Et me revoilà, avec un nouveau chapitre tout beau tout chaud!

– Et avec un jour de retard.

*un T-Rex à paillettes se retrouve brusquement projeté sur Sa Majesté des Enfers en un geste d'une violence inouïe*

Je saaaaaaaaaaais, que je suis toujours en retard… D'un jour ou deux (ou plus aaaajkjkhedazheg) mais toujours en retard. J'essaye pourtant, je vous jure que j'essaye! En plus, je culpabilise de ouf parce que je suis toujours à la recherche d'emploi (et putain c'est la merde) du coup, j'ai pas mal de temps libre. Bien sûr, je cherche un taf, j'écris, je dessine, je bosse sur pas mal de projets persos… mais j'arrête pas de me dire que je pourrais faire plus. Que je devrais faire plus. Ouais, j'm'auto-culpabilise pas mal… mais je bosse dessus! Faut que j'arrête de me foutre des pressions de dingue pour à peu près tout ce que je fais.

Du coup… oui, parfois je suis en retard. Oui, probablement, je pourrais faire mieux. Mais je fais de mon mieux, du mieux que je peux à ce jour et c'est déjà bien. J'ai pas mal d'angoisses et ça m'empêche de faire tout ce que je veux, comme je veux. Mais je bosse dessus et petit à petit, ça va aller mieux.

Bon et aussi, je le reconnais, Feu et Foudre n'est pas non plus mon projet prioritaire. Évidemment, il est très important pour moi mais je suis également en train d'écrire d'autres histoires.

Bref, tout ça pour dire que je suis encore une fois en retard, que j'essaye de faire de mon mieux pour ne pas poster en retard mais ça risque encore de se reproduire.

Enfin, voilà donc le nouveau chapitre – que je n'aime pas du tout haha – et, hummmmm, je ne crois pas que j'ai grand-chose à vous préciser avant de vous laisser le lire… bonne lecture?

.

Bien évidemment, un immense et sincère merci à celles qui ont laissé une review, Neko (yup, la Comète a la cervelle qui baigne dans du lait moisi, elle est complètement dingue) et à Rizalone (FAIS PÉTER TA THÉORIE SUR LA COMÈTE, JE SUIS TOUTE OUÏE) (et sinon héhé, j'aaaaime

Sinon, comme toujours et de manière toujours aussi évident, un immense merci à Rizalone et son travail de relecture, toujours aussi précieux!

.

Discalibur :je continue à taper sur tous les personnages qui me tombent sous la main, que ce soit les miens ou ceux de Bleach, manga de Tite Kubo.


Chapitre 114. Ils sont nombreux là-bas, les balaises du genre de l'autre jour… ?


Tora, quelque part sur les Montagnes noires.

.

Je lâche un rot bruyant sans le moindre ménagement, l'air de rien, puis me remets à avaler de larges portions de bouillon de chamois – enfin, je suppose que c'est du chamois, d'habitude j'les bouffe crus moi, je me prends pas la tête à les faire cuire – sans prêter attention à la grimace de dégoût du type assis en face de moi.

Oh, il est mignon l'elfe des bois mais on n'est pas chez la duchesse, ici. Et puis j'ai faim, merde. Alors je bouffe. Eh, c'est qu'il faut que je reprenne des forces moi, j'vais pas pouvoir aller péter des gueules pour récupérer mon viking personnel sans rien dans le ventre. C'est sûr, j'ai fait des progrès balaises ces derniers jours, hier j'ai même réussi à me remettre debout toute seule, wouhou – bon, je me suis croûté la gueule une micro-seconde à peine après mais on s'en bat les reins, c'est un détail – m'enfin, c'est pas demain que j'vais à nouveau être capable de décapiter des arbres en série. Si, si, ça se décapite des arbres, j'vous jure. Faudra redemander les détails à Beni parce que j'ai pas tout suivi à ses explications mais voilà, des arbres, ça peut se décapiter. Même que c'est une discipline dans laquelle chuis pas trop mauvaise.

M'enfin bon, à force de faire le légume comme ça, à tous les coups, chuis rouillée. Et ça, ça fait chier. Ramenant le bol chaud à mes lèvres, j'avale une nouvelle portion de bouillon, savourant tout de même la sensation de bouffer quelque chose. C'est que j'ai faim. Genre, très faim. Ça doit faire au moins le quatrième bol que je m'avale alors que lui, il en est toujours à son premier. Tsss, petit joueur.

En même temps lui, il n'a pas besoin de se remettre de trous dans le bidou – enfin, la hanche, pardon – et il n'a pas passé les derniers jours à comater tel un magnifique légume cuit à la vapeur, nourri de bouillon. Ouais, en ce moment j'bouffe que du bouillon. Il a un truc avec le bouillon ce type, c'est pas possible.

Mon bol terminé avec un énième long bruit d'aspiration – ouais, je sais, c'est dég' mais Beni fait pire – je le repose sur la roche composant le sol de cette grotte dans laquelle nous nous trouvons. Appuyée contre Gyomo allongé dans mon dos, je décide de plonger mes doigts dans ce qui reste du bouillon pour chopper les bouts de viande qui se trouvent au fond. Nouvelle tronche de choqué en face de moi. Pour un type théoriquement aveugle, il capte pas mal ce qui se passe quand même… Ah bah désolée mon gars mais je suis un grand carnivore moi, je becte. Toute contente de mon morceau de viande, un petit morceau de jarret visiblement, je l'attaque à pleine dents. Kami-sama que ça fait du bien… !

