Troisième année

Il toussait. Il se mouchait. C'était donc ça, le quotidien d'un malade ? Il trembla, traînant son corps emmitouflé dans un plaid, jusqu'à sa porte d'entrée. Molly était sa voisine de palier, et il s'en félicitait :

- T'as apporté ma potion ?

- Oui. Nilam m'a dit qu'elle ne ferait effet que demain ! précisa sa cousine. Et tu devineras jamais qui j'ai croisé en train de roder devant sa boutique !

- Qui ça ?

- Al !

- Allénore ?

- Non Albus !

- Oh…

Il était trop fatigué pour exprimer une quelconque autre émotion. Mais cela ne l'étonnait pas plus que ça : Nilam avait toujours été un brin trop mauvaise avec Albus pour que cela soit normal… Et ces deux ci passaient beaucoup de temps ensemble, depuis qu'elle avait été retrouvée après son enlèvement.

- T'as toujours aucune nouvelle de Dominique ? l'interrogea Molly.

- Non, aucune, maugréa Louis. Elle est introuvable. Ça ne lui ressemble pas.

- Camélia m'a dit qu'elle n'était pas en France, lui apprit Molly.

Dominique était introuvable. Toutes ses affaires à la chaumière aux coquillages avaient disparu, son appartement était presque vide… Elle se cachait. Elle ne voulait voir personne. Dominique n'avait jamais été très casanière, ou ermite. Elle aimait la solitude, mais détestait se couper des autres ainsi. Ça inquiétait énormément Louis. Dominique pouvait être n'importe où, et nulle part à la fois. Cependant, le mariage de Victoire était dans moins d'un mois maintenant !

- On cherchera plus tard…, maugréa Louis. J'ai pas la force…

- Pauvre chou ! se moqua Molly.

Il la laissa entrer, dans son petit appartement et il s'avachit dans son canapé.

- J'ai envie de mourir, geignit-il.

- Arrête, t'as seulement un rhume !

- Comment ils s'occupent les gens malades ?

Son maître de stage lui avait demandé de rester sagement chez lui pour se soigner convenablement avant d'approcher toutes autres créatures. Il se moucha bruyamment et toussa encore une fois :

- Je déteste le lac de Poudlard.

Il s'allongea sur le canapé, écrasant les jambes de sa cousine au passage :

- Tu as vu le calamar géant au moins ?

- Même pas, pleurnicha Louis.

- Quelle tristesse !

- Arrête de te repaitre de mon malheur ainsi !

Il lui lança un coussin avec force, qu'elle évita adroitement.

- T'es sacrément grincheux.

- La semaine prochaine je sors avec Allénore, et je n'ai aucune idée de ce que je vais faire !

Molly éclata cette fois-ci, franchement de rire, devant la mine déconfite de son cousin :

- C'est pas la première fois que tu invites une fille à sortir non ?

- C'est Allénore ! haussa un sourcil Louis. Je crois bien que cette fois sera la bonne !

Molly leva les yeux au ciel :

- Tu dis ça à chaque fois…

Louis et Allénore ne passaient pas plus de deux jours sans se voir en ce moment. Cinéma, restaurant, sortie en ville, musée… Louis avait presque tout épuisé. Chaque fois qu'il essayait de l'embrasser, la jeune femme s'enfuyait discrètement. Louis comprenait. La dernière fois qu'elle avait ouvert son coeur, Edward l'avait finalement piétiné sans aucune once de pitié. Pourtant, Louis était persuadé qu'Allénore savait qu'il était différent.

- Oui mais j'ai une intuition.

- Non t'as juste un rhume Louis !

Il lui lança un deuxième coussin, qui cette fois, heurta son visage.

- Emmène-la n'importe où, lui conseilla Molly. Elle te suivra… Elle te suit toujours. Je te rappelle qu'elle a fait deux fois les montagnes russes de la fête foraine moldue juste pour être avec toi. Et son teint était vert. Archi vert même…

- Tu crois ?

- Super vert !

- Non je parlais du fait qu'elle me suivrait partout…

Il savait qu'Allénore avait des sentiments pour lui. Il ne savait juste pas comment composer avec, sûrement parce qu'elle-même ne le savait pas. Mais il devait assurer… Cette fois-ci serait la bonne !

- Et si tu l'emmenais dans un endroit spécial pour vous deux ?

- Un endroit spécial ?

- Vous n'avez pas d'endroit spécial ? s'étonna Molly.

- Tu en as un toi ?

- Avec Haylina c'était le placard à balais de Poudlard, et avec Camélia…

Molly soupira.

- C'est Camélia « mon endroit » spécial.

- T'es mièvre, fit Louis écœuré.

- C'est bien à toi de me dire ça !

Louis haussa les épaules, avant d'éternuer.

- Le cinéma c'est bien aussi, murmura Molly.

- Ou je pourrais lui montrer ce bébé sombral…

- Ce serait un poil plus original ! rit Molly.

Et il se demanda pourquoi il n'y avait pas songé plus tôt. C'était parfait ! Il se redressa, essayant de libérer sa poitrine :

- J'espère juste ne plus être malade…

- La potion va marcher. Si tu la bois…, précisa Molly.

Il déboucha la fiole et huma l'odeur. C'était absolument abjecte, infâme. On aurait dit un concentré de toutes les mauvaises odeurs de ce monde… Il se pinça le nez et but d'une seule traite.

- Brave petit, le félicita Molly.

- J'espère que ça en vaut la peine…

- Tu l'as dit toi-même. « Cette fois-ci sera la bonne »… Tu sais pourtant que rien ne se passe jamais comme tu le prévois avec Allénore, énonça Molly.

- Je sais…

Cependant, Louis le sentait. Allénore et lui, ce n'était plus qu'une question de temps.