ET PREMIER CHAPITRE DE 2020 WOUHOUUUUUUUUUUU
– Sachant qu'elle a commencé en 2014… y serait temps que tu termines, nan? Tu vas pas y passer ta vie.
Je fais ce que je peux, connasse de chèvre…. *pleure des larmes de sang*
Bref! Joyeux Noël, bonne année, joyeux nouvelle décennie, tous mes vœux de bonheur et de réussite, bla-bla-bla et tout ça et… euh, Lulu? Pourquoi tu te crèves les yeux avec des tisons ardents, là?
– Trop… de… mièvrerie… bweuuuuurgh
… Ah oui, c'est vrai que lui et Noël, la joie, le bonheur et toutes ces conneries, il a du mal. Sois forte, ô kebab infernal. Il va finir par nous faire une réaction allergique ce con.
Du coup, je sais, je sais, j'avais dis que je postais le jour de Noël mais euh… ben j'ai eu un moment de fuck, c'est les vacances, je suis toujours en train de faire 15 000 choses à la fois, je suis crevée, j'en peux plus, alors JE GLANDE. Résultat, j'ai glandé sévère 10 jours de suite et ça m'a fait un bien fou.
Mais me revoilà, et cette fic aussi alors… BANZAI!
Petit rappel, la dernière fois, on laissait un Choupérisson sauvage (oui, c'est le nouveau Surnom À Deux Balles TM de Shuuhei, chut) (oui, c'est la contraction de Choupi et Hérisson) dans la tour des Regrets face à une Connasse Cosmique (oui, la Comète). Même que ça va êtRE SUPER LÉGER ET RIGOLO LÀ OKAY
(nan c'est la merde) (héhé)
Petit rappel, Torahiko est le nom d'un des amis d'enfance de Shuuhei et c'est un personnage canon, que l'on voit durant Turn Back The Pendulum
Un grand merci à Rizalone pour sa relecture qui me sauve encore et me permet de gagner pas mal de temps. D'ailleurs, son titre officiel est désormais Petit Jésus de la Relecture. Parce que. (oui j'aime donner des surnoms à deux balles et oui j'ai zéro imagination)
Allez, je vous laisse lire et réjouissez-vous ô lecteurs que j'adore…. IL EST LONG *strip teasers en folie*
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Sinon, bien évidemment, un immense et monstrueux merci à Rizalone qui a été la seule à reviewer les deux derniers chapitres, BORDEL JE T'AIME OKAY. Elles sont choupies hein, Sûuko et Kaede… EH BAH LEUR HISTOIRE ELLE EST TRISTEUUUUH BWHAHAHAHA (*Lucifer applaudit en murmurant « bien joué jeune padawan »*) (*Lulu prend un Airbus dans la gueule*)
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Discalibur : je martyrise tout ce qui passe à ma portée, les personnages de Bleach, l'œuvre de Tite Kubo, tout autant que les miens. YOLO MOTHERFUCKERS
Chapitre 112. Pleure encore pour moi Shuuhei, pleure…
Quelques 130 années auparavant, dans un des districts reculés du Rukongai par une nuit froide de fin d'hiver.
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À moitié en train de s'endormir, l'enfant au ventre enfin plein s'était pelotonné de manière probablement inconsciente contre elle, recherchant la chaleur de son corps. La neige avait à peine commencé à disparaître. Penchée au dessus de ce corps recroquevillé, la Comète luttait quelque peu pour ne pas laisser apparaître l'immense sourire affamé que cette vue et cette proximité faisait naître en elle.
Ils n'était pas seuls, elle ne pouvait pas… Certes, une majorité des enfants présents dormaient désormais, collés les uns contre les autres pour lutter contre le froid nocturne qui emportait tant d'entre eux, le plus près possible de l'énorme feu de bois qui continuait de craquer et de crépiter paisiblement en envoyant régulièrement de petites étincelles orangées luire dans l'obscurité. Elle pouvait voir leurs petits corps endormis ou somnolents, leurs torses fins se soulevant selon le rythme lent du sommeil tout autour d'elle. Dans ce calme relatif de la nuit, elle pouvait même en entendre quelques-uns ronfler très légèrement.
Le spectacle était agréable, certes, et il était probable que certains soient encore éveillés mais tout de même. La Comète était toujours excessivement précautionneuse dès qu'elle se trouvait en leur présence : pour rien au monde, elle n'aurait voulu compromettre la confiance absolue qu'ils avaient en elle. Elle en avait trop besoin.
Cela avait mis du temps à se construire mais cela faisait désormais des décennies et des décennies qu'elle venait dans ces districts nourrir et chérir ces enfants abandonnés et délaissés de tous. Ils ne se méfiaient plus d'elle, et ce depuis quelques générations de jeunes errants à la courte espérance de vie. Ils étaient à elle, aucun doute là-dessus.
Mais elle le savait, s'ils parvenaient à survivre dans ce milieu si hostile, c'était notamment parce qu'ils étaient en permanence sur leurs gardes. Alors elle devait faire attention. Elle pouvait tout perdre en un clin d'œil. Elle continuait de leur raconter ces histoires terrifiantes parce que leurs regards apeurés et craintifs sans qu'elle n'ait même besoin de les toucher pour ça l'emplissaient d'un plaisir sans fin, bien évidemment, mais elle faisait très attention.
Il fallait qu'ils aient peur de ses histoires, pas d'elle, en aucun cas. Oh, elle se délectait de leur peur, de leurs cris et de leurs larmes mais seulement lorsqu'elle se retrouvait seule avec eux. Pas avant. Avant, elle ne pouvait pas les toucher. En attendant, lorsqu'elle les côtoyait ici, dans leur élément, dans leur environnement, elle ne pouvait pas se le permettre. La Comète était en chasse et il lui fallait garder ses proies au plus près d'elle, afin de pouvoir choisir quels adorables agneaux elle allait prélever au troupeau cette fois-ci.
Oh, elle n'en ramenait pas avec elle de manière systématique. Si elle avait fait ça, cela aurait forcément fini par éveiller les soupçons. Non, elle savait se montrer patiente. Et puis elle n'avait pas besoin d'en changer si régulièrement à l'instant même, deux l'attendaient bien au chaud chez elle. Ils tiendraient encore un mois ou deux. Là, elle aurait tout le temps de décider lequel elle prendrait.
À chaque fois, même si elle aurait voulu davantage, elle n'en prenait qu'un seul avec elle. Jamais plus. Ne pas éveiller le moindre soupçon, c'était la règle absolue. Un par un, elle prenait ses magnifiques petites victimes et le reste du troupeau n'y voyait que du feu. Avec les taux de mortalité parmi cette population d'enfant, un d'entre eux qui ne réapparaissait pas un beau matin, c'était plutôt considéré comme normal. Ça ne les affolait pas plus que ça, habitués qu'ils étaient à la mort.