Il doit me prendre pour une vraie sauvage, je suppose, à me balader à poil, roter, bouffer avec les doigts et n'en avoir strictement rien à péter du tout. Ah, s'il savait que cette nana des bois en face de lui a été éduquée dans un bordel de la haute et qu'elle connaît parfaitement les étiquettes de la table – pas que ça ait été le truc le plus utile à ma carrière dans la Maison mais ouais, Kyoui me l'avait appris… Ca pouvait toujours servir. Mais bon, la flemme. Et puis je suis chez moi ici. Pas lui.

Du bout des doigts, je reviens fouiller le fond du bouillon mais je ne rencontre que dalle : y'a plus rien au fond de la gamelle.

– Eh, je fais à son attention, lui faisant relever le nez de son propre bol qu'il termine à peine. Y'a plus de viande ?

Précautionneusement, il repose son bol au sol en un léger claquement rocailleux.

– Non. Je pensais qu'un chamois entier…

Il ne termine pas sa phrase et hausse les épaules. Une main perdue dans le pelage de Gyomo, je lui grattouille négligemment le haut du crâne, déclenchant un doux ronronnement de sa part.

– Ouais, tu t'es dit que ça suffirait. Ce qui n'est pas faux hein, c'est juste que… Ben je bouffe plus que la moyenne.

D'accord, sous forme humaine, je tape aux alentours des 70 kg mais en quadrupède, je tape facile aux 250 kg. Et ça se nourrit, une forme animale, surtout quand elle est du genre à s'enfiler des bouquetins entiers au p'tit dèj'. Pis je suppose que le fait de changer de forme me pompe aussi masse d'énergie alors… Ça plus la Changeforme, ça m'a pris toutes mes forces. Et il faut en plus que je me remette de mes blessures, ô joie.

En temps normal, c'est moi qui chasse ma propre bouffe. Sauf qu'on est pas en temps normal. J'peux pas me tenir debout alors aller chopper du bouquetin sauvage, de la biche bien dodue et autre bestiole bectable de montagne dans laquelle je plongerais mes crocs avec un féroce appétit, ça risque d'être un peu compliqué.

D'un geste rapide des mains et de quelques grognements secs, je file mes ordres aux deux gros mâles qui se sont allongés au soleil, histoire de se dorer la pilule et de bronzer du bide je suppose, juste à l'entrée de la grotte. Avec un large bâillement dévoilant sa dentition qui ferait rougir n'importe quel grand prédateur, Akamusha se redresse et part d'un petit trot léger pour sa silhouette massive et épaisse, suivi de Kusemi, plus fine mais bien puissante elle aussi.

Kusemi boite un petit peu mais rien de grave. Akamusha a eu une oreille déchirée par le glissement de terrain mais la plaie a bien cicatrisé, même s'il aura désormais du mal à entendre de ce côté-là. Mon cœur se serre encore un peu plus. Je n'en ai aucun souvenir du glissement de terrain, j'étais inconsciente à ce moment-là, mais la Meute… Les survivants ont passé des jours entiers à fouiller les débris qui recouvrent la montagne sur laquelle on vivait, à la recherche des blessés, des corps, de ceux qui ne s'en sont pas sortis.

Akegata, qui était si beau et si fort, fait partie de ceux-là. Ils s'y sont pris à trois pour rapporter son corps. Je sais que Kaname l'a enterré, pendant que j'étais dans les vapes, à papoter avec des trucs chelous dans mes rêves. Mais les autres tigres auraient eu du mal à lui creuser une vraie tombe et lui l'a fait, sans que je demande quoi que ce soit et je… Pour ça – entre autres – je lui suis reconnaissante. Sincèrement.

Onibi a perdu Eiketsu, un de ses deux petits, mais ils n'ont pas réussi à dégager son cadavre de sous l'arbre qui l'a broyé et Uta, son petit frère, couine souvent d'un air triste et malheureux à l'entrée de la grotte, comme s'il attendait quelque chose. C'est à fendre le cœur et à chaque fois, je me sens si impuissante, si inutile… Incapable de me foutre debout. J'ai… perdu des membres de ma famille qui eux, ne reviendront jamais. Deux morts… Et les autres blessés, balafrés. Mais encore en vie.

Mon regard se perd dans le vide. Et Kyuusoku, Kyuusoku qui est toujours porté disparu… Depuis le glissement de terrain, aucun signe de lui. Personne n'a vu sa fourrure si typiquement claire et sa silhouette fine. Je prie de toutes mes forces qu'il soit encore en vie et pas écrasé quelque part sur cette foutue montagne ravagée. Et moi qui suis coincée ici, incapable de me déplacer seule !

Je regarde les deux tigres quitter souplement cette nouvelle grotte que l'on squatte. Ça me fait chier comme pas permis de devoir leur demander de me ramener de quoi manger mais je le sais, je n'ai pas vraiment le choix. Le plus important, ce n'est pas ma fierté à deux balles que je peux clairement me carrer quelque part bien profond mais de me remettre définitivement du trou qu'un fils de pute sorti de nulle part m'a fait au beau milieu du corps. Eh ouais, c'est que ce genre de machin, ça pique.

Et aller chercher ma Beni. Aller la chercher, c'est tout ce qui compte. Le type en face de moi me l'a dit, les deux hommes qui ont débarqué sur nos montagnes l'ont embarquée avec eux. Dans quel putain de monde ont-ils cru que j'allais laisser faire ça, bordel. Chaque instant qui passe, c'est un instant de plus où elle est loin de moi, aux mains d'inconnus qui ont clairement intérêt à garder leurs mains pour eux-mêmes s'ils ne veulent pas se retrouver avec des membres en moins et des tripes à l'air. Il faut que j'aille la chercher, il faut que j'aille la récupérer. La sortir de là. Elle a besoin de moi.

