Merci à Wado21, MiaoiFuki, Kuroshine, Shinory, Abby013, Turtwig, Lijovanchan et SuryKat pour vos reviews.
Bonne lecture.
Réponse aux reviews anonymes:
Turtwig: et voilà nos deux amoureux où Zoro a passé son enfance ! Ca n'a pas traîné ;)
Chapitre 90
Le mur de la gloire
"C'est tellement calme ici...
- Notre village est un havre de paix la plupart du temps", convint Kôshirô.
Assis autour d'un thé dans le petit pavillon attenant au domaine, Sanji observait le large jardin entourant le dojo Isshin de Shimotsuki à travers les fenêtres en compagnie de Zoro et de son maître.
Le sabreur et lui étaient arrivés un peu moins de deux heures plus tôt. Dès le lendemain de leur conversation, l'épéiste avait récupéré les coordonnées de la porte la plus proche auprès de Liam et dans la foulée, il avait fait part de sa volonté à son capitaine. Autour de la table du goûter, ses compagnons d'équipage étaient passés du simple intérêt à la curiosité la plus totale en apprenant que Sanji partirait avec lui. Le bretteur les avait cependant ignorés, concentré sur la réponse de Luffy qui avait aussitôt approuvé entre deux bouchées débordantes de sandwich à la viande.
Sans s'attarder davantage, son second avait donc emprunté un petit voilier à l'équipe de Lily et était parti chercher le blond dans son restaurant. Ce dernier n'avait pas perdu de temps de son côté et il avait annoncé son départ pour quelques jours à son mentor, ses deux aides cuisiniers et sa serveuse. Elio et Sam n'avaient pas vraiment commenté l'événement, heureux de gagner à nouveau en autonomie, et Amy ne s'était pas inquiétée outre mesure non plus. Par contre, Zeff avait longuement dévisagé son ancien apprenti sans un mot au point que Sanji avait été stupéfait par son manque de réaction. Il avait en effet imaginé le vieux cuisinier lui rabâcher une fois encore son manque de maturité et son irresponsabilité devant ce voyage imprévu mais il n'en fut rien et il avait ramassé ses affaires pour s'éclipser sans attendre.
Le soir-même, les deux compagnons d'équipage avaient pris la mer et il leur avait fallu un peu plus de deux jours pour apercevoir les côtes d'East Blue. Aussitôt après avoir accosté, ils avaient traversé des étendues de champs et de forêts d'une incroyable tranquillité. Le blond avait été particulièrement frappé par ce silence paisible. Lui qui avait grandi dans une cuisine perpétuellement emplie du bruit des ustensiles comme des voix tonitruantes de ceux qui se bousculaient autour de lui, il n'avait pas l'habitude d'évoluer dans un tel univers apaisé. Le seul endroit qui lui rappelait cette sérénité était le Sunny lorsque ce dernier filait sur l'immensité de l'océan au milieu de la nuit, exempté des cris de son capitaine et de ceux de son équipage, et sa gratitude d'être en vie n'était jamais aussi forte que dans ces moments-là, en sécurité et libre parmi les gens qu'il aimait. Shimotsuki fut ainsi immédiatement rangé parmi ces lieux un peu hors du temps qui lui permettaient de profiter de l'instant présent.
Cette atmosphère convenait parfaitement au sabreur qui marchait d'un pas sûr et détendu à ses côtés, et Sanji avait tout de suite compris que le village de son enfance lui avait donné son goût pour le silence et la contemplation. Ses habitations paisibles et cette nature parmi laquelle il avait grandi était en effet à l'image de son compagnon, propices à la méditation et à la concentration pour son art, loin de toute agitation inutile.
Lorsqu'ils avaient pénétré dans le dojo une vingtaine de minutes plus tard, un entraînement se déroulait dans la salle principale et ils avaient patienté non loin du tatami le temps que le maître des lieux libère ces jeunes élèves. Ceux-ci étaient repartis joyeusement vers le village, non sans avoir jetés des coups d'œil intrigués en direction du sabreur lorsqu'ils étaient passés devant eux, et Sanji avait supposé qu'ils étaient impressionnés par ses trois épées et sa silhouette imposante dont la dangerosité sous jacente était perceptible à chaque instant malgré sa posture relaxée. Évidemment, le concerné les avait de toute façon royalement ignorés, focalisé sur son maître qui s'était finalement avancé vers eux.
