Coucou mes châtaignes écervellées !

Je vous retrouver aujourd'hui pour le chapitre 17 de LMA partie VII ! Il s'agit de l'avant-avant-avant dernier. MOUHAHAHAHA. Il n'en reste plus beaucoup...

Au programme, une citation de Dumbledore qui tombe à l'eau, une fille de Beauxbâtons qui tombe à l'eau aussi et le retour d'un certain personnage perdu de vue depuis quelque temps...

Bonne lecture !


Chapitre 17 - Alea jacta est


Des heures. Cela faisait des heures qu'Emeric planchait sur son bureau, tapotant machinalement du doigt sur le parchemin, la plume calée entre l'index et le majeur. L'encre avait séché depuis quelques minutes. Quand il ne la tenait pas, il tripotait, sans trop savoir qu'en attendre, les gemmes qu'il avait alignées devant lui. Toutes semblaient le juger, disciplinées en rangs, attendant qu'il perce leur secret. En réalité, Emeric en était bien loin.
Il avait inscrit sur son parchemin la liste de ses expériences : il les avait tournées dans sa main ; lancées dans les airs ; les avaient assemblées pour tracer des formes ; les avait fait entrer en contact ; leur avait jeté des sortilèges… Mais rien n'avait été fructueux.
La nuit était tombée depuis des heures et Terry s'était écroulé de sommeil, un peu plus loin dans son lit. Ses ronflements ponctuaient le silence de la chambrée, quand les crépitements du feu de cheminée se faisaient discrets. Rien ne bougeait, tout n'était que sérénité, pourtant, l'esprit d'Emeric fonctionnait à plein régime. Il savait qu'il n'arriverait pas à trouver le sommeil tant qu'il n'avait pas donné son maximum. Il n'en était pas à sa première nuit blanche, ces dernières semaines, et des cernes commençaient à se creuser sous ses lunettes.
Afin de se détacher quelques instants de ses réflexions – dans l'espoir d'éveiller la découverte en revenant au sujet plus tard – il étudia sa baguette de pommier. Il se souvenait parfaitement du jour de son acquisition, lors de ses premières courses sur le Chemin de Traverse. C'était cette même après-midi qu'il avait rencontré Kate pour la première fois, mais elle ne l'avait pas remarqué. Il se remémorait, petit, en train de nager dans sa robe de sorcier chez Mrs Guipure, pendant que son père était trop occupé à discuter avec l'une de ses collègues. Kate aussi essayait ses futurs attributs de Poudlard – bien plus ajustés que les siens – et dansait de joie devant le miroir et le sourire ému de son père. Dès le début, il l'avait trouvée si belle, si authentique. Cette époque d'innocence était révolue désormais, mais il avait su garder Kate à ses côtés et mériter son amour.
Cette baguette également avait tant vécu. Maintenant qu'il connaissait sa nature, il comprenait mieux les sous-entendus de Wolffhart, mais ne parvenait à expliquer pourquoi celle-ci l'avait choisie. Tout sorcier compétent le savait : les baguettes de pommier ne convenaient qu'aux sorciers les plus purs dans leur démarche, les plus fidèles, et fonctionnaient très mal si on les contraignait à user de la magie noire. Le bois avait commencé à se fissurer, le jour où Emeric avait défendu Kate d'Electra en lui jetant un sortilège impardonnable. Depuis, la baguette persistait, sans se détériorer davantage. C'était plutôt un bon signe… Mais sa baguette lui prouvait qu'elle l'avait choisi en dépit de sa nature profonde. Elle lui faisait confiance…
Tout à coup, des râles, se muant en cris, le détournèrent de ses réflexions : Terry semblait endurer un terrible cauchemar. Soucieux, Emeric se leva et rejoignit son chevet. Le Poufsouffle transpirait à grosses gouttes, les dents serrées, et luttait dans son sommeil. Son ami hésita à le réveiller, de peur de déclencher une réaction trop brutale. Mais cela devenait presque insoutenable, tant Terry semblait souffrir :

— Terry ! l'appela-t-il. Terry ! C'est un cauchemar ! Terry !

Happé par son prénom, le concerné ouvrit des yeux et reprit le contrôle de sa respiration erratique. Il se passa une main sur le visage et dut se donner quelques secondes pour calculer son environnement et la présence d'Emeric, toujours inquiet, penché au-dessus de lui.

— Merlin, c'était juste… juste un mauvais rêve !
— Est-ce que tout va bien ?
— Tout… va mieux, on va dire !
— C'est rare que tu cauchemardes comme ça, fit remarquer Emeric.
— Ça… ça me semblait si réel. Je… je crois que je suis trop stressé en ce moment, c'est sûrement pour ça.
— Tu… veux en parler ? lui suggéra Emeric, un peu gêné, mais toujours disponible pour proposer son aide.

Il s'assit sur le lit pour marquer son assistance et Terry se livra, une fois redressé :

— C'est flou… mais il y avait du feu. Un incendie. Et je devais sauver Maggie. J'ai… j'ai réussi, enfin je crois. Mais moi… je…

Une vague de chaleur l'assaillit de nouveau et il se frotta la joue, comme pour s'assurer qu'elle n'était pas en train de fondre.

— C'était affreux… Je me suis senti en train de… brûler vif ! Je savais que je ne pouvais rien faire pour me sauver. J'étais… condamné. Et… heureusement, tu m'as réveillé !
— Quelle horreur… Je sais ce que c'est.
— Vraiment ?
— J'ai déjà fait un rêve, il y a longtemps, où j'ai cru me noyer. Je voyais la surface, mais j'étais incapable de l'atteindre. Je sentais l'air me manquer. Au moment de sombrer, je me suis réveillé. Je n'ai jamais autant apprécié une bouffée d'air de ma vie !

Terry lâcha un sourire fébrile et jeta un coup d'œil au feu, puis à la fenêtre, toujours noircie par la nuit.

— Quelle heure est-il ?

Une voix étouffée provint du tiroir ; celle de sa vieille Montromention qui avait entendu sa requête :

— Deux heures du matin et cinq minutes… l'heure du crime n'est pas loin. Oh, si seulement quelqu'un pouvait me tuer moi aussi. Mais je suis une montre… Personne ne tue les montres.
— Pourquoi tu n'as jamais voulu troquer ton modèle suicidaire par quelque chose de plus récent ? se questionna Emeric.
— Valeur sentimentale, je suppose. Ses gémissements me manqueraient… Mais qu'est-ce que tu fais encore debout à cette heure-là ? Tu devrais dormir. On a cours demain. Et ASPICS blancs la semaine prochaine !
— Oui, je devrais. Mais les cristaux…
— Les cristaux attendront demain ! Va te coucher. Tu as besoin de repos.
— Je suppose…

Il se leva et étira sa colonne vertébrale.