Inconsciemment, ma mâchoire se crispe. J'essaye, putain, j'essaye. J'essaye de garder mon calme, de prendre mon mal en patience parce que je n'ai pas d'autre choix mais c'est dur. J'ai envie de fracasser des murs avec mon crâne, de rugir à m'en péter les cordes vocales… S'il le fallait, j'irais en rampant jusqu'à ce que mes coudes saignent et recouvrent le sol de sang pour aller aller récupérer ma Beni. Mais ça ne servirait à rien. Elle a besoin de moi… Alors j'ai besoin de toutes mes forces.

Kusemi et Akamusha vont mettre un peu de temps avant de ramener une proie pour moi alors il faut que je prenne mon mal en patience. Et avant toute chose :

– Au fait… je fais à l'attention du mec assis en face de moi, de l'autre côté du foyer de braises chaudes ayant servi à faire cuire le bouillon. Merci pour le repas.

Il hoche la tête en signe de remerciement et me répond posément :

– De rien.

Hmm, l'est étrange ce gars. J'sais pas, j'ai du mal à le cerner.

– Et merci pour tous les autres repas, aussi. Quand j'étais dans les pommes, genre compote moisie. C'était… cool de ta part de m'filer à bouffer.

Pour tous les repas quand j'étais dans les vapes, dans du dégueulis de licorne chelou ou paumée quelque part dans les limbes dans l'inconscience, incapable même de penser ou d'avoir conscience de moi-même, incapable de me nourrir toute seule. Sans lui, je ne crois pas que j'aurais tenu le coup. Peut-être que la Meute aurait fini par réussir à me faire bouffer quelque chose mais… Enfin, autant ne pas y penser. Je ne veux jamais songer à cette possibilité. Il sourit doucement.

– Tu m'as déjà remercié pour ça.

Je passe rapidement une main dans ma longue tignasse emmêlée. Depuis que Beni n'est plus là, je n'ai plus vraiment le cœur de les brosser et de les peigner.

– Mmf, je lâche pour toute réponse. J'crois bien que je te dois la vie et ça me fait chier. Enfin non, attends, je me suis mal expliquée… Je suis heureuse d'être encore en vie, faut pas déconner. Mais ça m'file un genre de dette envers toi et ça… Ben ça ne me plaît pas plus que ça. Je n'aime pas avoir des dette envers qui que ce soit.

À ces mots, je le vois agrandir son sourire, passant d'un sourire de politesse à un sourire véritablement sincère.

– Quoi ?

– Non, non rien, c'est juste que… Un jour, peut-être, je t'expliquerai pourquoi t'entendre parler de dette envers moi me fait sourire.

– Ah ? T'es chelou, tu sais…

Il hausse les épaules, l'air de dire qu'il n'en a pas franchement grand-chose à carrer et cette fois, c'est moi qui souris.

– Bah ! C'est juste que… J'aurais préféré réussir à me débrouiller seule, tu vois ?

– Oui, je comprends. Mais tu n'es pas seule.

Je soupire doucement. Je me sens désespérément seule sans Benikyogai à mes côtés, moi…

– Ouais… Mais regarde. Si j'avais été plus forte, j'aurais pu la protéger.

Je ne veux pas dire son prénom à voix haute. C'est… Ca fait mal, un peu. Beaucoup.

– Ce qui est fait est fait, fait-il doucement. Ne pense plus à ce qui aurais pu être, cela ne t'amènera nulle part.

– Facile à dire, je grogne.

– Je sais, répond-t-il en souriant.

Je soupire brièvement, bras croisés sous ma poitrine nue.

– Comment dire… ? J'ai eu de la chance que tu sois là. Mais on ne peut pas compter sur la chance à tous les coups… On ne peut compter que sur sa propre force, tu vois ce que je veux dire ?

– Bien sûr. Mais cela doit-il t'empêcher de te reposer sur les autres ?

– Ben… J'ai Beni moi. Enfin, normalement… J'veux rien d'autre. Elle et moi, ça me va très bien.

– Mais vous êtes seules.

Je cligne rapidement des yeux. Je ne vois pas trop où il veut en venir.

– Ouais, et alors ?

– C'est un petit peu triste, tu ne trouves pas?

– Nan, je réponds aussitôt, quelque peu sur la défensive. Nous deux, on est très bien. On n'a besoin de personne d'autre.

– Tu as bien eu besoin de moi, non ?

Je marque un temps d'arrêt, la mâchoire crispée.

– Détends toi, dit-il calmement et toujours aussi posément. Tout ce que j'essaye de dire, c'est qu'à ne compter que sur vous-mêmes, cela peut vous fragiliser… Vous vous êtes isolées sur ces Montagnes, vous vous êtes coupées du monde. Or ce monde, il n'a pas cessé pour autant d'exister. Ces deux hommes, qui ont bouleversé vos vies… Ils en viennent. Vous n'alliez pas rester indéfiniment isolées.

Je ne dis rien, tendue, et le laisse parler.

– Un jour ou l'autre, ils auraient débarqué.

– Ah ouais ? Et comment tu peux en être aussi sûr, hein ?

– Tu te rappelles ce que je t'ai expliqué sur le reiatsu ?

– L'énergie que chacun possède ? Ouais, ouais, mon cerveau avait plus ou moins assimilé cette partie. Et bah quoi ?

– Eh bien, comme je te l'ai dit, elle est perceptible, d'autant plus quand elle est forte. Et toi et Benikyogai, vous êtes fortes… Ce qui signifie un reiatsu conséquent.

– Et donc ?

– Et donc, même au fond de ces bois et loin de tout, vous êtes repérables.

– … Ça me paraît zarbi ton truc.

– Je comprends. Mais regarde moi : je suis aveugle et pourtant, je me repère tout aussi bien que toi ici.