Kôshirô n'avait pas paru surpris de revoir l'escrimeur et il l'avait accueilli sans un mot mais un doux sourire aux lèvres, comme si son ancien élève ne l'avait quitté que la veille. Zoro lui avait rendu son salut en s'inclinant légèrement devant lui et Sanji avait tout de suite éprouvé de la sympathie pour ce vieux bretteur aux traits calmes qui s'était ensuite tourné vers lui, un sourire tout aussi chaleureux éclairant son visage. Kôshirô n'avait pas posé de question quant à la raison de leur présence et les avait simplement menés vers le pavillon de thé attenant au dojo. Le cuisinier avait alors une fois de plus noté la façon naturelle dont son compagnon se mouvait près de son maître. Le sabreur se sentait visiblement à sa place malgré les années passées et ici aussi, le silence qu'il affectionnait tant semblait être la règle alors qu'il dégustait lentement son thé.
Sortant de sa contemplation du jardin, Sanji se tourna finalement vers leur hôte.
"J'espère qu'on ne vous dérange pas en débarquant ici à l'improviste. Zoro pensait qu'il n'était pas nécessaire de vous prévenir mais je trouve ce procédé assez cavalier...
- Zoro et ses amis seront toujours les bienvenus dans mon humble dojo, le rassura le propriétaire des lieux.
- Nous ne resterons pas longtemps. J'ai simplement besoin de voir Kuina."
Kôshirô hocha la tête à ces mots mais non loin de lui, Sanji fixa son compagnon, scandalisé.
"Bon sang, tête d'algue, où sont tes manières ?! T'es pas venu ici depuis des années, tu peux bien prendre des nouvelles de celui qui t'accueille si généreusement alors que tu déboules sans prévenir ! Je suis vraiment désolé pour son attitude déplorable", ajouta-t-il en s'inclinant pour s'excuser.
Le bretteur ne répondit pas, se contentant de boire stoïquement son thé, et Kôshirô offrit un nouveau sourire apaisant à son invité.
"Zoro est ici chez lui et je connais sa détermination sans faille. Je serai ravi de vous accueillir le temps que vous le jugerez nécessaire."
Sanji s'inclina encore puis s'empara de sa propre tasse brûlante.
"Nous vous sommes très reconnaissants et j'insiste pour préparer le dîner de ce soir afin de vous remercier. Surtout, n'hésitez pas à utiliser la tête d'algue pour tous travaux pénibles que vous pourriez avoir, ajouta-t-il en désignant son compagnon d'un coup de menton désinvolte tandis que ce dernier fronçait les sourcils.
- Je t'ai rien demandé, sourcil en vrille. Prépare ta bouffe si tu veux mais laisse-moi en dehors de ça."
Celui-ci l'ignora, les yeux fixés sur leur hôte.
"Comme je le disais, il se fera un plaisir de vous aider."
Le sabreur grommela quelque chose d'incompréhensible à ses côtés et Sanji but délicatement une gorgée de son thé vert parfaitement dosé.
"Que pensez-vous de tranches de poisson grillées au barbecue ? J'ai remarqué des maquereaux et des aiglefins près du rivage mais je peux aussi les cuire en papillotes si vous préférez. Avec quelques doses de riz et de légumes croquants, je vous garantis un repas riche en saveurs tout autant qu'en nutriments, idéal pour compenser vos entraînements !
- J'en serais honoré", répondit le vieux maître en souriant.
Après le thé, Kôshirô avait mené ses invités dans la cour pour leur faire faire le tour de la grande propriété. Ce faisant, Zoro et lui s'étaient mis à échanger sur les bretteurs de la région et leurs évolutions depuis son départ du dojo. Un peu à l'écart, Sanji écoutait d'une oreille distraite, davantage attentif à l'environnement qui les entourait. Les fleurs du jardin étaient magnifiques sous le ciel de printemps d'East Blue et elles embaumaient délicatement l'air ambiant de ce début d'après-midi.
Soudain, il entendit de nouveaux chuchotements et il tourna la tête vers les arbustes qui bruissaient à quelques pas de lui. Il avait vu plusieurs petits sabreurs rentrer dans le dojo derrière leur professeur un peu plus tôt mais un nombre de plus en plus important d'entre eux s'étaient mis à les suivre depuis plusieurs minutes. Intrigué, Sanji fit alors mine de se baisser une seconde pour examiner une fleur afin de percer ce mystère.
"J'te dis que c'est lui !
- Tu es sûr ? Il n'a pas cette cicatrice sur son avis de recherche…
- Il a les mêmes boucles d'oreille !
- Et il a trois sabres !
