Salut mes lapins, me revoici avec un nouveau chapitre. Je suis un peu lente, désolée, j'imagine que je n'ai pas vraiment envie que cela finisse… Mais quand faut y aller…

J'espère que ceux qui les célèbrent passent de bonnes fêtes de Noël, et que ceux qui ont la chance d'avoir des vacances en profitent bien. Je vous dit un grand merci pour tous vos petits messages toujours bienveillants qui m'ont beaucoup remonté le moral dans une période un peu compliquée. J'ai beaucoup de chance de vous avoir.

Bonne lecture !


Chapitre 49


- Tu es sûr que tu ne veux pas mettre l'armure ?

Zeke soupira bruyamment.

- Tony, arrête on dirait ma mère. Non merci. L'armure ce n'est pas pour moi : le monde n'a besoin que d'un seul Iron-Man, et il est super, je t'assure. Je me contenterai parfaitement d'être assis sagement dans le public à te soutenir, à côté d'Harry. En plus il faut vraiment que quelqu'un le surveille. Arrêter la drogue, c'était rien, à côté d'arrêter le sérum du gobelin… Je vois bien que ça le rend dépressif et qu'il a l'impression d'être inutile. Ca le rassurera de voir que moi non plus je n'ai pas de super-pouvoirs, et que je le vis très bien. Bon, et maintenant, veux-tu bien arrêter de te ronger les ongles, ça ne va pas du tout avec ton côté beau-gosse.

- Je t'y verrais bien pesta l'ingénieur, vérifiant pour la douzième fois sa coiffure dans le miroir de la loge. Je vais quand même aller discuter avec mon ex de l'avenir du monde. Excuse-moi d'être un peu nerveux.

Ezekiel, affalé dans l'un des fauteuil en velours pelait minutieusement une pomme. Lorsqu'il eut fini de l'éplucher, il la proposa à son ami qui déclina l'offre. Son estomac était beaucoup trop noué pour qu'il envisage de mettre quoique ce soit dedans. Zeke haussa les épaules et mordit dans le fruit.

- En plus, ajouta-t-il, je suis sûr que ce qui te stresses le plus, c'est de revoir Loki, et pas tant la discussion que vous allez devoir avoir devant des centaines de journalistes et des millions de spectateurs.

- Merci pour ton réconfort, grogna Tony en le fusillant du regard. Ça m'aide vachement ce que tu dis !

- Allez, arrête de tripoter tes cheveux. Ta coiffure ne cachera pas tes cernes.

Cette fois, Ezekiel n'échappa pas à une punition méritée : la corbeille de fruit à sa droite fournit à Tony un projectile satisfaisant, et une pomme rouge percuta la tempe de l'aîné dans un bruit mat.

- Aie !

- J'ai pas dormi la nuit dernière, râla Tony, les sourcils froncés.

Ezekiel quitta son siège, ramassa la pomme et vint la reposer dans la corbeille. Il gratifia Tony d'un petit coup de poing dans son épaule métallique. Malgré tout, il avait fier allure, dans son armure reluisante pour l'occasion. Rouge et dorée, comme dans leur esprit lors de la création de la première version, mais nettement améliorée depuis.

Zeke se sentit nostalgique, en repensant à ce qu'ils avaient pu vivre ensemble. Il était aussi triste, de voir Tony dans cet état d'angoisse et de fatigue. Il savait que son ami n'avait pas dormi. La veille au soir, après un conseil d'administration particulièrement éprouvant, Stark Industries avait pris la lourde décision de licencier plus de mille cinq cent employés pour accuser le contrecoup de la dégringolade économique des États-Unis. C'était cela ou mettre la clé sous la porte, et cela reflétait parfaitement la situation actuelle qui ébranlait la moitié du monde.

Après ce type de décision et à la veille d'une conférence aux enjeux aussi cruciaux, difficile de trouver le sommeil…

Nick Fury entra dans la loge à ce moment, vêtu dans un impeccable costume gris. Derrière lui, Peter et Thor attendaient, le premier avait le teint crayeux et le second ne semblait pas réellement conscient de la situation, arborant un grand sourire niais. Lorsque Nick ouvrit la porte, le brouhaha de la salle de conférence pleine à craquer, de l'autre côté du mur, leur parvint. Tony retint sa respiration.