— Tu vas réussir à te rendormir ? s'assura-t-il auprès de son ami.
— J'espère… ! Même si le feu dans la cheminée me donne maintenant des frissons !

Ils fixèrent tous deux les flammes dans l'âtre, quand tout à coup, cette vision donna une idée à Emeric. Il se dirigea vers son bureau et attrapa le rubis, avant de le jeter sur les bûches, sous le regard pour le moins surpris de Terry.

— Préférentiellement, on met du bois pour nourrir un feu, j'espère ne pas te l'apprendre !
— Attends !

Plein d'espoir, Emeric guetta la réaction de la gemme jetée dans les flammes. Mais rien ne se produisit. Déçu, il ramena le rubis à l'aide de sa baguette magique et le fit léviter au bout le temps qu'il refroidisse. Terry le rejoignit et observa le feu.

— Tu pensais qu'elle allait te livrer ses secrets ?
— Ses pierres doivent bien réagir à quelque chose… Elles portent des indices. Il suffit juste de percer leur code. J'ai essayé beaucoup de choses, mais rien ne fonctionne. Il doit y avoir un moyen.
— Tu te mets beaucoup de pression, Emeric. Je m'inquiète réellement pour toi.
— Il faut que j'y parvienne !
— Sinon quoi ?
— Sinon, nous ne remporterons pas la coupe. La vie de Kate est en jeu. Et… j'ai l'impression de la trahir en échouant.
— Tu n'échoues pas.
— Elle… elle ne mérite que le bonheur. Tout est si sombre, si difficile, autour d'elle. Je veux véritablement l'aider.
— Tu le fais déjà. Crois-moi.

Circonspect, Emeric leva le regard vers Terry, qui lui accorda un sourire rassurant.

— Tu es sa lueur d'espoir pour l'avenir.
— J'aimerais le croire, mais je préférerais surtout le prouver.

Ils restèrent immobiles devant le feu quelques instants, leurs yeux se perdant entre les flammes.

— Tu sais, soupira Terry les bras croisés contre lui, un grand homme, du nom d'Albus Dumbledore, a dit un jour : « on peut trouver du bonheur, même dans les endroits les plus sombres… Il suffit de se souvenir d'allumer la lumière. ».

Emeric hocha la tête, touché par ces mots. Mais ces derniers prirent de plus en plus d'écho dans son esprit. Terry le devina en constatant ses yeux qui bougeaient de gauche à droite, signe qu'il cogitait intensément.

— Ce n'est pas vrai ? préféra-t-il s'assurer.
Aguamenti !

Le jet d'eau qui jaillit de la baguette d'Emeric éteignit les bûches dans un sifflement étouffé. La chambre fut entièrement plongée dans le noir.

— … Alors en fait, ce n'était pas ça, le message de Dumbledore ! toussa Terry. Là, il fait très sombre !
Lumos !

La lumière succéda à l'eau et un halo blanchâtre éclaira leurs visages.

— Je t'avoue que je ne te suis pas toujours… concéda Terry.

Mais tout s'éclaircit pour lui quand Emeric passa le rubis devant le rai de lumière. Le reflet rougeâtre de la gemme se projeta sur le mur du fond. Ce qu'ils y virent les stupéfia. Si l'intérieur de la pierre demeurait translucide, la transposition de la lumière affichait en réalité ce qui semblait être une sorte de carte.

— Foutrecouille d'une gargouille… !
— C'est un plan ! s'exclama Emeric. Les… les gemmes donnent un plan !

Il les ramena toutes et les fit léviter au bout de sa baguette lumineuse. Mais toutes étaient mélangées, à la manière d'un puzzle coloré. Terry fonça chercher sa propre baguette dans sa table de chevet pour l'assister en interchangeant la place de certains cristaux pour reconstituer la carte. Hélas, il leur en marquait deux pour compléter le plan.

— C'est… étrange, fit remarquer Terry. Ça n'a pas l'air d'être un labyrinthe, mais il y a beaucoup d'informations…

Emeric essaya de trouver des repères avant de conclure :

— C'est Beauxbâtons et ses alentours !
— Hein ? Comment tu sais ça ? On ne voit pas l'Académie dessus !
— Simple logique ! L'Académie doit être sur une de mes pierres manquantes ! Regarde, là ! C'est notre tour ! Là, les serres ! Là, même, le Colisée !
— Et donc, c'est quoi… une chasse au trésor ?
— Il semblerait !
— Tu penses qu'ils ont disséminé des morceaux de coupe ?

Terry désignait par-là la multitude de petites croix flottantes à certains endroits, une par morceau de carte, soit dix pour Emeric.

— Cela m'étonnerait, réfléchit-il. Mais sûrement s'agit-il d'indices pour deviner l'emplacement de la Coupe…

Il se précipita sur son parchemin et dressa des colonnes, qu'il biffa à certains endroits.

— Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda Terry, qui peinait à suivre son train de pensée, sa baguette toujours levée pour garder le plan lumineux en visu.
— J'essaie de me rappeler ! Les gemmes !
— Oui ?
— Celles qu'ont récoltées Sigrid et Gabrielle !
— Hein ?
— Pour recouper et savoir si nous avons des éléments en commun !
— Quoi ? Mais attends, tu te rappelles de toutes les gemmes qu'elles ont réussi à récupérer ? J'arrive à peine à me remémorer les tiennes !
— J'ai… une bonne mémoire !

Une fois la liste terminée, Emeric afficha ses résultats sous le nez de Terry.

— Regarde ! Nous avons tous des informations uniques ! Par exemple, Sigrid est la seule à avoir une pyrite ! Gabrielle a une citrine, pas nous ! Et moi, le diamant et l'améthyste !
— Et… ça change quoi exactement ?
— Cela va déterminer notre stratégie. Par exemple, l'indice qui se trouve sur la case du diamant, nous sommes les seuls à savoir où il est caché. Quelque part, il est « protégé ». Reste à savoir si on cherche donc à s'emparer des autres en priorité, sur lesquels Sigrid et Gabrielle pourraient mettre la main dessus en premier si on n'arrive pas à temps ! Si Sigrid garde sa mentalité, elle n'hésitera pas à détruire les indices une fois qu'elle les aura consultés. Donc il vaut mieux se concentrer sur ceux que nous avons en commun, qui sont…

Il analysa le plan en plissant des yeux :

— Ce qui semble être le mont, les côtes, les serres botaniques, les jardins et les fontaines, et la bordure sud de la forêt !

