DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les personnages et l'univers de Downton Abbey appartiennent à Julian Fellowes et Carnival Film.

Rating : M+

Genre : romance / slash / Yaoi


Bonjour à tous,

Merci à tous pour vos réactions si enthousiastes après la publication du prologue ! Voici donc le premier chapitre de cette deuxième partie. Soyez attentifs aux dates car il y a des flash-backs.

Bonne lecture !


Chapitre 1

12 juillet 1916 – Wimereux, Pas-de-Calais

-Vous serez absent longtemps, Capitaine ? demanda Douglas en faisant passer le baudrier sous l'épaulette de la veste.

L'état-major avait désigné Sammy Douglas comme ordonnance de Harry. Avant la guerre, il était cordonnier. Il était gauche et empoté pour pratiquement tout, sans parler du fait que la vue du sang le faisait tourner de l'œil. C'était un non-sens de l'avoir affecté dans un hôpital de campagne, mais Harry l'aimait bien. Parce que grâce à lui, ses bottes étaient toujours rutilantes et parfaitement ressemelées.

- Je n'en sais rien, répondit Harry. Je… je ne sais pas encore quand les funérailles seront organisées.

- Vous au moins, vous pourrez assister aux funérailles, dit Douglas. J'ai entendu dire que le sergent Scott n'a pas pu rentrer après la mort de son frère.

Harry ne répondit pas. Même s'il voulait à tout prix rentrer en Angleterre, il était embarrassé de bénéficier de pareil traitement de faveur.

- C'est injuste, je sais, dit-il. Ce pauvre Scott aurait dû pouvoir rentrer chez lui. Il s'agissait de son frère, alors que moi… c'est seulement…

Il s'interrompit et ferma douloureusement les yeux.

- Ne vous fustigez pas, Capitaine, dit l'ordonnance en poursuivant sa tâche et brossant la veste militaire. Vous vous donnez sans compter dans cet hôpital. Personne ne travaille davantage que vous. Vous méritez de pouvoir rendre un dernier hommage à ceux qui vous sont chers.

- Merci, Douglas, dit Harry, touché par la tirade.

Le jeune homme termina d'attacher la ceinture.

-Voilà, Capitaine. Vous êtes prêt.

Harry hocha la tête avec satisfaction en admirant ses bottes parfaitement cirées. Il se dirigea vers son bureau pour y prendre ses gants et son képi. Machinalement, il arrangea les cadres qui l'ornaient. Il y avait une photo de Ginny et du petit Michael, une autre de Hermione et une troisième qui représentait la famille Malfoy. Il passa son doigt sur le verre, à l'endroit où se trouvait Draco. Il soupira.

- Vous a-t-on déjà informé de votre affectation pendant mon absence ? demanda-t-il en ajustant son képi sur sa tête et en enfilant ses gants.

En temps de guerre, aucun effectif ne pouvait être gaspillé. Si l'ordonnance n'était pas en permission en même temps que son officier supérieur, il était réaffecté autre part en attendant.

- Oui, Capitaine. Je serai au service du Major Atwood.

- Atwood ? répéta Harry en suspendant son geste. Mais… il est…

- Dans la Somme, Capitaine. Je sais.

Cette nouvelle affecta Harry bien plus qu'il ne voulut bien le montrer. Tous les jours, il voyait des soldats de la Somme arriver dans son hôpital. Il savait ce qu'il s'y passait. Un gars comme Douglas ne survivrait pas une journée dans cet enfer.

- Vous serez prudent ? demanda-t-il naïvement.

- Bien sûr, Capitaine.

- Ne vous mettez pas en danger inutilement, d'accord ?

- Je ferai de mon mieux, Capitaine.

- Et vous reprendrez votre place à mon retour. Il est hors de question qu'Atwood ait les bottes mieux cirées que les miennes.

Douglas ne put s'empêcher de rire.

-Ça n'arrivera pas, Capitaine.

Harry lui sourit en posant une main franche sur son épaule.

- A bientôt, Douglas.

- A bientôt, Capitaine. Bon courage pour l'épreuve qui vous attend.

Elle ne sera pas pire que celle qui vous attend, vous, pensa Harry.

O°O°O°O°O°O°O

13 juillet 1916 – Comté de Slytherin

Harry regardait le paysage familier défiler par la fenêtre. Familier et pourtant étrange.

Ici, c'était presque comme si la guerre n'existait pas. Ici, les arbres étaient encore debout, verts et majestueux. En France, les forêts avaient été décimées. Des arbres, il ne restait plus que des moignons noircis par les ravages du feu. Obus, bombardements, mines. Les arbres souffraient et mourraient en même temps que les hommes.

En voyant cette nature verdoyante, cet endroit si paisible, il se demanda comment il était parvenu à le quitter. Volontairement et avec autant d'acharnement.

Cinq fois. Il avait été refusé cinq fois. Deux fois par la Navy, trois fois par l'armée de terre. Toujours pour le même motif : sa vue déficiente. Sans lunettes, il ne voyait absolument rien. Or, lors de l'examen médical, un test de la vue était réalisé. On lui avait demandé systématiquement d'ôter ses lunettes et de lire des lettres et des chiffres sur un panneau au fond de la pièce. Sans succès évidemment.

A chaque fois, il était revenu dépité et en colère. Et à chaque fois, cela avait amené une dispute avec Draco.

- Tu as été recalé ?

- Comment le sais-tu ?

- Eh bien, ta vue ne s'est certainement pas améliorée depuis la dernière fois et tu fais une tête de six pieds de long, donc j'en déduis que tu as été recalé.

Ils étaient assis dans la clairière de Primrose Hill. Harry jeta rageusement un caillou dans la rivière.

- Tu ne comprends pas, dit-il.

- Non, en effet, je ne comprends pas ! Pourquoi veux-tu à tout prix participer à cette boucherie ? Tu n'as pas entendu parler de ce qui se passe là-bas ?

- Il s'agit de défendre notre Patrie, Draco ! C'est notre devoir !

- Je croirais entendre mon père.

- Je n'abandonnerai pas, Draco. Quoi que tu puisses penser, je n'abandonnerai pas.

Il n'avait pas abandonné. Excédé, il était allé trouver Severus Snape pour lui demander d'intervenir en sa faveur.

- Votre volonté à vouloir servir votre Roi et votre pays est louable, Potter, mais je crains que les services médicaux aient raison de vous réformer. Votre vue est vraiment épouvantable.

- C'est bien la raison pour laquelle je porte des lunettes ! Avec mes lunettes, je vois parfaitement ! Je suis myope, pas invalide !

- Bon sang, Potter ! Réfléchissez ! On parle de la guerre ! Que croyez-vous qu'il va se passer si vous vous heurtez à un autre soldat et que vos lunettes tombent ou cassent ? Vous pensez qu'il va vous tendre la main pour vous relever et s'excuser de vous avoir bousculé ?

- Bien sûr que non, mais…

- Si vous perdez vos lunettes, vous serez en danger, et vos hommes aussi ! Vous serez un homme mort. C'est aussi simple que ça !

- Pourquoi pas les Irish Guards ? insista Harry. Le fils de Rudyard Kipling y a été admis alors qu'il est davantage myope que moi !

Severus soupira et croisa les mains devant lui.