- Il est allé dans le Nouveau Monde, c'est normal qu'il ait des cicatrices !
- J'parie qu'il en a d'autres sous ses vêtements !
- Peut-être qu'il a déjà battu Oeil de Faucon ?!
- Mais non, on le saurait !
- Il faut absolument prévenir les autres qu'il est revenu !
- Il pourra peut-être nous faire une démonstration ?!
- Vite, allons-y ! On ne sait pas combien de temps il restera ! "
Les gamins détalèrent brusquement et le cuisinier se redressa en pouffant de rire. Il fallait absolument qu'il parle à la tête d'algue de son fan club !
Le temps qu'il rejoigne Kôshirô et Zoro cependant, ces derniers étaient revenus au centre du domaine et, absorbés par leur discussion, ils ne virent pas le cuisinier écarquiller les yeux en découvrant plusieurs dizaines de bretteurs en herbe à trois sabres accrochés à la barrière séparant la propriété du dojo lorsqu'il parvint à leur hauteur. Les petits sabreurs frémissaient littéralement d'excitation devant la silhouette de l'épéiste aux cheveux verts et Sanji tapota nonchalamment son épaule pour attirer son attention. Son compagnon releva alors la tête pour l'interroger du regard.
"Je crois que ta venue n'est pas passée inaperçue."
Comme l'escrimeur fronçait les sourcils, le blond lui désigna quelque chose derrière lui et Zoro se retourna. Il eut alors un mouvement de recul involontaire en découvrant la masse de bambins aux yeux rivés sur lui qui poussa un cri d'admiration perçant lorsque leur idole s'aperçut enfin de leur présence.
"Nos nouveaux sabreurs sont presque exclusivement des utilisateurs du Santôryû depuis ces trois dernières années, regretta Kôshirô. J'ai beau les informer que c'est une technique particulière presque disparue et que l'homme qui l'utilise est un pirate recherché, ils ne veulent rien savoir et puisque c'est ici que Zoro a grandi, leur nombre est croissant au fil des avis de recherche qui nous parviennent...
- Tu es célèbre, tête de gazon ! " lui fit remarquer le cuisinier, ravi.
Passé la stupeur, celui-ci se renfrogna.
"Je veux pas être leur modèle, j'ai rien demandé.
- Comme j'aimerais qu'ils t'entendent", soupira son vieux maître en observant ses élèves échanger à voix basse en le dévisageant, visiblement trop intimidés pour aborder l'objet de leur fascination.
Il les rejoignit ensuite pour les ramener vers la cour principale en prévision de leur entraînement avant de revenir et de proposer à ses deux invités de visiter l'intérieur du domaine. Soulagé, Zoro s'empressa de le suivre et Sanji leur emboîta également le pas après quelques instants supplémentaires passés à observer les bambins aux yeux brillants, définitivement amusé.
L'après-midi était agréable et le bretteur profitait du calme retrouvé pour méditer sur l'herbe du jardin pendant que le cuisinier étudiait un livre de recettes de la région à une table non loin de lui. Le blond releva cependant la tête quelques minutes plus tard au son des pas de Kôshirô qui les rejoignait, son cours terminé, et il constata alors qu'un nombre encore plus impressionnant d'enfants les épiait à nouveau. Attendri devant leurs mines pleines d'espoir, il poussa légèrement le bretteur du pied pour le sortir de sa concentration.
"Tu devrais aller voir les gosses, tête d'algue.
- Et puis quoi encore, grogna le concerné en ouvrant les yeux, bougon.
- Regarde-les, ils n'attendent que toi ! " insista le cuisinier.
Celui-ci leur jeta un coup d'œil avant de reporter son attention vers le blond, haussant les épaules.
"Et alors ? Je suis pas venu ici pour eux et je leur ai rien promis", lui rappela-t-il.
Sanji fronça les sourcils et envoya un coup de pied bien plus fort en direction de la tête de son compagnon que celui-ci para avec son sabre.
"Sérieusement, cuistot ? s'agaça l'escrimeur. Tout ça pour des gosses ?
- Exactement, face de mousse, ce ne sont que des enfants alors grouille-toi. Tu vas pas décevoir des mômes quand même ! "
Zoro leva les yeux au ciel lorsqu'il rencontra le regard outré du blond. Comprenant qu'il continuerait de le harceler jusqu'à obtenir satisfaction, il soupira lourdement avant de ranger son épée et de se lever de mauvaise grâce. Vraisemblablement mal à l'aise, il se dirigea ensuite d'un pas hésitant vers le groupe d'enfants qui l'entoura immédiatement, surexcités.
