Scorpius aurait pu occuper une place de choix dans l'assistance mais il n'avait aucune envie de se montrer. Depuis Poudlard il n'avait plus envie que d'une chose : régler ce qui devait l'être ici et repartir. Il s'y voyait déjà, voguant d'hôpital en hôpital pour y soigner toute sorte de patients et de malades. Plus rien ne le retenait ici.
On avait oser le féliciter pour le meurtre d'Albus. Il en avait été malade. C'était un accident, rien de plus. Son sort n'aurait pas dû avoir cet effet-là mais la précipitation l'avait décuplé et Albus n'avait pas été attentif. C'était pourtant le genre de sort qu'il aurait dévié dans son sommeil. Pas ce jour-là, pas à ce moment précis.
Au moins McGonagall lui éviterait cette horreur dans son discours, elle avait du tact. Contrairement à certains. Albus était devenu fou, certes mais c'était par un concours de circonstance et non pas parce qu'il était mauvais. Combien de personnes ici pourraient le comprendre ?
L'allocution devait d'abord avoir lieu dans la Grande Salle mais le nombre de personnes qui s'était présenté excédait largement la capacité de cette dernière alors ils s'étaient installés dans la cour. McGonagall était surélevée. Derrière elle, tous les professeurs se tenaient droit comme des i, le professeur Longdubat juste derrière l'estrade.
Ariana aurait dû s'y trouver aussi mais elle avait tenu à être à ses côtés. Scorpius n'avait pas pu dire non. Elle était l'une des rares à sourire encore en le voyant car elle savait que sa tête d'enterrement n'irait pas mieux si elle faisait la même.
- Écoutes bien ce qui va suivre, Scorpius.
- McGonagall t'a prévenu du contenu de son discours ?
- Non mais je pense la connaître assez pour avoir deviné.
Ariana avait pour habitude de s'émerveiller et tout et de rien mais elle se limitait généralement aux domaines de la nature, des animaux et de la magie. Pour qu'elle s'intéresse à un évènement politique c'est qu'il devait valoir son pesant d'or.
Quand vint l'heure du discours, c'est le directeur adjoint qui appela au silence. Ariana le seconda discrètement pour faire taire les derniers du fond. McGonagall scruta l'assemblée, elle s'attarda un instant sur Ariana et lui-même mais passa rapidement sur d'autres visages. Elle commença à parler en direction du ministre de la magie intérimaire. On attendait encore de juger les liens entre Hermione Weasley et Albus pour la réhabiliter, ou non.
- Bonjour à toutes et à tous. J'ai conscience que vous attendez certaines choses de ce discours, je ne pense pas être en mesure de vous les fournir. Il y a une raison très précise qui m'a poussé à organiser cette allocution. Sans perdre de temps donc, j'annonce ma démission au poste de directrice de l'école de Poudlard. Neville Longdubat pourra très prochainement entrer en fonction.
- Neville n'était au courant de rien, lui murmura Ariana.
Ça, Scorpius ne l'aurait jamais deviné. À cette annonce, tous avaient frémis au moins, certains ne se gênaient pas pour s'exclamer et faire des remarques haut et fort. Neville, lui, s'était contenté de rester de marbre, il avait même eu un acquiescement de tête tout à fait naturel et convenu.
- Pour certains cela semble soudain, qu'importe. Par deux fois j'ai vu notre école assiégée, par deux fois j'ai assisté à une bataille au sein-même des murs. J'ai vu les élèves d'aujourd'hui prendre les armes contre ceux d'hier. Tout cela est indépendant de ma personne ou presque me diriez-vous. Tout sauf deux éléments. Premièrement ce n'est pas moi qui ait le mieux protégé l'école et ses élèves. Ariana ou encore Scorpius Malefoy l'ont fait avec plus d'ardeur et d'efficacité. Deuxième point, et des plus importants, je suis responsable de la plus grande partie des dégâts. Humains comme matériels. La Colombe n'a pas attaqué en premier et si cela n'avait pas été fait personne ne serait mort. C'est le professeur Oliver Gramson qui a débuté les hostilités. Il a été la seule victime d'Albus Severus Potter. Je ne m'abaisserais pas à faire porter à un mort le blâme. La faute m'en revient exclusivement. Il y a quelques années déjà, le professeur Neville Longdubat m'avait fait part des réserves qu'il nourrissait à l'encontre d'Oliver. J'ai rétorqué alors que je faisais confiance à ce dernier. J'ai eu tort. Neville est le nouveau directeur, et c'est bien mieux comme cela.