- Je ne vais pas intervenir en votre faveur pour que vous soyez envoyé au front, mais…

- C'est injuste ! Je…

- Laissez-moi terminer, bon sang ! L'armée n'a pas seulement besoin de chair à canon. Vos compétences pourraient être utilisées autrement.

- Autrement ? En organisant des collectes de fonds, des concerts et des ventes de charités ?

- Chacun contribue comme il le peut à l'effort de guerre, Potter. Ne méprisez pas ceux qui organisent ce genre d'évènements. Ils sont d'une grande utilité.

- Alors, c'est ça que vous me conseillez ?

- Non, soupira Snape avec agacement. J'allais vous suggérer de mettre vos compétences médicales à profit en œuvrant dans un dispensaire.

Harry resta interdit un instant.

- Un… dispensaire ? Pour… soigner les soldats ?

- Vous n'y aviez pas pensé, n'est-ce-pas ? demanda Snape avec un sourire en coin.

- Non… en effet.

- Bon. Laissez-moi quelques jours pour prendre les contacts nécessaires. Maintenant, dit-il en se levant, je dois vous laisser. L'Amiral m'attend. Encore des explications à donner sur le désastre de Gallipoli, bougonna-t-il.

Galvanisé par sa discussion avec le Commodore, Harry s'était empressé d'en parler à Draco. Malheureusement, sa réaction ne fut pas celle attendue.

- Qu'y a-t-il de mal à organiser des concerts et des ventes de charité ?

- Draco, as-tu écouté ce que je viens de dire ? Snape va faire en sorte que…

- Je t'ai entendu. Réponds à ma question : qu'y a-t-il de mal à organiser des concerts et des ventes de charité ?

- Pfff, souffla Harry avec dédain. Rien. C'est… c'est juste une manière de se donner bonne conscience en prétendant aider son pays. En réalité, ce n'est rien d'autre que de la lâcheté.

- Vraiment ? rétorqua Draco.

Harry regarda Draco en fronçant les sourcils.

- Tu… tu ne comptes quand même pas…

- Si, Potter. C'est exactement ce que je compte faire. Alors, maintenant, dis-le moi en face. Dis-moi que je suis un lâche.

Le regard de Harry se durcit.

-Oui, tu es un lâche, Malfoy ! Tu préfères te cacher ici et te donner bonne conscience avec ton argent plutôt que d'aller te battre ! C'est pathétique ! Lâche et pathétique !

Draco était parti, en colère et blessé. Harry n'avait pas cherché à le rattraper ou à s'excuser.

Il ne se doutait pas que cinq semaines plus tard, Draco lui annoncerait qu'il partait au front.

Il ne se doutait pas que leurs vies allaient changer à jamais.

O°O°O°O°O°O°O

Un an plus tôt

1er juillet 1915 – Manoir Malfoy, Comté de Slytherin

- J'ai reçu mon ordre de mobilisation, dit Draco.

- Quoi ? s'exclama Harry.

Carson, qui était en train de remplir le verre de Lucius s'immobilisa abruptement, si bien que quelques gouttes de vin éclaboussèrent la nappe blanche.

- Pardonnez ma maladresse, Monsieur le Comte.

- Ce n'est rien, Carson, dit Lucius avec un geste de la main. C'est une bonne nouvelle, n'est-ce-pas, Harry ?

- Oui. Oui… je suis simplement un peu…étonné. Quand pars-tu ?

- La semaine prochaine.

- Oh. Tu vas aller au camp d'entrainement de Birmingham ?

- Non, répondit Lucius à sa place. Draco ira directement au dépôt d'infanterie d'Amiens où il recevra une formation d'officier supérieur. Il sera confié aux soins de mon ami, le Général Crawford.

Harry hocha la tête.

- Je pensais que tu… que tu préférais te consacrer à un soutien depuis l'Angleterre, dit-il à Draco, plutôt que… aller sur le terrain.

- Il faut croire que j'ai changé d'avis.

Draco posa sa serviette sur la table.

- Veuillez m'excuser, dit-il en se levant. Je n'ai pas faim.

- Draco ! l'interpella Lucius. Tu…

Mais Draco ne l'écouta pas et sortit de la salle à manger sous le regard inquiet de Carson.

- J'espère que vous êtes contents de vous, tous les deux, dit Narcissa en s'adressant à Harry et Lucius. A cause de vous, Draco a fini par s'engager alors que rien ne l'y obligeait !

- Mais, je…, commença Harry.

- Les Malfoy ont toujours combattu pour la patrie ! rétorqua Lucius avec humeur. Toujours ! Mon père a fait la guerre de Crimée, mon grand-père était Waterloo aux côtés de Wellington ! Mon aïeul William a combattu les insurgés durant la guerre d'indépendance américaine ! Sans parler du fondateur de notre maison, Armand de Malefoy qui…

- Qui était à Hastings, oui, on sait, coupa rageusement Narcissa. Vous auriez encore un ancêtre qui aurait fait la Guerre des Gaules que cela me serait parfaitement égal ! Draco a déjà vécu l'enfer à Azkaban et vous le renvoyez dans un autre !

- Draco a fait son choix, il…

- Vous auriez pu l'en empêcher !

- Je suis le Lord Lieutenant du Comté, je ne vais certainement pas dissuader mon propre fils de servir son pays.

- Lord Lieutenant, dit-elle avec un petit rire méprisant. Quelle hypocrisie ! Que faites-vous à part organiser des dîners en grand uniforme ?

Lucius accusa difficilement le coup. Harry lui, aurait voulu être partout ailleurs, sauf ici, à assister à cette dispute.

-Vous savez parfaitement que j'ai demandé à plusieurs reprises à l'Amirauté d'être réintégré dans la Royal Navy, siffla-t-il entre ses dents.

Narcissa eut un haussement d'épaule dédaigneux.

- Je comptais l'annoncer à la fin du dîner, continua Lucius, mais comme la bonne tenue de celui-ci semble compromise, autant vous le dire maintenant. L'Amirauté a accepté ma demande. Je suis réintégré dans le service actif de la Royal Navy comme Capitaine de vaisseau.

- Quoi ? souffla son épouse.

- Vous avez entendu. Je vais rejoindre la Grand Fleet dans deux semaines.

Le bruit d'une chaise qui tombait au sol accueillit cette déclaration. Narcissa s'était levée brusquement et avait quitté la salle à manger à son tour.

- Je vous prie d'excuser ces démonstrations inappropriées, Harry, soupira Lucius.

- Ce… ce n'est rien, dit Harry. Ne vous en faites pas.

- Severus nous a dit qu'il vous avait trouvé une affectation également, intervint Ariana qui était restée étrangement silencieuse jusque-là. Boulogne-sur-Mer, c'est cela ?

- Wimereux, en fait. L'annexe de l'hôpital général n°14.

- Oh. Quelle est la différence ?

- C'est une plus petite structure qui est destinée à recevoir les blessés qui ne sont pas en mesure d'être soignés sur le front, mais qui ne doivent pas subir d'opération. Concrètement, je ne suis pas médecin… et encore moins chirurgien.

- Amiens n'est pas très loin de Boulogne-sur-Mer, non ? demanda Lucius.

- Je… je n'en sais rien, dit Harry.

Lucius soupira.

-Je ferais mieux d'aller parler à Narcissa, dit-il en se levant. Je vous prie de m'excuser.

