Chapitre 8


"Do you think the universe fights for souls to be together?

Some things are too strange and strong to be coincidences."

Emery Allen


- Ne retirez pas le bandage avant douze heures.

Winslow et Leslie étaient à ranger tout leur attirail médical. Leur travail ici était fait, ils ne s'attarderaient pas plus longtemps. Ainsi ils menaient leur petite affaire, ainsi on ne les retraçait pas.

Lena et Kara étaient chacune assise dans leur fauteuil de dentiste, des pansements entourant leur crâne, couvrant leurs yeux de manière opaque.

Kara, étourdie et confuse, leva la main et la porta à sa tête, touchant les gazes à tâton. Le docteur lui saisit le poignet et le repoussa vers le bas, ce qui la fit chanceler.

- Si vous le retirez avant ce délai vous serez aveugle. C'est compris?

Aucune réaction.

Il donna un coup de pied sur la chaise de Lena qui sursauta, elle n'était plus autant dans les vapes, n'ayant eu qu'une dose d'analgésiques.

- Oui c'est compris!

- Je vois qu'au moins une de vous deux est plus réveillée, ein Danvers?

Il ricana.

- Bon alors, mon petit conseil de médecin spécialiste, buvez beaucoup d'eau, et si vous êtes le genre de mademoiselles sophistiquées, sachez qu'il y a des glaçons dans le congélo pour accompagner l'eau de source des glaciers du robinet rouillé.

Leslie, qui avait maintenant terminé de tout empaqueter, vint les prendre toutes deux par la main pour les conduire des chaises au divan-lit qui avait été ouvert, muni de draps et d'oreillers.

- Comment je trouve la salle de bain, marmonna Kara.

Winslow lui lança deux cordes sur les genoux que son assistante avait déroulées dans l'appartement peu de temps avant.

- La salle de bain, c'est celle-là.

Il donna de petits coups sur la corde alors que Kara venait de les prendre dans ses mains.

- Ouai, c'est ça dans ta droite. Et la cuisine, c'est celle de gauche.

Kara hocha la tête et se laissa tomber sur le dos. Lena ressenti les ondulations des ressorts, n'osait imaginer de quoi avaient l'air les draps, mais sentait que le lit l'appelait, la fatigue la gagnant tout d'un coup. Comme si on l'avait réveillé d'hibernation, le sommeil la rappelant à lui.

Lena s'étendit à son tour et passa ses doigts à ses yeux la démangeant.

Un coup de pied sur le lit le fit trembler en entier.

- Ne vous grattez pas. NE VOUS GRATTEZ JAMAIS!

Il soupira en les regardant toutes les deux, si belles et si vulnérables. Leslie déverrouilla la porte et le bruit de la chaînette le ramena de sa rêverie malsaine où il se laissait aller.

- Davay uydem otsyuda, dit Leslie en secouant la tête de découragement, connaissant ses penchants déviants.

Il se gifla violemment et inspira un bon coup. Elle avait raison. Winslow, alla ouvrir une de leurs mallettes et en sortit quelque chose ressemblant à un énorme stylo gris.

- Comme nous sommes de bons vieux copains Danvers, je vais vous donner un bonus qui pourra vous être utile à toutes les deux.

Il prit le bras de Kara et la força à s'asseoir. Il mit le dispositif dans sa paume et referma ses doigts autour des siens avant de s'accroupir devant elle.

- C'est une enzyme paralysante momentanée. Vous devez vous shooter avec cette merveille juste ici.

Il approcha leurs mains jointes sous le menton de Kara.

- Attendez qu'est-ce que vous faites, demanda Lena en se redressant à son tour, cherchant Winslow de ses mains tendues vers l'avant.

Il se tourna vers Lena et ouvrit la bouche, attrapa un de ses doigts qu'il lécha en entier. Elle ramena son bras prestement et le repoussa de son pied. Il tomba à la renverse et rit à gorge déployée alors qu'elle affichait une mine dégoûtée et horrifiée.