– … Mouairf. T'es surtout un aveugle chelou… Chuis pas ultra convaincue, hein.

– Je ne vois pas. Mais il y a d'autres moyens de percevoir ce qui nous entoure. Je peux me repérer parce que je suis passé maître dans l'art de la perception des reiatsus, des énergies spirituelles. Les reiatsus ne sont pas visibles mais on peut les repérer. Les vôtres l'ont été… Ça ne pouvait qu'arriver. C'était inéluctable.

Je me renfrogne un peu plus.

– Je sais que tu aurais préféré rester coupée du monde mais… Est-ce vraiment ce que ton amie souhaite ?

Ta gueule.

Le grondement est sorti de ma gorge sans même que j'y réfléchisse. Face à moi, il abaisse quelque peu la tête et redresse une main dans les airs en signe d'excuse.

– Pardonne moi, je n'aurais pas dû.

Je me force quelque peu de calmer mon grondement et après quelques secondes, il s'atténue puis disparaît. Mais la pointe de colère est toujours là. Parle pas de Beni, tu ne la connais pas.

– Ce que je voudrais te dire, c'est… Je ne sais pas ce que tu y as vécu avant de venir ici pour tant haïr ce monde mais… Il n'est pas si horrible que ça.

Mes lèvres se soulèvent en un sourire mauvais qui dévoile ma dentition pas si humaine que ça.

– Permets moi d'avoir des doutes.

Dans mon dos, Gyomo lâche un ronronnement un peu plus fort que les précédents, comme pour me réconforter. J'ai pas besoin d'être réconfortée, j'ai besoin de ma Beni, rien d'autre. Mais j'ai de la chance que Gyomo soit toujours là. Lui aussi est fatigué, lui aussi n'est pas au top de sa forme, lui aussi se remet doucement. Il me soutient, mon bon vieux Gyomo. Il est en meilleur état que moi, ça c'est sûr, lui il peut se relever, marcher, trottiner et même piquer un petit sprint ou deux – non, après il crache ses poumons mais au moins il peut se déplacer seul, c'est déjà ça.

Ce n'est pas encore ça mais au moins il peut me porter, me soutenir, m'aider à sortir de cette foutue grotte de temps en temps. Pas ma faute, je ne tiens toujours pas sur mes jambes. Je sais bien que ce type – Kaname quelque chose, j'ai oublié son nom de famille – pourrait lui aussi m'aider ou me porter si nécessaire, je sais qu'il l'a déjà fait lorsque j'étais dans les vapes et que Gyomo était dans un sale état lui aussi mais c'est mort. Okay, je lui fais confiance. Un peu. Le minimum syndical. Mais tant que je suis consciente, personne ne me porte, encore moins un homme.

Étonnamment, j'ai ce bout de confiance envers ce type, ce parfait inconnu… Bon, d'après ce qu'il m'a raconté, j'ai essayé de le buter en tant que Changeforme mais bon, en même temps, faut reconnaître que je ne suis pas particulièrement renommée pour ma diplomatie et mon sens du dialogue lorsque je prends cette forme – cette forme si étrangement belle et fascinante d'ailleurs… si peu, si peu monstrueuse. C'est vrai qu'il a de belles balafres sur le cou mais boooooon, détail. Sa gorge est encore en un seul morceau, c'est le principal non ?

Face à moi, il racle le fond de l'espèce de mini-marmitte / bol sous testostérone qui lui a servi à cuisiner le repas de ce jour et des précédents et entreprend de terminer le fond de bouillon, calmement et patiemment. J'ai du mal à me faire à l'idée que j'accepte tranquillement la présence de cet inconnu à mes côtés. Normalement j'aurais dû hurler, gronder, rugir, coller un pieds dans sa tronche ou ses couilles, le dégager quoi… Mais non. V'là que j'ai un nouveau coloc. Même que ça me fait très bizarre.

Je pense que si j'étais brusquement sortie de mon inconscience et que j'étais tombée nez-à-nez face à un parfait inconnu souriant calmement l'air de rien, juste au dessus de moi, y'aurait eu de la tentative de meurtre dans l'air. Mais voilà. Au moment où j'ai enfin regagné ma pleine conscience, ce n'était plus vraiment un parfait inconnu. Un inconnu, ouais. Mais surtout un type me nourrissant, me soignant jour après jour… Et le tout sans que la Meute ne décide de croquer un bout dedans histoire de voir quel goût ça a, l'elfe des bois.

Je n'ai pas repris conscience d'un coup, mais petit à petit, avec des moments où j'arrivais à percevoir ce qui m'entourait entrecoupant de loooooongs moments d'inconscience totale parfois troublés de quelques rêves carrément chelous sous LSD ou autre substance zarbie tout sauf légale. Mais dans tous les petits moments où j'arrivais à me rendre compte du monde autour de moi, j'ai réussi à capter – plus ou moins, faut voir l'état de ma cervelle aussi, c'était le festival de la marmelade – ce qui se passait. La Meute était là, tout le temps, autour de moi… et Gyomo, toujours. Toujours, toujours, toujours mon Gyomo. Une présence rassurante, en permanence.

Ouais, j'aurais pu paniquer à l'idée d'être incapable de mouvoir mon corps, de me retrouver complètement vulnérable, le tout avec un type sorti d'on ne sait où me nourrissant pour je ne sais quelle putain de raison comme un putain d'elfe des bois décidant de devenir soudainement mon ange gardien parce qu'il devait se faire chier dans son rôle de gentil elfe des bois. Sauf que Gyomo était toujours là, rassurant. Jamais en train de grogner ou de rugir ou quoi que ce soit d'autre. Juste… Là. Signe que je ne courrais aucun danger. Gyomo l'aurait bouffé – ou se serait fait buter en essayant – s'il avait essayé quoi que ce soit contre moi, soyons honnêtes.