Ariana et Harry restèrent seuls à table, silencieux.

- Je pense que le dîner est terminé, Carson, dit Ariana au majordome qui se tenait dans un coin de la pièce. Vous pouvez débarrasser.

- Bien, Madame. Souhaiterez-vous prendre le café dans le petit salon ?

- Eh bien, tout dépend de Lord Black. Harry ? dit-elle en se tournant vers lui.

- Je… je crois qu'il vaut mieux que je rentre.

- Comme vous voulez.

Ils se levèrent tous les deux et se retrouvèrent dans le grand hall.

- Vous… vous aussi vous pensez que je suis responsable de la décision de Draco ? demanda-t-il.

- Eh bien, mon beau-père et vous êtes assez clairs sur l'opinion que vous avez de tous ceux qui ne s'engagent pas, dit-elle un peu froidement. Vous pensez qu'ils sont lâches.

- Je… je ne voulais pas…

Harry s'interrompit en soupirant.

- Est-ce pour cela que Draco s'est engagé ?

- Enfin, Harry ! Je pensais que vous connaissiez Draco suffisamment pour savoir qu'il ne voudrait jamais passer pour un lâche à vos yeux !

- Mais…

- Bonne soirée, Harry.

Ariana tourna les talons et s'engagea dans l'escalier.

-Vos gants et votre chapeau, Monsieur, dit une femme de chambre.

La guerre dépeuplait la plupart des maisons anglaises de leurs valets, chauffeurs, palefreniers et autres jardiniers, laissant aux femmes les tâches habituellement effectuées les hommes, au grand dam de Carson qui y voyait une atteinte au prestige de la maison Malfoy.

-Merci, dit Harry d'un air absent.

Il se coiffa et rejoignit la voiture qui l'attendait à l'entrée.

O°O°O°O°O°O°O

7 juillet 1915 – Primrose Hill, Comté de Slytherin

Quand il arriva à la clairière de Primrose Hill, Harry vit immédiatement le pur-sang blanc attaché à un arbre. Il descendit de sa monture et flatta doucement l'encolure de Nimbus.

-Hé, mon tout beau, murmura-t-il. Toi non plus, ton propriétaire n'a pas voulu te laisser partir ? Il a eu raison. Jamais je ne pourrais me séparer de Firebolt.

Disant cela, il noua la longe de son minorquin à la même branche.

-Soyez sages, tous les deux, dit-il en leur donnant une pomme à chacun.

Il descendit le petit sentier qui menait à la rivière et trouva Draco, comme il s'y attendait, assis sur un rocher.

-Dobby m'a dit que je te trouverais ici.

Draco ne répondit pas, se contentant de fixer un point devant lui.

- Je vois que tu es parvenu à soustraire Nimbus à la réquisition des chevaux par l'armée. J'ai fait pareil avec Firebolt, mais je n'ai pas pu sauver les autres. Hagrid est dévasté.

- Pareil pour Peeves, dit Draco. Je n'aurais jamais imaginé voir cet abruti pleurer. Encore que… mon père n'en était pas loin non plus. Le départ de ses chevaux l'affecte plus que le mien.

- Ne dis pas ça, Draco. Ton père est fier de toi. Mais ça ne l'empêche pas d'être inquiet pour toi. Tout comme moi.

Un petit rire désabusé lui répondit.

Harry soupira.

- Draco… je… je ne veux pas que tu t'en ailles… dans cet état d'esprit…

- Pourquoi ? rétorqua Draco. Tu veux avoir la conscience tranquille au cas où je ne reviendrais pas ?

- Non ! Je… Comment peux-tu dire une chose pareille ?

- Quoi ? C'est toi qui voulais que je m'engage, non ?

- Je ne voulais pas que… je… je ne…, bafouilla Harry.

- Tu m'as traité de lâche, Harry.

Harry ne répondit pas, car il n'y avait rien à répondre. Il baissa la tête.

- Si… s'il t'arrivait quelque chose, murmura-t-il après une éternité, je ne me le pardonnerais jamais. Ça me tuerait, Draco.

Draco se leva lentement. Il se posta devant Harry et lui jeta un regard froid.

- Voilà exactement la raison pour laquelle je ne voulais pas qu'on se retrouve à la cabane, dit-il.

- Je… je ne comprends pas…

- Tu aurais voulu qu'on baise, n'est-ce-pas ? Qu'on se réconcilie dans un lit, comme nous le faisons à chaque fois que nous sommes en désaccord. Mais ça n'arrivera pas, Harry. Pas cette fois. Demain, je pars à la guerre. Et quoi qu'il arrive, tu auras sur la conscience les mots que tu as prononcés.

O°O°O°O°O°O°O

15 juillet 1915 – Swindon

- Comment vous sentez-vous, Harry ? demanda Lucius.

- Un peu nerveux, je crois.

Il tira sur les pans de sa veste. C'était la première fois qu'il portait un uniforme militaire et celui-ci n'était pas vraiment confortable. Le cuir de la ceinture et du baudrier était très rigide. Mais ce n'était rien comparé à l'inconfort de ses bottes. Celles qu'il portait habituellement étaient faites sur mesure chez le chausseur John Lobb à Londres, dans un cuir de veau d'une souplesse extraordinaire. Celles de l'armée étaient fabriquées dans un cuir très épais, et étaient d'une pointure approximative.

Il grimaça douloureusement.

- Vous savez ce qui les assouplit efficacement ? lui glissa Lucius.

- Non, quoi ?

- Uriner dedans.

Harry le fixa, les yeux écarquillés.

- Vous plaisantez ?

- Absolument pas.

- Vous faites des manières, Potter ? Vous préférez vos bottes de dandy qui seraient usées après à peine deux miles de marche ?

Severus le regardait avec un sourire en coin. Harry bougonna mais décida de prendre sur lui. Ce n'était pas le moment de se faire remarquer.

En tant que Lord Lieutenant, Lucius dirigeait habituellement les parades, les cérémonies de départ des recrues vers le front. Celle-ci était particulière car il défilerait également. Elle était donc plus solennelle que les précédentes.

Ils étaient pour le moment rassemblés devant l'église de Swindon, où ils devaient recevoir la bénédiction de l'Evêque.

- Qui vous remplacera comme Lord Lieutenant durant votre mobilisation ? demanda Harry.

- Edgecomb, le Comte de Ravenclaw, répondit Lucius.

- Depuis le temps que ce vieux grincheux attend ça, maugréa Severus.

Le Commodore était envoyé dans la Grand Fleet en même temps que Lucius, si bien qu'il paraderait également avec lui. Tout comme Harry qui était envoyé à Boulogne-sur-Mer.

- Avez-vous des nouvelles d'Hermione ? demanda Harry à voix basse.

- Elle est toujours dans les Dardanelles, répondit Severus d'un ton morose. Mais elle devrait bientôt être envoyée sur l'île de Lemnos.

- A-t-elle une chance de se retrouver en France ?

- Je ne sais pas. Mais croyez-vous vraiment qu'il s'agisse d'une chance ?

Harry n'eut pas le temps de répondre car l'Evêque venait d'arriver et la cérémonie allait commencer.

La Parade fut assez impressionnante. Les recrues défilèrent en bon ordre, Lucius et Severus en tête, tous les deux vêtus de leur grand uniforme de la Navy, au son de la fanfare et des chants patriotiques, parmi lesquels le Rule Britannia et le Land of Hope and Glory de Edward Elgar.

