Prompt : 46) "Tu peux commencer."
Atelier sur le discord plume arc-en-ciel :
Première phrase : Ma vie a commencé par un combat.
Dernière phrase : Aïe.
Combat.
Ma vie a commencé par un combat. C'est ce que mon père racontait. Comme si ce n'était pas suffisant d'avoir donné des coups de pied dans le ventre de ma mère, j'ai en plus donné un minuscule coup de poing à la sage-femme qui m'a accouché. Et après, je n'ai presque jamais cessé de me battre. Parce que la vie est une chienne, j'ai perdu mon père étant enfant, j'ai perdu ma mère alcoolique étant ado. J'ai fini en foyer avec des gens plus tarés que moi (ou bien moins, je ne peux pas vraiment dire). Et j'étais le roi de la bagarre gratuite, frapper les gens, me faire frapper, souffrir et donner la souffrance, c'était la seule chose qui me donnait l'impression d'être en vie.
Et puis, il y a eu ce grand type bien gringalet qui vint assister à nos soirées bagarre qu'on organisait avec des potes. Un peu comme pour le fight club mais en différent. Comment Jasper avait atterri là ? Je me le suis demandé dès que je l'ai vu et mes interrogations ont grandi en le voyant se faire battre à plate couture, mais se relever à chaque fois pour prendre un nouveau gnon. On aurait dit qu'il cherchait à se punir de quelque chose, et ça m'a touché d'une certaine manière, parce que moi c'était pareil. J'avais envie de me battre contre lui, j'avais envie de lui mettre une bonne droite, ou en recevoir une. Je me plaçai comme son adversaire quand il revint un autre soir. Jasper frappait, mais il ne frappait pas fort, comme s'il avait peur de faire mal. Je le mis par terre en peu de temps, tant sa défense était minable. Il se releva, cracha du sang et me sourit avec provocation, comme s'il n'avait pas perdu, comme s'il n'était pas couvert de bleus. Je m'arrêtai là, pourtant, le but de ces soirées n'était pas de tuer. Mais les fois d'après, je fis en sorte de me retrouver face à lui et de lui donner des techniques pour me battre. Frappe plus fort. Donne-toi à fond. Une bonne droite dans la tronche. Fais ce que je te dis.
- Tu peux commencer Murphy, me disait-il à chaque fois avant nos joutes.
Et je commençais.
Les bagarres ne laissaient pas de place aux sentiments, pour moi c'était un moyen d'évacuer toute la colère et l'amertume que j'avais emmagasinées pendant des années, c'était un moyen également de me faire du mal sans me tailler tout seul les veines. J'ignore si c'était plus malsain ou non, mais c'était ma façon de fonctionner. Les bagarres ne laissaient donc aucune place aux sentiments, normalement. Alors pourquoi à force de frapper Jasper, soir après soir, de l'aider à se battre, pourquoi j'avais senti mon cœur se gonfler ? J'avais envie de le voir, quand il ne venait pas, tout mon être se sentait mal. Ce n'était pas que j'éprouvais du plaisir à le frapper, bien au contraire, j'avais de plus en plus envie de le caresser. De passer délicatement mes mains sur ses joues, dans ses cheveux, de toucher son corps. C'était débile, mais je n'y pouvais rien.
Un soir alors, je ne le frappai pas, je l'embrassai. Devant tout le monde. C'était un coup, un coup d'amour. Jasper ne se recula même pas. J'en appris un peu plus sur lui ensuite. Apparemment sa petite amie était morte, il cherchait juste à se punir alors qu'il n'y était pour rien. Il avait besoin de se faire du mal et je n'avais plus envie de lui faire du mal.
Ma vie a commencé par un combat.
Mon amour aussi.
Et puisque Jasper l'avait compris, il ne me colla qu'une seule droite, une vraie avec toute sa force, peut-être histoire de rétablir une sorte d'équilibre entre nous. Ce fut avant de me rouler une pelle à son tour.
Faisant exploser mon cœur.
Aïe.
Fin.
L'autatrice : une petite fic Jasphy pour la nouvelle année.
