TADAAAAAAM UN NOUVEAU CHAPITRE, C'EST-Y PAS BEAU ÇA
Oui, un petit peu en retard mais hier j'ai galéré pour chopper un train pour Paris histoire de passer Noël en famille et c'est rien de dire que ça a été la galère. Mais bon, je suis arrivée à bon port, c'est le principal.
On va donc pouvoir attaquer ce nouveau chapitre… QUI EST UN PEU COURT. Pardonnnnn… surtout que je vous ai habitués à des chapitres un peu plus longs ces derniers temps et là paf, je vous ponds un p'tit machin rikiki. Bon, à la base, il devait être un peu plus long, il y avait une séquence supplémentaire sur un autre personnage sauf que ça ne tombait pas au bon moment, je me suis un peu arraché les cheveux et finalement, j'ai déplacé ce passage. Voilà.
Bon allez, maintenant, je me tais, Lulu est en train de ronfler en suçant son pouce si c'est pas choupi tout plein ça, et je vous balance ce chapitre!
*repars s'amuser à dessiner des bites sur le visage de Sa Majesté Infernale endormie*
Oh, vu que j'ai un peu speedé comme une merde et comme j'aimerais poster le prochain chapitre la semaine prochaine, pour Noël, je n'ai pas eu le temps de le passer à Rizalone pour relecture du coup… il est fort probable que des fautes traînent, pardonnnnn, j'ai essayé de faire gaffe, promis.
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Sinon, évidemment, un immense merci à Rizalone pour ta review, héhéhéhéééééé c'est le bordel hein cette histoire avec Kaede et la Comète! Mais vous verrez, vous verrez… (dans pas trop trop longtemps en plus) (… d'ici un demi siècle ou deux quoi). Et je me suis éclatée à écrire la Comète, soyons honnêtes! J'ai une fascination pour l'esprit humain et à quel point il peut se tordre, notamment chez les tueurs en série, et du coup… ouais, j'me suis fait plaisir avec ce personnage de pétée.
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Discalibur : je martyrise les pauvres personnages de Bleach, l'œuvre de Tite Kubo. Et pour ne pas faire de jaloux, je fais la même chose avec les miens. Et toc.
Chapitre 111. Est-ce que tu comptes te servir du couteau caché dans ton obi ou ça va, tu m'aimes bien?
127 ans plus tôt, dans un coin tranquille de la bordure du Seireitei.
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La pluie tombait froidement sur son visage à la peau délicate en gouttes épaisses et drues. La sensation n'était pas au fond si agréable que ça et elle aurait probablement les joues rougies lorsqu'elle rentrerait finalement chez son frère, chez qui elle vivait. Le nez relevé vers ce ciel gris et les paupières closes, elle laissait la pluie la tremper et imbiber les tissus épais de son kimono si délicat. Tant pis si ça l'abîmait. Tant pis si la pluie l'abîmait elle, abîmait ses vêtements.
Elle n'était pas une poupée précieuse à mettre en vitrine même si elle avait la sensation que le monde entier la voyait ainsi, elle la si belle Sûuko, la si douce Sûuko. Si précieuse, la gentille et fragile Sûuko. Une jolie poupée qui coûtait si cher. Oh, la poupée avait voulu briser la vitrine, avait cru trouver le moyen de la réduire en miettes, d'en faire de la poussière et d'être à jamais libre… Mais non. Non, non, non, jolie petite fille, tu ne peux plus faire ce que tu faisais. Sortir et boire et danser et découcher, ce n'est plus possible. Jolie gentille petite poupée. Alors la poupée pleurait. Ça, elle le pouvait encore. Et elle cachait ses larmes sous la pluie.
Elle qui tentait de son mieux de contenir ses pleurs, de les comprimer en elle, de les restreindre à l'intérieur d'elle pour que personne ne les voit, pour que sa douleur reste un tant soit peu discrète, elle pleurait les jours de pluie. Lorsque les gouttes commençaient à tomber en crépitement sec sur le toit du logement de Kaïen, elle se redressait, réajustait les plis de son kimono, laissait ses beaux cheveux lisses et gris tomber sur ses épaules délicates… puis elle sortait. La tête nue de toute protection et sa chevelure uniquement ornée de riches parures, sans parapluie ni manteau de quelque sorte, elle glissait sa silhouette délicate au dehors, l'offrant à cette pluie salvatrice. Et elle pleurait.