Terry resta coi un moment, le temps d'intégrer toutes les informations. Puis, il raisonna :

— Je suppose qu'il n'y a pas besoin de tous les indices pour deviner l'emplacement de la coupe… Seul un certain nombre suffirait. Pour garder l'épreuve ouverte à tous les champions, même ceux qui n'ont pas réussi à tout collectionner, au niveau des gemmes.
— Probablement.
— Tu as un don de logique, Emeric. Je ne lancerai pas aux côtés de Sigrid pour te battre pour des indices… Tu devrais plutôt te concentrer sur les indices du diamant et de l'améthyste. Si cela se trouve, à eux seuls, ils te donneront la solution !
— C'est risqué…
— Plus que d'affronter Sigrid ? Je sais que tu es un très bon duelliste, mais c'est la dernière épreuve. Elle ne te fera pas de cadeau…

Terry n'avait pas tort et il avait bien des raisons d'être inquiet, Emeric devait l'admettre.

— On a une semaine pour se préparer. Investiguer le terrain, même s'ils n'ont pas encore placé les indices. Pour que j'essaie de monter un plan et les étapes les plus rapides pour relier les différents points.
— Tu es avantagé, pouffa Terry.

Emeric le questionna d'un regard interrogateur ; le Poufsouffle haussa des épaules.

— Tu es Animagus ! En étant transformé en chouette…
— En hibou, pour la millième fois, le harfang est un hibou, marmonna Emeric entre ses dents.
— … tu pourras facilement les distancer en vol !
— Sigrid est aussi Animagus.
— Hein, vraiment ? Mais… pourquoi on ne l'a pas vu ? C'est un Animagus ridicule ? Genre, elle se métamorphose en criquet ?
— Elle peut prendre l'apparence d'un aigle.
— Ah, se calma Terry sur cette exclamation. Bon. En fait, elle pourrait te mettre en pièce en plein vol, ce n'est peut-être pas la meilleure idée, l'Animagus, en fin de compte !

Le Serdaigle soupira puis répéta :

— On a une semaine pour se préparer.

D'un habile sortilège, il récupéra les gemmes et les rangea dans sa bourse qui se noua par magie. La chambre restait plongée dans le noir, le Lumos au bout de leurs baguettes respectives.

— Tu vas réussir à te rendormir ? s'assura Emeric.
— Arrêtons un moment de trop nous inquiéter les uns pour les autres, d'accord ? sourit Terry. Bonne nuit, Emeric. Ne cogite pas trop ! Je te connais.

Le Poufsouffle rejoignit son lit et s'endormit en un rien de temps. Il en fallut davantage pour Emeric, qui devait calmer le rythme de son cœur excité. Mais quand il fermait les yeux, il voyait le sourire de Kate, sa malédiction levée grâce à la réunion des artéfacts, dont la Coupe qu'il avait remportée. Tout allait bien se passer…


— Ahhhh ! Le mois de mai !

Moira soupira d'extase en s'allongeant dans l'herbe des jardins.

— J'aime le mois de mai ! Le soleil ! Les fleurs ! Les jolis mecs qui sortent les gambettes !
— Tu parles des jambes parce que c'est la seule partie de leur corps que tu peux voir de ta hauteur ?
— Je t'emmerde, Dawkins. Non, honnêtement. J'ai rien à redire sur le mois de mai !
— C'est le dernier mois avant les examens, rappela Scarlett en marmonnant, le nez dans un livre de sortilèges.
— Fais pas ta rabat-joie !

Moira et Scarlett reflétait tout à fait le tiraillement intérieur de Kate. Elle souhaitait profiter des rayons du soleil pour lambiner dans le parc, mais les ASPICS allaient se dérouler dans quelques semaines. Beaucoup d'élèves de leur classe profitaient de leur temps libre pour réviser quand ils ne stressaient pas pour les examens blancs que Wolffhart leur réservait pour le lendemain. Mais les amies de Gryffondor avaient décidé de s'accorder une heure de pause bien méritée dans l'après-midi, hormis Scarlett qui ne se détachait pas de ses obligations scolaires. Suzanna capturait le moment par quelques photos. Kate avait ramené une boîte de Papillo Papilles qu'elle avait mis au milieu pour la partager. Maggie, cependant, s'était montrée raisonnable. Sa grossesse, qui ne passait désormais plus inaperçu, la rendait étrangement responsable.
La fameuse question ne tarda pas à éclater :

— Maintenant que vous savez que c'est une fille, vous avez des idées de prénoms ?
— Demandez à mon père, ricana Kate, il est expert pour les prénoms nazes.
— Ah ?
— Tu ne te rappelles pas ? Pour ma sœur, il voulait l'appeler Justice !
— Ah oui, c'est vrai ! C'est si vieux, cette époque.
— C'était il y a cinq ans. Merlin, ma sœur a cinq ans… Le temps passe si vite.
— Et donc ? insista Suzanna en revenant sur son interrogation initiale.
— Moi je propose… Queen Moira ! lança la concernée, allongée dans l'herbe.
— Au mieux, ça sera le prénom de la matriarche des gnomes de mon jardin, rétorqua Maggie. Elle n'a plus que deux dents et il me semble qu'elle développe même une barbe.
— Tu sais ce qui t'attend avec la vieillesse, comme ça !
— Alors, alors ! s'impatienta Suzanna.
— Eh bien…

Maggie rougit avant de se confier :

— On hésite encore entre prénom moderne ou quelque chose de plus ancien, plus mythologique. On avait pensé à Emilia, Sabrina… ou peut-être Trivia, Vesta…
— Bref, un prénom qui finit par –a !
— Excellent choix, les prénoms qui finissent par –a ! souligna Moira, en embrassant ses doigts pour théâtraliser son accord.
— Mais on s'est… possiblement arrêtés sur un choix. Enfin, si Diggle est toujours d'accord.
— On a le droit de savoir ?
— Epona. C'est… le nom de la Déesse du temple où on a été, à la St Valentin.
— Sympa de lui donner le nom de la Déesse qui a assisté à sa conception !
— Moira, c'est dégueulasse ! la rabroua Suzanna.
— Oui, pardon, la plaisanterie était de trop ! Non, sérieusement, Boucle d'Or, je trouve que c'est très joli.
— Moi aussi, approuva Kate. Vous avez très bien choisi.
— Merci…
— Epona Diggle, j'espère que tu es au courant de ce qui t'attend, soupira Scarlett dans un petit sourire en coin. Tu risques d'en voir des vertes et des pas mûres.