- Un délice ma chère, un délice!

Il se releva d'un bond, alla empoigner la gorge de Lena et claqua ses dents à quelques centimètres de son oreille, puis la poussa à la renverse sur le lit. Winslow, retira ses bretelles mais avant qu'il ne puisse enchainer avec sa ceinture, il sentit la pointe d'une aiguille sur son cou, le souffle de Leslie qui le menaçait de lui injecter nul sait quoi.

- dazhe ne dumay ob etom, murmura Leslie derrière lui.

Il ricana à nouveau et leva les mains en l'air, ce qui fit reculer son assistante.

- Ça va, ça va!

Winslow fit un clin d'oeil à Leslie qui retournait près de la porte sans le quitter des yeux. Il se pencha auprès de Kara à nouveau.

- Bon alors qu'est-ce que je disais?

- Qu'est-ce que c'est? demanda encore Lena d'une voix à peine audible, encore sous le choc de ce qui aurait tout juste pu se passer.

- Ah ouai, donc on appuie l'extrémité sous le menton voilà. Ça va réduire vos belles petites gueules en bouillie. Un gâchis, je suis d'accord mais au moins plus personne ne pourra vous reconnaître.

Il prit le visage de Kara dans une main et le plissa en une sorte de grimace. Elle secoua la tête faiblement, encore déboussolée, comme entre deux rêves.

Winslow lui donna un baiser baveux et dur, puis la repoussa sur le lit. Il releva immédiatement les mains en l'air, sachant que Leslie allait répliquer sinon.

- Après trente minutes, vos beaux visages d'ange reviendront comme avant mais je vous préviens vous allez souffrir le martyre en utilisant ce truc. Faites-en bon usage mesdames!

Il prit le dispositif qui était tombé par terre et alla le porter sur l'unique sac qu'elles avaient emporté.

- Je vous le mets dans vos petites affaires, compris. Oh et votre plat pour emporter est dans une glacière à côté de votre sac.

Il sortit de ses poches deux sacs de plastique contenant deux yeux bleus et deux yeux verts. Il les lança à son assistante qui alla les ranger dans ladite glacière.

- Je mets un minuteur en marche. Lorsqu'il sonnera demain, vous pourrez enlever les bandages et foutre le camp d'ici mais pas avant sinon vous serez…

- Aveugle, j'ai compris, gémis Kara en passa ses mains à son visage.

- NE VOUS GRATTEZ PAS!

Il alla retirer ses mains d'un coup, puis se pencha au-dessus d'elle et murmura à son oreille.

- Un petit quelque chose d'un de nos amis en commun.

Winslow lui glissa un inhalateur de neuroïne dans la main, puis se releva et les regarda toutes deux en entier. Ce qu'il aurait donné pour profiter du moment.

Un profond soupire, un brin d'imagination en consolation alors que Leslie se remettait à chanter en russe.

Lena chercha la main de Kara sur le lit. Kara l'entendit et fit de même. Main dans la main, serrées, elles entendirent la porte s'ouvrir et se refermer, les pas et le chant s'éloigner dans le couloir.

Et quelques instants plus tard, un sommeil profond. Naturel pour Lena, à l'aide de neuroïne pour Kara.


Lena se réveilla de la manière la moins naturelle possible, sans pouvoir ouvrir les yeux. Il y eut un court laps de temps où elle fut incapable de dire où elle se trouvait et pourquoi.

Elle s'assied dans le lit, ressentit les ressorts.

"Je suis dans un appartement des bouges", se dit-elle intérieurement.

Aucune manière de savoir s'il faisait jour ou nuit. Lena passa sa main droite sur les draps, trouva Kara allongée à ses côtés. Elle respirait lentement et profondément, dormait encore. Lena s'étira, écouta les bruits ambiants, cherchant un signe de l'heure qu'il pouvait bien être. Étonnement, pour un immeuble du genre, c'était le calme plat. Pas un son, si ce n'est du réfrigérateur au loin dans la cuisine et le cliqueti du minuteur.

