.
117 – Bella
Quelque part à l'est des Etats-Unis le samedi 3 juillet 2010 à 10 h 27
"Bella ?"
J'entendis la voix douce de Rose m'appeler mais c'était comme si elle me parvenait à travers un brouillard épais. Je n'ouvris les yeux ni ne levai ma tête de l'oreiller que je tenais contre ma poitrine depuis la dernière demi-heure. Edward me l'avait donné avant que je monte dans l'avion. C'était celui qu'il avait avant d'arriver en Floride et il sentait comme lui. Je portai aussi ses plaques d'identification et un nouveau t-shirt, celui qu'il avait porté à la plage et samedi matin avant que lui et les autres nous accompagnent à l'aéroport. Je voulais rester aussi entourée par lui que je le pouvais mais...
Putain ce n'est pas assez, pleurai-je dans ma tête en serrant les yeux alors qu'un autre sanglot me parcourait.
"Oh Bells." Cette fois Rose enveloppa son bras autour de mon épaule et me tira contre elle tandis qu'Alice passait sa main le long de mon bras avec douceur.
Je savais qu'elles avaient pleuré aussi. Laisser Emmett et Jasper avait été tout aussi difficile pour elles que pour moi laisser Edward. Je m'étais déjà excusée de pleurer mais elles avaient chassé me disant qu'elles comprenaient complètement.
"Laisse-toi aller, ma chérie," dit Alice doucement.
Les mots d'Alice me rappelèrent quelque chose qu'Edward avait dit pendant que nous faisions mes bagages.
En mordillant ma lèvre je rangeai mes vêtements dans ma valise essayant de ne pas pleurer. Je l'avais fait assez avant et je ne voulais pas qu'Edward s'inquiète pour moi.
Soudain une main se posa sur la mienne et une voix douce et tendre murmura. "Tu vas regretter de ne pas avoir pris ça mon cœur. Tu sais que tu devrais. Ici." Il prit la chemise de mes mains. "Laisse-moi le faire et je vais…"
Je tournai sur moi-même et lui repris la chemise et grognai," Je m'en fiche des vêtements. Je veux juste finir de les mettre dans la valise."
Avec un halètement je revins à la valise et ajoutai la chemise sans me préoccuper de froisser les choses. J'expirai longuement essayant de garder mes émotions sous contrôle mais ça ne fonctionnait pas. Je n'arrivai plus à respirer et honnêtement on aurait dit que ma poitrine aller exploser.
Edward dut s'en apercevoir parce que tout à coup j'étais face à lui assise sur ses cuisses par terre. Il était appuyé contre le lit et prenait mon visage en coupe me forçant à le regarder.
"Respire Isabella. Profondément. Avec moi," me dit-il.
Sa voix autoritaire et posée m'aida finalement à me calmer.
"C'est bien," m'encouragea-t-il. "Respire et c'est tout mon cœur. Comme ça."
Avec un sanglot je me reculai pour enfouir mon visage dans son cou en prenant de longues et profondes inspirations et en aspirant cette odeur qui appartenant uniquement à Edward, le savon qu'il utilisait pour se doucher et celui qui lui servait pour faire la lessive et lui tout simplement.
Ses bras se resserrèrent autour de moi quand il déposa un baiser dans mes cheveux. "Allez continue et pleure amour. Ne te retiens pas pour moi." Sa voix se brisa et ses larmes commencèrent à couler et il finit par "S'il te plait."
Nous restâmes là à pleurer ensemble, jusqu'à ce que Jasper vienne frapper à la porte pour nous dire qu'il fallait que nous partions dans dix minutes.
"Je savais que ce serait difficile de le quitter," dis-je en m'asseyant sans renoncer à l'oreiller, "mais je n'avais aucune idée qu'il se sentirait lui aussi comme ça. Je me sens… Dieu c'est comme si on m'avait déchiré le cœur et qu'on l'avait sorti de ma poitrine et puis qu'on l'avait remis en place. Ça ferait moins mal s'il n'était plus là mais il y est. Il est là et on dirait qu'il ne va plus jamais être entier.
"On sait tout ça mon cœur," dit Rose, en passant mes cheveux derrière mon oreille.
Je levai les yeux et vis les larmes couler sur son visage. Quand je regardai Alice je vis la même chose.
"Je suis désolée…" dis-je doucement, ma voix était juste un murmure. "Je sais que vous avez de la peine aussi."
Alice sourit mais c'était plus une grimace. "J'aimerai te dire que ça devient plus facile mais ce n'est pas vrai. C'est juste un peu plus facile de le cacher."
Rose essuya ses larmes puis les miennes et je me tournai pour la voir. "Elle a raison. Mais il y a une chose que nous devons comprendre c'est que dans trois mois ils reviendront avec nous – et pour ces trois mois, ils seront en sécurité et pas très loin, un simple voyage en avion."
Jamais trois mois ne m'avaient paru aussi longs et même les mots d'Edward ne les firent pas sembler meilleurs.
J'étais dans les bras d'Edward tout près de la sécurité. J'aurai aimé être capable de franchir ce passage mais c'était simplement impossible. Nous pleurions tous et Edward faisait de son mieux pour me calmer.
"Trois mois, mon amour," dit-il doucement. "Quatre-vingt-dix jours exactement et je serai un homme libre et quatre-vingt-onze pour que je sois avec toi à Seattle. C'est moins que ce que nous avons vécu déjà et une goutte d'eau par rapport à ce que sera notre vie ensemble, celle que nous avons devant nous. Tu es la femme la plus forte que j'aie jamais rencontrée. Tu peux le faire ma chérie. Nous pouvons le faire."