Je passe une main sur mon visage, tentant de chasser les mauvais souvenirs qui remontent de cette journée où Beni m'a été arrach… Urgh.

Oui, je fais confiance à Gyomo, oui je me base sur ses réactions par rapport à ce parfait étranger. Du coup, ouaip je fais confiance à ce type sorti de nulle part parce que mon gros tigre noiraud lui fait confiance. Oui, je lui fais confiance. Oui, il m'a sauvé la vie. Mais ça s'arrête là. S'il faut que je l'égorge pour aller récupérer Beni, rien à foutre. J'ai tenté une première fois apparemment, la deuxième sera la bonne s'il le faut.

Je ne sais pas pourquoi il reste là, pourquoi il insiste pour me parler, pour me parler de toutes choses zarbies dont je me fous autant que de ma première rayure, pourquoi il chasse et cuisine pour me nourrir alors que je n'en ai plus besoin puisque la Meute – … enfin, ses survivants – peut aller chasser pour moi. À partir du moment où je suis consciente, je peux mâcher ma propre bouffe. Je ne le comprends pas et évidemment, évidemment que je me méfie. Je lui fais confiance, ouais… Un peu. Juste ce qu'il faut.

Une bonne minute de silence passe avant que le silence se brise entre nous. Je hais ce monde dont il parle, le hais à n'en plus finir et savoir que Beni s'y trouve à l'instant présent sans que je puisse aller la chercher sur-le-champ me rend malade.

– On en vient, de c'te foutue société. je grogne.

– Je sais. répond-t-il doucement, comme si c'était pas évident.

– On avait toutes nos raisons de le quitter, de le laisser derrière nous.

– Je m'en doute.

Je fronce les sourcils. C'est dingue comme son expression change peu. Sans déconner, il a tout le temps l'air calme. Et doux. Alors que moi, je retiens à peine un grondement qui me démange méchamment la gorge.

– Et toi aussi tu l'as quitté hein… je lui fais remarquer, sifflante. Alors viens pas me faire la morale.

Il redresse lentement son visage, tournant ses grands yeux blancs vers moi, comme s'il me regardait vraiment, comme s'il pouvait vraiment me voir. Okay, ça, c'est perturbant.

– Oui, finit-il par répondre. Et à plusieurs reprises…

Il marque un temps d'arrêt, une vague lueur de tristesse passant si rapidement sur son visage que s'en est presque imperceptible.

– Par choix, la première fois. Je… J'ai décidé de quitter ceux qui m'entouraient, de partir loin d'eux.

Du bout de ses longs doigts, il joue distraitement avec le rebord de son bol.

– Je pensais que c'était ce que je devais faire. Je pensais que… la solitude était ce dont j'avais besoin, que je les haïssais tous.

Il soupire doucement puis hausse les épaules d'un air un peu mélancolique.

– J'avais tort.

Et visiblement, ça le met pas en joie tout ça. Sauf que je suis toujours un peu sur les nerfs. J'aime pas qu'on me dise comment vivre ma vie.

– Ouais, enfin vu ta tronche, ta manière de parler et tout le tintouin, j'parie que t'étais un privilégié là-bas.

– Oui, je l'étais mais ça ne…

– Pis j'suppose que t'étais pas enfermé contre ton gré dans une putain de maison de passe où on s'est servi de toi, au mieux comme un animal de cirque, au pire comme un outil pour mutiler des gens, le tout en te prostituant ?

… J'avais pas prévu de la sortir, celle-là. Oupsie. Tant pis, rien à battre. J'ai pas honte, c'était pas ma faute. Je… J'y pouvais rien. Et merde, il m'énerve. Au moins ça lui a coupé son clapet. J'crois bien que je l'ai choqué sur le coup parce que sa bouche s'ouvre mais aucun son n'en sort. Dans ta gueule, Cosette.

– Ben voilà. je fais d'un air renfrogné avant de laisser retomber mon dos contre le pelage doux et rassurant de Gyomo.

Il observe un court silence, n'osant probablement rien rétorquer à ça. Ouais, j'étais une pute, ouais, on m'a forcée à coucher pour de l'argent qui n'allait même pas dans ma poche. Ouais, j'ai arraché des mains et des bras à des gamines qui n'avaient rien demandé à personne. Ouais, j'ai aussi déclenché le feu qui y a tué tout le monde, enfants, prostituées, personnel et clients. Tout ça. Et alors ? J'vis très bien avec. Sauf que je suis obligée de croiser mes bras sous ma poitrine pour cacher un tant soit peu mes tremblements.

– Non, finit-il par répondre doucement, je n'ai vécu aucune de ces horreurs et je ne prétends en aucun cas être capable de les comprendre. Mais…

Il sourit doucement, comme s'il voulait me rassurer, me réconforter ou je ne sais quelle connerie. Dégage. Je veux juste Beni.

– Je ne veux pas que vous commettiez les mêmes erreurs que moi. Tout simplement.

Je renifle d'un air méprisant.

– Tu peux parler. T'es bien revenu sur ces Montagnes finalement, alors… T'as une nouvelle fois quitté ce monde dont tu parles si bien.

Amusé, un sourire s'esquisse sur son visage.

– Hmmm, pas vraiment. Disons que, pour faire simple, je ne peux pas y retourner. Enfin, si, je peux… Mais si je le fais, ils me tueront.

Je hausse un sourcil.

– Ah ouais ? Carrément ?

Il a fait quoi l'elfe des bois, il a bouffé des gens ?

– J'en suis assez certain, oui.

