Troisième année d'étude

Louis était venu voir Allénore, profitant d'un long weekend, pour lui parler de plusieurs choses. Ils s'étaient enfermés dans sa chambre, encore en désordre et pleine des cartons que la jeune femme n'avait pas eu la patience de déballer.

- J'étais le seul à pouvoir voir des sombrals !

- Vraiment ? s'étonna Allénore.

- Oui, moi aussi j'ai été surpris. Alors Madame Hefferson m'a hurlé de venir l'assister parce que le petit était coincé !

Les Sombrals avaient une apparence effrayante, ils étaient squelettiques, de couleur noire et dotés d'ailes semblables à celles des chauve-souris. Ils préféraient l'obscurité et le sombral qu'il avait trouvé dans la forêt interdite lors d'une excursion, était une femelle. Les Sombrals n'étaient visibles que par des personnes ayant vu la mort et l'ayant ressenti sur le plan émotionnel. Il ne s'agissait pas de voir un cadavre : il fallait voir quelqu'un mourir. Depuis que Louis avait aidé à capturer le Boutefeu chinois, l'année dernière, Louis parvenait à les voir… Il avait alerté l'Académie de Magizoologie, en constatant que la sombrale en question semblait très affaiblie …

- Qu'est-ce que tu as fait ? demanda alors Allénore, totalement captivée.

- J'ai essayé d'éviter de vomir, et j'ai tenu les pattes du bébé, comme me l'avaient demandé le magizoologiste et Madame Herfferson. C'est elle qui a réussi à replacer le petit et le faire sortir. C'était impressionnant !

Il faisait de grands gestes, et gesticulait dans tous les sens. Son enthousiasme avait gagné Allénore, qui souriait.

- Sauf que le bébé ne bougeait pas ! Il était si petit Allénore ! Je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi frêle, d'aussi fragile ! Je l'ai enveloppé dans mon pull et je l'ai secoué. Et il a ouvert les yeux et s'est mis à gesticuler… C'était merveilleux !

- Tu lui as probablement sauvé la vie ! ajouta Allénore. Ce devait être incroyable. Tu crois que je pourrais le voir, ce bébé sombral ? demanda-t-elle, toute excitée.

Louis se posa à côté d'elle, sur le canapé et elle lui fît un peu de place.

- Tu peux voir les sombrals ?

- Oui, avoua Allénore.

Il n'ajouta rien. Allénore se confiait toujours très peu, même à ses amis. Il doutait que Rose, Albus ou Scorpius soient au courant… Pourtant, la jeune femme, attrapa Gribouille, qui passait par là, et le coinça dans ses bras, comme pour se rassurer :

- J'avais neuf ans, commença-t-elle. Je jouais souvent chez ma voisine avec mon frère et ma petite sœur, quand on voulait échapper aux disputes de nos parents. Madame Levert, Garance, était très gentille, et dès quand elle entendait les cris, elle venait nous chercher pour un prétexte totalement absurde. Je me souviens d'une fois, où elle nous avait demandé d'aller promener son chien, devant mon père. Elle était totalement allergique aux chiens… Elle voulait juste… nous protéger je pense.

Elle caressait Gribouille, préférant se concentrer sur ça plutôt que sur Louis, qui la regardait avec attention :

- Elle était assez âgée et un jour, mon père est rentré très tard de son travail.

Allénore n'avait jamais parlé de son père. Louis pensait même qu'il était mort …

- Il a commencé à crier, et avec Christophe et Noorah, nous avons attendus qu'elle vienne nous chercher. Mais elle n'est jamais venue. Alors nous avons décidé de nous y rendre nous-même. J'étais la seule à pouvoir escalader le portail : Christophe avait un bras dans le plâtre à cause de …

Elle déglutit faiblement, et Louis s'approcha d'elle, posa sa main sur sa joue la forçant à le regarder :

- A cause de notre père.

Il repensa à ce qu'Edward lui avait avoué, l'année dernière, sur le chemin de traverse. « Elle a des cicatrices partout… ». Une rage folle monta dans sa gorge. Allénore avait sûrement sub des maltraitances physiques, peut-être même psychologiques dans son enfance… Cela expliquait beaucoup de chose. Comme ses cauchemars, le fait qu'elle avait peur, dès qu'une porte claquait, dès qu'on commençait à la toucher…

- Et Noorah était trop jeune. J'ai ouvert la porte, et madame Levert était par terre. Elle était tombée en se levant, justement pour venir nous chercher. Elle s'était cognée la tête et saignait… J'ai appelé les secours, mais quand ils sont arrivés, c'était trop tard. Elle était morte, dans mes bras…

- Tu n'aurais rien pu faire, la consola Louis.

- Je le sais, murmura Allénore.

Elle venait de lui donner un petit bout d'elle, et elle se serra contre lui, toujours en caressant Gribouille, en se rattachant à son chat.

- Ça devait être incroyable de faire naître ce bébé sombral, chuchota-t-elle.

Dans ses yeux, il ne lisait aucune tristesse. Au contraire. Il y avait de la fierté, et elle était pour lui.

- Tu seras un grand magizoologiste !

Elle semblait avoir tellement confiance en lui, que Louis aussi, n'en doutait pas.

- Je n'ai fait qu'assister ! rit -il.

- Mais tu n'as pas hésité un seul instant…

Elle se pelotonna un peu plus contre lui et son cœur tapait fort, de la tenir si prés de lui. Il regarda ses lèvres, hésitant, avant de se reprendre.

- Je voulais te dire… Les troisième année doivent faire un stage. J'ai décidé de faire le mien ici.

- Tu reviens vivre ici ? se redressa Allénore.

- Pour six mois au moins !

Plusieurs émotions passèrent sur la visage de l'ancienne Serdaigle. De la joie, de l'appréhension…

- Si je t'aide à déménager… Tu m'emmèneras voir le bébé sombral ?

Il éclata de rire :

- T'es incorrigible, petite tête !

Elle rit à son tour, et Louis avait hâte de l'entendre plus souvent, ce rire.