"Il n'en a pas l'air mais je suis sûr qu'il saura leur expliquer qu'il ne faut pas s'engager à la légère sur le chemin qu'il a lui-même choisi", fit remarquer le blond au vieux maître qui s'était assis autour de la table.
Celui-ci hocha seulement la tête, amusé, et pendant quelques instants, les deux hommes regardèrent le sabreur tenter de se dépatouiller au milieu de la horde d'enfants fascinés. Sous l'insistance générale, Zoro finit par sortir l'une de ses lames pour la leur montrer et les enfants se pressèrent un peu plus contre lui, ce qui le fit grimacer. Devant ce spectacle, Kôshirô eut un sourire.
"Zoro n'a jamais été très sociable ni très à l'aise avec les jeunes qui voulaient le voir lorsqu'il a commencé à faire parler de lui en tant que chasseur de pirates. C'est à cette époque qu'il a quitté le dojo.
- C'est un tel caractère de cochon", maugréa le cuisinier en s'allumant une cigarette.
Il prit ensuite le temps d'inspirer sur son mégot avant de reporter son attention sur son compagnon.
"Quand je vois à quel point vous êtes poli et serviable, je me demande comment il peut à ce point manquer de tact et de raffinement…
- Zoro a toujours été un enfant sauvage. Depuis qu'il est arrivé ici, seul son entraînement a compté pour lui. En cela, il ressemblait beaucoup à ma petite Kuina."
A ces mots, Sanji souffla sa fumée vers le ciel bleu.
"Je suis désolé pour votre fille. Je ne l'ai pas connue mais à la manière dont Zoro en parle, je n'ai pas de doute qu'il s'agissait d'une sabreuse extraordinaire."
Kôshirô eut un nouveau sourire, plus mélancolique, son regard rivé à son ancien élève toujours aux prises avec ses admirateurs.
"Je lui suis reconnaissant de continuer à la faire vivre à travers son rêve et son épée. Elle n'aurait pas souhaité qu'il en soit autrement."
Sanji hocha simplement la tête en retour. Il savait à quel point la mort de sa meilleure amie avait ébranlé Zoro autant qu'elle avait renforcé ses convictions. Revenir ici devait donc être à la fois une bénédiction et une douce agonie pour lui car il n'avait pas encore tenu sa promesse. Pour autant, il n'était pas inquiet. Il savait que quoi qu'il arrive, Zoro repartirait d'ici plus fort.
Sanji s'était installé dans la modeste cuisine du dojo pour sélectionner ses ingrédients en prévision du dîner quand Zoro posa soudainement sa main sur son bras. Surpris, le cuisinier sursauta.
"Qu'est-ce qui t'arrive, tête d'algue ? s'agaça-t-il en se tournant vers lui.
- Viens avec moi.
- Où ça ? voulut savoir le blond, sur la défensive.
- La voir."
Sanji se figea aussitôt, la gorge sèche et le cœur battant. Il n'avait jamais été sûr que Zoro l'emmènerait jusque sur la tombe de Kuina, sa présence dans ce village relevant déjà d'une attention toute particulière à son égard. Oubliant toute provocation, il s'empressa donc de déposer ses légumes et de s'essuyer les mains pour le suivre vers le jardin jusqu'à un petit chemin de terre qui s'éloignait du dojo.
Au bout d'une dizaine de minutes de marche, les deux hommes passèrent les grilles du cimetière et Sanji se sentit brusquement ému en remarquant que les pas de son compagnon ne le trahissaient pas pour une fois. Malgré les années et son sens de l'orientation inconcevable, cet endroit semblait gravé dans sa mémoire et rapidement, le sabreur s'arrêta au niveau d'une sépulture dégagée devant laquelle il s'assit souplement. Légèrement intimidé, Sanji finit par l'imiter et tous deux demeurèrent silencieux tandis qu'ils détaillaient la pierre grise préservée du temps.
"Je venais souvent lui parler de mes progrès jusqu'à ce que je parte d'ici. J'aimais me dire qu'elle m'entendait de là-haut", lui expliqua l'escrimeur après quelques instants.
Le blond hocha seulement la tête, soucieux de respecter une certaine réserve, mais son compagnon poursuivit, un sourire moqueur dans la voix.
"Je t'ai présenté comme le cuistot pervers et abruti que tu es.
- T'as pas honte, tête d'algue, grinça le cuisinier entre ses dents. Pour qui je passe, moi ?! "
Zoro eut alors un rire franc qui surprit son compagnon.