– T'as tué tout un paquet de types important ou quoi ?

– Non, je n'ai tué personne. C'est… compliqué. Un jour, je prendrai le temps de t'expliquer, si tu veux.

Je me renfrogne. Genre ça m'intéresse.

– De toutes façons, reprend t-il, tu n'as pas vraiment le choix…

– Hein ?

– Si tu veux récupérer ton amie, il faudra que tu retournes dans ce monde que tu hais tant.

– Oh t'inquiètes, je fais d'un air narquois, j'compte pas m'éterniser. J'y vais, je la choppe, j'me casse et on revient vivre ici. Retour à la case départ, comme s'il ne s'était jamais rien passé putain. Voilà. Rien passé du tout. Et tout ira bien.

Il inspire doucement, l'air plus grave que tout à l'heure.

– Ça risque d'être plus compliqué que ça. Et tu le sais.

Il se remet souplement sur pieds, les bols et l'espèce de marmite en main. À sa hanche, je peux voir le fourreau orange pétant du sabre qui ne quitte jamais ses côtés. Sacrée arme. Je grogne vaguement.

– Ils sont nombreux là-bas, les balaises du genre de l'autre jour… ? Enfin, pas qu'ils aient eu l'air particulièrement balaises mais… Ben on s'est fait niquer nos grands-mères puissance douze milliards.

Il ne me répond pas tout de suite, l'air d'être en train de réfléchir, ses sourcils froncés.

– Vu que t'en viens… je continue, tu les connais non ?

Il se mord la lèvre, détournant son visage de moi.

– … Oui.

– Alors ? Y'en a d'autres des balaises dans leur genre ?

Il souffre un coup rapide, comme pour chasser des pensées sombres au loin.

– Oui. Vingt-deux autres, plus précisément.

– … merde.

D'une main souple, il replace une de ses longues tresses derrière son oreille.

– Plus un paquet d'autres personnes à peu près aussi puissantes.

Je sens mon cœur se serrer. Je déglutis bruyamment.

– Tora… fait-il doucement en se retournant vers moi. Tu ne te rends pas compte…

Mon regard se perd rapidement dans le vide tandis que je sens mon cœur s'accélérer un peu sous le coup d'une panique qui commence à me prendre. Je me force à respirer doucement et à me concentrer sur la présence de Gyomo dans mon dos. Calmos. Beni a besoin de moi. Alors merde, je panique pas. Je panique pas.

– Pas grave. je finis par répondre après quelques secondes de silence.

Il marque un temps d'arrêt, clairement surpris.

– C'est pas grave, j'te dis.

Je hausse les épaules.

– Tu pourrais m'annoncer que j'dois fighter Kami-sama avec les mains liées dans le dos et avec une petite cuiller en bois pour toute arme pour aller la récupérer que ça ne changerait pas grand-chose. Je m'en fous. Je vais la récupérer. C'est tout. C'est aussi simple que ça.

Enfin, je souris doucement. J'y peux rien, c'est Beni. Je sais que j'y irai. Quoi qui m'attende là-bas, j'irai la chercher. Même si j'dois y laisser ma peau, j'y irai. Parce que c'est Beni. Mon sourire s'agrandit encore un peu.

– Dès que mon corps est suffisamment remis pour que je puisse coller des patates et croquer des gens, je pars, qu'importe le nombre de balaises là-bas.

Hébété, il met quelques secondes à reprendre sa contenance puis il me sourit à son tour.

– Vous êtes incroyables.

– Eh ouais poupée, je fais avec un air sarcastique. Jalouse ?

Amusé, il ne répond pas à ma pique, se détourne et fait quelques pas, probablement pour aller nettoyer ces quelques couverts qu'apparemment, si j'ai bien tout compris, il a obtenu à Enkei en échange de soins prodigués. Je sais que je ne suis pas prête pour ce qui se trouve là-bas, là où ils l'ont emmenée. Mais je n'ai pas le choix.

– Au fait… Je fais après une petite minute tandis qu'il commence à s'affairer dans un coin de cette grotte.

– Oui ?

– Toi. T'es balaise ?

Court silence.

– Oui. Je l'étais, à un moment. Autant qu'eux.

– Tu l'es encore ? Balaise ? Plus que moi ?

–… Je suis probablement un peu rouillé. Mais oui, je suis toujours plus fort que toi.

– Parfait.

Je ne le vois pas mais je suis prête à parier ma fourrure qu'il fronce les sourcils. Beni a besoin de moi. J'ai besoin d'elle. J'ai besoin de plus de force. Aussi simple que ça.

– Entraîne moi.

.

.

.

Quelque part, bien plus loin. Plusieurs jours auparavant.

T'es au courant qu'il va falloir quand même que tu lèves ton cul un de ces jours ?

La fleeeeeeemme.

Ben ouais, mais comment tu vas faire pour te bastonner si tu restes allongée comme ça ?

Hmmmm, bonne question.

Héhé, t'as vu, des fois j'fronce les sourcils et ma cervelle chauffe et paf, j'ai des idées. Des pas trop cons en plus.

Ooooouh, bien joué champion.

Du coup, ouais… Allongée pour péter des gueules, c'pas le plus productif qui soit, nan ?

Boarf, tu me sous-estimes. J'peux leur rouler dessus. En mode poulpitos, t'sais.

Ça roule, les poulpitos ?

Ben ouais. Comme les crabes. J'ferai le crabe.

T'as déjà la bonne couleur de cheveux.

Tavu. C'était mon destin, devenir un guerrier crabe qui nique des grands-mères. J'vais rouler-guerrier-craber les gens. Chais pas lesquels, mais des gens.

T'as envie de péter des tronches ?