Harry se sentait fier d'y participer. Son sentiment de faire ce qui était juste se renforça et il se sentit transporté par les hourras de la foule rassemblée le long des trottoirs.

Il eut une pensée pour Draco. Il était parti une semaine auparavant sans qu'ils se soient reparlé.

O°O°O°O°O°O°O

Un an plus tard

13 juillet 1916 – Manoir Malfoy, Comté de Slytherin

-Encore un peu à gauche… non, plus à droite… Voilà, comme ça !

Ariana hocha la tête, satisfaite. La banderole était maintenant parfaitement attachée par-dessus l'estrade. Elle était rouge et bleue et portaient en larges lettres blanches, l'inscription « En soutenant notre hôpital, vous soutenez nos garçons au front ».

Elle termina son inspection. Les bouquets de fleurs, les chaises, les programmes. Tout était en place pour le concert de charité qui serait donné le soir-même.

Elle entendit des pas dans le hall, puis une voix si chère, une voix qu'elle n'avait plus entendue depuis trop longtemps. Elle se précipita dans le couloir et le vit, vêtu de son uniforme vert kaki.

-Draco, souffla-t-elle.

Draco se retourna. Il s'élança vers elle pour la prendre dans ses bras.

- Ariana, dit-il, tu m'as tellement manqué.

- Toi aussi. Je désespérais de te revoir.

Elle s'écarta de lui et l'observa des pieds à la tête.

- Comment vas-tu ? demanda-t-elle.

- Je… je ne sais pas, murmura-t-il. Je… je ne sais pas…

Son visage s'affaissa en même temps qu'il baissait la tête pour le dissimuler.

-Oh, Draco ! dit Ariana en le prenant à nouveau dans ses bras. Ne te cache pas de moi… tu as le droit d'avoir du chagrin.

Il la serra en retour et laissa couler les larmes qu'il retenait depuis trop longtemps.

- Je n'arrive pas à y croire, dit-il. C'est… c'est impossible…

- Je suis tellement désolée, Draco.

Ariana se recula un peu.

- Ne penses-tu pas que nous ferions mieux d'annuler le concert de ce soir ? Les gens comprendront.

- Qu'en dit ma mère ?

La jeune femme parut ennuyée.

- Elle… elle veut que nous le maintenions. Elle dit que l'hôpital compte sur nous.

- Je suppose qu'elle a raison.

- Mais…

- Nous allons maintenir le concert si c'est ce qu'elle souhaite, décréta-t-il. Où est-elle ?

Ariana soupira.

- Dans sa chambre. Je lui ai dit que tu monterais la voir dès ton arrivée.

- Je vais le faire, mais avant, je voudrais voir les enfants.

- Ils jouent dans le jardin. J'ai préféré ne rien dire à Charlotte pour le moment.

- Tu as bien fait.

Il allait ressortir quand il sentit sa femme le retenir par le bras.

-Draco… il faut que tu saches que… Harry a été prévenu. Il… il ne devrait plus tarder.

Le visage de Draco se ferma. Il eut un imperceptible mouvement de tête puis quitta le hall pour se rendre au jardin.

Charlotte et Scorpius étaient sagement en train de jouer dans la pelouse, en compagnie de leur nounou.

-Papa ! s'écria Charlotte en voyant son père sur la terrasse.

Elle se leva d'un bond, abandonnant ce qu'elle était en train de faire pour courir vers lui. Draco la réceptionna à mi-chemin et la souleva dans ses bras.

-Ma princesse ! dit-il en la faisant tournoyer.

La petite fille de quatre ans et demi entoura son cou de ses petits bras et le serra très fort.

-Papa, tu ne partiras plus, dis ?

Le cœur de Draco se contracta. Il voulait tant lui mentir, mais il ne pouvait pas.

-J'aimerais bien, ma chérie, mais je vais devoir retourner en France très bientôt.

Charlotte se contenta de soupirer puis de l'embrasser sur la joue. Draco s'étonna une fois de plus de son caractère tellement facile. Elle ne faisait jamais de caprice, ne discutait jamais. C'était l'enfant la plus sage qu'il ait jamais connu.

Il la reposa au sol et se dirigea vers son fils, assis dans l'herbe, en train d'empiler des cubes en bois. Draco s'accroupit devant lui et passa la main dans ses cheveux. Le petit garçon leva sur son père un regard inquiet avant de se détourner de lui et de se réfugier dans les bras de sa nounou.

- Ne vous inquiétez pas, Monsieur, dit la nounou. Il ne vous a plus vu depuis longtemps et à cet âge-là, on oublie vite. Laissez-lui quelques jours et il se réhabituera à vous.

- Le temps que je reparte à nouveau, répondit Draco, un peu amer.

Il se releva en soupirant. Dire qu'il avait passé des heures avec Scorpius quand il était bébé, et maintenant il était pratiquement devenu un étranger pour lui.

Foutue guerre.

O°O°O°O°O°O°O

Draco frappa deux petits coups à la porte. Celle-ci s'ouvrit sur Anna, la femme de chambre de sa mère.

- Votre Grâce, dit-elle en s'inclinant légèrement.

- Bonjour Anna. Ma mère est-elle en état de me recevoir ?

- Bien sûr, Votre Grâce. Elle sera tellement contente de vous revoir.

Anna s'écarta et laissa Draco entrer dans l'antichambre. Puis elle se dirigea vers une autre porte et disparut dans la pièce adjacente. Une minute plus tard, la porte se rouvrait, laissant apparaître Narcissa. Elle était vêtue d'une robe de chambre, ses cheveux étaient dénoués et son visage portait les marques d'un immense chagrin. Pourtant, elle souriait. Un sourire large qui faisait briller ses yeux d'émotion.

-Draco ! s'exclama-t-elle en s'élançant vers son fils.

Elle le prit dans ses bras et le serra à l'étouffer, palpant son dos, ses bras, ses épaules, comme pour s'assurer qu'il était bien là, et un seul morceau.

- Oh, Draco, mon petit garçon, tu es rentré…

- Je suis rentré, Maman.

Narcissa s'écarta un peu de lui pour le regarder.

- Est-ce que tu vas bien ? Tu es si pâle, ton visage est émacié. Est-ce que tu manges ? Par tous les saints, ils ne te nourrissent pas à Amiens ?

- Si, Maman, ne vous inquiétez pas.

- Bien sûr que je m'inquiète ! Je vais écrire au Général Crawford pour lui dire que c'est inacceptable. Il ne peut pas…

- Maman ! s'écria Draco vivement en agrippant ses poignets.

Narcissa cligna des yeux, comme si elle reprenait pied dans la réalité. La cruelle réalité. Ses yeux se remplirent de larmes et elle pleura.

Draco la serra contre lui.

- Je suis désolé, Maman. Tellement désolé.

- Mon Dieu, Draco… c'est terrible ! sanglota-t-elle. Comment vais-je faire sans lui ? Comment ?

- Ça va aller, Maman, je vous le promets.

Narcissa releva la tête.

- Tu es rentré pour de bon ? Dis-moi que tu ne retournes pas là-bas ! Dis-le-moi !

