CHAPITRE 2

" Le dernier méfait du Maître "

Après cette agréable journée passée chez Esther Moran qui s'était terminée par le petit " scandale " provoqué par Sherlock, William Holmes avait proposé à Mrs Hudson de la ramener à Baker Street.

Sur le trajet, William ne pouvait s'empêcher de rire. Bien sûr, il n'y avait rien en lui qui le poussait à prendre plaisir du malheur d'autrui ou, tout au moins, de sa déception, mais cela l'amusait toujours lorsque quelqu'un était victime de l' " effet Sherlock ".

" On ne s'installe pas avec son petit ami en restant chez maman ! "

La phrase était pleine de bon sens et la proposition des plus sensées : inviter Chiarra, la fille de Rebecca (et donc la sœur de Sherlock ou, du moins, sa demi-soeur) et Lucas, le petit ami de la jeune fille à venir s'installer à Baker Street… malgré les projets de Rebecca.

- Vous allez réellement accepter ? demanda-t-il à Mrs Hudson. Je sais que tout ce que peut dire ou faire Sherlock à pour vous valeur d'or, mais vous allez réellement accepter ? Malgré Rebecca ?

- Mais certainement, répondit cette dernière. Ce garçon a parfaitement raison et je penses que Rebecca finira par être de cet avis. Bien que je penses qu'elle l'est déjà. Que pourrait-il arriver à ces deux enfants. Ils seront à Baker Street, après tout. Et je serais là pour veiller sur eux.

- Ma fois, reconnu William qui connaissait depuis longtemps les grandes qualités de cette chère Mrs Hudson pour être également de cet avis.

Ils arrivèrent devant le 221b.

Tandis que William sortait du coffre de la voiture les achats qu'il avait fait plus tôt dans l'après-midi pour Idriss, le chaton Siamois qu'Esther avait offert a Sherlock, Margaret Hudson regarda autour d'elle tout en allant ouvrir la porte d'entrée.

La rue était de nouveau tranquille après l'agitation qui y avait régner dans la journée, envahie par des hordes de journalistes après l'annonce officielle de l'innocence de Sherlock. Journalistes qui avaient été vite mis en fuite par les hommes de MI-6.

Mais ces hommes qui protégeaient la maison depuis quelques jours à la demande de miss Anthea étaient-ils toujours là ? Margaret Hudson regarda autour d'elle mais les " men in black ", ainsi que les surnommaient la petite Mary Morstan, savaient se rendre invisibles.

Aussi ne s'attendit-elle à voir surgir l'un d'eux devant elle. L'homme, qui un peu plus tôt était dissimulé dans l'ombre du porche du 221c, la salua ainsi que William qui fut tout aussi surpris qu'elle.

- Tout est tranquille, dit-il. La jeune personne que vous savez semble avoir menacer ces " pisse-copie * " d'une perte d'emploi définitive. Que serions-nous sans miss Anthea et son inestimable BlackBerry. Quant à nous, nous surveillons la maison encore quelques jours, jusqu'à confirmation que le malfaisant est définitivement hors d'état de nuire.

Puis l'homme s'éloigna tranquillement et disparu dans le lointain de la nuit.

William et Margaret regardèrent autour d'eux mais ne virent rien. Les hommes du MI-6 avaient vraiment la plus grande des qualités : ils savaient se rendre invisibles. Ce qui était préférable pour des agents des services secrets britanniques.

- Malfaisant ! ricana William en suivant Mrs Hudson. Ce n'est pas ainsi que je qualifierait Sieger, mais je m'en abstiendrais en présence d'une dame.

Et sur ces mots, il monta les petites affaires du chaton dans l'appartement du premier étage.

- Il n'y a encore personne là-haut, dit-il en redescendant. Les garçons ne sont pas encore arrivés.