Et depuis le temps, sa technique était bien calée et elle avait l'œil pour repérer le moment propice pour repartir avec un des enfants qui avait attiré son regard. Tous seraient d'accord pour la suivre, elle le savait parfaitement, ce n'était pas le problème. La difficulté, c'était surtout de n'être vue par personne. Elle arrivait toujours à la tombée de la nuit et repartait toujours avant l'aurore, ainsi, lorsque la majorité d'entre eux se réveillait, elle était déjà repartie. Elle et plusieurs autres enfants d'ailleurs : il y en avait toujours un ou deux pour se lever et repartir alors que le jour n'était pas encore levé. C'était parmi ces enfants qui partaient tôt qu'elle prélevait la plupart du temps ses proies. Et cela faisait des siècles que cela marchait sans le moindre accroc.
Elle avait toujours su obtenir ceux qu'elle voulait. Et ce petit garçon à moitié avachi sur ses genoux, blotti tout contre elle et emmitouflé dans son grand manteau blanc dont elle l'avait recouvert, son visage endormi avec un air d'insouciance et de parfaite innocence de celui qui pense s'endormir en sécurité, elle le voulait. Il serait sien.
Ce petit garçon s'appelait Shuuhei, avait de beaux cheveux noirs ébouriffés dans tous les sens, avait perdu énormément de poids depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu et il était… Absolument parfait. Elle le voulait, elle le voulait, elle le voulait pour elle, rien que pour elle. Elle le voulait pour elle toute seule. Elle voulait qu'il lui appartienne, à jamais. Qu'il soit sien, cet enfant magnifique.
Lentement, presque précautionneusement, elle passa une main délicate dans ses cheveux. Oh qu'elle rêvait de refermer son poing dans cette chevelure et serrer, serrer, serrer à l'en faire pleurer…
À deux doigts de tomber dans l'inconscience, la tête posée sur ses genoux recouverts de blanc, Shuuhei ne dormait pas encore et il releva un œil à demi-clos vers le visage de la Comète. Le sommeil était proche et il avait déjà dormi plusieurs heures, collé contre elle, avant d'en émerger à peine, sentant déjà qu'il y replongeait. Il était à quelques instants à peine de s'endormir pour de bon.
Mais cet œil, cette perle noire si précieuse, le regardait bel et bien, plongeant dans ses yeux bleus à elle. Elle dû se faire encore un peu plus violence pour empêcher son sourire affamé d'apparaître et de lui recouvrir la moitié du visage. Non, celui-là, elle ne lui crèverait pas les yeux. Elle voulait pouvoir observer cette petite merveille noire jusqu'à la fin, jusqu'au moment où elle lui trancherait la gorge.
Oui d'habitude, elle aimait bien faire faire ça par un autre des enfants qu'elle gardait chez elle. Elle adorait ça, leur expression alors qu'elle les poussait à tuer ceux qui étaient eux aussi ses victimes. C'était… Parfaitement jouissif. Terreur, dégoût, horreur, répulsion, néant. Parfait.
Mais pour lui, non, non, non… Elle ne laisserait personne d'autre enfoncer une longue lame dans la chair tendre de cette gorge si douce et si claire. Elle le ferait elle-même et en tirerait le plus grand des plaisirs. Elle savait déjà comment elle le tuerait. Ce qu'elle voulait lui faire. Il lui arrivait même d'en rêver, d'imaginer ses mains à elle passer sur la peau chaude de son torse fin et amaigri, serrer ses chairs de ses doigts, enfoncer ses ongles dans son épiderme… Oh elle voulait l'entendre pleurer, le voir gémir, le sentir se briser. Il était si beau, son Shuuhei. Si parfait.
Doucement, elle passa le bout d'un de ses doigts sur une de ses joues sales tandis que ce bel œil noir se fermait enfin. Dors mon enfant, dors. Tout va bien. Je veille sur toi. Il était à elle et elle ferait tout pour le préserver jusqu'à ce qu'elle puisse le prendre. D'un geste précautionneux, elle remonta quelque peu un pan de son manteau sur ses joues maigres pour s'assurer qu'il soit bien couvert et à l'abri du froid.
Il avait tellement maigri… Elle avait eu peur pour lui, vraiment. Elle savait que la famine sévissait cet hiver et elle avait été terrifiée à l'idée que cet enfant si précieux qu'elle avait trouvé fasse partie des victimes de la faim dévorante. Lorsqu'elle l'avait enfin retrouvé, ce soir-là, cela faisait déjà de longues semaines qu'elle le cherchait, appréhendant de plus en plus la possibilité de sa mort, et lorsqu'elle l'avait enfin vu, elle avait senti un poids immense s'ôter de son cœur. Celui-là ne pouvait pas lui échapper. Ne pouvait pas.
Il était… Physiquement, il n'était pas plus son type que ça c'était un garçon de moins de 16 ans et en cela, il correspondait effectivement à ses penchants mais elle avait un goût particulièrement marqué pour les petits blonds. Shuuhei n'était certes pas laid – et Kami-sama savait qu'il y en avait parmi ces affamés en haillons ! – mais il n'était pas particulièrement magnifique. Beau, oui, un peu, suffisamment pour l'attirer, mais rien d'extraordinaire. Elle en avait déjà eu de plus magnifiques que lui. Mais Shuuhei était à part dans son troupeau, vraiment à part.
Déjà, il y avait cette voix qu'il disait entendre… Et elle savait ce que ça voulait – probablement – dire : il y avait un petit esprit lui parlant sous son crâne. Un esprit qui était né de son reiatsu et qui pourrait un jour devenir un zanpakuto. Et s'il l'entendait déjà… Il avait un potentiel immense, cet enfant. Elle n'avait jamais été à Shin'Ô, n'en avait de toutes façons pas les capacités, et elle n'avait pas non plus côtoyé les armées de la cour mais elle savait comment le tout marchait. Il lui serait impossible à elle de voir cet esprit mais ça elle s'en fichait : elle allait pouvoir torturer cet enfant sous les yeux de quelqu'un tenant à lui… Cet esprit ne vivait que pour Shuuhei, vivait au contact permanent de son âme. Et elle, elle allait pouvoir le torturer et l'abîmer et le briser et l'abuser… Tandis que l'esprit ne pourrait qu'observer, tandis que l'enfant sera incapable de lui cacher sa déchéance, son humiliation, sa dégradation. Magnifique.
