En prenant le chemin qui menait au château, Scorpius ne pouvait s'empêcher de penser à ce matin-là. À l'époque il avait encore Albus à ses côtés. Gopi, Sviet et Princesse n'étaient qu'à quelques pas derrière eux. Un jour nouveau s'était levé alors sans que personne n'eut pu prédire ce qui allait suivre. Scorpius se tourmentait souvent en imaginant ce qui serait arrivé si, au lieu de simplement écouter les regrets de son ami, il les avait mis en application et fuit.
« Nous n'aurions jamais dû revenir »
Peut-être alors Scorpius n'avait pas compris tout ce que son ami sous-entendait. Sentait-il déjà les échos de Voldemort s'agiter en son âme meurtrie ? Craignait-il autant Gramson que leurs années de scolarité le laissait suggérer ? Ou avait-il simplement peur devant l'inconnu ? Tout aurait pu arriver. Et de ce tout, c'était le pire qui était advenu.
Scorpius se sermonna. Il savait que c'était faux. Qu'une catastrophe bien plus grande aurait pu les frapper, qui aurait fait passer la Bataille pour un entraînement de première année si Gopi n'avait pas été contenu. Mais la douleur que lui causait encore aujourd'hui le souvenir de la perte d'Albus le forçait à tout dramatiser et exagérer.
Les portes de Poudlard s'ouvrirent à son approche. Scorpius ne savait pas exactement ce qui l'avait poussé à revenir sur les lieux de la tragédie. Il n'avait pas tant réfléchi puisque cela lui avait paru une étape incontournable de son escale. Après la maison de monsieur Potter, Sainte-Mangouste, le manoir. Poudlard était la suite logique.
Quand il s'approcha, Scorpius ne reconnut le professeur Prince qu'au chien. Bien qu'elle ait pris un méchant coup de vieux, la bête se traînait toujours aux côtés du maître de potions. Les traits de son ancien professeur n'avaient pas beaucoup changé, à peine semblait-il avoir mûri.
- Scorpius. Que nous vaut le plaisir de ta visite ?
- Je passais dans le coin alors j'ai voulu …
- Suis-moi.
Comme toujours Prince faisait preuve de lucidité discrète. Son attitude dépourvue de jugement n'avait pas changé et procurait toujours cette même sensation de bouffée d'air frais. Scorpius le suivit volontiers à travers le parc de l'école. La plupart des élèves était en cours mais quelques petits groupes déambulaient ça et là.
- Vous savez que votre nom porte loin ? Même à l'autre bout du monde il m'arrive d'entendre parler de vous comme d'un des plus grands potionniste de son temps.
- Je suis touché. C'est surtout dû au fait que j'ai une approche nouvelle de l'art des potions. Il me reste énormément de progrès à faire.
Scorpius ne put s'empêcher de saluer la modestie du bonhomme. Il fallait plus d'homme comme lui au monde sorcier. Il aurait bien discuté un peu plus mais le tombeau venait de lui apparaître. « Tombeau » encore fallait-il savoir qu'il se trouvait là, plus rien ne marquait son emplacement … enfin pas tout à fait.
Deux arbres majestueux avaient poussé au milieu de la clairière. Le premier se tenait presque droit, épais et noueux, au tronc blanc immense. Ses branches semblaient ne jamais vouloir finir. Ses feuilles faisaient un ciel écarlate à quiconque se tenait en dessous. Le second, plus frêle et sinueux, était un bois noir comme la nuit. Il était presque indissociable du premier tant il avait poussé en étroite imbrication avec celui-ci. Leurs rameaux se mêlaient dans un imbroglio que seules leurs couleurs permettaient de comprendre. À l'inverse du premier, les feuilles du second étaient blanches nacrées et irisaient au moindre rai de lumière.