- Oui, lui répondit Margaret en regardant l'écran d'un élégant smartphone de luxe (offert par Mycroft au dernier Noël). Ils ont pris leur soirée. Je viens de recevoir un texto de John. Ils dînent dans un restaurant japonais avec Molly, cette charmante petite Mary et son ami kenyan.

- Excellente idée, approuva William. Et bien, ma chère Maggie, je vais vous souhaiter une bonne nuit. Je reviendrais demain matin, j'ai fixé rendez-vous ici à nos trois amis.

- C'est très généreux à vous d'aider ainsi ces malheureux, lui Margaret en le raccompagnant.

- Bah ! répondit celui-ci en agitant la main d'un geste indiiférent.

Mais Margaret Hudson savait qu'il n'en était rien. William Holmes était un homme foncièrement généreux. Une générosité qu'il n'avait pas hésité à montrer lorsque trois des protégés de Miranda étaient venus prendre des nouvelles de Sherlock le matin même en leur proposant un emploi. Certes, se ne serait rien de bien gratifiant : des emplois de femme de chambre et de jardiniers sur le domaine Vernet. Mais pour ces malheureux qui avaient si longtemps connu la terrible vie des sans-abris, elle en était certaine, ce devait être un avant-goût du paradis.


Tandis qu'il s'éloignait, William pensait à tout autre chose.

Il repensait à sa rencontre, un peu plus tôt, avec le notaire qui leur avait fait cette magnifique maison. Et il ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi Sieger en avait fait l'acquisition sans même l'avoir visiter. Pourquoi ? Quelles étaient ses intentions ?

Il n'avait pas voulu le montrer, mais cela le préoccupait. Car il n'avait pas été sans remarquer que cette maison se trouvait non loin de Pall Mall. Et donc de la résidence Winston Churchill, là où vivait son fils. Sieger le savait-il ? Avait-il appris l'existence de la petite Marina, cette enfant si chère au cœur de Mycroft.

Oui, cela le préoccupait. Et c'était pour cela que le lendemain il irait à cette réunion à Scotland Yard. Non seulement il voulait entendre la fin de l'histoire, mais avec les documents qu'il détenait la défaite de Sieger serait totale. Et il ne voulait surtout pas manquer cela. Mais pas seulement. Il voulait surtout avoir une bonne explication avec ce triste individu.

Mais ce n'était pas uniquement cela.

Ce que le notaire lui avait discrètement remis, il s'en était bien gardé d'en parler. Car il ne savait pas lui-même quoi en penser. Mais, surtout, comment allait réagir Elisabeth qui était plus que concernée. Car ce qu'il avait appris était une atteinte à qui était le plus précieux au cœur de son épouse.

Il allait très vite le savoir.

La voiture avait rapidement parcouru les rues de Londres à cette heure tardive maintenant tranquilles et était arrivée devant une haute tour résidentielle de la City, non loin de la Tamise.

Elle s'engagea dans le parking souterrain et descendit jusqu'au deuxième niveau pour finalement s'arrêter près d'une jolie Volkswagen blanche décapotable. Cela amusait toujours William de songer que la styliste réputée qu'était son épouse avait fait le choix d'un véhicule personnel aussi modeste : une coccinelle. Malgré tout, la jolie petite voiture n'avait pas si mauvais air près de son Austin Healey.

Mais à cet instant précis, il ne songeait pas vraiment à cela. En tant que co-propriétaire, on lui avait accorder suffisamment de place pour pouvoir garer une troisième voiture. Et justement, un troisième véhicule se trouvait près de celui d'Elisabeth.

Y avait-il eu une erreur ou un voisin avait-il pris des libertés ? Mais ce n'était pas cela car cette voiture, il la reconnu tout de suite. Et pour cause puisqu'il l'avait vu la veille devant le 221b Baker Street. Il ne comprenait pas.

Que fait là cette magnifique Rolls Royce couleur grenat ? Que faisait là la Rolls Royce de Sieger ?

Il comprenait de moins en moins.

