Troisième année
Un mois. Un mois qu'Allénore avait posé ses lèvres sur les siennes. Et il avait encore son goût, légèrement sucré sur sa bouche. Ça n'avait duré que deux petites secondes. A peine, deux petites secondes. C'était comme avoir rêvé. On savait qu'on avait rêvé, mais on ne savait plus de quoi exactement…
- Dominique n'est toujours pas là, s'agita Victoire.
- Calme-toi, elle va arriver.
Il jeta un œil à travers la toile de tente. Les invités commençaient à arriver les uns après les autres :
- J'ai été idiote. Dominique peut bien porter ce qu'elle veut… Je m'en fiche, tant qu'elle se sent bien ! admit sa sœur.
Il parcourut la salle. Louis avait bien tenté de parler à Allénore depuis, mais elle avait toujours une excuse : maladie, pas le temps, perte de clés, devoirs, examens, Gribouille qui avait avalé une chaussette… Il aperçut Albus et il la vit, juste derrière lui. Elle avait enfilé une robe blanche avec de la dentelle sur le col, les manches et le bas. Il y avaient des dessins de fleurs et d'oiseaux, brodés dans un bleu marine. Allénore avait cintrée avec un tissu large et bleu qui soulignait sa taille et ses hanches. La robe était assez longue pour cacher ses chevilles, et les manches trois-quarts ne laissaient deviner que les coudes. Ses longs cheveux étaient totalement lâchés… Merlin qu'il adorait ses cheveux... Ses yeux bruns papillonnaient, et elle souriait timidement à tout ceux qui croisaient son chemin. Elle était magnifique…
- Qu'est-ce que tu regardes comme ça ? lui demanda Victoire juste derrière lui.
Elle le poussa, et tomba sur Allénore :
- Je vois, se moqua-t-elle. Elle est très belle.
Oui, elle l'était.
- Tu en es où avec elle ?
- Tu veux vraiment parler de ma vie amoureuse ? Maintenant ?
- Oui, maintenant. J'en ai besoin !
- Elle m'a embrassé.
Victoire fît un « O », parfait, entre ses lèvres à peine maquillées.
- Et je suis resté les bras ballants.
Victoire explosa de rire, et Louis, déconfit, s'éloigna de la toile de tente :
- Ça te fait rire ?
- Oui, parce que cette réaction ne m'étonne pas de toi. Elle t'a pris au dépourvue. Tu n'aimes pas quand ça t'arrive… Tu es du genre à tout prévoir, tout planifier, surtout en ce qui la concerne. Ce scénario là, tu ne l'avais pas anticipé...
- Peut-être. Mais maintenant, elle ne veut plus me parler…
- A toi de la prendre au dépourvu maintenant ! le taquina Victoire.
Leurs cousines entrèrent, Rose la première en plissant sa robe, objet de la discorde entre Dominique et sa sœur.
- Où est Dominique ? se désola Victoire.
Elle ne s'adressait à personne, et pourtant Rose se tortilla, mal-à-l'aise, coupable. Louis savait que le baiser d'Allénore n'était pas hasardeux. Elle avait cherché à le distraire. Et même si c'était pour lui cacher ce qu'il avait deviné, à savoir que Dominique logeait chez elle, Scorpius, Albus et Rose, Allénore n'avait pas pu mentir sur les sentiments qu'elle avait mis dans son baiser. Louis s'approcha de sa sœur et la secoua doucement :
- C'est ton jour Victoire ! Dominique va venir, ne t'inquiète pas…
- Tu as raison. Tu sais, c'est grâce à elle que Teddy et moi sommes ensemble. Elle ne peut pas, ne pas venir.
La petite Jane trottina jusqu'à sa mère, qui la prit dans ses bras. Lily et Roxanne riaient, Molly et Lucy arrangeaient leurs cheveux… Louis quitta la petite pièce, et s'en alla, se mettre à sa place, près de l'autel.
Il fût vite suivi par ses cousines ainsi que Jane, qui trottinait à côté de Rose. L'enfant alla se jeter dans les bras de son futur beau-père qui la rattrapa. Rose attendit de voir arriver Victoire, et se plaça à côté de Louis :
- Tu crois vraiment que Dominique va venir ? chuchota Rose.
- J'ai envoyé mon patronus à ton adresse alors j'imagine que oui, répondit Louis à voix-basse.
