offusqua-t-elle. Il était trop jeune pour qu'on se retrouve. J'aurais été très heureuse, bien sûr. Mais quinze ans…
-Oui, tu as raison, question stupide.
-Il a encore une longue vie devant lui… »
Tony tourna la tête vers l'écran. Luke recevait une cliente Xandarienne dans leur salon de tatouage. Avant de partir vers l'arrière-boutique, il embrassa la tempe de Trinité qui triait des factures au comptoir. Trin' sourit, et attrapa sa main un court instant avant de le laisser partir avec la personne.
Une pensée traversa l'esprit de Tony, et il murmura :
« Je nous en veux, parfois, à Loki et à moi, de te l'avoir enlevé.
-Je me le serais enlevé de toute façon, répondit calmement Elsa. J'en ai déjà parlé à Loki, je n'ai pas de rancœur envers lui. N'est-ce pas ? fit-elle en tournant la tête pour sourire à quelqu'un derrière Tony.
-Oui, fit la voix de Loki.
-Oh, seigneur, fit Tony en sursautant, peux-tu arrêter de faire ça ?
-Tu n'as plus de cœur, il ne peut pas souffrir d'une surprise, affirma l'âme du dieu en s'enfonçant dans son fauteuil de velours rouge.
-Qu'est-ce que tu en sais, hein ?
-Chut, chuchota Elsa en agitant ses mains, ça va commencer. »
-o-o-o-o-
Trinité pestait. Ces enquiquineurs de la Nova Corp lui redemandaient leur permis de travail, sous prétexte que celui qu'ils avaient fourni ne portait pas le cachet de la Terre. C'était si compliqué de comprendre que certaines planètes se croyaient seules dans l'univers, et ne délivraient pas de permis de travail intergalactiques ?
Il songeait à son après-midi qu'il allait encore perdre à la préfecture, quand trois jeunes clients à l'air humain entrèrent dans la boutique.
Trin' haussa un sourcil intrigué, car les Terraniens restaient très rares sur Xandar. Il y avait deux jeunes femmes, l'une blonde et l'une brune, et un jeune homme brun qui ressemblait à la deuxième. Ils avaient l'air d'avoir leur âge, un peu plus jeunes, peut-être.
-Bonjour, fit la jeune femme blonde, nous sommes venus voir Luke Stark.
- Qui le demande ? fit-il avec méfiance.
-Une vieille amie.
-Il est avec une cliente, je vais vous demander de l'attendre.
-Dis-lui que Leyla Foster Thordottir, et Lucia et Andy Romanoff Barton ont traversé la galaxie pour lui, ça devrait écourter son travail. »
Est-ce que c'était un éclair qui venait de crépiter dans sa main ?
Comme elle l'avait annoncé, quelques secondes plus tard, son ami d'enfance surgit de l'arrière boutique.
"Ça va, Trin' ? J'ai senti…"
Luke remarqua soudain la présence des trois intrus, prit quelques secondes pour les reconnaître, et en fut bouche bée.
« Leyla, les jumeaux ? Qu'est-ce que vous faîtes sur Xandar ?
-Merci de remarquer la putain de galère que ça a été pour te retrouver, grommela le garçon.
-Si vous n'êtes pas là pour un tatouage, je vais vous demander de partir.
-Fais pas ta poule mouillée, Lulu, fit claquer la fille blonde. Écoute au moins ce qu'on a à te dire. »
Trin' fut impressionné par cette fille. Elle avait leur âge et même moins, pourtant, elle avait l'aura autoritaire pénible d'une princesse guerrière sortie d'un jeu vidéo.
« Tu ne m'as pas manqué, grommela son petit ami. Vous les gars, un peu plus. Vos parents vont bien ?
-Pas trop, non, répondit la jeune femme rousse avec une grimace.
-On a vu des nords-coréens avec plus de libre-arbitre qu'eux, quoi.
-Quoi ? balbutia Luke. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-Ah, tu deviens raisonnable, constata Leyla avec satisfaction. On a fait un long chemin, tu nous offres quelque chose à boire ? »
Avec une évidente mauvaise volonté, Luke les guida vers l'escalier menant à leur logement. Trin' comprit, alla s'excuser platement auprès de leur cliente, et reprit rendez-vous pour le lendemain. Une fois qu'elle fut sortie, il modifia l'affichage holographique de la porte pour qu'il marque « fermé » dans les quatre langues principales du système Tranta. Une fois le salon fermé temporairement, il monta à son tour à l'étage, et s'assit sur le canapé près de son compagnon. Cela sentait bon le thé xandarien, malgré sa forte similitude avec les effluves du cannabis terrien. Quoiqu'il en soit, la boisson avait eu l'air d'avoir un effet positif sur les nerfs de la blonde un peu trop… électrique, et elle exposa calmement la situation.