Les larmes coulaient, noyaient ses joues et la pluie les chassait au fur et à mesure, trempant son visage, dégoulinant sur sa mâchoire fine, dévalant la peau de son cou, se glissant sous ses vêtements. Elle n'y pouvait rien, si elle pleurait ainsi. Depuis le temps qu'elle pleurait, des jours et des jours, ses larmes auraient dû se tarir.
Mais elles continuaient de couler, inexorablement, comme si son corps fragile s'était tout entier imprégné de sa douleur, tant et si bien qu'une vie entière serait nécessaire pour en en vider toutes les larmes qu'il contenait. Elle avait la sensation de ne jamais s'arrêter de pleurer. La jolie poupée avait brisé sa vitrine et elle était tombée au sol, là où les éclats de verre avaient pu taillader sa peau délicate et si précieuse en milles endroits. Elle saignait de partout, la poupée. Sa belle peau de porcelaine était devenue toute rouge, rouge sang. La jolie poupée était toute cassée maintenant.
Elle avait mal oh, Sûuko avait tellement mal. Depuis que la nouvelle était tombée, depuis que la sentence s'était abattue, depuis que le couperet avait tranché, elle avait la sensation de n'être plus réduite qu'à une seule chose la douleur. Elle avait mal, mal, mal à en hurler mais elle était une bonne fille de bonne famille et les belles demoiselles des grands clans de la noblesse ne se mettaient pas à hurler sous prétexte qu'elles avaient la sensation d'être déchirée de l'intérieur.
Ça n'était pas correct, pas plus qu'il était correct de pleurer ainsi, d'une manière tout à fait inélégante. Alors elle se cachait pour pleurer, pleurait quand personne ne pouvait la voir, sanglotait lorsque personne ne pouvait l'entendre. Elle aurait voulu hurler cette douleur, la saisir, l'arracher hors d'elle, hors de son corps, la réduire en miettes. Mais c'était elle qui était réduite en miettes. Quelques mots avaient suffi pour cela. Et lorsque la pluie surgissait enfin de ces nuages aussi gris que sa chevelure, elle sortait en cachette et pleurait, pleurait, pleurait sans se retenir, sachant que personne ne pouvait la voir. Les gens heureux ne sortent pas les jours de pluie.
Sûuko avait toujours aimé la pluie, aussi loin qu'elle s'en souvienne. Sa mère l'avait toujours rabrouée pour cela, arguant qu'une dame Shiba n'avait pas à sortir sous la pluie telle une simple roturière et encore moins le faire sans le moindre parapluie. Son père lui se contentait de la regarder avec le plus grand mépris au fond des yeux lorsqu'elle revenait, trempée mais hilare de bonheur d'être allée sous la pluie. Mais aujourd'hui, même sortir se laisser tremper par les gouttes, ce qu'elle aimait tant faire d'ordinaire, lui paraissait douloureux au possible. Quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle voie, cela lui faisait mal et son cœur se brisait encore un peu plus. C'était… infernal, tout bonnement infernal et elle ne voyait pas comment cela pourrait un jour disparaître. Elle avait la sensation de souffrir en permanence et que vivre signifiait désormais souffrir.
« Ça va aller, ne t'en fais pas… Tu vas apprendre à vivre avec et... » Et son frère n'avait même pas pu terminer sa phrase. Sa voix s'était étranglée dans sa gorge et ses mots étaient morts sur ses lèvres, incapables de les franchir. Elle les avait entendues, les larmes dans sa voix. Son grand frère qui ne pleurait jamais… Elle avait entendu les larmes.