Les deux arbres formaient un spectacle magnifique. L'aspect du tronc noir presque lové au sein du premier était apaisant. Nombres d'oiseaux avaient élu domicile entre les feuilles flamboyantes et chantaient une douce mélodie. Même si l'ombre qu'ils produisaient était considérable, on ne frissonnait pas de s'y trouver privé de soleil. L'herbe, qui partout portait des traces d'écrasements répétitifs, s'épanouissait encore dans toute la zone.
Le bruit des oiseaux aussi bien que le souffle harmonieux du vent dans les feuilles faisaient ressentir un tel calme à Scorpius qu'il en éprouva presque le besoin de s'étendre et de faire un somme. Bien qu'en soit cette situation semble normale, Scorpius sentait que ce sentiment d'apaisement était aussi dû à quelque magie dont les deux colosses végétaux étaient imprégnés. Il pensait d'ailleurs savoir exactement d'où lui venait cette impression.
- Ils se sont métamorphosés spontanément ?, demanda-t-il à Prince.
- Je pense que pour Gopi, oui. Sa métamorphose a été progressive, en revanche s'était un choix délibéré de la part de Princesse.
- Je croyais qu'elle au moins s'en tirerait.
- C'est ce qu'on a tous cru mais une fois que Gopi eu complètement disparu au profit de l'arbre, elle n'a plus tenu longtemps.
Scorpius avait senti dès qu'il les avait vu le lien entre ses amis et les arbres. Il n'en restait pas moins incapable d'expliquer un tel phénomène. Gopi avait littéralement pris racine auprès de ses amis. Il avait fait l'exact opposé de ce qu'avait choisi Scorpius. S'il l'avait accompagné serait-il devenu un arbre lui-aussi ? Et Princesse, pauvre Princesse, toujours prête à rendre service. Il fallait être sacrément amoureux ou sacrément triste pour choisir de finir sa vie comme un arbre.
- Scorpius ?
Ce dernier ouvrit les yeux. Il avait bel et bien fini par s'endormir aux pieds ses arbres. Le professeur Prince n'était plus là. Nostro était parti avec lui. Il eut besoin d'un peu de temps pour reconnaître la personne qui lui faisait face. Il avait les cheveux plus longs que la dernière fois, de même que lors de leur précédente rencontre il n'avait pas de barbe non plus.
- Vous êtes Neville Longdubat ?
- Qui d'autre ? Que fais-tu ici ?
- Je fais une sieste apparemment.
Neville rit de bon cœur de sa petite plaisanterie et s'allongea à côté de lui. Il ferma les yeux et prit un rythme de respirations longues et profondes. Scorpius crut qu'il allait s'endormir.
- J'aime beaucoup cet endroit. Gopi et Princesse étaient de sacrés sorciers pour que même après leur transformation, ils continuent de propager une aura pareille. Avec l'ombre, les oiseaux, la fréquentation c'est eux qui rende le plus bel hommage à Harry, Sviet et Albus. Tu devrais voir l'endroit sous la neige.
- Mon père aussi est mort. J'ai récupéré tout ce qui traînait chez nous d'archives et de vieux objets, je me demande si vous n'en voudriez pas.
- N'as-tu pas peur que l'on y découvre des choses ?
- Mon grand-père faisait partie du premier cercle de Mangemort. Mon père portait aussi la Marque. Notre manoir a régulièrement servi de lieu de réunion. Bien sûr qu'il y aura des choses à trouver.
Le directeur de Poudlard le regardait intensément, comme s'il cherchait quelque chose. Scorpius avait été surpris qu'il ne pose pas de questions complémentaires sur la mort de son père mais ne s'en plaignait pas.
- Tu serais prêt à prendre le risque de salir le nom de tes ancêtres dont Draco ?
- Je sais que mon père n'était pas un salaud, ce n'était pas un ange non plus. En tout cas les vérités que renferment ces archives ne me concernent pas.
- Si ta décision est prise, je les accepterais volontiers.
Scorpius savait qu'il n'aurait pas pu résister. Quelque historien serait ravi de se pencher sur ce fond afin de mieux comprendre certaines parties du règne de Voldemort. Tous les papiers pouvaient éventuellement se transformer en témoins de premier choix.