- Prêt ? demanda le directeur du SHIELD.

- Bof.

- Parfait. Allons-y.


Une légère migraine. Un agacement constant, nourri depuis plusieurs mois, logé profondément quelque part en lui. Il y avait trop de monde, trop de lumière, trop d'attentes. Loki aurait voulu partir.

Lorsqu'il monta sur la scène, suivi d'Amora et de Richard, le silence se fit. Un silence de mort. Plus de flashs d'appareil photo, plus de conversations. Un silence et un immobilisme qui n'avaient rien de naturel. Loki se tourna vers Amora et la remercia d'un hochement de tête. Les fils argentés d'une invocation tout juste tissée étaient encore emmêlés entre ses doigts. Tous les regards étaient tournés vers elle : elle venait d'alléger un peu le mal de tête du Jotun et le fardeau qui pesait sur ses épaules.

Le sortilège flotta un moment sur la foule, alors que les trois nouveaux venu s'installaient derrière leurs pupitres et inspiraient profondément. Une grande bouffée d'oxygène avant le plongeon.

Dehors, sur les marches du Conference center, dans les rues, dans la ville toute entière, le monde le regardait. En arrivant, ils avaient vu la foule amassée dans les rues, sous la pluie fine qui arrosait New York. Milliers de points noirs dans l'attente d'un changement. Des banderoles, des cordons de policiers, des camions de pompiers garés çà et là en prévention… La Terre et ses habitants lui étaient apparus comme une botte de foin séchée prête à s'enflammer à la moindre étincelle. Tous attendaient cette discussion, tous espéraient qu'il en sortirait quelque chose de satisfaisant. La foule, tendue, gardait espoir. Et, en face, de l'autre côté de la scène, il y avait Tony qui l'observait.

Loki ne voulait pas être là. Il voulait traverser l'estrade, attraper Tony par le bras et disparaître avec lui. Impossible bien sûr, et pourtant, le regard brûlant que lui renvoya l'ingénieur le tenta plus encore de passer à l'acte.

Loki fit un signe à Amora, et elle relâcha l'incantation.

Le retour du bruit et de l'agitation le submergea comme une vague démesurée et il serra les dents pour résister à l'impact. Des journalistes hurlaient déjà des questions, malgré les tentatives désespérées du président qui tentait d'obtenir le silence. Amora sourit, amusée. Aurait-elle dû garder la foule sous son emprise afin de leur permettre à tous de s'exprimer comme des adultes responsables ?

Après plusieurs minutes à batailler, le président parvint finalement à obtenir un pseudo silence suffisant pour lui permettre d'entamer la discussion. Il salua les journalistes et les curieux, puis Peter et Tony, Thor, Nick Fury, les différents ministres et membres du sénat à sa droite, et, enfin, il se tourna vers leurs invités exceptionnels. Loki ne l'écouta pas réellement débiter une formule de bienvenue du bout des lèvres. Il était trop occupé à fixer Tony, à imaginer ce qu'auraient été leurs vies si, à un moment donné, il avait fait un choix différent.

Dans cette nasse humaine, cette marée poisseuse, il ne voyait que lui. Les sourcils froncés, concentré, prêt à tout pour tenter de remettre le monde sur le droit chemin. Ce stupide monde qui ne le méritait pas.

-… Nous allons donc pouvoir commencer, si vous le permettez.

Loki prit vaguement conscience qu'Amora venait de répondre poliment aux mondanités du président qui s'exprimait au nom du gouvernement. Il se raccrocha à la conversation. Le président se racla la gorge, rassembla ses notes sur son pupitre mais il ne les regarda pas. Plutôt, il se tourna vers Loki et l'interpella. Sourire de façade politique sur un visage inexpressif.

- Avant toute chose, mes concitoyens et moi-même avons besoin d'une réponse primordiale. Ce serait un gage de bonne volonté de votre part de nous révéler l'emplacement ou vous conservez les huit mille tonnes d'or dérobées à Fort Knox. En effet, nous…

Mais Loki ne l'écoutait de nouveau plus. Il vit le regard alarmé de Tony et de Peter, il vit Nick Fury prêt à bondir sur son micro, il vit l'agitation qui traversa la foule amassée à ses pieds. Comme à travers un voile. Pourquoi était-il venu, déjà ? Pour voir Tony. Avait-il eu, un seul instant, l'espoir que cela fonctionne ? Qu'un compromis soit trouvé ?