Kaïen était avec elle, le jour où elle avait appris la nouvelle, le jour où tout son monde s'était écroulé sous ses pieds. Il avait essayé de la réconforter, de la rassurer mais rien à faire. On ne réconfortait pas ce genre de nouvelle. Il n'y avait pas de mots pour en atténuer l'impact, pour en adoucir la violence. Elle le voyait dans ses yeux, qu'il s'inquiétait et que cela le minait. Cela faisait trois mois que la nouvelle était tombée et cela faisait trois mois que ses cernes s'agrandissaient chaque jour un peu plus.
Mais qu'y pouvait-elle ? Elle n'y pouvait absolument rien. Elle avait mal, mal, mal à en crever. Et rien ne pouvait changer ça, elle le savait et lui aussi, au fond, il le savait. Il ne l'acceptait pas, ne voulait pas l'accepter et ça aussi elle le comprenait. Mais elle n'avait même pas cette possibilité-là, de se mentir à elle-même et de se convaincre qu'on trouverait bien une solution. Elle, elle avait pris la nouvelle de plein fouet, sans précaution ni délicatesse et elle avait la sensation que ce choc avait fissuré jusqu'à son âme.
Pleurant toujours silencieusement sous la pluie, elle retint difficilement un sanglot bruyant. Ne montre pas tes larmes, contient tes cris. Cache donc cette douleur que personne ne veut voir, contre laquelle personne ne peut rien. La pluie se chargeait de dissimuler ses pleurs, à elle de les contenir de son mieux. Il fallait pleurer en silence.
Elle avait été éduquée comme ça, avait appris à être sage et polie et à sourire quand il fallait, avait appris à ne pas faire de vague, à contenir sa voix, à rester discrète et à surtout ne jamais, jamais, jamais attirer l'attention sur elle. La parfaite petite cadette de la noblesse. Sa sœur aînée avait envoyé bouler tout ça avec cris et fracas alors il avait fallut qu'elle, Sûuko Shiba fasse deux fois plus d'efforts.
Kukaku avait toujours su ce qu'elle voulait et ni son noble de père ni sa noble de mère n'avaient pu endiguer sa force et son éclat. Ils avaient tenté pourtant, avaient vraiment fait tout leur possible pour que Kukaku se rappelle la nature du sang coulant dans ses veines. Mais elle n'avait rien voulu entendre et le jour de sa majorité, elle était partie, avait quitté la grande demeure familiale en hurlant leurs quatre vérités à ces parents qui l'étouffait, à cette maison des Shiba incapable de se rendre compte de sa fin imminente.
Elle était partie et Sûuko, alors encore toute petite, avait dû prendre sa place. Il fallait bien une héritière au clan Shiba, un ventre qui puisse engendrer de nouveaux enfants reprenant le nom de cette si ancienne et si prestigieuse maison qui se mourait. Ses parents n'avaient eu guère de choix, Kukaku partie, que de se rabattre sur cette petite fille aux cheveux gris. Son père ne le disait pas à voix haute mais toute la digne maison des Shiba – ou ce qu'il en restait, après des siècles et des siècles à dilapider patrimoine et richesses – se demandait d'où pouvaient bien lui venir cette chevelure si rare au sein d'une famille où tous avaient les cheveux noirs. Était-elle vraiment une Shiba, cette gamine ? Au moins, elle était jolie, c'était déjà ça. Jolie comme une poupée. Alors ils l'avaient éduquée pour reprendre la place que Kukaku avait si violemment refusée.
Jamais un mot plus haut que l'autre, toujours la bonne phrase au bon moment, la docilité et la douceur en permanence. Sois la parfaite épouse noble Sûuko. Notre clan a bien besoin de ça, regarde comme nous périclitons. Regarde ta sœur, habillée comme une vulgaire roturière, à travailler de ses mains et à vivre de son travail. Regarde ton frère, délaissant ses obligations pour rentrer dans les armées de la cour, trop entiché d'une femme de basse extraction pour se soucier de la pérennité de notre lignée et de notre sang.
Tu comprends, Sûuko ? Ne fais surtout pas comme eux. Ils se sont débauché, ont dévié du chemin qu'ils auraient dû suivre. Alors toi, il faut que tu compenses leurs erreurs. C'est ton devoir, le but de ton existence, l'ultime objectif de ta vie. Notre maison a besoin de toi et il faut que tu sois à la hauteur de la tâche. Ton ventre doit nous apporter une pérennité. Ton mariage nous aidera à renforcer notre maison. Tu es une Shiba, ne l'oublie pas comme eux l'ont oublié. Ne brise pas la vitrine comme eux ont pu le faire, précieuse petite poupée.