Tsss, quand est-ce que moi, ô digne viking sanguinaire se bastonnant avec des arbres au petit déjeuner, je n'aurais pas envie de pratiquer le noble art du démontage de gueule ?

– … Pas faux.

Eh.

Mais quand même.

Quand même quoi ?

Faudrait quand même que tu te lèves… Non ?

… Pourquoi t'insistes là-dessus ?

Sais pas… Chuis pas futé moi. Mais je crois vraiment qu'il faut que tu te lèves.

Pfff, mais j'suis bien moi là. Au calme, sans aucune douleur ou quoi que ce soit. En fait, je ressens rien du tout. Je suis juste… Là. Y'a mes pensées dont j'ai conscience, que dalle pour mon corps, je sens ni mes bras ni mes jambes ni quoi que ce soit d'autre. À tous les coups, j'ai paumé mon corps quelque part, tête en l'air comme je suis, ça m'étonnerait pas tiens.

Ça va pas être pratique ça, pour taper les gens. Tu pourras même pas faire le crabe qui roule si t'as pas ton corps.

Ou p't'êt que…

Quoi ?

Je sais pas. J'ai pas… Pas vraiment envie que ça change, ça.

Quoi, ça ?

Le fait de rien sentir, de pas ressentir grand-chose. Je ne vois rien, n'entends rien, ne sens rien. P't'êt que j'ai pas envie que ça change. Je ne suis ni triste ni joyeuse ni énervée ni effrayée. J'existe juste, rien de plus. J'ai… pas plus envie que ça d'aller taper qui que ce soit.

Mais il faut que…

Il faut que quoi, hein ?

Je ne sais pas mais…

Pfff, si tu ne sais pas, alors tais toi. Laisse moi… dormir, je crois. Ça doit être ça, je dois être en train de dormir.

Alors que tu ne sens plus rien, que tu n'as aucune émotion ?

Ouais. Je suis bien, comme ça. J'ai pas mal.

Mais t'es pas heureuse non plus, tu…

Qu'est-ce que me veux ? Je… j'aimais bien ta voix, j'aimais bien te parler mais là, je… J'ai juste envie que tout s'arrête. Je suis fatiguée. Laisse moi me reposer. Je… je crois que c'est ce qu'il me faut, me reposer. Probablement. Je ne sais pas.

Tu dis ça parce que tu n'arrives pas à te réveiller…

J'veux pas me réveiller.

Et Tora ?

… Qui c'est ça ?

Tora… Tora, rappelle toi.

Non… ça ne me dit rien. Je ne veux pas me réveiller, je te dis. Je veux pas me rappeler quoi que ce soit. Je veux pas me battre. Pourquoi je me battrais ? J'ai rien à protéger moi…

Tu n'as rien à protéger, cesse donc de lutter. Laisse toi aller à ce sommeil qui t'attire tant…

Tiens, t'as changé de voix…

Ce n'est pas moi !

… hein ?

Allez Benikyogai, laisse toi mourir… s'il-te-plaît…

Benikyogai ? C'est qui ça ?

Arrête de lutter. Tu n'as aucune raison de lutter.

– DÉGAGE SALOPE !

… Euh, c'est quoi les bails là ? Pourquoi y'a une voix de nana qui m'cause d'un coup ?

Un rugissement étrange me vrille brusquement les oreilles, plein d'une rage indubitable. Aïe ! Merde, c'était quoi ça ?

Oublie Benikyogai, oublie tout… Oublie et laisse toi aller, laisse toi aller.

… Cette voix me dit quelque chose.

Beni ! Tora, rappelle toi de ceux que tu aimes ! Rappelle toi de ta mère, de tes mères, de Sûuko, de Kaede, de Tora, de…

NE PRONONCE PAS SON NOM !

Nouveau rugissement qui ressemble à un cri de… Un rugissement de fauve, un grondement de chien, un cri humain, un peu de ces trois-là en même temps ? Un rugissement furieux. Ça se bat, là, quelque part. Taisez-vous, je veux dormir…

Oui, oui, oui, oublie… Meurs enfin…

… Pourquoi est-ce tu pleures, toi ? J'l'entends dans cette voix… Une voix de nana, nan ? Mais un nouveau rugissement me vrille l'esprit.

BENI !

Mais quoi à la fin ?

Rappelle toi, rappelle toi ! Tora, pense à Tora !

À Tora ? Mais c'est qui, Tora… ? C'est… ça me rappelle quelque chose.

Non ! Oublie !

– DÉGAGE, CONNASSE !

Jamais ! Elle doit oublier, elle doit se laisser mourir…

– J'TE LAISSERAI PAS FAIRE, ENCULÉE !

Nouveau rugissement, nouveaux cris. Tu veux… que je meure ?

Oui !

Jamais ! LAISSE LA TRANQUILLE, SALOPE !

– Meurs Benikyogai, meurs ! Tu n'as rien qui vaille la peine de vivre !

… Non, c'est juste que… Je me rappelle pas. Nouveau rugissement. Un rugissement… Tora, Tora, Tora… ça me dit quelque chose…

RAPPELLE TOI DE TORA, BENI !

Ça me dit quelque chose, mais… Pas moyen de mettre le doigt dessus…

Oublie ! Tora n'est rien, n'est personne !

… Toi, ta gueule. Chais pas de quoi ou de qui tu parles mais ça me fout la haine. Aucune idée de pourquoi. Mais j'ai envie de te crever, là.

Non, non, tu dois oublier ! Tu dois te laisser mourir !

Mais pourquoi tu veux que je meure à la fin… ?

Parce que…

Cette voix sanglote, j'en suis sûre.

Tu es trop faible…

Elle a l'air déchirée d'une douleur sans fond.