- Les huit mille tonnes d'or, répéta-t-il, interrompant le président.

Il parlait fort, sa voix laconique amplifiée par magie n'ayant pas besoin de micro. Il croisa les mains dans son dos, fit quelques pas pour s'éloigner du pupitre, avancer sur la scène.

- Les huit mille tonne d'or. Bien sûr. L'argent.

Un fourmillement agitait l'assemblée, une tension presque palpable qui venait de gagner plusieurs crans d'intensité. Peter chuchotait à l'oreille de Nick Fury, alors que Tony faisait les gros yeux à Loki, le suppliant du regard de ne pas aller plus loin.

- Voyez ce qui intéresse réellement vos dirigeants, poursuivit Loki, insensible à cette supplique muette. La population dans les rues qui demande de l'égalité ? Non. Les trois jeunes tués hier à Atlanta par les forces de l'ordre qui se sentaient menacées par leurs pouvoirs ? Non plus. Les accusations de corruption des gouvernements, l'envie de reconstruire quelque chose, une société solide ?

Il eut un petit rire, mais ses yeux ne riaient pas. Cette fois, les hommes et femmes suspendus à ses lèvres ne l'étaient pas à cause de l'un des sorts d'Amora. L'enchanteresse elle-même, les yeux rivés sur son complice, semblait comme un chat prêt à bondir.

- L'argent bien sûr. Oui, où sont les huit-mille tonnes d'or… Car aujourd'hui, ce dont votre Terre a le plus besoin, alors que la société menace de s'effondrer, que l'urgence climatique est sur le point de vous détruire, alors que la guerre civile couve, que l'armée a établi un couvre-feu, que le SHIELD est dévoré par la gangrène qu'est HYDRA, ce dont la Terre a besoin, c'est de retrouver ces huit mille tonnes d'or.

Plusieurs murmures s'élevèrent dans la foule. Loki arpentait la scène, capturant l'attention générale. Comme il s'y attendait, son frère fit un pas en avant et se porta face à lui. Brillant de mille feux dans son armure royale, ses cheveux blonds auréolant son visage comme une couronne.

- Mon frère ! Nous sommes ici pour trouver une solution ensemble. Rien n'est impossible, si nous restons unis. Midgar a beaucoup souffert, et nous pouvons mettre un terme à cette souffrance, ici et maintenant.

Loki leva les yeux au ciel. L'assemblée hochait la tête, quelques applaudissements discrets retentirent.

- Dis-leur où est l'or, et ensuite, nous parlerons des réformes.

Des sourires sur les visages, des encouragements. Loki sentit la nausée l'envahir.

Le monde entier se tournait vers son frère. Son frère, débarqué en une semaine, portant déjà sur son torse l'aigle emblème du SHIELD dont il était devenu une mascotte, paradant, expliquant Asgard, Yggdrasil, son statut de dieu vivant. Une fois de plus. Il attirait le respect, la bienveillance, l'admiration inconditionnelle. Avec des phrases vides de sens, qui ne proposaient rien de concret, avec sa méconnaissance parfaite de cette Terre et de ses habitants. Et tous se laissaient berner par ce faux espoir de changement qu'il brandissait comme un leurre. Tous le préféraient, le pensaient plus capable.

Encore. Finalement, rien n'avait changé, depuis ce jour ou il avait atterri par mégarde sur Terre, dans la chambre de Tony, pour fuir son frère. Rien du tout.

Richard et Amora quittèrent leur pupitres pour se presser auprès de Loki. Ils le connaissaient bien, maintenant. Ils pouvaient deviner ce qui agitait son esprit.

- Loki a raison, intervint Richard en attrapant un micro. L'or ne sera pas rendu tant que des solutions concrètes n'ont pas été proposées ! Le clivage entre les mutants et les humains n'est plus vivable, pour personne ! Chacun se regarde avec méfiance dans la rue, persuadé que l'autre va venir l'égorger dans son sommeil. Nous venons ici avec l'espoir d'entendre des propositions du gouvernement, et tout ce qui les intéresse, c'est l'or ?

A ce moment précis, Tony regretta que la conférence soit diffusée sur des écrans géants à travers la cité. Un coup d'œil dehors suffit pour lui apprendre que les manifestants réunis hurlaient, s'agitaient, gonflaient comme un ballon prêt à éclater.