Jamais elle n'avait pu jouer avec un tel trésor et elle en frémissait déjà d'excitation. Et il n'y avait pas que cet esprit, chez lui… Il était tellement, tellement intéressant. Si fascinant, ce petit garçon. Décidément, ce petit Shuuhei était un magnifique joyaux au milieu de tous ces gamins errants. Celui-ci était le seul à avoir jamais osé la remettre en question.
« Dites, pourquoi… Pourquoi est-ce que vous nous racontez des histoires qui font peur ? » Pourquoi ? C'était un des rares qui s'était posé la question… Et le seul qui avait osé la lui poser. Ces enfants étaient adorables, précieux, déjà abîmés, un peu sauvages mais ils ne réfléchissaient guère. Ils ne vivaient pas, il survivaient. Et les questions de ce genre ne leur venaient pas vraiment à l'esprit.
Sauf pour celui-ci, avec ses beaux yeux noirs, si grands et si curieux. Il l'avait remise en question, elle. Elle qui les nourrissait, elle qui leur sauvait la vie, elle à qui ils devaient tant. À qui ils devaient tout. Et il avait osé. Et elle adorait ça, elle adorait ça parce qu'elle savait qu'une fois qu'il serait à elle, tout à elle, il allait se défendre. Au début, c'était surtout l'effet de sidération les frappait : choqués, trahis, horrifiés, il était facile de briser rapidement les contours de leur esprit, anéantissant rapidement tout réflexe de défense.
Mais avec Shuuhei, avec lui… Entre son caractère et son petit esprit protecteur qu'il pouvait entendre, il était évident qu'il allait lutter. Sans aucune chance de l'emporter, évidemment, mais à la pensée de cet enfant se débattant sous elle et sous son poids, elle ne put empêcher un frisson lui glisser le long de l'échine. Elle… Oh, qu'elle avait hâte de l'avoir pour elle toute seule. Il faudrait toutefois qu'elle pense à lui trancher les tendons d'Achille dès leur arrivée chez elle. Une gemme pareille, elle ne voulait pas prendre le risque de la perdre.
– Bientôt, bientôt… chuchota-t-elle doucement en continuant de passer une main délicate dans sa chevelure ébouriffée.
Bientôt, tu seras à moi. Bientôt, bientôt, bientôt… Oh, qu'elle avait hâte. Elle aurait voulu attendre encore un petit peu, qu'il grandisse et soit encore plus délicieux à détruire, peut-être une année, mais le voir si maigre l'avait terrifiée. Elle ne voulait surtout pas le perdre. Elle le voulait, alors elle allait le prendre. Pas ce soir, mais bientôt, oui bientôt. Ce mois-ci, ce mois-ci il serait à elle… Et rien ne l'empêcherait de faire à ce magnifique petit Shuuhei absolument tout ce qu'elle voulait.
Un sourire affamé passa furtivement sur le visage de la Comète auquel les flammes mourantes du feu de bois donnaient un air quelque peu terrifiant.
– Dors bien mon enfant, dors bien…
Le briser allait être son plus grand plaisir.
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Shuuhei Hisagi, tour des Regrets, douzième étage. Toujours coupé de son zanpakuto.
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Je crois que j'ai envie de vomir. Vaguement. C'est là, coincé dans ma gorge. Comme si j'avais déjà sa main autour de mon cou, pour m'étrangler.
Je sais que… Qu'elle aimait faire ça à ses victimes, serrer leurs cous encore et encore jusqu'à ce qu'ils s'étouffent, s'évanouissent mais s'arrêtant toujours à temps avant de leur ôter la vie un jour, sur un de ses caprices. Et je sais qu'elle comptait me le faire, à moi aussi. Je le sais parce qu'elle me l'a dit. Elle m'a même décrit comment elle aurait fait et quel plaisir elle aurait eu à me voir devenir rouge, suffoquer sous sa prise, me débattre sous elle, à me sentir étouffer sous ses paumes.
J'en ai rêvé, aussi. Enfin, cauchemardé. Elle m'apparaissait immense et ses mains étaient suffisamment larges pour recouvrir mon visage et elle m'étranglait et j'étais incapable de me défendre… Et je me réveillais en sursaut, mon reiatsu pulsant hors de moi en de lourdes vagues incontrôlées et avec l'odeur du sang qui empestait sa maison dans les narines.
Akon détestait chaque fois que mes cauchemars impliquaient directement la Comète, où mon esprit me faisait vivre toutes ces horreurs qu'elle avait pu me décrire avec délectation, des heures et des heures durant. Il ne les détestait pas particulièrement parce que c'était elle qui m'apparaissait – de toutes façons je n'arrivais jamais à lui dire ce que je pouvais voir ou sentir durant ces cauchemars – mais surtout parce que, par réflexe de protection, même profondément endormi, je me mettais à relâcher complètement mon reiatsu.
C'est que la Comète a beau être un monstre, physiquement, elle reste plutôt faible. Aujourd'hui, je n'aurais aucune difficulté à l'assommer de la sorte. Alors endormi, persuadé d'être à nouveau un enfant, d'être incapable de me défendre… Je libérais mon reiatsu. À fond les ballons. Et étant donné que je suis vice-capitaine, ça peut être assez violent. Enfin non, c'était systématiquement violent et j'ai sonné plusieurs fois Akon dans mon sommeil.
Assommé douloureusement par son mec en plein cauchemar, tu m'étonnes qu'il l'ait mal pris à force. Finalement, à cause de tout ça, il n'était pas rare qu'il refuse tout net de dormir dans la même pièce que moi, sans parler du même lit. La Comète ne m'a peut-être jamais touché mais elle m'aura bien pourri la vie en attendant. Je ne fais pas partie de ses victimes, loin de là, mais de savoir que… Qu'elle avait prévu que je serai le suivant à toujours eu un effet glaçant sur moi. D'ailleurs, elle ne m'a jamais dit pourquoi elle n'avait pas… Pourquoi je n'avais pas… Enfin. Je lui ai échappé, sans savoir ni comment ni pourquoi, je peux m'estimer incroyablement chanceux.
La gorge toujours serrée et les tripes toujours nouées, je finis de remonter ce couloir qui mène à sa cellule. Je vois qu'il n'y a aucun autre détenu à sa proximité et c'est parfait. Qu'elle crève donc isolée de tous. Enfin, je vais briser un temps cette solitude mais j'ai des questions à lui poser. Puis je me retrouve face à la grille qui fait office de quatrième mur à sa petite cellule meublée d'un lit simple, d'une armoire, d'une table et d'une chaise. Je sais qu'elle m'a entendu arrivé, parce que mes pas ont résonné tout autour de moi, il n'y a pas de raison pour qu'elle ne se soit rendu compte de rien. Mais… La cellule m'est peu visible, parce que la fenêtre me fait face et que j'ai un peu la lumière en plein visage. Mais malgré le contre-jour, je peux voir sa silhouette.