Cela fit doucement rire Maggie, qui caressait son ventre d'un air rêveur. Kate se fit la réflexion que la maternité lui irait mieux qu'elle ne l'aurait sûrement imaginé. Sa meilleure amie ne lui avait jamais semblé aussi sereine, aussi posée, moins colérique et impulsive. Quelque part, elle regrettait certains aspects de ce qui avait toujours caractérisé la Gryffondor, mais elle devait se faire à l'idée que tout cela faisait partie d'un même changement, le temps passant.
Quelques minutes plus tard, un trio de filles de Beauxbâtons, de la classe de Rose d'Argent, passa non loin de là. Elles les entendirent pouffer, grimacer, murmurer entre elles avant de pouffer de rire. Kate fronça les sourcils ; Moira se redressa en soupçonnant des moqueries. Mais pour une fois, ce ne semblait contre elles qu'elles étaient adressées : depuis que la grossesse de Maggie était officielle et plus visible, de nombreuses rumeurs avaient circulé à son compte, et certainement pas les plus reluisantes… Au quotidien, beaucoup encore lui accordaient des regards de jugement.

— Sérieux, elles ne peuvent pas passer à autre chose, grommela Kate.
— Est-ce un mal caractéristique de ce siècle ? demanda Maëva, invisible, mais toujours observatrice.
— Laisse tomber, elles ne méritent pas d'attention, rejeta Maggie, amère.
— Tu rigoles, j'espère ! Il y a quelques mois, tu leur aurais sauté dessus pour leur péter un scandale !
— Eh bien, on va s'en occuper nous-même, tiens !

Sans crier gare, Moira se leva et se dirigea en direction du petit groupe. Scarlett et Maggie pâlirent ; Suzanna pressentit le bon moment pour dégainer son appareil photo ; prudente, Kate rattrapa son amie. La Gryffondor les interpela en arrivant près d'elles :

— Hé, les gonzesses, vous avez quelque chose à dire, peut-être ?
— On ne se connaît pas, pour qui tu te prends de nous appeler comme ça ? s'exclama une jeune fille, outrée.
— Pour quelqu'un qui en a ras-le-bol que sa copine en prenne plein la tronche. Vous ne pouvez pas passer à autre chose et laisser les gens tranquille ?
— D'un côté, elle l'a un peu cherché, ta copine.
— Ah ouais ? Et ma baguette dans ton œil, tu la cherches aussi ?
— Moira ! tenta de l'arrêter Kate, pressentant que la situation allait dégénérer.

La plus grande fille du groupe, une belle rousse toute fine, lâcha avec un air présomptueux :

— Si ton amie ne voulait pas être vue comme une bête de cirque, elle n'avait pas qu'à se faire le premier mec venu.
— Mais… vous ne connaissez rien de sa vie ! fit remarquer Kate.
— Peut-être. Mais on sait très bien ce qu'elle deviendra, comme toutes ces filles faciles et ratées. Une mégère avec plein de mioches. Un véritable cas social. Il faudra pas venir pleurer après, c'est trop facile… J'ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Vous, les britanniques, vous ne savez vraiment pas vous prendre en main. Vous êtes à la hauteur de votre réputation : rustres et irresponsables.
— Je ne sais pas quelle est la réputation des françaises, rétorqua Moira, mais toi, t'es carrément une casse-burne haut niveau.

Les trois filles préfèrent rire de l'insulte et poursuivre leur route.

— Allez donc rejoindre votre amie la salope.

Cette fois, le sang de Kate ne fit qu'un tour et elle attrapa l'épaule de la rousse pour la retourner brusquement.

— Tu viens de dire quoi ? susurra-t-elle, menaçante.
— Tu m'as très bien entendue. Et si ça t'énerve à ce point, Whisper, c'est que ça doit être vrai. Après tout, tu es toi-même celle du champion de ton école…
— Ok, ça va trop loin, décréta Moira qui sortit sa baguette magique.
— Ahhh, j'ai peur ! surjoua l'élève de Beauxbâtons. Une naine avec un bout de bois ! Et tu vas faire quoi, exactement ? Me…

Personne ne saisit l'action suivante tant elle fut rapide. L'élève de Beauxbâtons fut soulevée dans les airs et fut jetée dans la fontaine, à une dizaine de mètres de là.

— Kate ! s'écria Moira. Qu'est-ce que tu as fait ! Tu aurais pu me la laisser !
— Ce… ce n'est pas moi ! trembla Kate, craignant que son Immatériel lui ait échappé à nouveau.
— Bande de malades ! hurla l'une des filles de Beauxbâtons en accourant vers son amie, qui s'extirpait de l'eau, sous le choc, en toussant.
— Françaises dégénérées.

Ces mots, prononcés avec l'âpreté caractéristique de sa langue natale, avaient été prononcés par Sigrid, sa baguette encore au bout de son bras. À côté d'elle, Vilma avait observé la scène avec une indolence amusée.

— C'est toi qui as fait ça ? lui demanda Kate.
— Elles l'ont bien cherché, non ?
— Certes, mais…
— Bon. Alors, je ne vois pas de quoi il faudrait débattre.

Elle rangea sa baguette magique dans son uniforme de Durmstrang et passa son chemin.

— Ne lui en veux pas, elle n'est pas dans un bon jour, lui glissa Vilma en passant près d'elle, lui adressant un vif clin d'œil.

Kate les regarda s'éloigner, tandis que Moira rejoignit les autres Gryffondor, gardant un œil suspect vers les filles de Beaubâtons qui s'en allaient trempées en vilipendant. Sa curiosité vis-à-vis du comportement de Sigrid prit le dessus et elle rattrapa les deux élèves de Durmstrang.

— Alors… ? Prête pour la dernière épreuve ? s'immisça-t-elle, feignant l'innocence.

