Troisième année

Troisième année d'étude

Allénore descendit les escaliers calmement. Elle inspira, expira. Zen. Tout allait très bien se passer. Elle se rendit au point de rendez-vous et retrouva Louis, qui l'attendait sagement devant son immeuble. Elle le trouva beau, comme d'habitude. Louis avait ce charme, cette aura… Ce truc, qui faisait fondre Allénore chaque fois qu'elle le voyait. Son coeur devenait tout mou, comme de la guimauve et il n'y avait plus rien autour d'elle, sauf lui. Au début, quand elle avait commencé à l'avoir comme tuteur à Poudlard, elle pensait que c'était juste parce qu'il était un brin séducteur, et qu'il envoûtait naturellement tout le monde. Louis Weasley était un sacré charmeur. Elle pensait que ça passerait tôt ou tard… Et aujourd'hui elle était ici, à se tortiller dans tous les sens pour essayer de se calmer. Elle lissa l'une de ses longues mèches et reboutonna nerveusement le col de sa chemise.

- Salut.

- Salut, répondit-elle timidement.

- Prête ?

- Tu m'emmènes où ?

- Dans la forêt interdite ! lui apprit-il.

Il lui prit la main, et un million de picotement l'assaillirent. Ils transplanèrent jusqu'à Prés-au-lard, pour marcher jusqu'à la forêt :

- Ça va mieux ton rhume ? lui demanda-t-elle.

- Oui. Molly m'a apporté quelque chose la semaine dernière.

- Désolé, je ne pouvais pas venir. J'étais très occupée, s'excusa-t-elle.

- Tant mieux. J'ai cru un instant que tu m'évitais.

Allénore se pétrifia. En fait, oui. Allénore évitait Louis depuis au moins une semaine… Alors qu'elle adorait Louis ! Elle avait du mal à se passer de leurs moments en tête à tête, de leur conversation… Elle voulait l'écouter parler de ses journées, et elle, lui parler des siennes tous les jours. Elle voulait l'entendre lui donner des conseils, l'encourager, lui parler d'un livre qu'il avait lu, l'entendre lui demander son avis, ses pensées… Et elle, elle adorait connaître les siennes. Elle secoua la tête, fermant les yeux : « inspirer, expirer ». Tout ira bien…

Ils s'avancèrent dans les fourrées, jusqu'à apercevoir le troupeau de Sombrals. Allénore les avait étudiés en sixième année, mais ne les avait jamais approché. Les Sombrals étaient assez bienveillants, mais craintif. Un tout petit, s'approcha de Louis et le huma. Il sortit de son sac un steak de viande et lui tendit :

- Je te présente Tremblote ! annonça-t-il à Allénore.

- « Tremblote » ? s'esclaffa-t-elle, alors que le bébé sombral lui tournait autour, cherchant de la nourriture.

- Elle a eu du mal à se mettre debout, expliqua Louis. Elle tremblait comme une feuille la première fois.

Il observa Allénore se mettra à la hauteur de Tremblote, et passer une main hésitante sur sa tête, pour lui gratter les oreilles :

- Il est magnifique ton bébé sombral !

- Ce n'est pas « mon » bébé, rit-il. Sa maman est juste ici ! désigna Louis, en pointant du doigt une sombral aux grandes ailes noires.

Ils s'assirent tous les deux, pour nourrir tout le troupeau, qui repéra assez vite que Louis contenait dans son sac un buffet gratuit. Les sombrals nichaient leurs museaux jusque dedans, les reniflaient. Allénore avait toujours aimé avoir son petit espace vital, que peut de gens arrivaient à pénétrer. Louis pouvait se vanter d'en faire partie, mais il voyait bien que la proximité des sombrals et leur curiosité lui faisaient un peu peur. Il prit sa main et la posa sur l'un d'eux, qui se mit à respirer au même rythme qu'Allénore. Elle le caressa, distraite et plus détendue.

- T'as rien à craindre.

- Je sais, murmura-t-elle. Ils sont juste très impressionnants. Et assez câlins ! Rit-elle alors que le sombral reniflait ses cheveux.

Ils parlèrent de tout et rien. C'était toujours si simple pour eux, de se confier l'un à l'autre.

- Hormis pour les cours de soins aux créatures magiques, je ne me suis jamais aventurée dans la forêt interdite, murmura Allénore. Je croyais qu'il y faisait très sombre. Mais en fait, c'est éclairé, ensoleillé.

- Cette clairière est belle, admit Louis. Mais toute la forêt n'est pas comme ça. Il y a des coins plus sombres, des créatures hostiles…

Il avait appris à la connaître cette forêt, depuis qu'il travaillait avec le Ministère. Il savait ou étaient précisément les centaures, et savait qu'il valait toujours mieux les éviter. Ils étaient belliqueux, et malgré les progrès juridiques et territoriaux obtenus grâce à tante Hermione, les centaures n'aimaient pas les sorciers.