Neville referma les yeux. Scorpius eut donc tout le loisir de le détailler. Sans pouvoir s'y méprendre pour autant, plus il l'observait moins il le reconnaissait. Le professeur de botanique qu'il avait connu était effacé, maladroit et peu sûr de lui. Mais là, dans l'herbe, c'était un directeur qui était assoupi, ou feignait de l'être. Il ne pouvait y avoir aucun doute là dessus.
Outre le fait qu'il semblait à présent plus âgé, il émanait de sa personne un charisme qui entrait parfaitement en résonance avec le lieu. En dehors de Poudlard, il devait être impressionnant mais à l'intérieur de son école, il avait ce petit plus qui montrait à coup sûr qu'il n'était pas un simple professeur. En le voyant ainsi Scorpius était intimement convaincu qu'Albus avait voté pour lui.
Et puis il commença à ronfler. Sans qu'il comprit vraiment pourquoi Scorpuis partit dans un fou rire. Il entendait ses éclats de voix résonner dans la clairière. Cela lui donnait l'impression que d'autres rires se joignaient au sien. Rien ne semblait vouloir le faire arrêter. Ses yeux se remplirent de larmes. Depuis quand n'avait-il plus rit comme ça ? Il rattrapait le temps perdu et les échos l'accompagnaient.
C'est le manque de souffle qui l'obligea à calmer ses nerfs. Alors qu'il toussait un peu et respirait fort pour se remettre de ses émotions, les échos lui renvoyaient encore quelques rires. Le silence revint. Il aurait pu être pesant mais rien ne l'était au pied de ces arbres. Scorpius souriait béatement, légèrement surpris tout de même que Neville n'en fut pas réveillé. Le ronflement s'était arrêté. Les oiseaux reprirent à chanter.
Scorpius restait sans bouger à fixer le sol en dessous duquel il savait que ses amis se trouvaient. Si les choses s'étaient passées autrement ils auraient pu se retrouver tous réellement réunis en quelque occasion d'anniversaire ou de naissance, au lieu de ça il se retrouvait, lui, seul, avec pour compagnie deux arbres et de la pelouse. Pourtant Scorpius n'était pas triste. Pour la première fois depuis l'incident, il n'avait pas l'impression de fuir.
Il savait qu'à présent c'était fini pour lui la fuite vers l'avant pour ne pas affronter ses démons. Il n'y avait plus de démons, juste une clairière ombragée. Il ne pouvait plus rien fuir puisqu'il n'avait plus rien. Il laissait le manoir Malefoy à la Colombe qui ne manquerait pas de donner son utilité à un tel logement.
Avant de revenir ici, Scorpius s'était pris à penser qu'il n'avait plus de chez lui, plus de famille, plus d'amis. Maintenant, à l'ombre de l'arbre, il savait que c'était faux. Il était devenu voyageur nom d'un chien ! Des foyers prêt à l'accueillir il en avait tout le tour du monde, sans parler de sa fille et puis des amis il en comptait des dizaines dans tous les pays. Loin de se retrouver sans rien, Scorpius se retrouvait partout à présent qu'il était véritablement sans attache.
- Ça y est Albus. Je suis libre.
Scorpius aurait aimé une quelconque manifestation mais rien ne se passa que le bruissement des feuilles au sein desquelles chantaient les oiseaux. Cela ne l'empêcha pas de se lever, sourire aux lèvres et d'abandonner là Poudlard et son directeur. L'ombre des arbres couvraient si bien tout qu'il avait fait plusieurs mètres pour atteindre de nouveau la lumière. Derrière lui, Neville reprit ses ronflements.
Voilà voilà. C'est la fin. J'espère que cette histoire vous aura plus. Si non j'espère au moins que les OC vous auront accroché. Sur ce, bonnes fêtes et prenez soin de vous !