- Maman, c'est…

- Tu n'es pas obligé de participer à cette guerre, tu ne l'as jamais été ! Encore moins maintenant que ton père est… ton… père est…

Elle trébuchait sur les mots tant son émotion était vive.

-Calmez-vous, Maman, dit doucement Draco. Calmez-vous. Je vais introduire une demande, mais ça ne se fera pas du jour au lendemain. Je vais devoir y retourner en attendant d'être officiellement démobilisé.

Narcissa recommença à pleurer de plus belle.

- Je ne veux pas te perdre ! Je ne veux pas te perdre toi aussi !

- Ça n'arrivera pas, Maman. Je vous jure que ça n'arrivera pas.

Il la tint serrée contre lui le temps que ses pleurs s'apaisent.

-Pouvez-vous me dire ce qui est arrivé ? demanda-t-il un bout d'un moment.

Narcissa s'écarta de lui et prit un mouchoir dans la poche de sa robe de chambre pour sécher ses joues.

-Oh, tu sais, dit-elle, rien n'est jamais clair avec l'armée. Ils… ils refusent de me donner des détails au nom du secret militaire. Et sans doute parce que je suis une femme. Ils croient sûrement que je ne peux pas comprendre les enjeux d'une bataille navale…

Draco serra les poings.

- Ils… ils ne vous ont vraiment rien dit ?

- Seulement que son navire avait été touché lors… lors d'une offensive. Il a sombré. Ton père a été repêché mais il était sérieusement blessé. Il… il a été emmené sur… sur un navire-hôpital où… où il est mort plusieurs jours plus tard.

Draco ferma les yeux. La Bataille du Jutland à laquelle son père avait participé s'était déroulée les 31 mai et 1er juin 1916, au large des côtes danoises. Il se demanda combien de temps son père avait agonisé avant d'être délivré de son funeste sort.

- Je suppose que Severus nous donnera davantage d'explications, dit-il finalement. Quand doit-il arriver ?

- Demain, normalement. Il… il ramène le… corps de Lucius avec lui.

Narcissa étouffa un nouveau sanglot dans sa main et se laissa tomber sur un siège.

- Je… je ne lui ai jamais dit au revoir, murmura-t-elle. Je… quand… quand il est parti, je n'ai pas… je n'ai pas voulu descendre lui dire au revoir…

- Pourquoi ?

- Parce que… je lui en voulais… terriblement… de ne pas t'avoir… empêché de t'engager… Je lui ai dit que… que je le haïrais jusqu'à la fin de mes jours si… si… il devait t'arriver quelque chose… Mon Dieu, Draco ! Ce sont les derniers mots que je lui ai dits !

- Il savait que vous ne le pensiez pas…

- Si, justement ! rétorqua sa mère. Oh, si, je le pensais…

Elle tapota le mouchoir contre ses joues.

-Je le pensais, continua-t-elle, et j'aurais dû lui demander pardon. J'aurais dû me réconcilier avec lui avant qu'il ne parte… et maintenant, c'est trop tard…

Le cœur de Draco se serra. Lui aussi était parti sans se réconcilier avec Harry et ce n'était pas les quelques lettres insipides qu'ils avaient échangées durant ces derniers mois qui avaient changé quelque chose.

Il sursauta presque quand il sentit une main sur son bras. Sa mère s'était relevée et se tenait devant lui, le fixant avec acuité. Comme si elle avait lu ses pensées, elle dit :

- Ne commets pas la même erreur que moi, Draco.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez.

- Je sais que tu n'es plus en bons termes avec Harry, dit-elle.

- Ce n'est…

- Je lui en voulais aussi, tu sais. Je lui en voulais parce que je sais que c'est en grande partie à cause de lui que tu as décidé de t'engager…

Draco ne répondit pas.

- Ne reste pas fâché avec lui, Draco. Ta colère te semble peut-être légitime mais si tu le perds, s'il lui arrivait quelque chose sans que tu aies pu lui dire une dernière fois que tu l'aimes, elle ne sera plus qu'un désert stérile…

- Peut-être sera-ce lui qui va me perdre…

- Alors tu lui infligerais la pire douleur qui soit, tu peux me croire. Est-ce vraiment ce que tu veux ? Le détestes-tu à ce point ?

Non, il ne le détestait pas. C'était même tout le contraire. Durant tous ces longs mois, éloigné de lui, Draco avait dû se faire violence pour garder un ton neutre dans ses missives. Celles de Harry étaient identiques. Vides, factuelles, sans le moindre mot, la moindre allusion qui aurait pu lui donner l'espoir que ses sentiments pour lui n'étaient pas morts en même temps que la guerre avait éclaté.

Je ne peux pas te promettre que nous ne serons jamais séparés... je peux seulement te donner ma parole que ce ne sera pas de ma propre volonté. Et que je ferai toujours tout pour revenir vers toi.

Draco se souvenait de ces paroles, prononcées par Harry quelques années auparavant, et il ne pouvait s'empêcher de se sentir trahi.

- Je ne t'abandonnerai jamais, Draco.

- Tu me le jures ?

- Je te le jure.

Et c'était pourtant ce qu'il avait fait.

- Ariana m'a dit que vous comptiez tout de même donner le concert ce soir, dit Draco pour changer de sujet.

- Oui. Ce qui s'est passé est une tragédie et je n'ai certainement pas le cœur à me divertir, mais il ne s'agit pas de cela. Les organisations caritatives comptent sur la récolte de fonds. Nous ne pouvons pas leur faire faux bond. Ton père n'aurait pas voulu cela.

- Non, en effet. Mais je peux vous excuser si vous le souhaitez. Les gens comprendront.

- Non, je serai là. Je suis une veuve de guerre moi aussi. Je dois montrer l'exemple.

Draco soupira en hochant la tête. Il embrassa sa mère sur la joue.

- Reposez-vous encore un peu. Je vous verrai ce soir.

- Que vas-tu faire ?

- Me promener. Faire du cheval. J'ai besoin de respirer un air qui n'empeste pas la décomposition et l'acide picrique.

- La décomposition ? répéta Narcissa. Mais… tu es au dépôt d'infanterie… je…

- Reposez-vous, Maman, coupa Draco. Vous en avez besoin.

Il l'embrassa une nouvelle fois et quitta la pièce.

O°O°O°O°O°O°O

Harry sentit son cœur battre plus fort à mesure qu'il s'approchait du Manoir dont les hautes tours carrées se dressaient dans le ciel. Un ciel bleu et limpide comme il n'en avait plus vu depuis longtemps.

Alors que la voiture s'arrêtait devant la portée d'entrée, il vit apparaître sur le perron la silhouette massive, droite et rassurante de Carson.

- Monsieur le Comte, le salua-t-il quand il sortit du véhicule.

- Bonjour Carson, dit Harry.

Il s'arrêta devant le majordome. Celui-ci semblait avoir vieilli de dix ans depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus, six mois plutôt.

- Permettez-moi de vous présenter mes condoléances, Carson. A vous et à tout le personnel du Manoir.

- Merci, Monsieur le Comte. C'est une tragédie. Une terrible tragédie.

- Je suppose que vous avez toujours connu Lord Malfoy ?

- J'avais dix-sept ans, Monsieur, quand je suis entré au service de son père en tant que simple valet de pied. Lord Malfoy avait à peine une dizaine d'années à l'époque. Alors oui, on peut dire que je l'ai toujours connu.