Elle avait tenu, des années et des années. Elle avait été la gentille petite fille sage que l'on attendait d'elle. Elle avait écouté, docilement et patiemment, avait suivi les conseils et les ordres, avait obéi sans jamais protester. Elle avait fait des efforts, encore et encore, toujours plus d'efforts pour répondre à toutes leurs attentes. Ça avait été dur mais la petite Sûuko ne s'était jamais plainte et avait toujours travaillé encore plus dur pour se conformer à l'image que l'on voulait d'elle.
Elle avait réprimé ses envies et ses désirs, ses plaisirs et ses besoins et elle était devenue la parfaite petite cadette de noblesse prête à marier. Elle avait réussi, elle avait suivi tous les ordres et toutes les recommandations et… et rien. Rien du tout. Son père ne l'avait pas félicitée, sa mère ne l'avait pas complimentée, ses tantes avaient continué à chuchoter sur son passage. Personne n'avait rien dit, personne n'avait d'avantage fait attention à elle. Elle était restée une jolie poupée dans une vitrine. Et une poupée, ça ne parle pas. Ça ne pense pas. Ça n'est pas intéressant, c'est joli, c'est tout.
C'était normal après tout, qu'elle soit une simple poupée dans une vitrine à attendre un mari qui voudrait bien d'une cadette, seule fille disponible de cette génération de Shiba qui semblait causer mille maux à leurs aînés. C'était ce qu'on voulait d'elle. Elle s'était faite toute petite, toute belle pour rentrer dans leur foutue vitrine et maintenant qu'elle y était, personne ne la regardait. Et la petite poupée avait vu son frère et sa sœur, si critiqués, si honnis, sourire et vivre si heureux depuis d'extérieur de la vitrine.
Alors, petit à petit, Sûuko avait appris à mentir. Oui, mère, je suis l'enfant que vous vouliez. Oui, père, je suis l'enfant que vous pourrez marier. Et elle souriait doucement, et elle sortait la nuit, révélait ses jambes et sa poitrine, dansait en rythme sur une musique emplissant l'air, buvait à en perdre la tête, couchait son corps contre d'autres corps chauds, vivait et fêtait la vie et toutes ces sensations que son corps pouvait lui offrir. Voilà, chers parents qui ne voulaient qu'une petite fille sage… Si vous saviez ce que votre petite poupée faisait de son si beau corps, si vous saviez à quelles débauches elle se livrait… Oh, et surtout, si vous saviez à quel point elle aimait ça… Elle qui avait tant voulu pouvoir être aussi forte que Kukaku, voilà qu'elle avait trouvé sa force à elle, à sa manière.
Elle avait toujours entendu avec envie ces soirées nocturnes agitant la nuit du Seireitei sans jamais pouvoir les rejoindre. Sans jamais oser. Depuis la grande demeure des Shiba, si anciennes mais en si mauvais état derrière les dorures anciennes et les belles décorations qui dissimulaient à peine son état véritable, elle pouvait entendre depuis la fenêtre de sa chambre le bruit des fêtes que d'autres jeunes nobles un peu dévergondés pouvaient organiser. Elle entendait la musique et les chants, elle entendait les genre rire aux éclats et parler avec force entre eux. Depuis sa fenêtre, la tête appuyée sur ses bras, elle avait passé des nuits entières à les écouter, ces grandes soirées si mouvementées, si bruyantes et attrayantes. Si vivantes.
Finalement, un jour, sans vraiment savoir pourquoi, elle avait décidé de ne plus perdre sa vie à la passer enfermée dans cette vitrine, dans cette famille qui ne voulait que la marier, qui ne voyait en elle qu'un moyen de rapporter à la maison Shiba un peu de sa gloire passée. Kukaku et Kaïen étaient heureux, eux. Pourquoi pas elle ? Alors elle avait frappé cette vitrine, l'avait fait voler en éclats. La poupée voulait vivre. Et elle avait décidé de rejoindre ces soirées nocturnes qui l'attiraient tant.