Rose écarquilla les yeux :
- Tu savais qu'elle était chez nous ?
- Évidemment !
- C'est Allénore qui te l'a dit ?
- Pas vraiment, bougonna Louis.
- Tu sais, elle voulait pas te mentir. Elle ne voulait même pas venir aujourd'hui. On l'a un peu forcée…, avoua Rose. Je suis désolée. Et elle a peur que tu lui en veuilles.
Il sentit le regard d'Allénore sur lui. Louis se demanda à quoi elle pensait, et il se refusa de la regarder, se concentrant sur sa soeur et son futur beau-frère. La musique se tût une seconde, avant de reprendre, laissant entrer Victoire, qui souriait doucement, escortée par son père. Elle rejoignit Teddy et Rose les trouva beaux. Avec Jane entre eux, ils formaient une vraie famille. Ils s'aimaient… Et Louis était le témoin de tout cet amour.
- STOP ! hurla une voix dans leur dos.
Dominique était au bout de l'allée, toute essoufflée, dans cette robe moche qu'elle avait mise, juste pour sa sœur :
- Je m'oppose à cette union parce que je n'y étais pas et que… Putain Merlin sait que j'entends ma sœur parler de Teddy tous les jours depuis ma naissance ! Je peux pas avoir enduré ça pour rater le dénouement, alors on efface tout et on recommence !
- Ça n'a pas commencé, lui murmura Ron.
- Oh !
Loin de se démonter, Dominique s'avança jusqu'à l'autel et s'adressa au pasteur :
- C'est à vous !
Victoire quitta l'étreinte de Teddy pour serrer sa sœur dans ses bras.
- Je ne l'aurai pas fait sans toi, chuchota-t-elle à sa sœur.
Louis sourit et rappela à ses sœurs, qu'elles étaient au beau milieu d'un mariage. Teddy et Victoire, après tant d'années à se chercher, à se trouver, à se perdre et à se rassembler, s'unirent ce jour-ci, devant tous les gens qui les aimaient et qui tenaient à eux… Louis applaudit, quand ils se dirent « oui », peut-être plus fort que tout le monde. Et il pensa à ce que lui avait dit Victoire… Il fallait qu'il prenne à son tour, Allénore au dépourvu. Pour enfin mettre fin à tout ça.
Il la chercha, et il l'entendit. Son rire. Le même rire qu'elle avait lorsqu'il était en troisième année. Celui qui avait donné un peu de vie à cette bibliothèque déserte, quand il avait envoyé une boulette de papier sur un élève dont il ne se rappelait même plus le prénom… Il s'approcha, et il remarqua le sourire en coin et complice de Scorpius.
- Je peux vous emprunter Allénore ? demanda la voix de Louis derrière eux.
L'interpellée se pétrifia et il la regarda se débattre, pour chercher une issue. Elle tenta de s'enfuir, mais ses amis firent barrage, l'empêchant de s'enfermer dans la maison.
- Euh.. Bah.., bredouilla-t-elle. je crois que je vais rentrer… Gribouille…
- N'a pas pu avaler l'une de nos chaussettes, termina Albus à sa place.
Allénore fusilla son ami du regard.
- Oui enfin, je ne me sens pas très bien.
Encore une excuse. Il l'attrapa par la main :
- Bon très bien, on va faire ça devant tout le monde ! haussa des épaules Louis.
Lui il s'en fichait. Tout le monde savait comme il l'aimait. Il n'avait rien à cacher.
- Non mais j'ai un peu de fiè…
Louis lui coupa la parole, et l'embrassa, la faisant se taire, noyant ses mots sur leurs lèvres jointes. Ce baiser ne dura pas deux secondes. Il dura une éternité. Il sentait ses mains, sur sa nuque. Elle s'agrippait à lui, comme si elle avait peur qu'il l'abandonne. Il lui caressait le creux du dos et chercher à se rapprocher, encore un peu plus. Ils tanguèrent, seuls sur Terre, mais ensemble. Il y avait tant de chose, dans ce baiser… Il y avait tout l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre, celui qu'ils avaient renfermé en eux pendant tout ce temps. Aussi bien Louis, qu'Allénore… Ils dansèrent toute la nuit, sans plus se soucier de rien d'autre, que d'être dans les bras de la personne qu'ils aimaient.