Sa silhouette toujours vêtue de blanc. Putain.
– Eh bien, eh bien… commence sa voix chantonnante et légère.
Putain, putain, putain. Je ne veux pas être là. Elle me tourne le dos pour l'instant, apparemment affairée devant un miroir. Je n'ai aucune envie de me trouver ici, à deux doigts de faire à nouveau face à cette femme après tant d'années.
– Tu m'as manqué, tu sais. fait-elle d'une voix légère.
Ce n'est pas qu'elle me fasse peur, non, je… Oui, j'ai eu peur d'elle. Voilà, c'est stupide à dire mais c'est bien la vérité… Le jour où j'ai compris ce qu'elle faisait, ce qu'elle m'aurait fait, ce qu'elle aurait fait au gosse affamé et faible que j'étais alors, quelle immondice du genre humain elle pouvait être, j'ai eu peur d'elle. Elle ne pouvait plus me faire aucun mal, ne pourra jamais me faire le moindre mal, et pourtant. C'est à partir de ce moment qu'elle m'a terrifié. Il y a des horreurs dans ce monde qui ne peuvent que vous terrifier et cette femme, cette femme… ! Ce qu'elle a pu faire à ces enfants dépasse tout ce que… Enfin. Être ici me répugne, la revoir me donne envie de vomir mais non. Elle ne me fait plus peur… Pas pour l'instant en tout cas. Je sens déjà les cauchemars qui repointent le bout de leur nez, ô joie.
Ayant visiblement terminé ce qu'elle a à faire, elle se redresse et se retourne enfin vers moi, continuant à parler l'air de rien.
– Tu aurais pu faire un effort et…
Ses mots se bloquent dans sa gorge lorsqu'elle comprend que non, ce n'est pas son visiteur habituel qui est là. Je sais qu'il y a un homme qui vient de temps en temps la voir mais je n'ai pas voulu en savoir plus. Je m'en moque. Un court instant passe, moi encore un peu dissimulé à sa vue derrière les barreaux, les traits de son visage m'échappant encore un peu dans la lumière du contre-jour. Puis elle s'avance, lentement, presque précautionneusement. Encore un pas et ça y est, elle peux voir mon visage, et ça y est, je peux voir le sien.
– Mon beau…
Je déglutis de dégoût. Ça y est, elle m'a reconnu. Il y a quelque chose d'extatique dans sa voix.
– Mon si beau garçon…
Je me retiens de reculer en la voyant encore s'approcher de moi et me contente de dire, d'une voix pas si sûre et posée que ça :
– J'ai des questions à vous poser.
Et c'est uniquement pour ça que je suis là, espèce de détraquée répugnante. Elle s'approche encore un tout petit peu, juste de l'autre côté des épais barreaux métalliques.
– Tu m'as tant manqué… susurre-t-elle tout bas.
Pas moi. Je vous hais. Vous me dégoûtez.
Elle me regarde de ce même air affamé qu'il y a tant d'années, cette façon qu'elle avait de couver ses victimes du regard, ses yeux luisant d'un plaisir malsain lui donnant un air fou. Je déglutis difficilement.
Cela fait si longtemps que je ne l'ai pas vue que… Non, ce n'est pas que ses traits se sont estompés dans ma mémoire, absolument pas malheureusement, seulement voilà. Depuis le temps, elle ne ressemble plus exactement à la femme qui m'a sauvé la vie en me nourrissant il y a des années de ça, après un hiver particulièrement meurtrier. Gamin, je me souviens d'une femme qui était magnifique. Oui, la Comète était belle et pas seulement parce qu'elle portait de beaux vêtements et qu'elle semblait nous aimer. Non, je me rappelle de son visage et il était beau, délicat, élégant… Elle avait de grands yeux brillants et arrondis qui semblaient contenir toutes les étoiles du ciel, un nez délicat et un peu en trompette, des joues rondes et rosées, des lèvres fines et bien dessinées, une peau pâle et délicate… C'était une belle femme.
Quand je l'ai revue, dans cette foutue maison emplie de dents de lait, elle avait pris un peu d'âge mais physiquement, elle était tout aussi belle que dans mes souvenirs. Seulement, désormais, je ne voyais plus que l'horreur cachée derrière ses sourires tendres et ses regards doux. Alors pour être encore capable de la trouver belle, hein… Mais physiquement, elle avait peu changé.
Et aujourd'hui, aujourd'hui elle a changé. Après toutes ces années, enfin, elle a changé. Il ne s'est pas pourtant écoulé tant de temps que ça depuis son procès mais… C'est bien la Comète que j'ai devant les yeux mais elle n'est plus que le fantôme de ce qu'elle a été. Sa peau a jauni, s'est affaissée, s'est mise à former quelques plis et est désormais troublée de quelques tâches sur le haut de ses joues. Ses lèvres se sont gercées et craquelées, ses yeux se sont affadis…
Elle reste une belle femme, mais une femme abîmée, usée par le temps. Visiblement, la réclusion ne lui réussit pas. Parfait. Et ces vêtements qu'elle porte… Je sais d'où ça vient son obsession pour le blanc – elle s'est évidemment fait un plaisir de me l'expliquer largement, en détail et avec une foule d'exemples dont je me serai bien passé – mais je ne pensais pas que même en prison, elle ferait tout autant attention à son apparence. Je ne peux toujours pas voir sa peau autre que celle de son visage et de ses mains ou ses cheveux et visiblement, elle s'est servie de draps grossiers pour confectionner cette tenue loin, très loin de la splendeur et l'éclat de ce qu'elle avait l'habitude de porter.
Si elle n'était pas la Comète, si elle n'avait pas ce regard luisant, ce sourire affamé et cette manière de se déplacer à la fois féline et prédatrice, elle ne serait qu'une femme adulte pathétique. C'est encore bien elle, il n'y a qu'à voir la façon dont elle me regarde mais je dirais que… Qu'elle a perdu de sa superbe. Qu'elle a perdu un peu de sa clarté et de sa force. Malheureusement, même si cela fait des décennies qu'elle est coincée ici, elle n'a rien perdu du reste.
– Je t'ai donc tant manqué que ça? finit-elle par susurrer devant mon silence, la tête légèrement penchée sur le côté, l'air doucement amusée.