L'assemblée était muette. Les gens se regardaient les uns les autres comme pour savoir quoi faire. Ariana se mit à applaudir. Elle fut d'abord suivi par une poignée de convaincu, puis les autres par habitude de suivre ou simplement pour trouver une activité dans leur malaise.
Minerva remercia discrètement Ariana. Une rumeur commençait à s'élever par dessus les applaudissements. Chacun chuchotait à son voisin. Les messes basses allaient de bon train. On ne se gênait pas pour montrer McGonagall du doigt. Le discours de la directrice, ou de l'ancienne directrice, après avoir laissé les auditeurs sans voix, déliait les langues.
- Je tenais à ajouter une dernière chose avant de laisser la parole à Neville. Je suis sincèrement désolée pour le mort d'Oliver, certes, mais je le suis tout autant de la disparition de Sviet et d'Albus. Ils ne méritaient pas ce qui leur est arrivé. J'espère simplement que les livres d'histoire ne leur tailleront pas de mauvais portrait. Ils étaient de braves jeunes gens.
Avec les années, Scorpius s'était habitué à se trouver le centre de l'attention. Normalement il n'en faisait pas grand cas mais ce soir chacun des regards posés sur lui pesait sur ses épaules. Il se sentait observé et mal à l'aise. C'est pourtant lui-même qui avait demandé ce rassemblement. Il avait besoin de parler. La Colombe s'était réunie en nombre bien supérieur à ce à quoi il s'était attendu. Ce qu'il avait à dire n'était pas facile, d'où son malaise.
- Combien de personnes seraient prêtes à tout pour protéger la liberté ?, demanda-t-il.
Sans surprise, une fois que l'auditoire comprit qu'il attendait une réponse, tous levèrent la main, fièrement.
- Combien d'entre vous avez considéré Albus comme un modèle en la matière ?
Cette fois-ci les gens hésitèrent. Scorpius savait que ce n'était pas tant la question qui les troublait mais plutôt le fait que ce soit lui qui la pose après tout ce qui s'était passé. Finalement une fois de plus, il suffit que les premiers mettent le bras en l'air pour que beaucoup d'autres suivent.
- Moi aussi. Il était un modèle de liberté pour nous tous et pourtant … pourtant ! Il n'a jamais été aussi contraint qu'après avoir rejoint la Colombe. En fait, je pense qu'il a perdu sa liberté peu de temps après notre première visite. Et c'est votre faute ! À tous ! Il n'a été vraiment libre que quand nous étions juste tous les deux, autour du monde. Après ça, c'était fini ! Albus a tout donné pour vous. Vous avez placé tellement de choses sur ses épaules. La liberté, qui lui était tout, il l'a perdu en vous protégeant. Il a fait des choses au nom de votre liberté qu'il n'aurait jamais fait s'il avait exercé la sienne. Tant de choses qu'il n'aurait pas voulu. Avec vos espoirs, vous l'avez enchaîné !
Scorpius avait le sang qui lui battait aux oreilles. Il ne ressentait plus rien de son malaise. Face à lui, plusieurs centaines de personnes restaient coites. Nombreux étaient ceux qui fixaient honteusement leurs pieds. D'autres arboraient des faces empruntes de désolation. Scorpius n'en avait cure.