Qu'importe que ça ne soit pas correct, qu'importe que cela ne plaise pas, elle, elle voulait juste rire et danser et chanter. Mais oui mère, je suis une jolie petite poupée qui ne prononcera jamais un mot plus haut que l'autre. Mais oui père, je serai à la hauteur. Oh qu'elle aimait leur mentir, les avoir à leur propre jeu. Et ses nuits étaient devenues magnifiques. Encore plus belles que ce qu'elle aurait pu rêver.
Faire la fête. C'était si simple, cela paraissait si futile et pourtant, c'était tout ce qui lui fallait. Cela lui faisait tellement de bien. Elle se sentait vivre, enfin. Enfin, elle était sortie de son cocon. Avait rencontré des gens. Avait parlé avec une multitude de personnes, venant d'horizons plus variés que ce à quoi elle se serait jamais attendu, avait débattu du crépuscule jusqu'à l'aurore. Elle avait dansé à en perdre le souffle, avait chanté à en perdre la voix. Elle avait couché avec des hommes, des femmes, avait joui de son corps à en perdre haleine.
En dehors de sa vitrine si propre et si étincelante, la poupée avait trouvé tout un monde vivant et pulsant au rythme de la nuit. Et quelque part, elle avait trouvé dans ces nuits tout ce dont elle avait besoin. Elle s'était sentie renaître, elle avait… enfin eu, pour la toute première fois de sa vie de jeune fille, la sensation d'avoir trouvé sa place.
Elle s'était sentie si heureuse, si vivante.
Et aujourd'hui, elle avait tellement mal qu'elle se sentait mourir sur place.
Et elle ne pouvait rien faire d'autre que pleurer. Elle avait arrêté de sortir, elle avait arrêté de sourire, elle avait arrêter de jouer. Elle aurait voulu continuer à palpiter au rythmes des nuits festives du Seireitei mais elle n'y arrivait plus. Depuis que ces mots étaient sortis de la bouche de cette femme que Kaïen l'avait emmenée voir, elle n'y arrivait plus.
« Vous comprenez ce que je vous dis, n'est-ce pas ? » avait-elle fait de sa voix calme. « Vous comprenez ce que cela signifie ? » Oui. Elle avait parfaitement compris, malheureusement. N'avait pu que hocher la tête, incapable de prononcer le moindre mot. Comment aurait-elle pu dire quoi que ce soit alors qu'elle venait de comprendre que sa vie était foutue? Tout ce qu'elle pouvait encore faire, c'était pleurer les jours de pluie. Sans un bruit, sans un cri. Son visage se ferma encore un peu plus alors que la pluie continuait de la tremper.
– Tu devrais hurler.
Sûuko sursauta violemment. Elle qui était persuadée d'être seule, voilà que la voix d'un… non, d'une inconnue lui parvenait. Par un temps pareil, dans ce coin un peu à l'écart du Seireitei où on trouvait juste quelques pêchers peu garnis, évidemment qu'elle était persuadée d'être seule. Qui d'autres pouvait bien avoir l'idée saugrenue de venir ici avec cette pluie tenace et froide ?
Elle rouvrit brusquement ses beaux yeux bleu ciel et rabaissa son menton, laissant de longues mèches de cheveux gris venir se coller contre sa peau froide et trempée. Effectivement, il y avait bien quelqu'un devant elle, à environ un mètre et quelques, se tenant calmement debout sous la pluie, l'air absolument serein et les mains dans les poches.
C'était une jeune fille, d'environ son âge, peut-être un peu plus jeune, et qui la regardait avec deux grands yeux bruns. Étrangement, elle avait l'air triste et Sûuko n'aurait pu dire si c'était des larmes ou juste la pluie sur ses joues. Décontenancée, elle ne sut absolument pas quoi répondre et se contenta de dévisager la nouvelle venue d'un air un peu craintif.