Je voudrais bien me convaincre qu'elle est enfin devenue le spectre de ce qu'elle était, un vague souvenir, juste une femme abîmée et fatiguée, à peine un souvenir… Ah. Tout serait tellement plus simple ainsi. Son corps a vieilli, pas elle. Elle a simplement pris la poussière dans cette cellule, incapable de mettre la main sur ce dont elle a tant besoin. Elle est un petit peu rouillée à force d'inaction mais elle est encore bien là sous cette couche de poussière accumulée avec les ans juste sous la surface, la machine attend juste une étincelle pour redémarrer.
– Même pas dans vos rêves. je grogne, m'efforçant de mon mieux de dissimuler à quel point mes tripes sont nouées.
Rien à faire, me retrouver face à elle me rend malade. Peut-être que je n'ai plus peur d'elle mais…
– Oh mais justement… rigole-t-elle doucement.
D'un pas souple, elle se rapproche encore un peu des barreaux à deux doigts de venir y coller son visage. Et le coin de mes lèvres se relève subrepticement lorsque mes yeux se posent sur la cicatrice qui orne désormais sa joue gauche. C'est moi qui lui ai pulvérisé l'os de la pommette de manière assez violente, sans pour autant avoir complètement fendu l'os ou abîmé sa mâchoire – ce qui ne m'aurait pas particulièrement déplu. En tout cas, des éclats d'os sont ressortis et l'impact contre le mur sur lequel je l'ai envoyée s'écraser a déchiré la chair, d'où cette cicatrice en forme d'étoile dont les branches vont du creux de son œil à l'arrête de sa mâchoire et du coin de ses lèvres à la naissance de son oreille. Toute sa joue gauche quoi.
En bref, on pourrait presque dire que je l'ai défigurée. En tout cas, elle, c'est ce qu'elle m'a hurlé au visage. « Jamais les enfants n'oseront s'approcher de moi maintenant ! » s'était-elle lamentée en pleurant, comme si elle n'avait pas encore pleinement réalisé que plus jamais, au grand jamais, elle ne pourrait approcher un enfant.
– Mais justement…
Ses yeux se fixent dans les miens et ses lèvres s'ourlent en un sourire mauvais.
– Je rêve de toi, mon tout beau.
Le surnom m'arrache un frisson de dégoût.
– Espèce de tarée.
Elle continue de sourire, comme si ce que je pouvais dire ou faire ne pouvait absolument pas l'atteindre.
– Tu veux que je te raconte ?
Elle ne me lâche pas du regard et je sais que dans mes traits, tout ce qui l'attire, c'est le souvenir de l'enfant que j'ai été. Seuls les enfants l'intéressent. Je suis trop vieux, beaucoup trop vieux pour elle. Mais la fascination immonde qu'elle a eu pour le gosse des rues que j'étais est encore là, évidente au fond de ses yeux. Je suis sûr que, dans son esprit, elle enlève mes tatouages, mes cicatrices et tente de faire revenir mon visage à ce dont elle se souvient. Et je suis à peu près certain qu'elle se rappelle parfaitement de ce à quoi je ressemblais. « Comme si je pouvais oublier le visage d'un de mes enfants ! » s'est-elle un jour exclamé pendant un de ses interrogatoires, comme outré que j'ose évoquer cette possibilité.
Elle glisse un peu plus les yeux, comme si elle pouvait vraiment retrouver mon visage de gosse.
– Tu veux que je te raconte ? Que je te décrive ce que je te fais dans mes rêves ? Où je pose mes mains sur ton petit corps fragile ? Quels os je te brise ? Quels cris tu pousses ?
Je déglutis. Même de l'autre côté de cette grille, loin de l'aura et de la prestance qu'elle avait autrefois, tout le danger que représente cette femme est palpable dans l'air entre nous. Des barreaux nous séparent, je fais presque une tête de plus qu'elle maintenant, je pourrais aisément l'assommer en libérant un peu de reiatsu alors comment se fait-il que j'ai la sensation d'être redevenu le gosse minuscule emmitouflé dans sa cape et collé contre elle que j'étais ? Pourquoi est-ce que je me sens… Encore vulnérable ? « Et toi aussi, toi aussi… Tu es à moi ! » Le souvenir de sa voix folle de rage alors que je sortais le seul survivant de ses crimes de sa maison me revient à l'esprit.
– Oh, fermez-là… je grommelle, probablement d'un air moins convaincant que ce que j'aurais souhaité.
Machinalement, je croise mes bras sur mon torse, comme pour mettre encore un peu plus de distance entre elle et moi.
– Oh ? fait-elle doucement. Tu ne veux pas que je parle ? Moi qui croyais que tu venais me poser des questions…
Je le sais, je le sens, elle joue avec moi. Elle s'amuse de me voir ici, face à elle après tout ce temps, nerveux et mal à l'aise, luttant contre mes vieux instincts me hurlant de partir loin, loin, le plus loin possible de cette femme et cette horreur dont elle est capable.
Continuant à sourire, la Comète recule d'un pas.
– Et tu sais quelles sont les règles avec moi, n'est-ce pas. Je ne te répondrai que si tu me donnes quelques chose en échange…
– Bah bien sûr, comme si j'allais vous donner quoi que ce soit.
– Tss, tss, Shuuhei voyons… Pense un peu à la pauvre femme isolée que je suis, coupée de tout.
Elle ne cesse de me fixer du regard et je n'ai que deux envies, tourner les talons et ne jamais revenir ou alors lui écraser mon poing dans la figure jusqu'à faire disparaître ce sourire immonde.
– J'ai des besoins, tu sais. continue-t-elle de sa voix qui avait été si fascinante et captivante lorsque j'étais enfant.
On ne pouvait que l'écouter, boire ses paroles… Et la suivre si elle nous le demandait de sa douce voix si cajoleuse. Kazeshini avait peur d'elle et je trouvais étrange qu'elle nous raconte des histoires terrifiantes mais… Mais je ne sais pas si moi aussi, je ne serais pas parti avec elle jusque dans cette maison si elle me l'avait demandé. Je ne sais vraiment pas.
– Contentez-vous de vos rêves. je grogne.
Délicatement, elle pose un doigt sur ses lèvres et lève les yeux en l'air, faisant mine de réfléchir. Puis, après quelques secondes, elle hausse les épaules et secoue négativement de la tête.
– Alors que je t'ai sous la main ? Oh non… Non, non, non.
Lentement, elle relève d'un air docte son index tendu jusqu'à ce qu'il m'arrive sous les yeux.
– Tu sais comment ça marche Shuuhei… Si tu ne me donnes rien, je ne te donnerai rien. Pas de réponses de ma part, mon garçon.