Conclusion: ce devait être la nuit et ça ne faisait pas encore douze heures.

Lena trouva les cordes au pied du lit et se saisit de celle menant vers la droite. Elle avança lentement, alternant ses mains sur la corde et sur les murs pour éviter d'entrer en collision avec quoi que ce soit.

Elle arriva non sans peine à la salle de bain, y découvrit un lavabo, une baignoire et une cuvette qu'elle utilisa. Elle fit ensuite couler l'eau un bon moment au robinet, laissant le temps à ce qui aurait pu être stagnant dans les tuyaux de s'évacuer dans le drain du lavabo.

Lena avait chaud d'avoir dormi toute habillée. Elle retira son chandail et ses pantalons de yoga. Elle détacha également son soutif, plia tout soigneusement et laissa le tout sur le rebord du bain, gardant sur elle uniquement camisole et culotte. Après s'être passé de l'eau dans le cou et sur la portion sans bandage du visage, elle ferma la champlure.

Le silence revint, seulement pour qu'elle perçoive une voix au loin, celle de Kara. Lena reprit la corde déposée à ses pieds et fit le chemin à l'envers. Plus elle s'approchait et plus elle tendait l'oreille, tentant de comprendre ce qu'elle lui disait.

Ce qui était des murmures incompréhensibles se changea vite en hurlement. Kara criait dans son sommeil, appelant à l'aide, cherchant à éteindre un feu qui pourtant n'était pas réel, du moins, pas en ce moment.

Derrière les paupières closes de Kara, l'immeuble où elle habitait avec ses parent sétait la proie des flammes. Elle se débattait, tentant de s'en approcher mais on la retenait, l'empêchait d'avancer. Les voix de ses parents hurlaient de l'intérieur, lui suppliaient de venir à leur secours, criait de douleur.

Kara, dans son petit corps d'enfant, cherchait de toutes ses forces à les rejoindre. Elle sentait la chaleur sur sa peau, la fumée lui serrant la gorge, ne laissant plus un son passer.

Lena se précipita sur le lit, et dû se retenir sur le bras du divan pour ne pas en être éjectée tant Kara se débattait.

- Kara, réveilles-toi!

Lena lui empoigna un bras qu'elle perdit aussitôt. Sans la voir, il était difficile de la saisir tout en évitant de recevoir un coup par la tête.

- KARA!

Lena avait haussé la voix et l'espace d'une seconde, Kara s'était immobilisée, comme si elle cherchait la provenance de celle qui l'appelait. Lena changea de tactique, s'assied droite au bout du matelas, adossé dans le coin entre le bras et le dossier du divan, stable et ne pouvant tomber à la renverse.

- Kara c'est moi, Lena. Réveilles-toi, dit-elle à répétition.

Tout en redisant ces mots, elle attendit que leur effet se fasse peu à peu sentir, puis, elle se pencha en avant et tira lentement Kara sur elle. En procédant par étapes, peu à peu entre chaque rechute dans le cauchemar, elle finit par la hisser sur elle.

L'arrière de la tête de Kara était appuyée entre les seins de Lena et celle-ci avait posé sa paume gauche sur son diaphragme pour l'aider à ralentir sa respiration.

- Shhhh, disait-elle maintenant, ayant cessée de répéter en boucle de se réveiller.

De sa main droite, Lena lui caressait les cheveux, sentant qu'elle pleurait désormais.

- Ce n'était qu'un cauchemar, ça va aller, tout va bien aller, murmura Lena en appuyant sa joue sur le dessus de la tête de Kara.

- Je voudrais qu'ils soient encore là, chuchota Kara, la voix enrouée comme si elle avait véritablement inhalé de la fumée.

