Hallucinogène
Rufus ne savait pas pourquoi il s'infligeait la lecture des faits divers, alors que ceux-ci lui infligeaient fréquemment des cauchemars qui pouvaient le tourmenter jusqu'à deux jours après avoir pris connaissance de l'affaire. Un penchant mal assumé pour le masochisme, peut-être ? Ou simple curiosité perverse ?
Toujours était-il qu'il se mordait actuellement la lèvre inférieure devant l'article figurant en tête de la seconde colonne en page huit, titré Le rêve fleuri tourne au cauchemar.
Rêve fleuri, c'était la traduction littérale du terme Xochipilli, un nom provenant du lointain Sud-Ouest. C'était aussi le nom d'une secte qui prônait l'illumination et l'ouverture de l'esprit via la consommation de diverses substances plus ou moins illégales, type opium ou cocaïne, en très faibles quantités afin d'éviter les morts tout en s'offrant un voyage psychédélique.
Aux yeux du troubadour masqué, ça ressemblait davantage à une loge de paumés et autres rebuts de la vie, désespérés d'oublier leur vie désastreuse en fuyant temporairement le réel. Ce genre d'aventure finissait immanquablement très mal.
En l'occurrence, les junkies avaient cru que ce serait une excellente idée d'engloutir des amanites tue-mouches, et ce qui devait arriver s'était produit, la dose avait été mal jugée. Déjà une douzaine de morts, et vingt-six autres personnes se trouvaient actuellement aux urgences. Il n'était pas sûr que toutes survivent, et la plupart auraient probablement besoin d'une greffe de foie et de reins pour poursuivre une vie normale.
Remarque, avec toutes les cochonneries que ces gens avaient dû ingérer ou fumer, Rufus n'était pas sûr que ça vaille la peine de les remettre d'aplomb. Certainement pas s'ils continuaient persister dans leur vice.
Aider quelqu'un, c'est bien, mais encore faut-il que la personne soit disposée à ne pas cracher sur vos efforts. Volontairement ou autre.