« Pour faire simple, sur Terre, quelqu'un a mis la main sur la gemme de l'esprit, autrefois contenue dans le sceptre de mon oncle, et s'en sert pour contrôler tous ceux présents sur le Registre. Nos parents sont parmi les rares à avoir toujours refusé de nous déclarer, c'est pourquoi nous sommes parmi les seuls à avoir gardé toute notre tête, et à ne pas vouloir asservir l'humanité. Eux, par contre, sont totalement sous la coupe de ce type.
Trin' regardait son petit ami avec attention. Il avait l'air ébranlé par la nouvelle. Ce n'était pas étonnant, en un sens, car étant le fils d'Iron Man, il devait avoir grandi avec pas mal de monde inscrit dans le Registre, sans parler de sa scolarité chez les mutants.
« Je croyais que les gemmes avaient été mises en sécurité par ton père après l'attaque préventive contre Thanos, accusa soudain Luke, énervé sans trop que Trin' ne comprenne pourquoi.
-C'est qui son père ? chuchota celui-ci, se sentant complètement à la masse de la discussion.
-Thor Odinson, répondit son petit ami sans détourner les yeux de Leyla.
-Thor, comme dans Thor, membre des Avengers ? balbutia-t-il.
-Romanoff Barton, fit la deuxième fille avec un sourire, ça ne t'a pas fait tilter ?
-La Veuve Noire et Œil de Faucon, souffla Trin' sans arriver à cacher l'admiration dans sa voix. Wow. Vous êtes un peu comme une Next Generation, alors ?
-Pas vraiment, contra Andy. Nous étions insérés dans la société avant que cette crise ne se déclenche. Avoir deux parents espions nous a un peu dégoutés du métier.
-Un peu comme Luke et son père, quoi », fit remarquer Trin'.
Son petit ami lui fila un regard noir.
« Quoi ? se défendit Trin'. C'est pas vrai, que tu trouves que super-héros est un métier de merde ?
-Tu n'as pas dit pourquoi vous êtes venus jusqu'ici, l'ignora Luke en s'adressant à Leyla.
-Donc, reprit la jeune blonde, je disais que les absents du Registre ont été épargnés par cette vague de manipulation, mais ils ont commencé à nous traquer, à nous mettre la main dessus un par un, et à nous contrôler pour nous retourner contre nous. Lorsque même Quicksilver s'est fait attraper (Luke eut une grimace de déplaisir), on a décidé tous les trois que ça sentait le roussi, et on a fui par le spatioport pour aller trouver de l'aide. J'ai tenté un sort de localisation pour tous les alliés potentiels, et c'est là que j'ai vu que tu avais quitté la Terre, toi aussi.
-Cela date de l'enterrement de mon père, Leyla, grommela Luke. Tu le saurais, si tu avais demandé de mes nouvelles.
-Ce n'est pas comme si tu m'aimais beaucoup quand on était enfants. Je pensais que tu m'enverrais bouler, et il me semble que j'avais raison, non ? »
Un silence lourd de tension s'installa après ça. Trin' se retenait désespérément de lancer quelque chose de stupide comme « quelqu'un veut encore du thé », mais il se rassurait en voyant que Andy et… Lucia, c'était ça ?, n'avaient pas l'air très à l'aise non plus. Ils avaient cependant une expression un peu lasse, comme si ces chamailleries étaient de vieux souvenirs qui s'étaient trop reproduits.
Luke eut finalement un petit soupir de résignation, et s'enquit :
« On sait qui est derrière tout ça ?
-Aucune idée, fit Leyla sans montrer de signe de satisfaction, mais quelques jours avant que ça n'arrive, notre père avait mentionné que le Bouffon vert s'était échappé et était dans la nature.
-Osborn, s'exclama Luke immédiatement après. C'est pas vrai. Il était au Frigo, bon sang ! s'énerva-t-il avec force, comment a-t-il fait pour sortir ?
-Ce n'est pas celui-là qui t'avait… chuchota Trin'.