- Nous perdons notre temps ici !

Richard dut crier pour couvrir la rumeur provenant du public. Les journalistes avaient eux aussi remarqué que la situation semblait sur le point de dégénérer au dehors.

Quel élément déclencha réellement le premier domino ? Le discours du président, celui de Richard, le regard furieux et menaçant de Loki, la peur de voir les manifestants envahir les lieux, l'impatience d'un chargé de sécurité à cran ? Aucun, ou tous à la fois ?

Impossible à savoir.

Un ordre fut donné. Une colonnes de vigiles et d'agents du SHIELD en armure s'ébranla depuis le fond de la salle, encadrant le public. D'autres, retranchés dans les coulisses, envahirent l'estrade pour venir former un mur humain devant les membres du gouvernement. Un escadron vint escorter Tony et Peter hors de la scène, les remorquant malgré eux, dans la confusion générale. L'ingénieur, horrifié, eut à peine le temps de voir qu'une douzaine d'agents fonçaient sur Loki, Amora et Richard. Il se débattit, mais Peter lui dit précipitamment :

- Mec, il faut qu'on aille mettre Harry et Zeke à l'abri, ils sont vulnérables !

Se déboitant le cou pour regarder ce qu'il advenait de ses ennemis, Iron-man put voir qu'Amora se portait à la rencontre de l'escadron.

- N'y comptez même pas ! cria-t-elle, tendant les mains face à elle.

Une vague d'énergie bleutée faucha les assaillants qui tombèrent au sol dans un mélimélo de bras et de jambes. Loki paraissait absent, le regard dans le vide, ne prenant pas part à la mêlée générale. Les journalistes s'étaient levés et tentaient de fuir, alors que, assistant aux évènements grâce aux écrans géants, les New Yorkais s'échauffaient au dehors. La première fenêtre du Conference Center se brisa, suivit de plusieurs autres. Le torrent humain hurlant envahit les lieux, accompagné de fumigènes et des premiers coups de feu.

Amora attrapa Loki par le bras, le secoua pour lui faire reprendre ses esprits.

- Loki ! Loki, ne restons pas ici !

- On ne peut pas abandonner le peuple, s'époumona Richard. C'est la révolution, l'armée va écraser les manifestants, rejoignons-les, allons-nous battre à leurs… Attention !

Un immense éclair venait de s'abattre face à eux, résonnant dans toute la salle, arrachant une trainée de hurlements terrorisés sur son passage. Le claquement des disjoncteurs résonna alors que l'électricité et la lumière disparaissaient du bâtiment, achevant de plonger les lieux dans le chaos. Thor, armé de son marteau, courrait vers eux. Amora grogna et envoya toute la puissance de sa magie vers l'héritier d'Asgard, qui fut soufflé par la violence du choc, mais se redressa rapidement, un rictus sur les lèvres.

- Loki ! Loki, partons, hurla Amora tout en le secouant, consciente que la force de Thor dépassait la sienne et qu'elle ne parviendrait pas à le tenir en respect plus longtemps.

Mjolnir vola dans leur direction : une barrière de glace l'arrêta et explosa en un millier de fragments cristallins lorsque l'arme forgée au cœur d'une étoile le percuta. Alors que la folie semblait s'emparer de la ville toute entière, Thor fonça vers eux. Richard attrapa Loki par l'épaule, Amora ferma les yeux en attente du choc, mais il vint pas.

Les trois rebelles venaient de se téléporter pour fuir l'attaque, laissant derrière eux un sillage de poudre et d'étincelles rougeoyantes qui embrasèrent le pays tout entier.


Et voilà pour ce chapitre mes lapins. En attendant le prochain, je vous invite à venir sur mon compte ficitonpress. J'ai commencé une nouvelle fiction sur l'univers d'Oracle la corrosive. Si vous ne connaissez pas du tout, c'est un bon moyen de découvrir la ville et les héros des Cygnes de fer (Roman d'urban fantasy MM, publié chez MxM bookmark), et si vous connaissez déjà, ça vous fera de petits chapitres bonus en attendant la sortie du tome 2 prévue pour février !

Des bisous et à bientôt pour la conclusion de cette histoire… !

Charlie