- Avoir une communauté c'est essentiel mais vous ne serez jamais libres si vous ne savez pas être indépendants. Trouvez-vous un binôme ou une petite bande et partez en voyage, vous verrez. Apprenez à ne plus dépendre des autres car chaque personne dont vous avez besoin de quelque manière que ce soit, est une personne que vous enchaînez. Sachez que je ferais toujours partie de la Colombe mais je m'en vais. Je ne peux plus rester avec vous. Pas après …
Mais malgré sa volonté, toute sa rage l'avait fui. Scorpius ne pouvait pas être en colère contre eux. C'était impossible. Il leur portait tant d'affection et tant d'amour. C'est d'ailleurs pour ça qu'il s'était décidé à leur donner une leçon si sévère. Puis comme il l'avait dit, il partit.
Sa route était toute tracée après une escale à Poudlard, il repartirait sur les pas d'Albus et lui-même. Il n'eut même pas à attendre au portail puisque Ariana lui ouvrit tout de suite. Il se rendit d'un pas décidé vers l'arrière du château. Au milieu de la clairière s'élevait 2 légers monticules de terre. Comme à chaque fois, Gopi se tenait accroupi devant le plus petit. Aujourd'hui Princesse était là aussi.
Les sépultures n'étaient marquées au sol que par la terre fraîchement retournée. Albus avait été enterré avec son père et Sviet était juste à côté d'eux. Le corps de Gramson avait quant à lui été renvoyé à sa famille. Depuis qu'on avait inhumé sa meilleure amie, Gopi refusait de bouger. Princesse avait beau le forcer à boire et à manger, il maigrissait énormément. Sa peau prenait même une teinte blanche écailleuse des plus étranges.
- Scorpius comment vas-tu ?
- J'ai fait mes adieux à la Colombe. Je resterais toujours disponible si vous avez besoin d'un médecin bien-sûr mais …
- Je sais. Ne t'inquiètes pas.
Pourtant sa voix paraissait éteinte. Elle avait l'air fatigué. Que pouvait-il y faire ? Il avait essayé de parler à Gopi, de le convaincre de bouger mais, alors qu'au début il répondait encore aux questions essentielles, il s'était peu à peu terré dans un mutisme complet. La plupart du temps, en plus de cela, il gardait les yeux fermés.
- Je n'arrive même plus à savoir s'il m'entend ou s'il m'écoute.
- Je suis sûr que Gopi a toujours une oreille attentive pour toi.
Scorpius aurait aimé être aussi assuré que son ton le laissait entendre face au désespoir de Princesse cependant rien n'était moins sûr. Chaque jour qui passait, Gopi ressemblait un peu plus à une statue de bois qu'à un être de chair. Princesse le voyait aussi. Y avait-il des mots pour apaiser son chagrin ?
Dans l'après-midi Ariana passa les voir. Elle guidait Ginny Weasley qui était restée aveugle de sa rencontre avec Albus. Elle s'était assise à demi sur la terre encore meuble et avait beaucoup pleuré, sans émettre le moindre son pourtant. Puis elles étaient reparties. Rufus et Nostro passèrent eux-aussi mais en coup de vent. Neville n'eut pas le loisir de s'attarder non plus. Autour d'eux, la vie reprenait ses droits.
Pendant tout ce temps, eux, n'avaient pas bougé, et Gopi encore moins que les autres. Le moment arriva ensuite où Scorpius lui-même dut s'en aller. Après tout il n'était venu que pour dire au revoir à ses amis. Gopi étant immuable et Princesse ayant l'âme en peine il n'avait grande raison de prolonger son séjour.
Scorpius était un sentimental, certes, mais la vie lui avait appris très tôt que parler à une tombe n'apportait aucun réconfort. Il n'avait essayé de parler qu'une seule fois avec sa mère. Il s'en était simplement senti encore plus mal. Il n'allait donc pas retenter l'expérience avec ses amis. Cependant avant de partir, il fit un signe de la main. Il pouvait être pour Princesse mais elle ne le regardait pas, Gopi non plus, seules étaient tournées vers lui les tombes.
- À la prochaine.
On arrive bientôt à la fin de cette histoire. Les deux prochains, et derniers, chapitres seront des épilogues. Comment toujours si vous avez des questions ou remarques, jetez-vous sur la case review ou envoyez-moi un MP. En attendant la semaine prochaine, prenez soin de vous !