– Désolée, reprit l'adolescente en haussant les épaules, je ne voulais pas te faire peur. Mais tu avais l'air… tellement triste. Dévorée de l'intérieur par quelque chose d'infiniment douloureux.
Sûuko renifla un peu trop bruyamment pour son éducation et fit un léger pas en arrière, du peu que son riche kimono le lui permettait. La nouvelle venue n'avait pas l'air particulièrement menaçante ou quoi que ce soit mais on n'était jamais trop prudente, surtout lorsqu'on se trouvait appartenir à une grande famille de la noblesse et que le prix du kimono porté aurait suffi à faire vivre une famille des bas quartiers pendant 6 mois. Sûuko n'était pas particulièrement inquiète – elle l'aurait probablement été davantage si elle s'était retrouvé face à un homme – mais la méfiance était de mise.
– Et du coup, finit-elle par répondre après quelques secondes de silence sous la pluie, tu en déduis qu'il faudrait que je… hurle. ?
Amusée, l'adolescente brune haussa une nouvelle fois des épaules.
– Ouais, j'avoue, ça fait un peu tueur en série psychopathe sorti comme ça. fit-elle avec un sourire d'excuse qui illumina son visage arrondi. Désolée ? Je voulais pas te foutre la trouille. C'est juste que… Parfois ça fait du bien de hurler. De faire sortir ce qui te ronge, ce qui te bouffe de l'intérieur. Tu hurles de toutes tes forces, et t'as l'impression que ça sort. Un peu. Ça règle rien, mais… ça peut faire du bien.
Sans rien trouver à répondre, Sûuko se contenta de la dévisager encore un peu plus. Elles étaient de taille similaire, même si cette fille devait la dépasser de quelques centimètres, et étaient sensiblement du même âge. À part ça et le fait qu'elles se trouvent être toutes les deux de sexe féminin, elles n'avaient pas grand-chose en commun.
Ses yeux et ses cheveux étaient aussi sombres que les siens étaient clairs, sa chevelure bouclait en une joyeuse pagaille alors que ceux de Sûuko étaient parfaitement lisses et tombaient docilement sur ses épaules. Elle avait de grands yeux d'un brun fort et éclatant tandis que les siens étaient d'un bleu pâle et délicat… Et surtout, leurs habits différaient. En fait, leurs classes sociales tout court différaient, et pas qu'un peu.
Cette jeune fille était pieds nus dans l'herbe, simplement vêtue d'un hakama bleu au tissu simple et probablement bon marché et d'un T-Shirt blanc tout ce qu'il pouvait y avoir de plus banal. Elle ne portait ni bijoux ni maquillage ni aucune parure de quelque sorte. En y regardant d'un peu plus près, Sûuko releva également la présence de quelques cicatrices plus ou moins discrètes sur ses mains, ses bras, ses épaules et même son torse, clairsemant sa peau plus burinée et abîmée que la sienne. Et puis il y avait ses bras… ou plutôt, ses biceps et ses épaules. Ce n'était pas particulièrement flagrant mais maintenant qu'elle l'avait remarqué, impossible de ne plus voir cette musculature affirmée.
– C'est bon, rassurée? fit alors la voix de cette inconnue, la surprenant à nouveau au milieu de son observation, un grand sourire audible dans sa voix.
Et effectivement, elle lui souriait, d'un immense sourire franc et amusé, du genre de ceux qui indiquaient que cette fille devait avoir un rire fort et clair, fier et marqué. Elle continua :
– Rassurée de ce que tu vois ?
– Oh pardon, s'excusa aussitôt Sûuko, les joues rougissant d'avoir été surprise à la détailler du regard ainsi.
Elle rigola à nouveau. Sûuko aimait bien son rire. Il était si… léger. Elle avait la sensation qu'il aurait pu s'envoler jusqu'aux cieux, au-delà des nuages. Elle aurait voulu l'entendre encore et encore.
– Nan, nan, t'en fais pas, ça me gêne pas. J'me suis pas fait suer des heures à me faire ces muscles pour que personne les mate, merde. Et puis, j'comprends va. J'débarque de nulle part, tu m'connais pas… Normal. Alors, ton verdict ?