Aussi se dirigea-t-il rapidement jusqu'à l'ascenseur et tandis qu'il montait jusqu'au dix-huitième étage, il ne cessait de se poser des questions.


C'est là, au dernier étage de la hauteur, dans un grand appartement en duplex ouvrant sur une spacieuse terrasse avec une magnifique vue sur la Tamise que William et Elisabeth Holmes s'étaient installés quelques années plus tôt. Un appartement parfaitement situé puisqu'il était le seul à occuper ce dernier étage qui en faisait un lieu calme, tranquille.

Bien qu'il leur était très facile de se rendre au château familial, le domaine Vernet se trouvant non loin de Londres **, le couple occupait cet appartement la semaine durant en raison du travail d'Elisabeth. Même si William, responsable de la gestion financière à la fois de la maison de couture de son épouse et du domaine familial, faisait régulièrement des aller et retour entre les deux lieux.


L'ascenseur arriva enfin au dix-huitième étage.

William traversa le petit palier qui le séparait de l'appartement et introduit sa clé dans la serrure de la porte d'entrée. Quelques instants plus tard, il se trouvait dans un grand espace ouvert. Ainsi le couple l'avait-il voulu : un espace laissé libre sans qu'aucune cloison ne coupe la vue, un espace dégagé, éclairé par de hautes fenêtres ouvrant sur la terrasse circulaire. Un bel espace de vie meublé avec élégance où l'on retrouvait, judicieusement aménagés, un espace bureau-bibliothèque, un autre réservé au salon et en autre encore, réservé aux repas, avec sa belle cuisine ouverte.

Et c'est là, justement, qu'il trouva Elisabeth occupée à préparer le dîner.

Elisabeth qui l'accueillie par un sourire et avant qu'il ne dise quoique ce soit.

- Oui, je sais, dit-elle. La voiture.

- C'est bien la Rolls-Royce de Sieger ? s'étonna William. N'a-t-elle donc pas été saisie hier par la police après son arrestation ?

- C'est ce que je pensais également, et j'ai tout de suite appeler l'inspecteur Gregson. Il m'a simplement répondu : " Quelle voiture ? " Apparemment, Sieger a simplement été arrêté hier soir alors qu'il essayait de s'introduire dans le 221b Baker Street sans que l'on sache comment il y est venu. Et le rapport qui a été établi ne fait aucune allusion ni à l'intervention de miss Donovan ni à celle d'un agent du MI-6 et donc à l'existence d'une quelconque Rolls-Royce couleur grenat. Et puisqu'elle a de toute évidence acquise avec l'argent que Sieger nous a escroqué...

- … elle nous appartient désormais.

William eu un petit rire amusé.

- Mais pourquoi se trouve-t-elle maintenant dans notre parking ? demanda-t-il. Le sais-tu ?

- Bien sûr. L'homme qui m'attendait tout à l'heure devant notre résidence me l'a expliquer. Elle a tout simplement été exfiltrée sur les ordres d'une certaine demoiselle qui a considérée que cette voiture devait nous revenir.

- Ah, miss Anthea ! Mais… Sieger ne risque-t-il de rien dire ?

- Oh, tu sais, au point où il en est, il n'a plus vraiment intérêt à dire quoique ce soit. Et Scotland Yard ne dira rien non plus, l'inspecteur Gregson me l'a confirmer en me disant bien qu'il ignore tout d'une quelconque Rolls Royce. Ce Tobias Gregson est vraiment un brave homme. Il faudra songer à faire livrer des fleurs à son épouse. Donc… nous voilà en possession de cette pure merveille. Et en toute légalité puisque le transfert de propriété a déjà été effectué. Tu trouveras les documents, là-bas, sur la table de salon. C'est pour cela que la voiture nous été livrée que ce soir.

William alla jusqu'à la table basse où se trouvait une pile de courrier qui n'avait pas encore été consulté et, effectivement, il découvrit une carte grise portant...

- Mon nom ? s'exclama-t-il. Pourquoi moi ?