Sigrid la fusilla du regard, ce qui le refroidit immédiatement. Au moins, elle avait une partie de sa réponse ! Vilma grimaça :

— On… se prépare à toutes les éventualités, dirons-nous !

Elles n'étaient donc pas parvenues à craquer le code des gemmes… Emeric possédait clairement une avance, sans compter qu'il était celui, parmi les trois champions, qui en détenait le plus.

— C'est plus prudent, en effet !

Mais son sourire en disait trop et Kate se rendit compte qu'en voulant s'informer, elle leur avait donné en retour trop de renseignements…

— Emeric a trouvé, n'est-ce pas ? demanda Sigrid d'une voix glaciale, en stoppant son pas devant Kate.
— Je… Peut-être, il a une piste en tout cas ! bredouilla-t-elle.
— Baümchen est très intelligent, fit remarquer Vilma en plissant des paupières pour juger Kate, ça ne m'étonnerait pas qu'il ait percé le secret des gemmes.
— Comment a-t-il fait ?
— Mais… je n'en sais rien, moi ! J'essaie de rester en dehors de tout ça !

Sans prévenir, Sigrid sortit sa baguette magique dans l'ombre de sa cape rouge et la pointa sur Kate, qui pâlit.

— Je pourrais te torturer pour te faire parler et me dire tout ce que tu sais…

La Papillombre devina à la mine légèrement inquiète de Vilma que la Volvä ne lançait pas tout à fait ces paroles en l'air…

— Tu m'as habituée à mieux, Sigrid, articula Kate, gardant son sang-froid. Un match de boxe, par exemple. Ou mesurer mon Immatériel à tes pouvoirs antiques. Mais me menacer avec une baguette au milieu d'un parc, vraiment ?

Sigrid renâcla, levant le menton, avant de se raviser. Vilma en soupira de soulagement.

— Ça te tient vraiment à cœur de gagner ce tournoi, observa Kate, lucide. Au point d'en arriver à ce genre d'extrême…

Elle se souvenait que Sigrid était capable de tout durant les épreuves, y compris de laisser l'otage qui lui était assignée captif pour se concentrer sur les cristaux à récupérer. Elle avait fait preuve de violence, d'agressivité, comme jamais auparavant. Ces traits ne lui appartenaient pas réellement. Kate savait la Volvä sage et posée, bien que sèche. Mais cette année et ce tournoi lui avaient donnée une autre facette et quelque chose, une vérité plus difficile à admettre, se cachait par-dessous :

— C'est sa seule chance, Kate, lâcha Vilma, en espérant qu'elle comprenne par ce sous-entendu.
— Sa seule chance de quoi ?
— Je pense que tu peux comprendre.
— Je manque d'informations…
— Réfléchis.
— Non, vraiment, je…
— C'est par rapport à Lyov.

Sigrid avait sèchement lâché ces mots, plantant ses yeux de glace dans ceux de Kate.

— Par rapport à sa famille, si on veut être plus précis, ajouta Vilma.

Imbriquant les éléments dans son esprit, Kate commençait à comprendre. Comme Emeric le lui avait expliqué, Lyov était issu d'une haute lignée russe, connue pour exercer une emprise puissante sur le pouvoir du pays. À plusieurs reprises, il avait échappé à des tentatives d'assassinats en représailles. Même s'il n'était que le benjamin de sa famille, Lyov restait un membre de ce cercle fermé, destiné à hériter des responsabilités mais également des forfaits que commettaient ses proches dans l'intérêt de leurs affaires.
Kate se souvenait que, pendant la Coupe de Quidditch, Sigrid et lui projetaient de partir en vacances à l'étranger, sous couvert d'une excuse. Leur relation restait encore secrète aux yeux des Miloslavski, et certainement réprouvée de nature. Même si elle descendait d'une noble famille de Volvä, Sigrid n'avait pas la moindre goutte de sang russe et ne présentait aucun intérêt stratégique pour eux, qui préféraient, par les mariages, former des alliances entre familles influentes. C'était ainsi qu'Irina Ivanov, la terrible Auror, avait dû se fiancer contre son gré avec Andrei, le frère aîné de Lyov.

— Gagner le Tournoi des Trois Sorciers te permettrait… d'être dans les petits papiers de la famille de Lyov ? décrypta Kate, prudente.
— C'est plus complexe que ça, grogna Sigrid.
— Tu me permets que je lui explique ? demanda Vilma, conciliante.

La suédoise souffla de nouveau et leur tourna presque le dos, rejetant ses multiples tresses blondes derrière son épaule d'un coup de tête. Vilma se positionna face à Kate et prit quelques secondes pour chercher ses mots, les paumes collées.

— Disons que… les parents de Lyov ont découvert que lui et Sigrid sortaient ensemble. Et pas depuis hier.
— Ils l'ont mal pris ?
— Ils… ont envisagé d'éliminer Sigrid avant que Lyov ne leur fasse comprendre que cela était peut-être un peu trop excessif ! Mais ils ont émis des conditions. C'était au début de l'année, juste à l'annonce de l'organisation du Tournoi des Trois Sorciers. Alors, pour rire, ils ont dit que la seule manière pour Sigrid d'être acceptée serait de le remporter. Déjà, ils ne s'attendaient pas vraiment à ce qu'elle soit vraiment choisie par la Coupe de Feu ! Mais ils ont fait une promesse. Si Sigrid gagne le trophée, alors elle pourra rester avec Lyov, sinon…

Elle termina sa phrase par un soupir.

— Tu sais, les parents de Lyov ont déjà une fiancée sous le coude et ils n'attendent que la fin de ses études pour le mettre aux affaires.
— C'est… Bordel, mais quelle horreur ! Quels parents peuvent faire ça ?
« Ceux de Maggie, aussi », lui murmura sa conscience.

Les sorciers restaient encore, pour certains, ancrés dans leurs traditions ancestrales qui dénotaient avec le modernisme dans lequel évoluait les nouvelles générations, habituées à la liberté, l'expression d'opinions, le droit d'aimer, d'expérimenter, de rêver…

— Tout repose sur cette quatrième épreuve et sur cette coupe, appuya Vilma. Sigrid doit rapporter le trophée ou bien…

De nouveau, elle ne finit pas ses mots. Kate étudia avec compassion le profil peiné de Sigrid, qui n'en laissait paraître qu'un froncement de sourcils que la Papillombre avait su décrypter. Elle se mettait à sa place et comprenait désormais. Sigrid s'armait peut-être d'une épaisse carapace, mais elle n'en était pas moins capable d'aimer. Kate s'imagina un instant l'hypothétique situation où les parents d'Emeric auraient mis au-dessus de sa tête une telle clause, sous peine de stopper leur relation du jour au lendemain ; cela lui paraissait impossible.
Tout à coup, son besoin de remporter le Tournoi pour ramener la Coupe de Feu à Poudlard lui parut être une envie purement égoïste. Elle n'était pas la seule pour laquelle la victoire avait des enjeux.