- Sait-on ce qui est arrivé ?

- Hélas, non, Monsieur le Comte. Nous comptons tous sur l'arrivée prochaine du Commodore Snape pour en apprendre davantage.

Harry hocha la tête. Il pénétra dans le grand hall et ôta son képi. La vision familière de la large cheminée en pierre, de l'escalier et de la galerie, lui réchauffa le cœur.

Quand il s'aperçut de la présence d'Ariana, il ne put s'empêcher de se hâter vers elle et de la prendre dans ses bras.

- Harry, souffla-t-elle. C'est bien que vous soyez là.

- Comment allez-vous ? demanda-t-il en s'écartant.

- Ça peut aller. J'ai encore du mal à réaliser que… que nous ne le verrons plus…

Harry tritura quelque peu son képi avant de demander, du bout des lèvres :

- Et Draco ? Comment va-t-il ?

- Vous le connaissez comme moi. Il ne laisse jamais rien paraître mais… il est fort affecté.

- Oui, j'imagine.

Il n'osa rien demander de plus. A la place, il regarda autour de lui.

- Vous… vous comptiez donner un concert ?

- En faveur de l'hôpital, oui. Tout a été organisé avec le docteur Granger et son épouse. J'espère qu'en dépit des circonstances, vous accepterez d'y assister.

- Oh… vous… je veux dire…

- Narcissa n'a pas voulu que nous l'annulions. Draco non plus.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée que… que je sois présent…

- Même s'il s'agit de notre hôpital commun, il s'agit avant tout de l'hôpital de Godric's Hollow. Vous avez toutes les raisons d'être présent, Harry.

- Oui, mais…

- Il a besoin de vous, Harry, coupa Ariana. Maintenant plus que jamais.

Harry soupira.

- Je ne sais pas. Je… je n'ai pas été à la hauteur ces derniers mois.

- Est-ce que vous tenez encore à lui ? demanda Ariana, plutôt sèchement.

Harry ferma les yeux.

- Je n'ai jamais cessé de tenir à lui. Pas un seul instant… Mon Dieu, quand j'ai reçu le télégramme… quand j'ai lu le nom de Malfoy… j'ai… oh Ariana, j'ai cru que c'était lui… j'ai cru que je l'avais perdu…

- Vous ne l'avez pas perdu. Pas encore, ajouta-t-elle après un court instant.

Harry releva la tête, frappé par ces derniers mots.

- Allez le voir, dit Ariana. Ne perdez plus de temps.

- Où est-il ?

- A la clairière.

- Est-ce que mon cheval…

- Oui. Firebolt est toujours là. J'en prends soin, exactement comme vous me l'avez demandé.

- Merci, Ariana.

Il se dépêcha de ressortir et de courir à l'écurie chercher son précieux minorquin, avant d'aller retrouver Draco.

O°O°O°O°O°O°O

Primrose Hill

Harry galopa à bride abattue, ivre de la sensation de l'air frais sur son visage et dans ses poumons. Heureux aussi d'avoir retrouvé son fidèle compagnon, Firebolt. D'aucun aurait pu être offusqué qu'il ait à tout prix voulu conserver son cheval alors que la plupart étaient réquisitionnés par l'armée, mais il s'en moquait. Avant de partir en France, il avait demandé à Ariana si elle acceptait d'héberger Firebolt dans les écuries du Manoir. Lui n'était plus en mesure de le garder à Godric's Hollow car Hagrid avait décidé de s'engager également.

Quand il arriva dans la clairière et vit le cheval blanc attaché à un arbre, il eut l'impression que son cœur allait sortir de sa cage thoracique, tellement il battait fort. Il descendit le sentier à pas hésitants, trébuchant à plusieurs reprises.

Puis il le vit. Debout devant la rivière, vêtu du même uniforme kaki que lui, à la différence que ses manches et ses épaulettes étaient brodées d'un galon surmonté d'une couronne dorée, insigne du grade de major, tandis que Harry arborait les trois étoiles du grade de capitaine, accompagné de la croix rouge des services médicaux.

En entendant le craquement des branches derrière lui, Draco se retourna.

C'était comme dans un rêve. Harry se tenait là, à quelques mètres de lui, les cheveux en bataille et les yeux brillants.

Ils s'observèrent en silence quelques secondes. Draco ne sut jamais lequel des deux avait initié le premier mouvement, tout ce qu'il savait c'était que Harry était maintenant dans ses bras, et que tous les mois d'errance qu'il avait vécu venaient de s'effacer d'un seul coup.

- Draco, souffla Harry. Oh, Draco, pardonne-moi ! S'il te plait, pardonne-moi…

- C'est à moi de te demander pardon. Je m'en veux d'avoir été si cruel envers toi…

- Je l'ai mérité. Jamais je n'aurais dû te traiter comme je l'ai fait…

Draco se recula et prit le visage de Harry entre ses mains.

- Tout est pardonné, mon amour, tout ça, c'est du passé… tout ce qu'il m'importe, c'est… c'est savoir s'il y a encore de l'espoir pour nous…

- Bien sûr qu'il y a de l'espoir ! Bien plus que de l'espoir ! Mon Dieu, Draco, je n'ai jamais cessé de penser à toi ! Pas une seule seconde !

- Mais… tes lettres… elles… je veux dire… tu étais si… distant…

- Je ne savais pas si tu voulais encore de moi… tes lettres n'étaient pas très explicites non plus…

- Je l'admets, soupira Draco. Je… je pensais simplement que tu serais celui qui… tu sais… trouverais un moyen de me faire savoir que tu m'aimais encore…

- Pourquoi moi ?

- Parce que tu es le plus téméraire de nous deux ? sourit Draco innocemment.

Harry sourit à son tour, de soulagement, avant de se rappeler la raison de sa présence ici.

-Je suis désolé, Draco, dit-il tout bas. Quand… quand j'ai appris la nouvelle, je… je…

Il secoua la tête, incapable d'en dire davantage. Draco soupira et s'éloigna vers la berge.

-Il va tellement me manquer, murmura-t-il. Je… je n'ai jamais imaginé que je pourrais un jour le perdre. C'était… c'était mon père. Pour moi, il… il était…indestructible.

Harry s'approcha de Draco et prit sa main dans la sienne.

-Il t'aimait, Draco. Et il était terriblement fier de toi. Tu le sais, n'est-ce-pas ?

Draco hocha la tête. Ils restèrent silencieux quelques minutes, les doigts entrelacés.

- Harry, je… je vais demander à être démobilisé. Avec la mort de mon père, je vais devoir m'occuper de… du domaine, des affaires… et puis, il y a ma mère. Je ne veux pas la laisser seule, pas maintenant alors qu'elle a besoin de moi.

- Je comprends parfaitement, Draco.

- Vraiment ? Tu… tu ne penses pas que je… je…

- Draco, coupa Harry en l'attirant à lui pour qu'il le regarde en face. Oublie tout ce que j'ai pu dire avant notre départ. Il n'y a rien de glorieux ou de patriotique dans cette guerre. C'est un puits sans fond de violence et d'inhumanité. Et tout ça pour quoi ?

Il haussa les épaules.

- Je n'en ai aucune idée ! Je ne sais toujours pas à quoi sert cette guerre !

- Ça veut dire que tu vas rentrer, toi aussi ?