Lena ne savait pas de qui elle voulait parler, mais savait que ce n'était pas le temps de poser la question. Elle la sentait trembler entre ses bras, continuer de pleurer alors qu'elle ramenait les draps sur elle pour se couvrir contre quelque chose d'impossible à voir.

Lena se rappela ses propres épisodes de cauchemar, les nuits de sa première année dans le manoir Luthor. Comment elle revoyait sa mère se noyer, encore et encore. Mais surtout, comment Lex, l'attendant à son réveil, lové près d'elle, lui chantait sa chanson, celle de la petite princesse perdue, son Anastasia.

Elle se racla la gorge et commença à fredonner d'abord la mélodie, continuant de caresser les cheveux de Kara qui ne tentait pas de se dérober de son étreinte.

De mémoire, comme si les vingt années s'étaient évaporées, les paroles lui revinrent, au son d'une voix de jeune garçon, d'un demi-frère aimant et protecteur.

Dancing bears,

painted wings,

things I almost remember,

and a song someone sings,

once upon a december.

Someone holds me safe and warm,

horses prance through a silver storm,

figures dancing gracefully across my memory.

Far away,

long ago,

glowing dim as an ember,

things my heart used to know,

things it yearns to remember,

and a song someone sings.

Once upon a december.

Lena termina de chanter en fredonnant la mélodie une dernière fois, elle-même sous l'émotion de souvenirs.

Kara se laissa glisser sur le côté et prit la main de Lena pour l'inviter à en faire de même. Celle-ci alla se lover dans son dos, laissa Kara prendre son bras pour l'entourer. Elle inspira dans sa chevelure, sentant ce qui restait des arômes florales du bain pris chez la docteur Grant.

Dans l'écho de la comptine d'antan, pressée l'une contre l'autre, elles s'endormirent à nouveau, sans peur des cauchemars qu'elles savaient pourtant inévitables.


Le PC-2053 amorça sa descente entre deux tours à logements, remplissant les alentours de l'alarme caractéristique de Précrime.

Maggie actionna la porte à enroulement située à l'arrière de l'engin alors qu'il lui restait une dizaine de mètres à faire. Les sièges des autres agents se mirent à descendre au bas de l'appareil, nul besoin de sortir en rappel cette nuit.

Alex se détacha la première et fit signe aux sept autres de la suivre. En tête de formation, elle mena l'équipe tactique plus loin dans la ruelle de la deuxième portion de quadrillage de la nuit.

Maggie fit remonter l'aéronef en hauteur sur l'équivalent de deux étages, puis, le stabilisa en mode automatique. Elle activa un écran latéral qu'elle fit glisser devant la vitre principale de l'engin.

- Chef, je suis en position et prête à commencer le scanner thermique sur tout le secteur résidentiel Nord-Est.

Alex leva le poing et les agents derrière elle firent halte. Elle divisa ses troupes en trois équipes et leur indiqua à chacune un immeuble à patrouiller.

- Olsen, avec moi, lui dit-elle en tournant les talons.

Tous deux se rendirent au pas de course vers la bâtisse qu'elle n'avait pas assignée aux autres. Devant eux, des rats couraient se réfugier loins des vrombissements du PC-2053 et les quelques habitants dehors à cette heure tentaient d'éviter d'être vus.

- Je dois avouer que le terrain ne m'avait pas du tout manqué, dit James alors qu'ils entraient dans le hall aux vitres cassées et où l'odeur d'urine de chat faisait piquer les yeux.

Alex fit un léger sourire, sachant que de son côté, jamais elle ne troquerait sa place pour un bureau, même si cela voulait dire ne pas monter d'autres échelons.

Ils avancèrent lentement dans le hall, respirant par la bouche pour se ménager. Dans un coin, un homme visiblement schizophrène parlait à sa main, riait et dansait en lui faisant la conversation. Sur les bancs près des ascenseurs désaffectés, une itinérante et ses quatre chats dormaient, collés les uns contre les autres.

Alex sortit un écran tactile qu'elle avait en bandoulière et l'activa, faisant apparaître le plan de l'immeuble où ils se trouvaient en surbrillance.