Pas sûre de comprendre, Sûuko fronça les sourcils.
– Je veux dire, reprit la belle brune d'un air parfaitement serein, est-ce que tu comptes te servir du couteau planqué dans ton obi ou ça va, tu m'aimes bien ?
Sûuko se figea. Comment avait-elle…
– Ah ouais, je l'ai repéré. Celui là et l'autre que tu caches dans ton dos. Une lame un peu plus longue je dirais, peut-être un wakizashi… mais alors un petit. Oh et dans tes manches épaisses, je parierai pour des explosifs. termina t-elle en tapotant le bout de son nez, indiquant que c'était son odorat qui l'avait mise sur la piste, toujours souriante.
Sûuko resta bouche bée quelques instants… puis éclata de rire, de son rire si léger et cristallin, prenant cette fois l'autre jeune fille de court.
– Euh, c'était si drôle que ça? fit la brune sans néanmoins se départir de son léger sourire.
– Oh non, non, fit Sûuko entre deux hoquets de rire – Kami-sama que cela faisait du bien de rire ainsi. C'est juste que je ne m'y attendais absolument pas ! Tu dois bien être la première à repérer tout ça… Mo qui pensait les avoir bien cachés !
– Oh mais ils le sont. C'est juste que j'ai l'œil… et que je suis à Shin'Ô aussi.
– Ooooh, c'est pour ça le hakama bleu. Je me disais bien que ça me disait quelque chose, cette couleur.
– Ouais, c'est notre uniforme d'étudiants.
– Mais dis moi, il n'est pas sensé être rouge pour les filles ?
– Eeeeeh, tu t'y connais…
– Mon frère y a été. répondit-elle simplement en chassant une mèche grise de cheveux de sa joue.
– Ah ouais, je vois… Ouais, ouais, techniquement, je devrais être en rouge seulement il se trouve que j'ai plus ou moins crâmé mes uniformes l'autre jour… J'ai pas fait exprès hein!s'empressa t-elle de préciser devant l'expression de Sûuko, juste j'ai merdé un de mes sorts de kido et j'ai à moitié cramé mon coin du dortoir, c'était assez épique… même que ça sent le chamallow grillé maintenant. Enfin bref, tout ça pour dire que du coup, j'ai piqué un uniforme de rechange à un pote, histoire de. C'est pas que je rechigne à débarquer en cours en sous-vêt', mais c'est un coup à chopper le rhume du cul du siècle et à claquer de la peste bubonique, ce qui n'est vraiment pas dans mes plans pour l'instant.
Amusée, Sûuko sourit à nouveau. Elle était… cette fille ne ressemblait à aucune autre personne qu'elle avait pu croiser. Et elle en avait croisé, des gens. Elle était un peu étrange, un peu dans son monde, nonchalante, avec un sourire éclatant et l'air plus droite dans ses bottes que quiconque. Étonnamment, la petite noble se sentait à l'aise avec elle, sans trop savoir pourquoi.
– Je suis à peu près certaine, reprit Sûuko d'un air malicieux, que tu aurais pu récupérer un uniforme féminin si tu l'avais voulu.
– Et passer à côté de l'opportunité de faire hurler mes profs? s'esclaffa t-elle. C'est mal me connaître !
Sûuko rit doucement, ses larmes semblant avoir enfin disparu sous la pluie.
– Et à ce propos, fit-elle, tu ne m'as même pas dit ton nom…
– Ah putain ouais, t'as raison, je manque à toutes les politesses ! J'm'appelle Kaede.
– … ton nom de famille est Kaede ?
– Ah nan, nan Kaede c'est mon prénom. J'ai pas vraiment de nom de famille parce que j'ai pas de famille.
– Oh pardon, je ne voulais pas…
– Pourquoi est-ce tu t'excuses ? Si je n'avais pas envie d'en parler, je n'en parlerais pas, t'en fais pas. J'ai grandi en orphelinat, c'est tout. Même que c'était cool.
– Du coup… tu t'appelles Kaede tout court ?
– Bah, techniquement, fallait un nom de famille pour l'inscription à Shin'Ô alors j'm'en suis inventé un, Amaikoddoku.
