Troisième année
Louis passait énormément de temps à la collocation, depuis qu'il était avec Allénore. Si bien qu'il faisait même les courses pour eux cinq :
- J'ai oublié d'acheter des cornichons ! remarqua Louis en ouvrant le frigo
Allénore frissonna depuis le salon, installée sur la table basse :
- On en a déjà parlé, et on s'était mis d'accord pour ne plus jamais mentionner le Cucurbitacée-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom !
Louis se retint de rire, se souvenant de ce fameux soir, où elle lui avait vomit dessus après avoir mangé tout le bocal de cornichons (et surtout à cause de l'alcool) :
- Je pense qu'après tout ce que j'ai fait ce soir-là, je mérite de me moquer de toi jusqu'à la fin de tes jours.
Allénore ne broncha pas, et il l'enlaça, encerclant sa taille. Elle se tourna vers lui, un grand sourire sur le visage avant de l'embrasser furtivement. Elle colla sa joue froide, contre la sienne, chaude et soupira d'aise un instant. Puis elle retourna lire son manuel sur les sortilèges, un truc fastidieux au possible, sur lequel elle était depuis plus de deux semaines maintenant. Il l'empêcha de s'en aller, et la fit rire, en posant ses lèvres dans son cou, pour remonter doucement jusqu'à sa joue. C'était toujours un tourbillon d'une multitude de chose entre eux, et Louis commençait à croire qu'il ne s'y ferait jamais.
- Je dois travailler, marmonna Allénore. Tu me déconcentres !
Il adorait savoir qu'il la déconcentrait.
- Tu as encore un peu de temps devant toi, non ?
- Je dois absolument réussir ce devoir si je veux maintenir ma moyenne, et je ne veux pas décevoir mes enseignants, ce serait la catastrophe ! Et puis, j'ai du mal à comprendre ce passage et en plus…
Il l'embrassa pour la faire taire. C'était le meilleur moyen d'avoir la paix.
- Zen, Allénore ! Tu arrives à me communiquer ton stress !
- Désolé, grimaça-t-elle en s'excusant.
Il embrassa sa joue et lui prit les deux mains, la guida jusqu'à sa chambre avant de se diriger vers son lit, ou il la fît tomber. Elle se laissa faire, et se pelotonna contre lui. Gribouille se joignit à eux, et se mit à ronronner, se calant sur le ventre de Louis. Il caressa ses cheveux bruns, et elle s'apaisa un peu.
- Même ton chat veut faire une petite sieste ! plaisanta Louis.
- Gribouille dort tout le temps ! rit Allénore. C'est un chat ! Il n'a aucune responsabilité qui pourrait troubler son sommeil ! Moi je suis humaine…
Comme s'il avait compris qu'il était de trop, l'animal parti, aussi vite qu'il était arrivé, et Allénore se mît à califourchon sur Louis, un sourire taquin sur le visage. Elle fondit sur lui, mutine, bien qu'un peu candide, et Louis ferma les yeux, savourant d'avance leur baiser, alors que son coeur battait la chamade. Mais elle s'arrêta au niveau de son oreille :
- Je dois vraiment retourner étudier !
Et elle s'en alla, le laissant seul, dans le lit, à moitié désespéré mais hilare… Allénore ne changerait jamais ! Il décida de la laisser travailler. Les vacances de Noël étaient sur le point de s'achever, et les partiels du semestre allaient arriver. Allénore, même si elle n'en avait pas réellement besoin, travaillé, étudié sans relâche. Il l'attendit patiemment, dans sa chambre, lui empruntant un livre dans sa bibliothèque beaucoup trop pleine.
C'était un roman de Zola, qu'il dévora en une soirée. La lune était haute dans le ciel, et la pendule affichait une heure du matin. Il n'était pas encore rentré chez lui, et il prit ses affaires. Il observa Allénore, toujours plongée dans ses révisions. Son front était plissé, ses lèvres bougeaient au rythme de ce qu'elle lisait et parfois, ses sourcils se fronçaient ou ses yeux s'écarquillaient. Regarder Allénore lire, c'était toujours quelque chose de passionnant.
- Non, reste ! S'il-te-plaît ! le retint Allénore d'une toute petite voix.
C'était presque une supplique. Alors il posa ses affaires qu'il venait juste de prendre, pas difficile à convaincre et enleva son haut, la faisant rougir :
- Tu ne croyais quand même pas que j'allais dormir ici tout habillé ? s'esclaffa-t-il.
- Non, bredouilla-t-elle en retournant à ses devoirs.
Il lui piqua sa plume, l'empêchant d'écrire.
- Repose-toi maintenant. Tu as assez travaillé pour aujourd'hui.
Louis s'attendait à ce qu'elle l'envoie promener, mais elle accepta. Elle ouvrit sa penderie, choisissant un pyjama, qu'elle alla enfiler dans la salle-de-bain. Louis voulait lui donner du temps… leur donner du temps. Il défie le lit, s'y glissa avec plaisir et elle entra dans sa chambre, les bras croisés, contre son corps. Elle se mordillait les lèvres, comme si elle regrettait de l'avoir invité à rester. Mais ce n'était pas le cas… Allénore avait juste peur. Elle le rejoignit dans le lit, se collant à l'autre bout face à Louis.
- Tu vas tomber si tu restes ici, ricana Louis.
Il passa un bras autour de ses épaules, et elle se colla finalement à lui. Elle lui faisait confiance, mais parfois elle oubliait…
- Je dors mal, la nuit.
- Je sais, chuchota Louis en embrassant sa nuque.
- Et j'ai des cicatrices aussi. Certaines se voient, d'autres non.
- Je sais aussi.
Elle releva la tête et elle l'embrassa, encore et encore, se noyant dans ses émotions, comme elle avait l'habitude de le faire. Ils s'imbriquèrent l'un dans l'autre, nichant leur visage dans le cou de l'autre, et ils s'endormirent, tout doucement, dans le même lit, pour la toute première fois. C'était si intime... Ca avait presque quelque chose de maritale. Mais ils s'en moquaient. Ils avaient confiance et se sentaient en sécurité.