"J'étais sûr que tu t'inquiéterais pour ton image même si elle ne peut pas nous entendre ! s'esclaffa l'épéiste.
- Imagine qu'elle puisse nous entendre, hein ? J'aimerais autant faire bonne impression, crétin", marmonna le blond, contrarié.
Le bretteur secoua la tête en souriant et le silence retomba pendant quelques minutes avant que Sanji ne reprenne doucement la parole.
"Tu lui as dit autre chose ?
- Que mon rêve est encore loin", répondit honnêtement le sabreur.
Le cuisinier lui jeta un rapide coup d'œil et Zoro sentit son regard malgré ses yeux rivés sur le nom de sa défunte meilleure amie devant lui.
"Je lui ai renouvelé notre promesse, je lui ai dit que je n'abandonnais pas le combat."
Sanji laissa son regard s'attarder à son tour sur la stèle sous laquelle Kuina reposait et à ses côtés, Zoro ferma les yeux.
"Ces deux dernières années ont sûrement été les plus difficiles de ma vie. Je n'ai jamais autant lutté pour parvenir à mon but et pourtant, je ne me suis jamais autant éloigné de lui…"
Le blond frissonna à ces paroles malgré le soleil agréable qui les enveloppait tandis qu'il observait le profil de son compagnon. Dans cette bataille contre lui-même, Zoro avait notamment perdu un œil et même sa fierté. Et même si ses blessures étaient en train de guérir, il sentait l'amertume l'envahir à chaque fois qu'il s'en souvenait.
"J'ai longtemps maudit mes défaites avant de me rendre compte qu'elles m'offraient mes plus belles expériences, poursuivit l'escrimeur comme s'il lisait dans ses pensées. Chaque cicatrice gagnée, visible ou non, est en réalité un honneur. Ainsi, je sais désormais que plus jamais je ne faiblirai devant les épreuves qui m'attendent encore parce que malgré la douleur de ces deux années, j'y ai trouvé quelque chose. Quelque chose qui vaut la peine de continuer à y croire même si tout semble désespéré."
Ce faisant, Zoro ouvrit les yeux et fixa son regard dans celui du blond dont la respiration se bloqua dans sa gorge. Une seconde plus tard cependant, le sabreur se détourna pour reporter son attention sur la tombe et Sanji relâcha son souffle.
Le bretteur sembla alors se perdre dans la contemplation de la pierre et après quelques minutes de recueillement supplémentaires, le cuisinier se releva sans un bruit, déposant une main légère sur l'épaule de son compagnon.
"Je t'attends au dojo."
Zoro hocha simplement la tête, les yeux à nouveau fermés, et le blond s'éloigna silencieusement parmi les tombes, le laissant communier un instant de plus avec l'esprit de Kuina.
Lorsque Zoro regagna la propriété de son maître une heure plus tard, une délicieuse odeur de poisson grillé envahissait le jardin et il découvrit rapidement que la petite table sur laquelle le blond lisait dans l'après-midi était dressée. Il repéra alors Kôshirô près de la barrière séparant sa maison de la cour du dojo et suivit son regard jusqu'à apercevoir le cuisinier au milieu du groupe d'enfants au centre de la cour. Curieux, il décida de s'approcher à son tour et tandis qu'il les rejoignait, tous les regards se tournèrent vers lui.
"C'est vrai que vos cheveux sont faits à partir d'algues de la mer, Monsieur Roronoa ? s'enquit un petit garçon à son arrivée, les yeux écarquillés.
- Quoi ?! Mais qu'est-ce qu-
- Et c'est vrai que vous vous perdez tout le temps ? lui demanda un autre, tout aussi avide de confirmation.
- Vous dormez combien d'heures par jour ? "
Le sabreur fusilla son compagnon du regard qui pouffait de rire à quelques pas. Il prit alors une grande inspiration et fixa sévèrement les enfants suspendus à ses moindres faits et gestes.
"Premièrement, mes cheveux ne sont pas des algues. Deuxièmement, je ne me perds pas, ce sont les lieux qui bougent. Troisièmement, je ne dors pas plus que vous. Quatrièmement, vous devriez vous entraîner au lieu d'écouter des bêtises si vous voulez un jour avoir une chance de devenir le meilleur ! "
Les bretteurs en herbe avaient bu ses paroles avec fascination et ils se redressèrent instantanément à son rappel à l'ordre.
"Vous avez raison, Monsieur Roronoa !
- On va s'entraîner très dur, vous verrez !