— Je vais t'aider.

Ces mots percutèrent Sigrid, qui tourna une expression surprise vers Kate.

— Je vais t'aider, répéta-t-elle, autant que tu as su m'aider moi. Je vais essayer de trouver une solution, je te le promets…

Reconnaissante, mais incapable d'exprimer ses émotions avec des mots, Sigrid hocha la tête.

— Kate, que comptes-tu faire exactement ? se soucia Maëva quand la jeune fille se dirigea vers la tour réservée aux élèves de Poudlard.
— Ce sont mes affaires.
— Tu ne peux pas laisser la victoire à Sigrid pour une triste histoire de cœur ! Oui, c'est une tragique histoire, mais tu crois que le trophée résoudra tout pour eux ? Tu as besoin du Graal !
— Pour quoi, ouvrir votre tombeau ?

Kate s'était montrée plus sévère ; elle n'aimait pas que la reine s'adresse à elle comme une enfant.

— Et vous libérer ? Parce que c'est ça que vous attendez par-dessus tout, n'est-ce pas ?
— Tu ne comprends pas, Kate. Toutes les répercussions que cela pourrait avoir. Tu es en danger, tes amis aussi ! Tes proches, ta famille, ceux que tu aimes !
— Ah, voilà les menaces et le coup de la peur, maintenant… C'est de plus en plus jo-jo !
— Tu es prête à prendre le risque pour espérer sauver l'espoir d'une amourette ? Tu vas tout abandonner là, après tout ce qui a été déjà fait ?
— Je n'ai pas parlé de céder la victoire à Sigrid. J'ai parlé de l'aider, c'est différent.
— Je ne saisis pas la nuance…

Cette fois, Kate l'ignora. Cela ne méritait pas de réponse.
Sans surprise, elle retrouva Emeric dans sa chambre, occupé à réviser une dernière fois ses cours pour les examens blancs du lendemain ; Terry était parti revoir ses leçons avec ses amis de Poufsouffle. Tous les deux discutèrent de la situation de Sigrid. Quelquefois, avec des haussements de voix et des semblants de dispute, d'autres, de manière plus conciliantes, assis tous les deux sur le lit.
Malgré la demi-heure de débat, ils ne furent toujours pas d'accord sur la marche à suivre :

— Je ne peux pas laisser la victoire à Sigrid, tu as autant besoin de la Coupe de Feu qu'elle.
— Sigrid n'a pas besoin de la Coupe de Feu. Elle s'en fiche qu'elle revienne à Durmstrang. Non, il faut simplement qu'elle remporte le Tournoi. Quitte à ce qu'après, on aille récupérer la Coupe de Feu dans le Nord, ça m'est égal !
— Personne ne sait la localisation exacte de Durmstrang. Et vraiment ? Voler la Coupe de Feu dans l'école la plus dangereuse d'Europe ?
— J'ai connu pire !
— … oui, je veux bien te croire.

Il soupira en tapant sur ses jambes :

— Mais non. Je n'ai pas fait tout cela pour rien. Je n'ai pas manqué de mourir à chaque épreuve pour laisser Sigrid gagner. Peut-être qu'elle obtiendra la victoire d'elle-même, peut-être que c'est moi qui remporterai le trophée… Cela reste un tournoi. Une compétition. Comme dit l'adage : « que le meilleur gagne ».

Cela ne convainquit pas Kate, qui se leva en soupirant.

— Pense un peu à toi, à nous, Kate, avant de penser aux autres, lui lança-t-il, entre agacement et désir de la rassurer.

Elle s'éloigna et passa en revue les cours étalés sur le bureau d'Emeric, en vue des ASPICS blancs du lendemain. Ses cours étaient si bien organisés, notés, triés. Rien ne dépassait. Sauf le Cri de la Gargouille du jour. Lui préférant son homologue britannique, Kate ne s'était pas tenue informée des dernières nouvelles françaises dans le monde des sorciers. Le journal était replié, à l'envers, comme déjà lu, mais un encart attira son attention. Elle pivota la tête pour le lire dans l'autre sens.

« Les sorciers se volatilisent-ils ? Inquiétante disparition d'un sorcier de 27 ans, en Savoie. Il s'agit de la dix-huitième en deux mois sur le territoire français. Pour consulter l'article, rendez-vous p14. »
— Tu es prête pour demain ?

La question d'Emeric – qui la pensait relisant ses notes – l'arracha de ses pensées. Il faisait bien sûr référence aux examens qui les attendaient.

— Je pense… C'est difficile de raccrocher, au milieu de tout ça. Je n'ai pas vraiment la tête à travailler…

Elle n'osait pas lui dire qu'obtenir ses ASPICS n'était pas une priorité si elle ne pouvait pas se projeter au-delà de l'éclipse. Emeric était trop bon élève pour accepter cette excuse ! Elle devait, au contraire, croire en l'avenir.
Kate se rendit compte à quel point elle manquait de confiance une fois devant sa copie de sortilèges, le lendemain. Toutes les formules s'emmêlaient dans sa tête, quand bien même elle les avait apprises. Sans compter que Maëva, plantée à côté d'elle, ne l'aidait pas à se concentrer !

— Vous pourriez au moins m'aider ! siffla Kate à voix basse, pour ne pas se faire attraper par Wolffhart qui sillonnait les rangs.
— Je suis une druidesse, rappela Maëva, pragmatique, en haussant les épaules. À mon époque, on n'avait pas besoin de baguettes magiques ou de formules pour pratiquer la magie.

