Seconde année d'étude
Rose se retourna dans son lit. Elle avait eu un rendez-vous avec Ethan aujourd'hui. Ils s'étaient embrassés et elle en était heureuse. Heureuse, parce qu'elle n'avait presque pas pensé à Scorpius, parce qu'elle était persuadée qu'elle s'en détachait enfin, et que tout irait mieux maintenant. Ethan était gentil, prévenant, il l'écoutait avec sérieux quand elle parlait et peut-être qu'il ne la connaissait pas par cœur, mais ce n'était pas plus mal… Ils prendraient le temps de se découvrir, peut-être de s'aimer. Rose chercha une position pour trouver le sommeil. Elle avait chaud. Terriblement chaud. Peut-être qu'Albus avait encore monté le chauffage. Elle pensa à son stage aussi. Monsieur Ollivander n'était pas très tendre avec elle, peut-être parce qu'il savait qu'il formait le futur, qu'il n'avait pas le droit à l'erreur. Pour autant, il ne tarissait pas d'éloge sur Rose, qui était bien partie pour figurer au tableau d'honneur de son école. Finalement, si Rose avait craint d'être mauvaise en pratique, cela ne l'avait fait que progresser. Fabriquer des baguettes, les tester, les entretenir, ne l'avaient fait que s'améliorer, en apprendre encore plus.
La pluie battait fort dehors. Le tonnerre se mît à gronder, et Rose, qui ne dormait jamais les volets entièrement fermés, se cacha sous sa couette quand un éclair zébra le ciel. Puis, elle se rappela qu'elle avait chaud. Elle se retourna encore une fois dans son lit, sur le dos, sur le ventre, sur le côté, avant de se lever. Elle enfila un gilet et se dirigea vers la cuisine. Elle tâtonna un moment pour trouver l'interrupteur, se traîna jusqu'au frigo en baillant et attrapa une tablette de chocolat. Elle se cogna contre la table, les yeux encore embués, pas très bien réveillés, et lâcha un juron. Elle s'affala sur le canapé, toute recroquevillée, attendant le prochain éclair, le prochain grondement des cieux.
- Tu ne dors pas ? demanda une voix qui la fit sursauter.
Scorpius s'avança vers elle, et s'assit, les paupières lourdes. Rose secoua négativement la tête :
- J'ai trop chaud.
- Albus a monté le chauffage, lui apprit Scorpius à voix basse.
- Encore ? pesta Rose.
Scorpius et Rose s'esclaffèrent, et il regarda la tablette de chocolat, qu'elle tenait entre ses mains :
- Tu m'en donnes ? demanda-t-il.
- Non. C'est mon chocolat. Tu as ton chocolat à toi dans le frigo ! argua-t-elle en serrant contre elle sa tablette.
- Il n'a rien de plus que les autres, ton chocolat !
Rose s'offusqua, une main sur le cœur :
- Alors tu vois Scorpius ce chocolat, c'est l'essence même de la vie ! C'est un goût amer sur ta langue, c'est le réconfort qui tient en vingt-cinq petits grammes, c'est une dose de douceur, c'est une caresse sur ton palais !
Scorpius leva les yeux au ciel et regarda Rose savourer sa friandise. Elle ferma les yeux, exagérant ses mouvements, parce que Rose exagérait tout le temps, pour tout et n'importe quoi. Scorpius s'approcha d'elle, un peu moqueur :
- T'as du chocolat sur le bout du nez…
- Et en plus, le cacao sert aussi de masque pour le visage ! reprit Rose. C'est anti-acné, tu savais ?
Il soupira et Rose remarqua ses traits tirés, son expression peiné. Scorpius avait sa tête « des mauvais jours », celle qui indiquait à la rousse que quelque chose n'allait pas.
- Est-ce que tu veux en parler ? murmura Rose en appuyant sa tête sur son coude.
- Ma grand-mère est morte aujourd'hui.
Il l'avait dit comme on annonçait à quelqu'un qu'il pleuvait dehors. Comme une banalité. Pourtant, malgré sa voix caverneuse, Scorpius était bouleversé. Il retenait ses sanglots. Julia Greengrass était morte paisiblement. La veille, elle était souriante, calme. Elle avait fait rire Scorpius, quand elle lui avait conseillé de « bouger son derrière de Malfoy pour séduire cette petite Rose Weasley ! ». Il en avait presque oublié qu'elle était malade, en sursit, qu'elle vivait presque à crédit. Scorpius avait appris à la connaître. Il n'avait aucun regret, aucun remord. Il aurait juste aimé avoir plus de temps.
- Je suis désolée, Scorpius…
Rose se blottit contre son ami, tendant même mécaniquement sa tablette de chocolat vers lui pour qu'il se serve. Il en prit un morceau et le croqua, toujours silencieux.
- J'aurai dû faire plus attention, faire moins bruit, pour ne pas te réveiller…, bredouilla la rousse.
- Ce n'est pas grave. Je n'arrivais pas à dormir de toute façon.
Il posa sa tête sur la sienne, enfouissant son nez dans ses cheveux dont il inspira l'odeur et il commença à pleurer silencieusement. Rose le serra dans ses bras, et ils trouvèrent le sommeil, apaisés, et ensemble, dans cette position inconfortable, malgré le pluie, malgré l'orage…
POUR CEUX QUI EN VEULENT PLUS : CHAPITRE 10 de NOS CITATIONS
D'ailleurs faudrait que j'entretienne ce recueil un peu...