Trop faible pour tuer les shinigamis… Tu ne pourras pas… pas les tuer… Aaaaaaah, il ne me reste plus rien, alors meurs… Meurs je t'en supplie…

Elle pleure, pleure, pleure, prise d'une détresse immense.

On s'en fout d'elle ! Beni !

Quoi… ?

Écoute moi ! Rappelle toi, rappelle toi de Tora !

Tora… ?

Rappelle toi son sourire !

Des lèvres arrondies, souriant jusqu'à dévoiler des dents acérées. Qu'est-ce que…

Le son de sa voix !

Des rires cristallins, si doux, si précieux, si… Beaux.

Ses yeux gris !

Oh, oui, des yeux couleur brouillard, pâles et délicats et pétillants… Oui, oui, il y a quelque chose, je…

Rappelle toi ! Tora, Tora, Tora !

Tora… ça m'échappe encore mais plus je cherche, plus une force s'empare de moi. Quelque chose de fort. Tora… ?

Non, non, tu dois oublier, je t'en supplie…

Va crever.

Si seulement…

Je… Tora. Tora, Tora, Tora. Une voix, des sourires, un regard franc, des cheveux opalescents, une… Une lumière. Une grande lumière, si forte. Je ne me rappelle pas, je ne me rappelle pas putain, j'arrive pas à me rappeler ! Mais Tora, c'est… Une lumière. Si forte, si brillante, si puissante. Je veux, je veux… Je sais même plus qui je suis mais je veux me rapprocher de cette lumière. M'y baigner. La toucher. Ne jamais la laisser s'éteindre.

Non, non, non…

– Dans ton cul, connasse ! Personne ne va crever aujourd'hui, surtout pas Beni !

Tora, Tora, Tora…

Oui, je veux me rapprocher encore de cette lumière, je veux qu'elle m'entoure tout entière, je veux… Je veux Tora, oui, c'est ça…

Tora, Tora, Tora…

Tora…

Tora.

TORA !

.

.
.

Benikyogai Benitsuki, viking fier et barbare à temps plein, quelque part dans un coin du Seireitei.

.

Un soubresaut violent agite soudainement tout mon corps comateux et mes yeux aussi bruns que la meilleure des tablettes de délicieux chocolat au lait s'ouvrent brusquement en grand. Woooooh, putain ! J'ai l'impression qu'un électrochoc vient de me parcourir du mini-doigt de pied jusqu'au bout de mes tifs ! J'ai aussi la vague sensation d'avoir fait un rêve chelou à base de voix sorties de trou du cul du monde me demandant de crever ou je ne sais quoi mais désolée les poulettes, j'suis loin de ma date d'expiration et j'ai l'intention de continuer à péter les couilles au monde entier encore un bon paquet de décennies !

Pâteuse, avec la sensation qu'un troupeau de mammouths sauvages a décidé de jouer au trampoline sur moi, je cligne des yeux. J'ai pas tous les neurones de branchés et j'suis sûre de biter que dalle à où je me trouve. Pas grave, j'ai l'habitude de faire sans ma cervelle. Aaaaah, j'suis réveillée… Et j'ai une Tora à aller retrouver, bande de nazes. Gare, ça va barder !

.

.

.

.

.


.

ET VOILÀ NEKO, REVOILÀ NOS DEUX BARBARES! Il était temps… mais promis, au prochain chapitre, on retourne à la Comète et Shuuhei!

J'ai eu pas mal de difficultés à écrire ce chapitre sans que je sache vraiment pourquoi mais bon, j'espère tout de même qu'il était sympa à lire. Et que c'était clair tout ça, surtout la dernière partie avec Beni.

Petite précision, la partie avec Tora se passe plusieurs jours après la rencontre entre Shuuhei et la Comète (pis Kensei dans un coin) mais celle avec Beni se passe alors qu'ils sont encore dans la tour des Regrets.

Ah, oui, si Tôsen file du bouillon à Tora depuis qu'il l'a récupérée, c'est surtout parce qu'elle était trop faible pour mâcher toute seule. En fait. Il fait ce qu'il peut, okay.

Et non, vous n'avez toujours pas eu la vraie apparence de l'esprit qui a montré à Tora son apparence de Changeforme lorsqu'elle était dans les vapes, héhé. Ça viendra, ne vous inquiétez pas.

Pour la voix en gras et en italique à la fin, dans le passage avec Beni, c'est donc la Voix, qu'on voit apparaître pour la première fois au chapitre 15, Le diable est dans les détails petite puce. La voix avait alors pour objectif de « protéger » Beni ou plutôt de s'assurer qu'elle n'allait pas finir dans un estomac de hollow. Si vous vous rappelez bien, la dernière chose que la Voix disait à Beni, c'était de tuer les shinigamis.

Et là, la Voix s'est rendu compte que Beni s'est fait botter le cul par les shinigamis et pense que jamais Beni ne sera capable de les battre… la Voix souhaite donc que Beni se laisse aller, qu'elle oublie toutes les choses qui pourraient lui donner envie de rester en vie (donc Tora hein) pour qu'elle sombre pour de bon dans un coma et qu'elle claque.

Et la deuxième voix, celle juste en italique, c'est bieeeen évidemment le gorille tacheté de blanc que vous avez rencontré au chapitre 92, La montagne l'a mangée lorsqu'il apparaissait dans le monde intérieur de Shuuhei et tentait de croquer un bout dans Kazeshini.

.

Voilà voilàààà, ça sera tout pour ce chapitre, le prochain arrive (en théorie) le mercredi 19 février, en attendant portez vous bien et LAISSEZ MOI PLEIN DE REVIEEEEEWS POUR ME MOTIVER ET ME SOUTENIR, je vous aime, des bisous bande de gens!