Kate grommela dans sa barbe, se massa la tempe et tenta de se concentrer sur sa copie.
Elle se rattrapa comme elle put sur l'examen de potions, constitué de recettes à trous. Wolffhart avait été malin et avait même effacé certaines étapes, ou inversé des unités de mesure qu'il était nécessaire de convertir.
Cette première journée d'épreuves écrites lui retomba comme une pierre dans l'estomac à la sortie : elle n'était certainement pas prête pour les conditions réelles ! Aussi, elle passa sa soirée à réviser à la bibliothèque de l'Académie. Elle ne se laissait pas distraire par les petites sculptures d'anges animées au sommet des colonnades baroques. Au calme dans son box, ses cours éclairés par les lumières colorées de sa lampe aux verres découpés dans un style art nouveau, Kate potassait sans relâche. L'endroit se vida petit à petit. Quelques irréductibles tentait de garder le cap, mais ils devaient être trois au maximum à persévérer dans leurs révisions nocturnes.
Une sorcière, que Kate crut être l'une des bibliothécaires, car chargée de livres qu'elle faisait léviter par magie, sa canne de l'autre main, s'arrêta devant son alcôve, composée d'arches blanches torsadées.

— Je… j'ai bientôt fini ! bredouilla Kate, déstabilisée à l'idée de devoir tout remballer. Laissez-moi juste… trois minutes !

En tentant de rassembler ses affaires, elle renversa sa bouteille d'encre sur ses parchemins et jura. Un sortilège rembobina l'erreur ; Kate leva un regard remerciant vers la sorcière qui venait de sauver son cours d'astronomie.

— Pardon, je… suis très maladroite !
— Je sais. Ceci n'est point une nouveauté à mon égard, Miss Whisper.

Cette manière d'articuler, ce choix de mots… Il n'y avait aucun doute. Le regard de gratitude de Kate s'assombrit de mépris. La sorcière referma le lourd rideau de velours bleu ciel avant de révéler sa véritable nature. Sa canne s'éclaircit et regagna sa teinte de bois blanc d'origine.

— Vous ne me manquiez pas, siffla Kate en se rasseyant, faisant mine de s'intéresser de nouveau à ses cours plutôt que de lui prêter une minute d'attention de plus.
— Votre sollicitude m'émouvra toujours.
— Ce parasite…

La remarque venait cette fois de Maëva. Kate se souvenait de leur première rencontre chez Fleury&Bott, lors de la séance de dédicaces du journaliste. À cette époque, l'ancienne reine, beaucoup moins accorte, avait proposé de le tuer pour le punir de son insolence. Kate et Maëva étaient désormais d'accord pour dire d'Orpheus qu'il n'était qu'un indésirable qui ne méritait que leur dédain.

— Voici bien des mois que nous n'avions pas eu l'occasion d'échanger quelques paroles !
— Au risque de me répéter : vous ne me manquiez pas.
— Tu sais, Kate, un coup d'Immatériel, et sa présence est réglée…
— Je vois… Écoutez, miss Whisper.

Orpheus se racla la gorge et avança, avec une voix plus basse.

— Croyez-moi, j'aurais préféré vous retrouver dans des circonstances plus réjouissantes.
— Que venez-vous m'annoncer, encore ? préféra-t-elle railler, en retournant son parchemin pour poursuivre son semblant de lecture. Un retourneur de temps ? Un vous du futur ? Le combientième, cette fois ?
— Gardez pour vous votre sens inné de la dérision et écoutez-moi !

Cette fois, Orpheus lui parut soudainement plus tendu. À la lueur de la belle lampe française, Kate reconnut sur son visage une expression de peur. Elle ne devait pas prendre cela à la légère.

— Je préférerai cent fois vous rendre une simple visite de courtoisie mais la situation ne me le permet pas. J'encours des risques en m'infiltrant dans l'Académie, je suis là pour vous avertir d'un terrible danger.
— Electra ? devina Kate.

Elle se souvenait que la Sorcière Bleue l'avait eu un moment à sa solde, quand elle exerçait encore des menaces sur lui et sur son supposé fils. Peut-être étaient-ils toujours en lien ? Peut-être avait-elle de nouveau une emprise sur lui ?
Orpheus blêmit, retirant son chapeau beige qui libéra ses boucles brunes ; elle avait visé juste.

— Vous n'imaginez pas ce qu'elle prépare…
— Vous avez des nouvelles d'elle ? Vous l'avez vue ? Parlez !

Kate s'était mise à crier et le journaliste la ravisa d'un geste de la main pour ne pas éveiller les soupçons dans la bibliothèque.

— Je ne l'ai pas saisie de mes propres yeux, mais rappelez-vous : je suis journaliste, l'investigation est mon domaine d'expertise. J'ai corrélé mes recherches et mes conclusions se présentent sous des aspects… pour le moins terrifiants.
— C'est-à-dire ?

Les paumes collées autour de sa canne, Orpheus s'approcha.

— J'ignore si vous êtes familière avec les actualités françaises mais… un certain nombre de sorciers et de sorcières ont disparu. Et ce n'est, à mon avis, qu'une maigre estimation.
— Vous pensez qu'elle les a… assassinés ?
— Pensez plus grand, miss Whisper. Pensez au passé, à ce qu'elle a pu entreprendre. Pensez à ce qu'elle est capable de réaliser avec ses pouvoirs…

L'idée jaillit dans l'esprit de Kate, si limpide qu'elle se demanda comment elle n'avait pas pu faire le lien plus tôt.

— Elle utilise son Allégeance sur eux ! Elle… elle…
— Elle se constitue une véritable armée, résuma Orpheus, grave. Et là, il n'est plus question d'étudiants américains, comme il y a trois ans en arrière. Nous parlons de sorciers gradés, dangereux. Les Mangemorts qui se sont échappés d'Azkaban avec elle ? Croyez-moi, ils n'auront pas de pitié… Même s'ils restent sous son joug, ils se déchaîneront.
— Sur qui ? Sur moi ?
— Sur tout le monde.
— Vous pensez qu'elle compte attaquer l'Académie ?
— Je ne pense pas, miss Whisper. Je l'atteste.

La certitude qu'affichait Orpheus déstabilisa Kate. Maëva remarqua son désarroi.

— Cet homme est un opportuniste, Kate ! Peut-être cherche-t-il à te piéger, à te faire peur pour provoquer une réaction chez toi ! Il cherche le scoop !

Mais Kate scrutait les yeux bruns d'Orpheus et il lui semblait y lire une peur fondée. Lâche comme il était, il craignait pour sûr les représailles si cette attaque aboutissait. Electra ne lui avait probablement pas pardonné son changement de camp soudain…

— Des dizaines, des centaines de sorciers, que l'Allégeance rend fou, rend invulnérable contre la peur de mourir… Les imaginez-vous déferler sur Beauxbâtons ? Cette vague meurtrière, ravageant tout sur son passage ? N'ayant aucune limite, ne faisant preuve d'aucune clémence tant qu'Electra n'aura pas mis la main sur vous ? Ils détruiront tout, ne laisseront personne se dresser devant eux. Ils tortureront des innocents. Electra Byrne aura sa vengeance en s'en prenant à eux.
— Vous proposez quoi, alors ? Que je me rende ?
— Hors de question !