-Si, confirma Luke avec un air sombre. Dans les faits, ce n'est jamais arrivé, mais il en avait le potentiel. En réalité, cela lui ressemble de faire un truc pareil.
-À ma connaissance, il n'y a pas eu beaucoup de pertes, mais cela continue de s'étendre, et si on ne fait rien, ça pourrait rester comme ça.
-Pourquoi es-tu venue jusque sur Xandar pour me chercher moi ? Je ne peux rien faire contre une attaque pareille.
-Tu as déjà eu affaire aux gemmes, et tu as tué quelqu'un comme Thanos qui en possédait cinq, alors que même mon père avait échoué.
-Un, je ne l'ai pas tué, deux, comment sais-tu… balbutia Luke.
-Heimdall est complètement gâteau avec moi, il me raconte tout. Ou alors, les Nornes lui ont dit que j'aurais besoin de toi, et que j'avais besoin de savoir ça pour te convaincre. Quoiqu'il en soit, je ne te demande pas de te battre contre tous les super-héros de la Terre. Je te demande de nous aider à trouver celui qui a fait ça, et annuler le pouvoir de la gemme. Un coup de télépathie, un coup de glace, tu tiens la gemme deux minutes chrono, et tout redevient comme avant. »
Luke allait protester, l'air mal à l'aise et en colère, mais Leyla l'interrompit :
« Bref, en résumé, sans toi la Terre est foutue. Est-ce que j'ai besoin de dire que dès que le type qui a fait ça sera sûr qu'aucun ado paranormal se mettra dans son chemin, il s'attaquera aux humains ordinaires qui résisteront ? »
Trin' se tendit. Sa mère et son grand-père étaient les personnes les plus têtues au monde. Si un type, même Captain America, s'aventurait à leur dire quoi faire et à obéir sans faire de vagues, ils allaient ressortir des conneries comme « être libre ou mourir ».
Il tourna la tête vers Luke, qui avait déjà ses yeux sur lui. Ils se regardèrent quelques secondes avant que son petit ami ne baisse les yeux et soupire :
« Ça va, j'ai compris. On va vous suivre sur Terre. »
Trin' lui prit le menton pour l'embrasser. Qu'il le veuille ou non, Luke avait des pouvoirs extraordinaires, et qui pouvaient faire la différence dans la grande balance de l'univers. Trin' respectait son choix de ne pas vouloir s'impliquer, par peur des dégâts collatéraux ou d'erreurs de jugement, mais cela ne l'empêchait pas d'être heureux que son compagnon accepte de rentrer pour protéger les humains.
Une fois qu'ils auraient sauvé le monde… et bien, ils verraient. Ils resteraient probablement pour aider à reconstruire, mais connaissant Luke, il aurait des fourmis dans les jambes après quelques semaines. Sans doute qu'ils repartiraient sur Něråma pour étudier les baleines blanches, ou sur Knowhere, boire avec des pirates, ou encore, au centre aérospatial de Xandar, où ils commenceraient la construction de leur propre vaisseau. Ou bien complètement autre chose, mais Trin' n'en avait rien à faire.
La vie leur tendait les bras.
-o-o-o-o-
Aux Enfers, Loki, Tony et Elsa sourirent en regardant l'écran.
« On a fait du beau travail », souffla Tony.
Elsa ne répondit rien, regardant son fils parler d'un plan d'attaque, et demander à Trin' si les réservoirs d'énergie du Trying Luck pouvaient les emmener jusqu'à la Terre.
Loki, lui, fixait l'écran, plongé dans une profonde réflexion. Il songeait à l'innocence, aux graves erreurs et à la rédemption. Il avait eu peur pour Luke, lorsqu'il était venu lui enlever son père. Il avait peur que Thanos abattu et son père mort, celui qui n'était au départ que sa réincarnation ne trouve que du vide, et de l'obscurité. Cela n'avait pas été le cas, et c'en était curieux, comme quoi malgré le noir, quelque chose luisait toujours quelque part.
Il tourna la tête, et prit dans les siens les doigts transparents du Midgardien sur l'accoudoir du fauteuil.
-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-
Fin
Ah, c'est horrible. Ah.
Cette histoire a plus de cinq ans. Et elle est finie.
Je voulais vous remercier pour le soutien, pour avoir été là, à n'importe quel moment. Je n'aurais jamais pu le faire seule.
Maintenant je vais aller pleurer, et chercher quoi faire de ma vie.
Je vous embrasse fort, merci.