- Je… je ne sais pas, soupira Harry. Peut-être.

Draco n'insista pas.

- Comment ça se passe pour toi là-bas ? demanda-t-il.

- Tu avais raison, répondit Harry. C'est une boucherie. Je vois les blessés arriver par dizaines tous les jours. L'hôpital était au départ destiné aux blessés légers, mais quasi immédiatement, j'ai été contraint d'admettre des blessés graves. Très graves. Et alors que je ne suis même pas médecin, je me suis retrouvé à pratiquer des opérations. Des amputations la plupart du temps. C'est…

- L'Enfer, dit Draco à sa place.

Harry resta silencieux un moment.

-Et toi ? Au dépôt d'infanterie ?

Le visage de Draco se ferma et toute sa posture se rigidifia.

-Je… je n'ai pas vraiment envie d'en parler.

Harry ne s'en offusqua pas. Chacun réagissait à sa manière face aux horreurs de la guerre. Et même si Draco était plus ou moins épargné en étant dans un dépôt d'infanterie, il n'allait certainement pas lui forcer la main.

- Je comprends, dit-il. Je veux seulement que tu saches que… je suis là. Je serai toujours là pour toi.

- Tu seras là ce soir, pour le concert ? demanda Draco.

- Oui.

- Tu vas rester au Manoir durant ta permission ?

- Je resterai volontiers mais je…

- C'est entendu. Vu que Dobby n'est pas là, je vais demander à Bates de s'occuper de toi et moi.

- Dobby n'est pas là ? s'étonna Harry.

Draco sourit.

- Dobby est mon ordonnance.

- Quoi ? Il… il s'est engagé ?

- Directement après moi. Il était hors de question que les boutons de mon uniforme ne soient pas parfaitement lustrés, m'a-t-il dit.

- Et ils le sont ! rigola Harry. Mais pourquoi n'est-il pas rentré avec toi ?

- Je l'ai obligé à rendre visite à sa mère. Il sera de retour dans deux jours. Il… il voulait être présent pour les funérailles.

Harry regarda Draco.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda ce dernier.

- Tu es quelqu'un de bien, Draco Malfoy.

Draco ne comprenait pas pourquoi Harry lui disait ça, mais ça lui était égal. Il lui sourit et caressa son visage.

- Est-ce que… est-ce que je peux… t'embrasser ?

- Bon sang, je n'attends que ça depuis que je suis arrivé !

Draco ne se le fit pas dire deux fois. Il se pencha et embrassa Harry avec toute la douceur dont il était capable. Ce fut une sensation indescriptible. Dans son cœur, des émotions contradictoires se mêlaient. La douleur et la peine d'avoir perdu son père. La joie d'avoir retrouvé l'homme qu'il aimait.

Il n'était pas sûr de pouvoir faire le tri dans ce maelström de sentiments, mais il était certain d'une chose : il ne prendrait plus jamais pour acquit l'amour que Harry lui portait.

O°O°O°O°O°O°O

Manoir Malfoy

- Sa Grâce, la Duchesse douairière, annonça Carson en ouvrant la porte du petit salon.

- Grand-Maman ! s'exclama Ariana en se levant. Tu es venue !

- Je ne pouvais faire autrement, dit Minerva.

Tout comme Ariana, la Duchesse douairière était vêtue de noir. Elle souleva la voilette qui couvrait la moitié de son visage pour embrasser sa petite-fille.

Elle se tourna ensuite vers Harry, qui se tenait debout près de la cheminée du petit salon.

-Oh, Harry, mon petit ! Vous êtes là !

Elle l'embrassa avec chaleur.

- Les choses sont-elles résolues entre Draco et vous ?

- Comment…

- Harry, mon cher, coupa Minerva. Plutôt que de vous demander comment je suis au courant, répondez à ma question.

- Oui. Oui, elles le sont.

- Tant mieux. Une tragédie à la fois est bien suffisante.

Elle s'assit dans un fauteuil et laissa son regard errer dans la pièce. Elle aussi semblait particulièrement affectée par le décès de Lucius.

- Quand Severus doit-il arriver ? demanda-t-elle.

- Demain, si tout va bien, répondit Ariana.

- Oh. Bien. Et vous, Harry ? Combien de temps restez-vous parmi nous ?

- Ma permission est accordée le temps de l'organisation des funérailles. Je suppose que le Commodore Snape a écrit à l'état-major et que c'est la raison pour laquelle je bénéficie d'un traitement de faveur.

- Sans doute. Et c'est une bonne chose. Votre place est parmi nous, Harry. Même si vous avez connu quelques moments houleux, je sais que Lucius vous aimait comme un fils.

Harry sentit une boule se former dans sa gorge. Il n'avait pas osé exprimer cette pensée à voix haute, mais le décès de Lucius le touchait énormément car il perdait une figure paternelle. Une de plus.

Il n'eut pas le temps de s'appesantir car la porte du salon s'ouvrait à nouveau, cette fois sur Narcissa et Draco. Narcissa semblait fragile et menue dans sa longue robe noire et austère.

Draco, tout comme Harry, portait l'uniforme de cérémonie de l'armée de terre : un pantalon noir à galon rouge sur le côté, une chemise blanche à plastron, un nœud papillon noir et une veste courte rouge à revers en velours noir. En signe de deuil, l'un comme l'autre portait un brassard noir au bras gauche.

Minerva se leva pour embrasser sa filleule. Elle la tint serrée dans ses bras quelques instants, lui communiquant son soutien.

- Nous ferions bien d'y aller, dit Narcissa. La plupart des invités sont arrivés.

- Maman, êtes-vous sûre que…

- Tout ira bien, Draco.

Sur ces mots, ils quittèrent le petit salon pour se rendre dans la salle de bal, transformée pour l'occasion en salle de concert.

Quand les invités virent la famille Malfoy avancer au milieu des rangées de sièges, en habits de deuil, sans Lucius aux côtés de son épouse, un murmure insistant se répandit dans la salle jusqu'à ce que Narcissa s'avance devant l'estrade et demande le silence.

-Mes chers amis, dit-elle d'une voix qui se voulait assurée, merci du fond du cœur d'être présents aujourd'hui. Comme beaucoup d'entre vous l'ont probablement compris, un drame a frappé notre famille. Mon époux bien-aimé, mon cher Lucius, est…

Elle s'interrompit brièvement.

-Mon très cher Lucius est mort en combattant l'ennemi au large des côtes danoises.

Nouveau murmure dans la salle.

-En tant que Lord Lieutenant du Comté, il était parfaitement conscient de notre devoir de soutenir l'effort de guerre par tous les moyens. C'est la raison pour laquelle le concert de ce soir est maintenu. Parce qu'il l'aurait voulu ainsi, et parce que c'est une façon aussi de lui rendre hommage. Merci à tous.

Il y eut de longs applaudissements, puis chacun prit place dans la salle.

Narcissa n'ayant pas souhaité modifier la liste des œuvres qui se seraient interprétées, l'orchestre commença avec le très enjoué Concerto en Do majeur RV 558 de Vivaldi. Suivirent la Dance hongroise n°5 de Brahms, la Pavane de Fauré, la Suite n°2 en ré majeur HWV 349 de Haendel, le Concerto brandebourgeois n°3 en sol majeur de Bach, pour finir avec le très beau morceau de Jules Massenet, La méditation de Thaïs.