- Pourquoi pas ? Peut-être notre nièce a-t-elle jugée que c'était-là un digne cadeau pour tout ce que tu as fait pour nous ces dernières années, et je suis bien de cet avis.

Et en disant cela, le visage de son épouse exprimait tant d'amour et de reconnaissance que William ne savait plus comment il allait s'y prendre pour lui révéler ce qu'il avait appris.

Le dîner était maintenant près.

Elisabeth apporta deux assiettes contenant une salade de gambas, d'avocat et de mandarine. L'un et l'autre se mirent à table, mais William se semblait pas avoir d'appétit. Et au regard inquiet de son épouse :

- Ecoute, dit-il. J'ai certaines choses à te dire. Je ne sais pas exactement quelles étaient ces intentions...

- Sieger ? murmura Elisabeth, presque sans voix.

- Oui, encore Sieger. Toutes ces dernières années où nous n'avions plus entendu parler de lui, il n'avait cesser de nous surveiller. S'il est évident qu'il s'intéressait particulièrement à Sherlock, il ne t'avait pas malheureusement oublié.

- Que… que veux-tu dire ?

- Je n'en suis pas certain. J'y pense depuis que j'ai rencontrer ce notaire lors de la visite de la maison que tu sais. Sieger… pourquoi Sieger t'a-t-il laissé monter ta magnifique entreprise, et avec le succès que l'on sait ? Il pouvait à tout moment ruiner anonymement ta réputation. Mais je pense qu'il préparait depuis longtemps sa revanche.

Et d'une main tremblante, il lui tendit l'épaisse enveloppe qu'il avait amenée avec lui.

Elisabeth, après un geste d'hésitation, ouvrit cette enveloppe pour y découvrir une liasse de papier.

- Oh… mais ! s'exclama-t-elle en lisant les documents. C'est pas vrai ! Il a osé, il a vraiment osé ?

- Hélas, oui ! Et on ne peut pas douter de ses intentions.

Car ces documents n'étaient rien d'autre que la dernière acquisition de Sieger. Une acquisition qui avait été faite à Savile Row… à seulement quelques mètres de la " maison Vernet ".

Et Elisabeth, revenue de sa surprise était maintenant furieuse, comme elle ne l'avait jamais été.

- Quelle espèce de…, s'exclama-t-elle. Il n'avait pas le droit. Savile Row est mon royaume, il faut qu'il le sache. Il faut qu'il s'explique.

Elle s'était levée, allait et venait.

- Et bien, dit-elle en serrant les dents, puisque que j'ai acceptée de venir demain à Scotland Yard, j'irais. Non seulement pour entendre la fin de l'histoire mais, crois-moi, cette fois il va vraiment s'expliquer. Je veux savoir, et je saurais.

William écarquillait les yeux, stupéfait. Il ne reconnaissait plus sa douce Elisabeth.

- Nous pouvons très bien ne pas conserver cette propriété, dit-il prudemment.

- Et pourquoi ? dit rapidement Elisabeth en revenant s'asseoir près de lui. Puisqu'elle nous est donnée et bien, gardons-là. Je connais ce bâtiment. Juste à côté de la maison du couture et du magasin, c'est presque un cadeau. La " maison Vernet " va grandir et même si je m'y refuse d'y penser, ce sera grâce à Sieger.

- Grâce à Sieger ? Pourquoi pas, après tout.

Mais ce que l'un et l'autre refusaient de s'avouer : c'est que le dernier méfait du " Maître " était presque une bonne action.


* Traduit de l'argot : journaliste.

** J'ai parler à plusieurs reprise du château de la famille Vernet depuis le début de cette histoire en indiquant être non loin de Londres sans vraiment le situer. En y réfléchissant, ma préférence a été vers Windsor. Même si elle est plus connue pour la présence du château royal, c'est effectivement une jolie petite ville située à seulement une quarantaine de minutes en voiture de la City de Londres.