DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les personnages et l'univers de Downton Abbey appartiennent à Julian Fellowes et Carnival Film.

Rating : M+

Genre : romance / slash / Yaoi


Bonjour à tous,

La publication régulière de cette histoire va reprendre samedi prochain, à raison d'un chapitre tous les quinze jours, afin de me permettre de pouvoir la terminer sereinement.

En attendant, je publie déjà le prologue de cette deuxième partie qui s'annonce plus sombre que la première. C'est très court.

Nous sommes en 1916, en plein coeur de la guerre.

A bientôt !

Rose


DEUXIEME PARTIE

« Si on demande pourquoi nous sommes morts, dites que c'est parce que nos pères nous ont menti ».

Rudyard Kipling, Epitaph of the War.

Prologue

Sitôt après l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne, commencèrent les premiers grands affrontements entre l'armée allemande et les alliés franco-britanniques, avec pour enjeu, les frontières.

En Haute-Alsace, avec les batailles de Mulhouse et de Dornach, dans les Vosges au cours de la bataille du Donon, sur le plateau lorrain, avec les batailles de Morhange et de Sarrebourg, les allemands repoussèrent inexorablement les offensives françaises.

Les troupes belges, françaises et britanniques furent vaincues durant la bataille des Ardennes, avant celles de Charleroi et de Mons.

L'offensive allemande en Belgique fut arrêtée de justesse à Ypres, une ville au nord du pays.

Le 23 août 1914, l'armée française battit en retraite jusqu'en Champagne. L'offensive allemande se termina par la Bataille de la Marne qui, au prix de lourdes pertes, permit de sauver Paris.

A partir de là, la situation fut complètement bloquée sur le front de l'ouest.

Si les belligérants avaient tout d'abord cru à une guerre rapide, ils comprirent à ce moment que le conflit s'installait dans la durée.

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Octobre 1914. Les opérations étaient figées le long d'une ligne qui allait de la Mer du Nord à la Suisse. Ce qui jusqu'alors était une guerre de mouvements, était maintenant devenu une guerre de tranchées.

Au même moment, la Grande-Bretagne, qui devait défendre ses possessions outre-mer, porta le conflit hors de l'Europe, en faisant de facto un conflit mondial, croyant vainement que ce front-là sera plus aisé à gagner.

L'avenir lui donna tort.

A la fin de l'année 1914, hormis en Europe sur le front de l'ouest et le front russe, le conflit se tenait sur six autres fronts actifs : les Dardanelles, le Caucase, le Sinaï, le Hedjaz, la Mésopotamie et la Perse.

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Le 18 mars 1915, à l'initiative entre autres, de Winston Churchill, alors Premier Lord de l'Amirauté, les troupes britanniques et françaises affrontèrent les troupes ottomanes dans la péninsule de Gallipoli, dans le détroit des Dardanelles.

La bataille dura près de dix mois et se solda, le 9 janvier 1916, par une lourde défaite des alliés. Les pertes pour la Grande-Bretagne étaient effroyables : 56.000 soldats tués et 124.000 blessés.

L'échec de Gallipoli et des débarquements anglais eut d'importantes répercussions politiques en Grande-Bretagne, notamment la démission de Churchill de son poste de Premier Lord de l'Amirauté.

Le 25 septembre 1915, la Grande-Bretagne mena l'une de ses principales offensives contre l'armée allemande, au cours de la Bataille de Loos, laquelle se solda par un véritable désastre pour l'armée britannique. Voulant rivaliser avec l'armée allemande, l'armée anglaise fit usage à son tour de gaz toxiques. Malheureusement, en raison de vents capricieux, les 140 tonnes de dichlore stagnèrent sur le no man's land avant d'être renvoyés en direction des troupes anglaises. Les pertes s'élevèrent à au moins 50.000 hommes.

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A l'aube de l'année 1916, la guerre était totale. Elle ne ressemblait en rien aux guerres que l'on avait connues jusqu'à présent.

Obus, gaz toxiques, lance-flammes semaient la terreur. On ne cherchait plus à tuer mais à broyer, à paralyser, à défigurer. A épuiser la chair et l'esprit. Car un soldat blessé coûte plus à son armée qu'un soldat mort.

La défense était devenue plus meurtrière que l'attaque.

A l'enthousiasme des débuts avait succédé l'abattement des multiples défaites.

Il faut dire que l'armée allemande avait immédiatement imposé sa puissance et son organisation. Que représentait une armée professionnelle britannique de 160.000 hommes face au million et demi des troupes du Kaiser ?

Pour pallier le manque de soldats, la Grande-Bretagne avait entamé dès novembre 1914 une campagne de recrutement de soldats volontaires. Partout dans les grandes villes, fleurissaient des affiches montrant le visage barbu et déterminé de Horatio Kitchener, ministre de la Guerre, le doigt pointé vers les recrues potentielles et un vibrant « We need you ! » inscrit par-dessus en grosses lettres.

Les jeunes hommes désireux de se battre pour leur Roi et leur pays étaient envoyés dans des camps d'entrainement, le temps de recevoir une formation sommaire, avant d'être envoyés au front.

Mais rapidement, quand il fut acquis que la guerre durerait bien plus longtemps que prévu, l'engagement volontaire commença à s'essouffler.

Qu'à cela se tienne, à partir de 1915, la Grande-Bretagne mit en place un système de mobilisation générale destiné à alimenter le front en hommes, armes, équipements et nourriture. On vota des lois qui contrôlaient la vie des citoyens à un degré encore jamais atteint dans le pays.