Le concert se termina avec la prestation de Draco qui joua au piano l'Aria BWV 988 de Bach, une mélodie douce, mélancolique et presque douloureuse.

Quand la dernière note s'éleva dans la salle parfaitement silencieuse, Harry se rendit compte qu'il avait presque arrêté de respirer. Il y eut encore un instant de silence, comme une sorte de moment de grâce suspendu dans les airs, puis les invités applaudirent à tout rompre. Draco se leva, s'inclina légèrement et quitta l'estrade.

En descendant l'allée et en passant à côté de Harry, il se pencha et lui murmura à l'oreille :

- Dans quelle chambre t'a-t-on installé ?

- La… la chambre bleue.

- Parfait. Je te retrouve après la réception.

O°O°O°O°O°O°O

Harry était allongé sur son lit, les mains croisées derrière la tête, fixant le ciel du baldaquin sans le voir.

Il était encore perdu dans sa contemplation quand la porte de sa chambre s'ouvrit doucement.

- Je me disais que peut-être tu serais endormi, dit Draco en s'asseyant au bord du lit. Depuis combien de temps n'as-tu pas dormi sur un vrai matelas, épais et confortable ?

- Une éternité, soupira Harry en se redressant. Mais le matelas, aussi confortable soit-il, n'efface pas certaines… images.

- Oui, dit Draco. Oui, je comprends.

Un silence pesant s'installa entre eux.

- Tu crois que je suis un mauvais fils ? murmura Draco après un moment.

- Quoi ? Pourquoi dis-tu cela ?

- J'ai envie d'être avec toi. J'ai… j'ai envie de…

Il soupira lourdement.

-Mon père est mort, on ramène sa dépouille demain et tout ce que je veux, c'est faire l'amour avec toi. Quel fils peut avoir une attitude aussi indigne ?

Harry caressa les cheveux de Draco, passa les doigts dans ses mèches soyeuses.

-Tu n'es pas un mauvais fils… sûrement pas, dit-il à voix basse. Tu es… vivant. Ton père ne voudrait pas qu'il en soit autrement. Mais si tu es mal à l'aise et si tu veux regagner tes appartements, je pourrai le comprendre et je le respecterai.

Draco posa sa main sur la nuque de Harry et l'attirant à lui, appuyant son front contre le sien.

- Je t'aime tellement, souffla-t-il.

- Je t'aime aussi. Et j'en crève de ne pas avoir eu le cran de te le dire durant ces cinq derniers mois.

- Alors montre-le-moi… maintenant.

- Tu en es sûr ?

Draco ferma douloureusement les yeux.

- J'en ai besoin, Harry… J'ai besoin de toi… s'il te plaît.

La détresse qui émanait de Draco était palpable et elle émut Harry au plus haut point.

-Ne me supplie pas, Draco, chuchota-t-il. Ne me supplie jamais de t'aimer… Comment pourrais-je te refuser ce que moi-même je désire plus que tout ?

Draco ne répondit pas. Il se contenta d'embrasser Harry comme s'il allait mourir demain.

O°O°O°O°O°O°O

Tard dans la nuit, étroitement enlacés, ils étaient fatigués et fourbus mais ni l'un ni l'autre ne parvenait à dormir.

-C'est si calme, ici, dit Harry. A l'hôpital, il y a toujours du bruit. Les pas des infirmières. Le bruit des chariots. Et surtout les cris des blessés. Des cris de douleur et d'agonie. Ça ne s'arrête jamais.

Draco le tenait dans ses bras, caressant son épaule nue du bout des doigts. A plusieurs reprises, il ouvrit la bouche pour parler, puis se ravisa.

-Draco ? demanda Harry. Qu'est-ce qu'il y a ?

Draco eut un petit soupir. Harry sentait toujours ces choses-là.

- Je ne suis plus au dépôt d'infanterie d'Amiens, dit-il finalement.

- Ah bon ? Où es-tu dans ce cas ?

Il y eut un long silence.

-Dans les tranchées.

Nouveau silence.

- Quoi ? murmura Harry d'une toute petite voix.

- Il fallait un officier supérieur pour diriger un bataillon qui allait être envoyé dans la Somme. J'ai accepté.

- Tu… tu es là-bas depuis combien de temps ?

- Pas très longtemps. Un mois et demi. Pour le moment, on ne mène aucune offensive. On se contente d'observer et de subir les bombardements allemands. Le mot d'ordre est de tenir la ligne.

- Oh Seigneur, souffla Harry. Je ne peux pas croire que tu es là-dedans…

- Je ne suis pas le plus mal loti. En tant que major, j'ai un baraquement à moi seul, avec un lit et un bureau. Je suis au sec la plupart du temps. Ça va te sembler incroyable, mais certains jours, on s'amuse bien. On joue aux cartes, on chante… On a même fêté mon anniversaire. Je me suis levé le matin et les gars étaient là, regroupés devant mon baraquement en train de chanter à tue-tête For he's a jolly fellow… c'était une sacrée journée.

- Et les autres jours ?

Draco ne répondit pas tout de suite.

-Le plus dur, c'est de supporter l'odeur de décomposition, dit-il finalement. On… on ne peut pas aller chercher les corps de ceux qui y sont restés… alors, ils pourrissent là, accrochés aux fils barbelés ou à moitié ensevelis dans la boue. Et puis… il y a le bruit des obus… C'est… c'est comme le bruit incessant d'une énorme machine qui n'arrête pas de se démanteler…

Harry restait parfaitement silencieux. Il écoutait.

-Il y a les obus qui arrivent en sifflant… on dirait presque qu'ils sont vivants. La fusée se détache violemment et file dans l'air avec un hurlement ignoble. Puis, il y a ceux qui arrivent vers toi avec une sorte de crescendo…comme un train express mais en beaucoup plus rapide. Il y a aussi ceux qui font un drôle de bruit… comme un drap que l'on déchire avec une grande violence…

Draco eut un petit rire désabusé.

-Tu devrais entendre tous ces craquements, toutes ces explosions… des explosions si formidables, si gigantesques, tout ça pour anéantir des créatures aussi minuscules et aussi faibles que des êtres humains (*). Ce n'est plus une guerre, Harry… c'est une lapidation d'acier.

Harry referma ses bras autour du corps de Draco. Il ne savait pas quoi dire, lui avec ses grands discours sur l'engagement pour la Patrie, sur le devoir… lui qui était loin du front, bien à l'abri des obus dans son hôpital.

-Pourquoi ? demanda-t-il. Pourquoi as-tu accepté d'y aller ?

Il sentit Draco hausser les épaules et il l'entendit soupirer.

-Parce que je n'avais plus d'espoir. Et ça facilite grandement les choses pour affronter la mort.

A ces mots, une main glacée enserra le cœur de Harry.

- Et maintenant ? demanda-t-il d'une voix rauque.

- Maintenant ? répéta Draco. Ce sera beaucoup plus compliqué, je le crains.

Harry se redressa. Dans la clarté de la lune, il contempla les lignes du beau visage de Draco.

- Tu vas vraiment demander à être démobilisé ?

- Oui.

Harry soupira de soulagement et lui sourit en l'embrassant.

(*) Cette description du bruit des obus est tirée du film Parade's End, avec Benedict Cumberbatch.

A suivre...