Je lâche un bref soupir agacé, mâchoire crispée.
– Pour la énième fois, je ne suis pas votre garçon, je…
– Oh mais si mon grand. Tu m'appartiens.
Je lève les yeux au ciel, écœuré de sa logique malade.
– Tous les enfants que j'ai accueillis sous mon toit sont à moi.
– « Accueillis sous votre toit » ?!
– Je les ai pris Shuuhei. Ils sont à moi. À moi.
Elle continue de me fixer tandis que je la fusille du regard.
– Ce sont des enfants ! je gronde. Des gosses putain, ils n'appartiennent à personne !
– « Ce sont »… ? Oh mais Shuuhei, « c'était » des enfants… Ils sont tous morts maintenant.
Et son sourire s'agrandit encore un peu plus.
– Dire que j'ai presque perdu tous mes enfants… Heureusement que je t'ai encore.
– Vous ne m'avez jamais eu, je ne suis pas votre garçon. je siffle entre mes dents.
– Ah bon ? fait-elle d'un air faussement étonné. Alors tu n'as jamais rêvé de moi ? Jamais pensé à moi ? Tu n'as jamais imaginé ce qui se serait passé si j'avais pu te garder pour moi toute seule ?
– Je ne suis pas là pour jouer à vos jeux idiots mais pour obtenir des réponses alors si vous pouviez…
– Tu n'as jamais repensé à Torahiko ?
Tora… mon cœur se serre. Évidemment que j'y ai pensé. Je l'ai revu, lui plus que tous les autres, me demander pourquoi je l'avais abandonné dans mes cauchemars. Je sais ce qu'elle lui a fait. Je sais qu'il a hurlé. Qu'elle lui a crevé les yeux. Qu'elle lui a brisé les fémurs. Qu'elle l'a violé, torturé… Je sais tout ça et je sens mes tripes se nouer encore un peu plus.
– Tu ne t'es jamais demandé pourquoi je l'ai pris lui, et pas toi ?
Je relève un regard plein de haine vers elle.
– Vous l'avez kidnappé parce que vous le pouviez. Vous l'avez capturé parce que vous êtes une tarée immonde qui prend son pied en torturant des gamins, vous…
– Pas du tout.
Elle se rapproche une nouvelle fois des barreaux, venant cette fois poser sa joue abîmée contre le métal froid. Ses yeux arrivent à la hauteur de ma gorge mais elle les garde braqués sur moi.
– Shuuhei, Shuuhei, voyons… Si je l'ai pris avec moi, c'est parce qu'il me l'a demandé.
Mon sang se glace dans mes veines et avant que je puisse m'en empêcher, je lui réponds en un souffle avec la sensation que tout mon être vient de se figer.
– Quoi… ?
Ce son est si bas que j'ai l'impression de l'avoir imaginé. Je ne… Torahiko ne peut…
– Il me l'a demandé Shuuhei. Et tu sais, il avait l'air terrifié.
Difficilement, je relève mes yeux qui viennent de se perdre dans le vide vers elle.
– Vous mentez… je lâche à mi-voix.
– Oh non mon tout beau. Je t'aime trop pour te mentir. Jamais je ne te mentirai.
– C'est impossible…
– Et pourtant ! rigole-t-elle avec un son proche du ricanement, se délectant de ce que mon visage lui révèle sans que je parvienne à m'en empêcher. Il est venu me voir et… Oh, que c'était parfait !
Et de contentement, cette fois-ci, elle glousse.
– Tu n'imagines pas à quel point c'était parfait ! Ce petit garçon tremblant qui me regardait avec ses beaux yeux bruns, ses lèvres chaudes, ses membres fragiles…
– Taisez-vous…
– Tu ne veux même pas savoir pourquoi il a fait ça ? Mais Shuuhei, il a fait ça pour toi.
– Ce n'est pas…
– Mais si Shuuhei, si ! N'est-ce pas merveilleux ?!
Comblée par ce qu'elle raconte, elle ne peut s'empêcher de faire un tour sur elle-même tandis que j'ai l'impression de chuter debout.
– C'est… Ah, tellement beau. Il avait compris, tu sais. Je crois que cette nuit-là, où je t'ai nourri, où je t'ai pris contre moi, où je t'ai emmitouflé dans mon manteau, il a compris. J'ai dû laisser transparaître ce que tu me faisais, si tendre et vulnérable allongé contre moi… Et il l'a vu et il a compris ce que je voulais de toi. Oh, bien sûr, j'aurais dû faire attention, mais tu étais si parfait !
Je ne réponds rien, le souffle coupé. Torahiko…
– Alors quand je suis revenue, que je suis revenue pour toi… Il est venu à moi. Et il m'a demandé de ne pas te prendre, de ne pas te faire du mal, de ne pas te toucher.
Elle rigole un instant de son rire clair et chaque éclat de sa voix me fait l'effet d'une lame qui s'enfonce sous ma peau.
– C'était adorable, je t'assure… Alors, comme tu sais que je ne fais rien sans quelque chose en retour, je lui ai demandé ce qu'il était prêt à me donner pour ne pas que je te prenne. Et tu sais ce qu'il m'a répondu ?!
Taisez-vous, taisez-vous, je ne veux pas entendre ça, je ne…
– « Moi » ! Cet idiot !
Et elle éclate une nouvelle fois de rire, de ce rire fou et hystérique.
– Comme si ça allait me suffire, haha ! C'était magnifique ! Comme si j'allais me contenter de lui et ne plus jamais t'approcher !
Taisez-vous…
– Si tu savais Shuuhei, si tu savais ! Comme il te haïssait, comme il te maudissait à la fin ! Il me suppliait, hurlait que si je le relâchais, il t'amènerait à moi… ! Que c'était beau !
– Évi… Évidemment… je parviens néanmoins à dire malgré ma gorge nouée au possible.
Elle s'arrête, un peu décontenancée.
– Évidemment qu'il m'a maudit… je continue, le regard las. Ce n'était qu'un enfant… Juste un gosse et vous avez brisé chacun de ses os…
Elle hausse les épaules, balayant mes propos d'un geste. Puis elle ricane une nouvelle fois.
– Si tu savais à quel point j'aurais voulu te prendre et te briser et entrer en toi tout en te montrant le cadavre de ton ami…
Je ne dis rien, avec cette sensation que si j'ouvre la bouche là, tout de suite, je vais vomir.
– D'ailleurs, c'est pour ça que je n'ai pas trop touché au visage… D'accord, d'accord, je lui ai crevé les yeux mais c'est tout. Je n'ai pas abîmé ses traits, c'est le principal. Il fallait que tu puisses le reconnaître.
