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104 – Edward
Tampa… dimanche 27 juin 2010 à 16 h 38
"Sergent Masen," me salua froidement Charlie au téléphone. Si ça n'avait pas été le père de la fille à mes côtés ça m'aurait offensé mais c'était lui. Et je le comprenais parfaitement. "Puis-je te parler en privé, fiston?"
"Papa!" siffla Bella en roulant des yeux et ça me fit sourire parce qu'une vision d'elle quand elle était adolescente refit surface.
"C'est bon Bella, calme-toi ma douce."
En l'entendant l'appeler par son nom je compris que c'était une formalité qu'il fallait passer, elle aussi parce qu'elle s'affaissa en me tendant le téléphone en me disant tout bas, "Désolée!"
Je n'étais pas inquiet. En fait si les circonstances avaient été différentes j'aurais déjà eu cette conversation avec son père, donc ça signifiait tout simplement que j'étais en retard. J'étais un adulte et je n'avais certainement pas à demander de permission mais il aimait Bella et cela seul me faisait respecter l'homme sans jamais l'avoir rencontré.
Je pris le téléphone et glissai sous les jambes de Bella pour aller dans ma chambre.
"Chef Swan," dis-je, en m'asseyant sur le bord du lit.
"Sergent, ma fille m'a raconté des choses mais je ne suis pas assez naïf pour croire qu'elle m'a tout raconté. Alice et Rose semble t'apprécier et les gars ont une bonne opinion de toi mais pourquoi ne me raconterais-tu pas toi-même. Ce serait plus facile que d'engager une recherche sur tes antécédents…" déclara-t-il, avec une touche d'humour.
En riant j'ai commencé à lui parler. Je lui dis d'où je venais ce que mes parents avaient fait et pourquoi j'avais rejoint l'armée. Elles lui avaient raconté – avec moult détails – pour Tanya et son opinion concernant la méchante sorcière était semblable à celle des autres. J'expliquai la maladie de ma mère, sa disparition et puis la dégringolade de mon père. Mon admission à l'université puis les affaires de mes parents, je lui racontais tout sans essayer de mentir ni même d'embellir. Il pouvait savoir tout ce que les autres savaient aussi.
"Tes deux parents?" demanda-t-il et je soupirai au ton sympathique de sa voix mais je supposais que c'était seulement naturel.
"Oui monsieur," répondis-je. "Plus rien ne me retenait à Chicago alors j'ai décidé de rejoindre l'armée. L'université ne me paraissait plus avoir le même attrait à ce moment-là."
"Les enfants me disent que tu rentreras à ici à Washington quand tu auras fini… C'est vrai?" demanda-t-il. C'était la question que j'attendais parce qu'il voulait connaitre mes intentions envers sa fille. Il fallait qu'il sache si c'était du temporaire et si j'allais lui briser le cœur ou si j'étais vraiment engagé envers elle.
"Oui monsieur." Je passai ma main dans mes cheveux. "J'ai soupesé mes options pour voir ce que je vais faire ensuite, financièrement j'ai quand même assez pour voir venir. J'ai pensé reprendre les cours puisque j'ai droit à un financement en tant que soldat démobilisé. Je pourrai enseigner la musique comme ma mère le faisait. Ou alors travailler dans la police, ma formation pourrait m'être utile."
"C'est ce qu'il s'est passé pour moi," murmura Charlie.
"Quoiqu'il en soit je ne vais pas rester sans rien faire. Je veux prendre soin de Bella," dis-je fermement. "Je sais que les circonstances entourant notre relation ne sont pas habituelles mais elle représente tout pour moi, monsieur." Je haussai les épaules pour moi ou pour lui, je n'en étais pas sûr.
"Ce n'est pas si étrange que tu le penses. Il est un peu arrivé la même chose pendant que j'y étais aussi," dit-il en riant. "En fait un des membres de l'équipe est toujours marié à cette fille, ils avaient commencé à s'écrire des lettres à l'époque. Ils ont deux enfants et si je ne me trompe pas le premier petit-enfant est en route."
Je ris. "Super."
"Oui," ricana-t-il. "Ecoute Sergent…"
"Edward, je vous en prie," demandai-je.
"Edward," corrigea-t-il, "Mon Isabella est un esprit libre mais elle me ressemble suffisamment pour bien garder les pieds sur terre. Heureusement physiquement elle ressemble plus à sa mère…" marmonna-t-il plus sèchement et je souris. "Quoi qu'il en soit, écoute. J'ai bien vu que tu la rendais heureuse. Je l'entends dans sa voix chaque fois que je lui parle. Et j'aime voir ce sourire sur son visage chaque fois que son téléphone sonne parce que je le suppose, c'est toi qui appelle."
"Moi aussi monsieur," dis-je en imaginant Bella assise dans le salon de son père en train de répondre à mes mails.
"Bien. A présent quand est-ce tu finis?"