- C'est calme. On se croirait coupé du monde…

Allénore se sentait bien ici. Elle ferma paresseusement les yeux. « Fais comme si tout allait bien, comme si tu ne lui cachais rien… ».

- Oh, j'allais y penser !

Louis fouilla dans son sac, tous les sombrals s'approchant de lui croyant qu'il lui restait un dernier morceau de viande ou de pomme. Mais il sortit un carton d'invitation :

- Pour le mariage. Ça ferait plaisir à Victoire que tu viennes ! Et à moi aussi…. Tu viens hein ?

Allénore déplia l'invitation, et découvrit une photo de Teddy et Victoire ainsi qu'une toute petite phrase, la conviant à se joindre à eux pour le grand jour :

- Je vais venir ! s'exclama-t-elle. Évidemment que je vais venir !

- Super !

- Tu vas avoir l'honneur de me voir en robe !

- Je ne sais pas si j'y survivrais ! Plaisanta Louis.

- Et tu me feras danser ?

- Jusqu'à ce que nos têtes tournent ! Promit-il.

Louis se réjouissait de savoir qu'elle y serait… Elle serait sans doute magnifique.

- On n'a toujours aucune nouvelle de Dominique. Ça m'inquiète beaucoup, soupira-t-il.

Allénore arrêta de respirer, et elle pâlit.

- Oh je suis certaine qu'elle va bien ! Bredouilla-t-elle.

Elle s'était mordue l'intérieur de la joue. Elle ne lui disait pas tout :

- Tu me caches quelque chose !

- Non ! s'offusqua-t-elle un peu fort, en faisant sursauter les sombrals.

- Si ! Je te connais par cœur !

- Le soleil commence à se coucher, on devrait peut-être y aller ! se précipita Allénore.

Elle se leva, fit une dernière caresse à Tremblote et lui prit la main, pour retourner à Prés-au-lard. Et Louis maudissait Molly : effectivement, rien ne se passait jamais comme prévu avec Allénore. Ils transplanèrent, pile en face de son bâtiment, comme avant qu'ils ne partent.

- Est-ce que tu sais où Dominique se trouve ? insista Louis en fronçant les sourcils.

- NON ! couina-t-elle.

- Si tu sais !

- Mais non ! répéta-t-elle.

- Tu me caches quelque chose ! répéta-t-il encore une fois.

Il était si prés d'elle. Allénore sentait son souffle sur ses lèvres. Louis la surplombait, faisant bien une tête de plus qu'elle. Elle déglutit. Elle ne savait pas mentir, et si elle avait évité Louis, c'était bien pour éviter d'avoir à le faire ! Mais elle avait promis à Dominique de ne rien dire, de ne pas dévoiler le fait qu'elle dormait à la collocation depuis la dispute… Elle avait juré de garder son secret. C'était même Dominique qui avait insisté pour qu'Allénore sorte avec son petit-frère.

- Qu'est-ce que tu ne me dis pas ?

Et Allénore avait envie de lui dire. Vraiment. En fait, il y avait pleins de choses qu'elle avait envie de lui dire, mais elle ne trouvait jamais les mots. Elle plongea ses yeux dans les siens, tantôt verts, tantôt bleus, elle ne l'avait jamais déterminé. Il avait posé ses deux mains sur ses épaules, et elle était prisonnière, incapable de lui répondre. Elle était incapable de lui mentir, et si elle ne faisait pas diversion très vite, elle allait trahir Dominique…

- Allénore ? Insista Louis.

Tout se passa très, trop vite dans la tête d'Allénore. Une poussée d'adrénaline commandait son corps tout entier. Elle ne contrôlait plus rien. Elle se hissa sur la pointe des pieds. Elle mit son cerveau sur pause, sans parvenir à faire de même avec son cœur et l'embrassa. Elle embrassa Louis Weasley.

Ce fût rapide. Elle frôla ses lèvres, tout doucement, avant de s'éloigner, les yeux écarquillés, sans croire qu'elle avait été capable de faire ça. Ca avait était aussi doux qu'une caresse, aussi léger qu'une brise d'été. Et il y eut un grand tremblement de terre, dans leur deux corps.

Louis écarquilla les yeux.

Allénore posa une main sur ses lèvres et courut jusque chez elle, pour s'enfermer à double tour.

Louis resta sur le bitume. Abasourdi et incapable de bouger. Finalement, son intuition ne l'avait pas trompé… Sauf que ce n'était pas lui qui avait embrassé Allénore. C'était elle, qui l'avait embrassé. Et il avait été incapable de réagir, parce qu'il n'avait jamais songé que ce scénario se produirait… Et c'était comme un rêve, en technicolor, dont il n'aurait déjà plus que de vague souvenir.

Il aurait voulu s'enivrer encore un peu plus de ses lèvres… Parce qu'il savait qu'après y avoir goûté, même pendant un si bref instant, il était accro.