L'air parfaitement tranquille et satisfaite d'elle-même, elle fait quelques pas.
– J'aurais bien voulu le garder une fois mort mais j'ai dû m'en débarrasser, il se décomposait trop vite… Tant pis !
La tête un peu basse, quelque peu sonné, j'ai du mal à réagir, à me reprendre et une larme claire roule sur ma joue.
– Oooooh ! fait-elle avec un plaisir non dissimulé. Tu pleures ? Que c'est touchant…
Elle ricane en me dévorant du regard de nouveau, collée aux barreaux. Une autre larme m'échappe et je sens que je suis à deux doigts de perdre le contrôle.
– Il t'a tellement haït… C'était parfait. « Prenez-le, prenez-le lui ! Faites ça à Shuuhei, pas à moi », voilà ce qu'il piaillait, cet idiot… C'était superbe…
Je relève ma tête pour lui intimer de se taire par pitié, de se taire, et c'est à ce moment-là que je vois sa main tendue à travers les barreaux qui se dirige vers mon visage. Aussitôt, je recule brusquement ma tête et elle ramène sèchement sa main à elle en un geste presque craintif. Je lui ai déjà brisé le poignet une fois, elle sait que je peux le faire à nouveau.
Je déglutis difficilement avant d'essuyer ces quelques malheureuses larmes du revers de la main.
– Tu pleures ton petit copain mort en te haïssant ?
– Oui, je réponds sobrement. Heureuse ?
Son sourire s'agrandit d'un air mauvais.
– Oh que oui. Pleure encore pour moi Shuuhei, pleure…
Je soupire doucement.
– Répondez d'abord à mes questions.
– Tss, tss, tss, mon garçon… Tu vas trop vite en besogne. Quelques larmes, et cela serait suffisant ? C'en est presque insultant, tu sais… Il va me falloir plus que ça.
Je soupire une nouvelle fois. Pour l'avoir interrogée des heures durant, je sais comment elle fonctionne. Effectivement, elle ne répondra à mes questions que si je lui « donne » quelque chose. Lors des interrogatoires, c'était… Eh bien, c'était moi. Elle a déclaré qu'elle ne dirait rien si je n'étais pas seul avec elle et si ce n'était pas moi qui menait l'interrogatoire et c'est effectivement ce qui s'est passé. Dès que le capitaine Tôsen entrait dans la pièce, elle se taisait totalement et se contentait de le fusiller du regard. La seule solution pour qu'elle accepte de parler, c'était de se plier à ses exigences. Sauf qu'aujourd'hui, je doute que ma seule présence suffise à la faire parler.
Elle a déjà en des heures et des heures en face à face pour me tourmenter et même si je suis sûr qu'elle garde encore quelques anecdotes du style de celle de Torahiko pour me faire souffrir si elle en a envie, cela ne sera pas suffisant. La dernière fois, elle voulait parler. Elle voulait que les détails de ses crimes nous soient connus, elle voulait nous horrifier à notre tour. Ça lui fait prendre son pied, à cette tarée.
– Et vous voulez quoi ? je fais d'une voix sourde, froide.
Aussitôt, toujours collée aux barreaux, son visage s'illumine d'un immense sourire.
– Oh mais tu sais ce que je veux…
– Comme si j'allais vous laisser approcher un enfant ! Vous n'en verrez plus un seul, plus jamais.
Toujours amusée, elle recule d'un pas, relevant les mains en signe d'acceptation.
– D'accord, d'accord… fait-elle doucement. Je n'ai même pas droit à une photo?
– Hors de question. je grogne.
– Tu ne m'aides pas vraiment, Shuuhei…
Elle fait mine de réfléchir un instant alors que je suis parfaitement certain qu'elle sait déjà ce qu'elle peut ou non me demander. Puis lentement, elle tourne sa tête vers moi, son visage redevenu soudainement calme. Elle fixe ses yeux bleus dans les miens.
– Mes trésors.
J'en étais sûr. Elle les a souvent réclamés. En fait, depuis qu'on l'a arrêtée, elle a demandé ses « trésors ».
– Non.
Ma voix vire presque au grondement. Je me rappelle de ces foutues boîtes, qu'on a dû toutes ouvrir une par une pour retrouver chaque dent, chaque preuve d'une autre victime, encore et encore… Il y avait une multitude de boîtes chez elle et toutes étaient remplies, parfois de vêtements, parfois d'ustensiles de cuisines, parfois d'outils de coutures, parfois de minuscules dents de lait. Il y en avait… Tellement, tellement, tellement. Patiemment, on les a comptées. Une par une.
– Shuuhei !
– C'est hors de question.
– Je les veux.
– Non !
– Ce sont mes trésors, à moi ! C'est moi qui les ai arrachées, je les veux !
– C'est non !
– SHUUHEI !
Cette fois, elle hurle mon prénom et se saisit avec force des barreaux, braquant sur moi un regard plein de rage. Sans le vouloir, je recule d'un pas.
– N'insistez pas. De toutes façons, même si je le voulais, je ne pourrais pas !
Elle se fige, ses yeux s'écarquillant un instant de peur.
– Vous avez détruit mes trésors… souffle-t-elle, apparemment horrifiée à cette idée.
– Mais non. On les a enterrées. On a fait une fosse commune, à côté de chaque tombe de vos victimes et on a mis une plaque commémorative au dessus.
– Vous avez enterré mes trésors ?! s'étrangle-t-elle.
– Oui. je réponds, à la fois satisfait de voir sa colère et peu rassuré de la voir en colère.
Je n'y peux rien, c'est la Comète. Je crois bien que… Au fond, j'aurais toujours peur d'elle. Et merde. Face à moi, la colère disparaît peu à peu de ses yeux. Un peu trop rapidement d'ailleurs, c'est…
– Je t'ai fait peur ? me demande-t-elle d'un air doucereux en étirant ses lèvres en un sourire mauvais. Mon petit Shuuhei ?
– Je vous emmerde. je réplique en la fusillant du regard et en me rapprochant de nouveau l'air de dire que non, je ne la crains pas, ce qui lui arrache un ricanement satisfait.
– Allons bon, je me doutais bien que vous ne les aviez pas gardés quelque part au fond d'un tiroir. fait-elle en souriant. Les enterrer… Tss, c'est d'un stupide.
– Cessez de jouer avec moi et…
– Jamais. siffle-t-elle d'un air satisfait. Je t'aime trop pour ça.
Et moi, j'aimerais vous briser les dents. Et le reste.