- Olsen et moi sommes en position, tu peux y aller pour nous Maggie.

Sawyer fit basculer les scans des autres tours actuellement en cours. Elle entra le positionnement d'Alex et James et démarra l'analyse.

Le plan d'architecture vint afficher de nombreuses taches de dégradés de couleurs rougeâtres selon la détection thermique.

- Je sors vingt-sept corps vivants, dit elle en partageant son écran sur celui de sa chef.

Alex vit les données apparaître sur son moniteur.

- Bien reçu, je confirme également le total.

Elle donna un coup de coude à James.

- Tu en penses quoi, quatre tripodes? Un par étage?

- Lâchons en huit, ça fait longtemps que je n'ai pas vu les petites bêtes à l'oeuvre.

- Pressé de retourner derrière ton bureau Olsen, se moqua un agent dans le moniteur de toute l'équipe.

Des ricanements parvinrent des autres agents et Alex le regarda en haussant les épaules, sourire aux lèvres. L'espace d'une seconde, elle avait oublié qui elle était en train de traquer, pourquoi elle était ici. La réalité la rattrapa d'un coup.

- Ça suffit maintenant, les communications inter-formation sont pour l'échange d'informations et d'instruction, me suis-je bien fait comprendre?

- Oui chef, répondirent-ils tous à l'unisson, tous sauf Maggie.

Elle connaissait assez bien Alex pour savoir ce qui se cachait derrière cette mise au point.

Danvers et Olsen prirent chacun quatre capsules à leur ceinture et les lancèrent dans les escaliers devant eux. Dès qu'elles touchèrent le sol, trois pattes en sortirent et une lumière s'alluma au-devant de ce qui était désormais la tête des tripodes.

En fait, il s'agissait d'un bot chercheur programmé via l'interface de reconnaissance thermique. En plus d'être munie d'un identoptique et de pointes à impulsions électriques. Le genre de petite bête en effet, qu'on ne voulait pas croiser sur son chemin.

En formation en V, les tripodes montèrent les marches à grande vitesse, disparaissant déjà du champ de vision d'Alex et James.

Danvers, synchronisa le micro de son casque sur la fréquence de l'immeuble et envoya une sonnerie d'alerte d'intervention Précrime.

- Habitants du 931 Powell, ici l'agent en chef Danvers de la division Précrime, sous l'autorité de Précrime, section 6-4-0-9, nous relâchons des tripodes dans votre immeuble. Veillez demeurez calme pendant qu'ils procèdent à une vérification de votre identité. N'opposez aucune résistance, je répète, n'opposez aucune résistance.


Kara s'était réveillée à la milliseconde où l'alarme d'approche du PC-2053 avait amorcé sa descente à proximité. Elle avait réveillé Lena en la secouant, pas le temps de la ménager.

- Lena ils sont là, vite debout!

Elle n'avait rien répondu, son coeur battait à toute vitesse de s'être réveillée de la sorte, et aussi au son venant de l'extérieur.

- Ils nous ont retrouvées?

- Non j'en doute mais ils vont assurément quadriller le secteur. Ils ne sont pas assez nombreux pour couvrir tous les habitants des immeubles autour alors ils vont envoyer les tripodes.

- Tripodes?

- Oui, les mini robots à trois pattes…

- Les T5SC-A67N, la repris Lena.

Elle avait supervisé la transition de qui étaient auparavant des dispositifs de guerre créés par Lex. Petits, mobiles, indétectables par l'ennemie, ce qui aurait été des soldats à l'entreprise familiale avait été reconverti pour Précrime. Sachant comment ils étaient bien conçus, elle en vient presque à regretter d'avoir permis cette avancée technologique pour la division tactique.

- Ils ne doivent pas entrer, ajouta Kara qui se fichait éperdument du véritable nom des tripodes.

- Le minuteur n'a pas sonné, non?