- Quand est-ce que vous revenez pour nous montrer vos nouvelles techniques, Monsieur Roronoa ?! "
Zoro croisa les bras et déploya son aura menaçante.
"Allez vous entraîner."
La marmaille sursauta et fila avec détermination pour prendre place de l'autre côté de la cour. L'escrimeur souffla alors de soulagement et Sanji se rapprocha, le sourire aux lèvres.
"J'ai essayé de rétablir la vérité, tronche de cactus. Tu sais qu'il ne faut jamais mentir aux enfants ? "
L'épéiste lui jeta un regard noir mais le blond le prit de vitesse quand il désigna avec un sourire attendri les petits sabreurs occupés à s'entraîner de toutes leurs forces, un bâton dans chaque main et le troisième serré entre leurs dents.
"Regarde-les y mettre toute leur âme pour t'impressionner, murmura-t-il. Peu importe ce que je pourrais leur raconter, ils te vénèrent comme un dieu. Ta légende est déjà en marche…"
Zoro haussa les épaules.
"Ce ne sont que des gamins.
- C'est l'avenir, tête d'algue. Ce qu'ils voient quand tu es devant eux, c'est le prochain meilleur sabreur du monde. C'est ce qu'ils racontent à tout le monde et ce qu'ils feront encore dans vingt ou trente ans."
Sans savoir pourquoi, le bretteur retint une seconde son souffle et observa Sanji s'allumer une cigarette tandis que ce dernier contemplait toujours les enfants.
"Si tu continues de me regarder comme ça, j'attends de toi que tu me montres rapidement ces nouvelles techniques", fit soudain le blond avec un sourire entendu.
L'escrimeur détourna aussitôt les yeux, gêné, avant de se ressaisir et de lui offrir un sourire carnassier en retour.
"Pour toi, je veux bien faire un effort et te montrer ça dès notre retour."
Sanji plongea alors son regard dans le sien tout en inspirant sur son mégot, amusé.
"J'ai vraiment hâte de profiter de ton expérience en la matière. Monsieur Roronoa."
Le bretteur se sentit rougir mais le cuisinier s'éloigna en souriant vers le groupe d'enfants et Zoro décida de retourner vers Kôshirô derrière la barrière. Il se posta ainsi à ses côtés, laissant son regard s'attarder sur ses épées à sa taille et se perdant dans leur observation.
"Je l'ai emmené voir Kuina, déclara-t-il après un moment comme les deux hommes suivaient à nouveau du regard l'agitation de la cour.
- Cela faisait longtemps, murmura son maître, un sourire dans la voix.
- Oui. Je voulais qu'il la connaisse."
Le vieux sabreur laissa son regard s'attarder sur son invité qui regardait avec fascination les futurs sabreurs lui montrer leurs nouveaux gestes.
"Toi et ton ami êtes comme le feu et la glace, nota-t-il. Vos caractères s'opposent et se complètent à la fois.
- Au point qu'on a envie de s'entretuer une heure sur deux", admit l'escrimeur en soupirant.
Kôshirô se mit à rire devant l'air défait de l'ex-chasseur de pirates.
"La nature ne se trompe jamais, Zoro. Elle recherche toujours l'équilibre."
Surpris par sa remarque, le bretteur se sentit frémir à cette évocation.
"Oui, je crois qu'elle me l'a bien fait comprendre…"
Kôshirô se tourna alors vers son ancien élève qui ne quittait pas le cuisinier des yeux. Celui-ci riait maintenant aux éclats au milieu des enfants qui tentaient d'imiter les postures de leur modèle. La sincérité et l'innocence de son rire résonna dans le corps du sabreur qui ne put s'empêcher de le couver du regard et son vieux maître posa une main douce sur son épaule.
"Je suis heureux pour toi, Zoro."
Le bretteur détourna son regard une seconde de son compagnon pour contempler l'homme à ses côtés avant de reporter à nouveau son attention sur Sanji.
"Je continuerai à m'entraîner jusqu'à ce que je batte Mihawk, je n'oublie pas ma promesse. Je me suis égaré un moment mais je ne referai plus les mêmes erreurs. Il m'en empêchera.
- Je te fais confiance."
Sur ces mots, son maître pressa à nouveau son épaule avant de se détourner tranquillement, laissant Zoro profiter seul de la douceur de la soirée.
On ne s'arrête pas, on ne reprend pas son souffle, la semaine prochaine sera aussi centrée sur nos deux amoureux préférés !
Je prévois un peu moins de douceur mais tout autant d'humour !