Et le gouvernement ne demanda plus aux hommes de se porter volontaires pour combattre.

A partir de 1916, ils étaient envoyés au front d'autorité.

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5 juillet 1916 – Wimereux, Pas-de-Calais

« Journal de bord du Capitaine Harry Black, responsable médical – annexe de l'Hôpital général N°14, Wimereux.

Wimereux, 5 juillet 1916.

Les blessés de la Somme continuent d'arriver. La plupart des hôpitaux entre Amiens et Dunkerque sont remplis, si bien qu'on a été obligé de les envoyer dans les autres structures, plus petites et destinées normalement à d'autres fonctions, comme ici, à l'annexe de l'hôpital auxiliaire de Boulogne-sur-Mer.

Nous recevons très peu d'informations du front mais il se dit que la bataille qui a été engagée ce 1er juillet 1916 a été la plus meurtrière pour les troupes britanniques depuis le début de la guerre. On parle de plus de 50.000 pertes en une seule journée. Si c'est vrai, c'est une catastrophe.

Je ne parviens pas à décrire l'état dans lequel arrivent les blessés tant celui-ci est terrifiant. Les plaies par éclats d'obus, grenades, balles mitrailleuses, provoquent des entailles à orifices larges où les tissus sont déchirés et les muscles broyés.

A cela, s'ajoute la complication la plus redoutable que j'ai eu à traiter jusqu'à présent : la gangrène gazeuse. Les lésions profondes sont contaminées par des bactéries qui produisent des gaz, entrainant à court terme l'amputation dans le meilleur des cas, la mort dans la majorité d'entre eux.

J'ai entendu dire qu'en Belgique, un chirurgien, Antoine Depage, utilise un procédé chimique de désinfection des plaies. Il s'agirait d'une solution antiseptique qui permettrait d'enrayer l'infection et éviterait par conséquent, les amputations.

A plusieurs reprises, j'ai écrit au Service de santé militaire pour leur demander d'étudier ce procédé et s'il est aussi efficace qu'on le dit, de le généraliser dans les hôpitaux militaires.

Je n'ai toujours pas reçu de réponse ».

Harry retira ses lunettes et se frotta les yeux. Il n'avait plus dormi depuis… il ne savait plus combien d'heures. De toute façon, s'il parvenait à s'endormir, il ferait certainement des cauchemars, alors autant rester éveillé.

Il remit ses lunettes et termina de noter encore quelques phrases dans son journal de bord. Il le faisait régulièrement, sitôt qu'il en avait le temps. C'était devenu un rituel, une manière aussi de gérer les horreurs qu'il voyait ici.

Et puis, il avait le sentiment que c'était important. Lorsque cette guerre inhumaine serait finie – si elle se terminait un jour – il voulait laisser une trace ce qui s'était passé ici. Des horreurs que des hommes infligeaient à d'autres hommes au nom de la Patrie.

Il soupira. Il était épuisé. Ce n'était pas encore ce soir qu'il aurait le courage d'écrire à Ginny ou à Hermione. Ou même à Draco.

Penser à Draco lui serra le cœur, comme toujours.

Ils ne s'étaient plus vus depuis pratiquement cinq mois et c'était à peine s'ils avaient échangé une dizaine de lettres. Des lettres banales, sans effusion, sans sentiments.

Il faut dire que le courrier risquait d'être ouvert et lu par l'armée. Les hauts-gradés craignaient en effet que les hommes se plaignent trop ouvertement de la situation ou qu'ils critiquent la politique militaire de l'état-major. Les envois étaient donc systématiquement contrôlés.

Dans ces conditions, ni l'un ni l'autre ne pouvait prendre le risque d'être trop explicite sur leurs sentiments respectifs. On tolérait mal les invertis dans l'armée. Et s'ils venaient à être découverts, ce ne serait pas la prison qui les attendrait, mais le peloton d'exécution.

Sauf que Harry savait que ce n'était qu'un prétexte. La réalité, c'était que depuis qu'ils s'étaient engagés l'un et l'autre, ils n'avaient plus rien à se dire ou presque.

Il savait que c'était de sa faute, en partie du moins. Il avait eu des mots durs pour Draco, des mots qu'il ne pensait pas mais qu'il avait prononcé tout de même. Des mots qui planaient toujours entre eux. Et le temps qui passait n'arrangeait rien. Au contraire.

-Capitaine Black ? dit une voix dans son dos.

Harry se retourna pour voir une des infirmières sur le pas de sa porte.

- Bonsoir Nurse Higgins. Y a-t-il un problème avec un patient ?

- Non, Capitaine. Il s'agit d'un télégramme pour vous.

- Oh.

Il se leva et prit l'enveloppe que l'infirmière lui tendait.

-Merci Nurse Higgins.

La jeune femme s'inclina et quitta le bureau.

Harry se rassit et décacheta le document, s'attendant à recevoir des instructions pour un nouvel arrivage de blessés. Cela ne s'arrêtait jamais.

Il soupira et prit connaissance du contenu du message. Il dut le relire deux fois avant de saisir la portée de ce qu'il avait sous les yeux.

-Mon Dieu… non, murmura-t-il. Pas lui… c'est… c'est impossible… Oh Seigneur, non…

Quand il réalisa, il ferma les yeux et porta la main à sa bouche pour étouffer le sanglot qui était monté dans sa gorge. C'était peine perdue. Il finit par laisser libre cours à son chagrin.

Il pleura longuement. Sur cette guerre qui n'en finissait pas et qui volait injustement des vies.

A suivre...