Brusquement, il bondit vers elle et s'agenouilla, dans une pose d'imploration.

— Faites preuve d'une extrême vigilance et prenez vos précautions. Préparez autant de Portoloin que possible, même plus que nécessaire. Anticipez des portes de sortie, autant pour vous que pour les autres.
— Je ne peux pas faire ça seule ! Je dois prévenir Harry Potter, les Aurors et…
— Vous croiront-ils vraiment ? grimaça-t-il. Permettez-moi d'en douter.
— Ils me font confiance, désormais ! Ils me l'ont dit !
— Avez-vous une preuve pour leur démontrer qu'Electra attaquera ?
— Vous vous foutez de moi ? C'est vous qui vous pointez ici comme une fleur en m'annonçant ça ! Je veux bien faire l'effort de vous croire ! Vous êtes ma preuve !
— Grand honneur que vous m'accordez, j'en conviens. Mais au moins, que feront-ils s'ils vous croient ? Ils feront évacuer toute l'Académie pour la bouger ailleurs ? Et même si cette solution était envisageable, cela ne ferait que reporter l'échéance, transporter le problème ailleurs.
— Vous préféreriez quoi, au juste ? Que tout le monde se fasse massacrer ?
— Qu'elle soit prise au piège. Vous connaissez l'Académie, maintenant. Avec la fin du Tournoi, de hauts dignitaires et des Aurors seront bientôt là.
— Ils ne seront là qu'une journée. Et Electra ne serait pas assez stupide pour attaquer à ce moment-là !
— Et pourquoi pas ?
— Beaucoup de monde !
— Beaucoup de monde, réuni au même endroit…
— Je serai dans la foule ! Ça sera impossible de m'atteindre !
— Qui vous dit qu'elle cherchera à vous atteindre en premier ? Qu'en sera-t-il de Mister Beckett, élancé dans sa folle chasse au trésor ?

Il ne put réprimer un sourire crâne.

— J'ai réussi à obtenir l'information d'une manière assez délictueuse mais je ne doute pas que votre ami ait percé le secret des gemmes pour découvrir la nature de cette épreuve.
— Elle est au courant qu'il est un cambion, marmonna Maëva, sombre, qui commençait à porter créance aux dires d'Orpheus. Emeric risque d'éprouver beaucoup de stress pendant l'épreuve finale. Il marchait sur la limite, les dernières fois. Si Electra le pousse à bout, il pourrait céder. Et dans ce cas…

Cette perspective terrifia Kate, mais Orpheus reprit, enfermé dans l'ignorance de ce fait :

— Il ne serait pas incohérent qu'Electra Byrne décide d'attaquer l'Académie le jour de la tâche finale. Prenez vos dispositions. Protégez-vous, de même que vos amis, que les autres élèves. Dans le meilleur des cas, les Aurors sur place seront en mesure de la neutraliser.
— Et combien mourront ?
— Des gens mourront, de toute façon.

Ses mots graves firent écho à ce que lui avait avancé Wolffhart l'année précédente : les gens, autour d'elle, étaient, quelque part, prêts à mourir. Des sacrifices allaient devoir s'accomplir à cause de ce qu'elle représentait. Un lourd fardeau qu'elle refusait d'accepter…

— Vous avez désormais toutes les cartes en main, miss Whisper. Sachez trouver parmi elles vos meilleurs atouts et planifiez votre prochain coup.

Il se leva et replaça son chapeau sur sa tête, prêt à partir, quand Kate l'arrêta.

— Serez-vous là ? Le jour de la dernière épreuve ?

Le journaliste se retourna, intéressé. Le visage fermé, la jeune femme poursuivit :

— Vous ne manqueriez pas cela… à moins que vous ne soyez trop lâche pour être dans les parages.
— Moi et ma supposée couardise figureront dans les gradins, promit-il.
— Et si Electra attaque, combattrez-vous de notre côté ou du sien ?
— Du côté où va ma foi.
— Faible réponse, susurra Maëva. Il ira dans le camp des vainqueurs, tant que cela l'arrange pour sauver sa peau.
— Vous me dégoûtez, lâcha Kate.

Orpheus se racla discrètement la gorge et, comprenant qu'il n'était pas retenu, disparut derrière le rideau après une courte inclinaison.

— Tu vas l'écouter ? l'interrogea la druidesse.
— Il n'a pas tort, répondit-elle à voix basse pour ne pas être repérée. Je ne perds rien à prendre mes précautions.

Elle travailla machinalement un coin de parchemin, au point d'en déchirer le bout.

— Vous pensez que c'est vrai ? Des gens mourront ?
— J'espère que l'issue te sera plus favorable que cette sombre hypothèse.

Puis, Kate passa le parchemin au-dessus de la flamme de la lampe à huile et le regarda se consumer devant ses yeux. Les cendres s'envolèrent au-dessus de ses doigts et de la table. Elle demeura un moment passive, devant sa main, recouverte de fines particules grises, plus sombres que l'Immatériel qui luisait habituellement à la surface de ses doigts.

Elle marmonna alors les premiers mots qui lui vinrent à l'esprit et prononça en latin, à la manière d'une obscure formule, qu'elle considérait comme une sorte d'imprécation :

— Alea jacta est…


VOILA !

Je publierai le chapitre 18... je ne sais pas quand ! Et ensuite... PAUSE. Parce les chapitres 19 et 20 (QUI SONT LES DERNIERS, OMG) seront postés en même temps ! Donc ça pourrait prendre un peu de temps. MAIS OMG VOUS N'ÊTES PAS PRÊTS. ET JE NE SUIS PAS PRÊÊTEEEE !

Retrouvez-moi en salon prochainement :

A Mennecy (région parisienne) les 1er et 2 février A Lyon, pour Yggdrasil Indoor, les 22-23 février

J'y serai en dédicaces avec tous mes bouquins et les lecteurs de LMA seront gâtés, hhéhéhé !
ALLEZ. Je retourne écrire la suite. Non non non, vous n'êtes pas prêts... !

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