"En octobre."
"D'accord. Si à ce moment-là tu décides de rejoindre la police fais-moi-le savoir. J'ai des amis à Seattle qui me doivent des services. Et je verrai ce que je pourrais faire d'accord?" demanda-t-il et je n'entendis rien d'autre que de la sincérité à l'autre bout de la ligne.
"Merci monsieur," dis-je doucement en fronçant les sourcils.
Il marmonna une réponse que je supposais être "mais de rien" mais il n'en avait pas fini avec moi.
"Encore deux choses Edward. Bella m'a dit que vous vouliez tous aller au stand de tir quand vous seriez ici."
Je secouai la tête. "Oui monsieur, Jasper et Emmett sont impatients… et Bella aussi si je ne me trompe."
"Excellent," ricana-t-il. "J'en suis sûr aussi. Elle adore ça."
Sa fierté irradiait pratiquement à travers le téléphone et je ne pus m'empêcher de sourire.
"Emmett et moi envisageons d'aller à la pêche quand il viendra à la maison. Tu serais partant?" demanda-t-il et je savais que c'était un test.
"Je n'y suis jamais allé monsieur. Il me tarde monsieur."
"Bon arrangez-vous avec Emmett. Et prends soin de ma fille quand elle est avec toi, tu entends?"
"Oui monsieur," répondis-je à nouveau. "C'était agréable de vous parler chef."
"Hummm" grogna-t-il évasivement mais ensuite il ajouta, "Et appelle-moi Charlie."
Je souris et me levai du lit parce que je savais que c'était fini. "Voulez-vous parler à Bella… Charlie?"
"Oui s'il te plait," rigola-t-il. "Et je suis content que tu sois rentré au pays sain et sauf, soldat."
"Merci monsieur."
ooo
"Il me tarde d'aller voir les Seahawks quand je rentrerai à la maison," dit Jasper.
"Non mec ! Tu iras voir les Mariners en personne," dit Emmett en me désignant.
Je pris une longue gorgée de ma bière et hochai la tête en souriant. Depuis que j'avais parlé à Charlie tout le monde ne faisait que parler de la maison. Ça avait commencé par le tir puis par la pêche puis tout ce que j'avais besoin de savoir y était passé. C'était comme si le fait de parler avec le père de Bella avait rendu tout cela réel ou comme s'il m'avait donné son accord… je n'étais pas sûr.
"Tu es un fan des Cubs ?" demanda Jasper, en riant en s'allongeant sur le transat.
"White Sox," répondis-je. "Mon père l'était en tous cas." Je pris une autre gorgée de bière. "Je n'ai plus suivi tout ça depuis que j'ai rejoint l'armée."
La liste interminable des choses qu'il fallait que je fasse avant et après ma libération défilait dans ma tête. Il fallait que je me décide sur ma carrière mais ça demandait une longue discussion avec Bella. J'avais beaucoup de choses stockées à Chicago et je devais les récupérer et même si je voulais montrer à Bella où j'avais grandi, il y avait une partie de moi qui voulait tout de suite commencer ma vie avec elle. Il fallait que j'achète une voiture, m'occupe de mes finances et que je contacte l'avocat de mes parents qui n'était nul autre que le père de Tanya, Garrett – une pensée qui me fit grimacer.
Je voulais aussi m'assurer que Bella voulait bien qu'on commence à vivre ensemble, cependant après cette semaine j'étais quasiment sûr de connaître sa réponse. Je tournai la tête vers la maison pour voir où elles en étaient avec les cookies qu'elles nous faisaient pour demain. La radio marchait et elles riaient et chantaient en travaillant dans la cuisine. Soudain je ne pouvais plus attendre que cette horloge soit suspendue au-dessus de nos têtes, je voulais tout savoir à propos d'elle, savoir comment ça aller se passer quotidiennement entre nous, comment nous allions vivre et être.
"Oh et tu verras comment c'est chez Joe !" affirma Emmett, me ramenant ici et maintenant.
"Oui enfer," convint Jasper. "La meilleure bière et le meilleur endroit pour jouer au billard."
"Et puis il y a First Beach… c'est de là qu'aime partir Charlie avec le bateau," ajouta Emmett. "C'est à la limite de la réserve indienne."
Et ils continuèrent à parler de tous les endroits qu'il fallait que je voie, moi je regardais dans la maison et croisais les yeux de Bella. Elle sortit sur le perron en prenant une gorgée de sa bière.
"La première fournée est prête. Vous en voulez ?" demanda-t-elle, en faisant signe avec son pouce vers l'intérieur.
Les gars acquiescèrent et se levèrent. Jasper me tapa dans le dos. "Ne t'inquiète pas sergent nous te feront faire le tour quand nous rentrerons."
Sans quitter Bella du regard, j'opinai et bus un peu de ma bière. "Ouais, comment vais-je faire pour attendre?"