– Que voulez-vous ? Pour répondre à mes questions. je précise avant qu'elle ne se lance sur une énième tirade à propos de cris d'enfants.
– Ça dépend.
– De quoi, à la fin ?!
– D'à quel point ces réponses sont importantes pour toi. Et ne me mens pas.
Je soupire longuement. À quel point ai-je besoin d'en savoir plus sur ces créatures des Montagnes ? Je n'en sais rien, putain… Mais je suis fatigué. Fatigué des cauchemars, fatigué de mon passé revenant encore et encore. Je ne veux plus jamais avoir à voir cette femme. Alors je veux toutes mes réponses. Que j'en finisse enfin avec tout ça.
– Je ne partirai pas d'ici tant que je n'aurai pas de réponses. je finis par faire calmement.
– Ouuuuuh, parfait, parfait…
D'un pas lent et qui m'évoque celui d'un prédateur s'approchant de sa proie, elle revient au plus près des barreaux. Nos deux visages sont à peine distants d'une trentaine de centimètres et c'est beaucoup trop peu. Je me force à soutenir son regard et à contrôler le plus possible ce que mon visage pourrait trahir de ce que je ressens. Elle me fixe en souriant d'un air mauvais pendant quelques secondes qui me paraissent être une éternité puis :
– Bien, très bien mon garçon…
Mes poings se crispent de manière imperceptible. Kami-sama ce que je donnerais pour pouvoir effacer ce sourire de mes poings…
– Si tu fais ce que je veux… Si tu me donnes ce que je veux… Alors je répondrai à toutes tes questions.
– Toutes ?
– Toutes. Tout ce que tu veux savoir, tout ce que je sais… Ça te va ?
Après un court instant de réflexion, je hoche nerveusement de la tête. De toutes façons, elle ne peut rien me faire.
– Je veux t'entendre me le dire.
Je grince des dents, le fusille du regard puis m'exécute de mauvaise grâce :
– Ça me va.
– Parfait, parfait… Mon si beau garçon.
Un moment de silence passe et je sais qu'elle le fait exprès qu'elle ne fait que jouer avec moi.
– Alors ? finis-je par grogner, nerveux et mal à l'aise. Qu'est-ce que vous voulez ? Et que je puisse vous donner.
– Oh mais oui, tu peux…
– Qu'est-ce que vous…
– Toi.
Je me fige. Quoi ?
– Je te veux toi.
Et son sourire s'agrandit encore un peu.
– Je… Je suis trop vieux pour vous. je balbutie maladroitement, provoquant un éclat de rire chez elle.
Une étincelle passe dans ses yeux puis elle éclate de rire.
– Oh oui ! Évidemment que tu es trop vieux pour moi !
Elle rigole une nouvelle fois, me donnant l'impression que son rire fige mon sang dans mes veines.
– Qu'est-ce que tu t'imagines, mon garçon… Non, non.
Lentement, collée aux barreaux froids, elle sort ses mains de sa cellule et les tends vers moi :
– Laisse moi toucher ton visage… Juste ça. Et tu auras toutes tes réponses.
Non.
– Allez mon garçon…
Elle déploie chacun de ses doigts, comme des serres s'apprêtant à saisir leur proie.
– C'est tout ce que je te demande. Moi qui n'ai jamais pu poser mes mains sur toi…
Hors de question.
– Poser mes mains sur ta peau… Me saisir de ta chair…
Son sourire est immense, complètement fou.
– Viens mon garçon, viens… Viens à moi, si tu veux tes réponses.
Ses doigts sont totalement déployés et il suffirait que je m'avance un tout petit peu pour qu'elle puisse effleurer ma peau. Mettre ses mains sur mes joues.
– Shuuhei… Viens.
Si j'avance, elle pourra… Elle pourra me toucher. Non. Je ne veux pas. Un frisson froid descend le long de ma colonne vertébrale. Mon souffle s'accélère légèrement.
– Tu veux tes réponses, non ?
Je hoche difficilement de la tête.
– Alors c'est tout ce que je te demande. Ce n'est pas grand-chose. Et après je répondrai à toutes tes questions… Et tu sais que je ne te mens pas.
Je ne veux pas. Je peux voir son regard affamé, son sourire fou… Je ne veux pas que cette femme pose ses mains sur moi.
– Je veux juste poser mes mains sur toi.
Et elle me sourit et elle se colle un peu plus contre les barreaux et ses mains se rapprochent encore un peu plus de moi. Encore quelques centimètres et ses paumes seront sans difficultés sur mes joues, aucun doute là-dessus.
Ce sont juste ses mains, juste mes joues, ce n'est pas grave, je peux bien…
Ma mâchoire se crispe. Son regard me donne envie de vomir. Son regard me donne envie de vomir.
Mais ce n'est pas si grave, je peux bien la laisser… Ce n'est pas… Allez, putain…
Ses paumes s'avancent encore un tout petit peu, lentement, presque précautionneusement comme si elle craignait que je me recule brusquement. Mais je reste immobile. Comme la souris face au chat.
Je la fixe du regard, à peine capable de percevoir ses mains à deux doigts de se poser sur ma peau.
Mais alors que je m'apprête à fermer les yeux pour cesser de voir ce regard affamé, ses mains s'arrêtent brusquement et sa main droite se rétracte brusquement derrière les barreaux de sa cellule. Sa main gauche reste figée à quelques centimètres à peine de ma peau. Qu'est-ce que…
Nous ne sommes plus seuls. Et le poignet de la Comète est immobilisé par la poigne large du capitaine Muguruma, qui vient d'arriver d'un shunpo si vif que je ne me suis pas aperçu de sa présence. Il a l'air furieux.
– Je peux savoir ce qui se passe ici ?!
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Cette scène était GALÈRE SA GRAND-MÈRE LA GOGO DANCEUSE INTERGALACTIQUE à écrire, j'espère que c'était quand même cool à lire… En tout cas, même si c'était pas simple à écrire, j'ai adoré l'écrire. Et oui, j'adore me pencher sur ce personnage de la Comète et de la relation qu'elle a avec Shuuhei, c'est l'éclate totale en termes d'écriture.
Oh sinon… vous avez des idées pour qui est l'homme qui vient de temps en temps visiter la Comète?
Bref, pour me laisser une review, me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, s'il était efficace, prenant ou incompréhensible, chiant, réagir par rapport à ce que vous voulez, vous connaissez la chanson, le bouton est juste en dessous!
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Le chapitre 112. Pleure encore pour moi Shuuhei, pleure encore… (ouuuuuh, que ça va être joyeux) arrive la semaine prochaine, le 25 décembre! Ou le 26, soyons honnêtes (non mais Noël quoi, merde)