Sûuko marqua un temps d'arrêt. Pour quelqu'un qui souriait autant, c'était un nom triste.
– Douce solitude…
– Ouaip.
Et elle souriait toujours, d'un air un peu plus triste cependant. Un peu plus mélancolique.
– J'y peux rien, fit-elle d'un air d'excuse. J'me sens toujours seule, comme si, quoi que j'fasse, il me manquera toujours quelque chose. J'ai la sensation que je passerai ma vie à chercher ce que c'est, qui me manque tant, alors…
Un léger silence uniquement troublé par ce bruit de la pluie qui continuait de tomber passa.
– Ravie de faire ta connaissance alors, Amaikoddoku.
– Tu peux m'appeler Kaede, va ! Y'a que mes profs qui m'appellent comme ça.
– Oh, euh, eh bien je peux essayer mais je ne garantis rien…
– Pas de soucis !
– Et moi, je m'appelle Shiba. Sûuko Shiba.
– Je sais.répondit doucement Kaede.
Et devant le regard interloqué de cette si belle jeune fille aux cheveux gris et aux yeux bleus qu'elle pouvait enfin approcher, elle s'expliqua.
– Ça fait un bout de temps que je te cherche. fit-elle posément. Je t'ai vue, il y a plusieurs mois, et il pleuvait, et tu riais, tu ne pleurais pas. Je voulais juste… te revoir. Tu étais vraiment belle, à rire sous cette pluie.
« Et tu es encore plus belle maintenant que je peux te parler. » Mais elle garda cette réflexion pour elle.
Sûuko la regardait toujours d'une manière étonnée et décontenancée.
– C'est juste… une jolie fille qui rit sous des pêchers en fleurs et qui danse sous la pluie, ça m'a donné envie de faire ta connaissance.
Finalement, un sourire revint sur les lèvres de la jeune fille aux cheveux gris.
– Eh bien, c'est désormais chose faite. Ravie de faire ta connaissance, Amaikoddoku… Kaede.
– Moi de même, Shiba Sûuko.
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Sans déconner, j'aurais pu écrire toute une putain de fic aussi grosse que Feu et Foudre sur l'histoire de Kaede et Sûuko… MAIS J'AI PAS LA PLACE ALORS J'AI CONDENSÉ ÇA EN QUELQUES CHAPITRES et c'est la frustration. Et c'est aussi assez la galère mais j'essaye de faire de mon mieux. Sans déconner, ce que vous avez dans ce chapitre, j'aurais dû prendre 10 chapitres pour le faire bien passer…
J'ai un peu peur que ce ne soit pas très clair d'ailleurs. En gros, Sûuko est une fille de la noblesse et tous les espoirs de sa famille lui sont un peu retombé dessus. Pendant un temps, elle a essayé de s'y conformer de son mieux avant de se rendre compte que ce n'était pas comme ça qu'elle serait heureuse puis elle s'est mis à pas mal sortir, faire la fête, coucher à gauche à droite, picoler, discuter, bref, elle s'est éclatée quoi. Et elle comptait bien continuer ainsi mais suite à une mauvaise nouvelle qu'elle a reçu, elle est tellement triste et a tellement mal qu'elle n'arrive plus à continuer à sortir, etc. Bref, là, sa vie c'est la grosse chialance mais vous savez pas pourquoi.
Oh, et à propos du nom de famille de Kaede, un petit rappel : amai doux, indulgent, complaisant; kodoku solitude; kodokushi fait de mourir seul (PARCE QUE J'AIME BIEN ÊTRE SUBTILE ET SYMPATHIQUE COMME ÇA)
Bref, pour me laisser une review, me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, s'il était efficace, prenant ou incompréhensible, chiant, réagir par rapport à ce que vous voulez, vous connaissez la chanson, le bouton est juste en dessous!
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Le chapitre 112. Pleure encore pour moi Shuuhei, pleure encore… (ouuuuuh, que ça va être joyeux) arrive la semaine prochaine, le 25 décembre! Ou le 26, soyons honnêtes (non mais Noël quoi, merde)