Je continuai simplement à pleurer, en hochant la tête et en lui disant que je voulais essayer.
Enfin il s'éloigna, "Il est temps d'y aller, Bella," murmura-t-il contre ma tempe.
Il saisit mon visage et m'embrassa intensément, suçant mes lèvres, sa langue demandant d'entrer et caressa la mienne jusqu'à ce que nous soyons à bout de souffle.
Il appuya son front contre le mien et il parla d'une voix rauque emplie de larmes. "Tu es à moi Isabella Swan. Rappelle-toi ces promesses que je t'ai faites ?" Ses doigts frôlèrent ma bague sur ma main droite et je hochai la tête. "N'oublie pas. Quatre-vingt-onze jours et nous commencerons notre vie ensemble. Sache que je vais te demander de m'épouser. Une fois que je rentrerai à la maison ce sera chose faite, ma chérie."
J'opinai à nouveau, ravalant la douleur qui m'accablait. "Je t'aime," lui dis-je la voix tremblante.
"Autant que je t'aime," dit-il en écho, m'embrassant doucement une fois de plus.
A chaque pas que je fis je regardais en arrière, jusqu'à ce que je disparaisse au coin et qu'il soit hors de ma vue.
Rien que d'y repenser mes larmes se remirent à couler. Je serrai l'oreiller d'Edward et fermai les yeux. Peut-être que si je pouvais dormir jusqu'à New-York et puis de nouveau dans l'avion vers Seattle ça irait mieux ensuite.
ooo
J'avais eu tort pensai-je en quittant l'avion à Sea-Tac. C'était encore pire maintenant que j'avais dormi parce que mes rêves avaient été la répétition de notre dernière nuit ensemble et de notre au revoir. Mais à présent j'étais chez moi et je ne pouvais rien y changer alors il allait falloir que j'apprenne à vivre avec. Je pouvais me laisser aller quand j'étais seule si je voulais mais à présent il fallait que je fasse bonne figure et aussi que je commence à y croire moi-même.
Nous étions calmes en attendant nos bagages, chacune perdue dans ses pensées et voulant appeler nos hommes.
"On se retrouve à l'entrée dans quelques minutes ?" demanda Rose. Nous avions pris un taxi pour revenir ce qui était moins cher et plus sûr que de laisser nos voitures sur le parking longue durée le temps de notre séjour en Floride.
Alice et moi acquiesçâmes et nous nous dispersâmes pour trouver un coin tranquille pour téléphoner.
J'allai vers le Starbucks et commandai un Mocha chocolat blanc à la menthe avec chantilly et copeaux de chocolat avant de m'asseoir à une table la plus éloignée possible.
Après en avoir pris une gorgée je sortis mon téléphone portable et je vis que j'avais un message. Visiblement Edward l'avait envoyé juste après que j'aie eu la correspondance à New-York.
E : Je t'aime tellement Bella. Tu m'as comblé quand tu es venue il y a quinze jours. Tu es une femme incroyable et je suis l'homme le plus chanceux du monde. Appelle-moi quand tu atterris ma douce. Xoxo
Les larmes revinrent et je pris un moment pour arriver à me ressaisir avant de composer le raccourci. Il allait me tuer… il était simplement trop gentil pour son propre bien.
"Bella," respira-t-il, mon nom sortit comme une prière de ses lèvres.
"Salut chéri," le fait d'entendre sa voix était un baume sur mon cœur meurtri.
"Tu es à Seattle ?"
"Oui, on vient de récupérer nos bagages et on s'est séparées pour téléphoner. Il ne nous restera plus qu'à trouver un taxi."
Edward fit un bruit de compréhension et demanda. " Vous allez rentrer chez vous et puis vous irez à Forks c'est ça ?"
"Oui Charlie veut que nous y soyons pour les vacances demain mais je ne sais pas pourquoi. On sortira sans doute pour aller voir le feu d'artifice. Ils ne peuvent pas le tirer de Forks mais de sur l'eau oui. Il y a moins de chance de mettre le feu quelque part de là-bas, je suppose."
Je l'entendis gronder et rigolai. "Calme-toi sergent. Jacob sait qu'il doit me laisser tranquille – et s'il ne le fait pas Rose, Alice ou moi le remettrons à sa place."
"Humm vous feriez mieux," souffla Edward, me faisant rire à nouveau.
Mon rire s'arrêta et les larmes menacèrent encore dans le silence de la ligne.
"Dieu je souhaiterai que tu sois là," bégayai-je, essayant de garder le contrôle.
Edward prit une profonde inspiration et expira longuement avant de parler. "Je suis toujours là mon cœur. Tu connais cette chanson, pas vrai ? Regarde autour de toi. Je suis le soleil dans tes cheveux, l'ombre sur le sol. Le murmure dans le vent, je suis ton ami imaginaire et je sais que je suis dans tes prières.* Crois-moi je suis toujours là. Quatre-vingt- onze jours et ce ne sera plus seulement tout ça. Je serai près de toi pour le reste de nos vies, d'accord ?"
J'opinai même s'il ne pouvait pas me voir. "Oui. Je veux ça… tellement," confessai-je.
"Moi aussi ma douce. Moi aussi."
Je remarquai Rose et Alice juste devant les portes et je soupirai. "Les filles m'attendent chéri. Je ferai mieux d'y aller. Je t'envoie un message quand on arrive à Forks ?"
"S'il te plait," répondit-il. "Je t'aime Bella."
"Dieu je t'aime aussi Edward. Putain tellement." Je soupirai encore, détestant la distance qui nous séparait. "Au revoir chéri."
J'entendis son au revoir et raccrochai avant que mes larmes ne reviennent.
…
* Extrait de I'm Already there de Lonestar