- Je ne crois pas, on l'aurait entendu. Mais avec cette alarme je ne saurais dire s'il clique encore.

Kara se mit à faire les cent pas devant le divan lit.

- On est foutu, peu importe les tripodes, ils vont passer la zone au thermoscan… on est coincé.

Lena réfléchi à vitesse grand V et d'un coup, se saisit des cordes sur le lit et donna celle pour la cuisine à Kara.

- Tu te souviens de ce que ce Toyman nous a dit à propos de boire beaucoup d'eau?

- Oui…

- Va me chercher tous les glaçons du congélateur.

Lena prit la corde de la salle de bain et marcha à grande enjambée, se pressa d'aller faire couler l'eau de la baignoire. Elle ouvrit la vanne du côté froid uniquement, mis sa main pour en sentir la température. Lorsque l'eau fut à sa plus basse température, elle ferma le bouchon pour la laisser se remplir.

Lena reprit la corde pour rejoindre Kara qui l'attendait au pied du lit. Lena s'agenouilla et chercha à tâtons sur le sol la glacière contenant leurs yeux.

- Je l'ai, dit elle en se relevant. Suis-moi.

Elle trouva le bras de Kara et le passa sous le sien pour aller ensemble à la salle de bain à nouveau.

- Attend qu'elle soit pleine et ferme l'eau, puis ajoute toute la glace des moules et celle de la glacière que je mets à tes pieds.

- Et toi qu'est-ce que tu vas faire?

- Je vais essayer de les ralentir.

Lena retourna au salon, prit les draps du lit et chercha ensuite la porte d'entrée. Au loin, venant du couloir, la voix d'Alex retentit, informant les occupants de l'intervention en cours sur les lieux. Toutefois, Lena n'avait pas la moindre intention de "n'opposez aucune résistance".

Elle suivit le son des gens apeurés par l'approche des tripodes et se heurta sur le mur donnant sur le corridor. Sans perdre une seconde, entendant les exclamations de plus en plus sonores et à proximité, elle se pencha et bloqua le dessous de la porte avec les draps.

La champelure venait de s'arrêter et elle entendit les éclaboussures créées par Kara qui déversait la glace dans l'eau. Lena la rejoint sur la pointe des pieds, désirant maintenant faire le moins de bruits possible.

Les tripodes s'étaient dispersés sur les étages, entrant dans chaque appartement, grimpant sur ses occupants, qu'importe ce qu'il était en train de faire, dormir, se crier dessus, baiser ou autre. Ils suivaient toutes les signatures thermiques et identifiaient tout le monde, sans exception.

Trois achevait leur étage, savaient qu'ils avaient deux masses thermiques à l'adresse 38D. Ils se pressèrent vers l'entrée mais ne purent passer sous le pas de la porte. Deux d'entre eux insérèrent leurs pattes, cherchant à retirer ce qui leur faisait obstruction. Le troisième, passa en mode analytique selon les données architecturales qu'il avait en mémoire pour le bâtiment.

Dans un cliquetis, il indiqua aux autres de changer de mode opératoire pour tenter une autre option d'infiltration.

Lena arriva dans la salle de bain.

- Ils essayent d'entrer, grimpe dans la baignoire, vite.

Kara mis une première jambe dans l'eau et inspira difficilement, c'était glacé. Lena la suivit et ensemble, elles entrèrent lentement dans l'eau, cherchant à faire le moins de bruit possible.

Pressées l'une contre l'autre, chacune à son extrémité, contorsionnées pour être immergées, il ne restait plus que leur tête hors de l'eau.

Venant du salon, une tuile du plafond tomba sur le sol.

- Ils arrivent, murmura Lena. Une grande inspiration à trois. Un… deux…

- Trois, compléta Kara avant de remplir ses poumons autant qu'elle le put.

Simultanément, elles passèrent la tête sous la surface, sentant le froid les pénétrer toute entière.


Maggie reçut une alerte d'un de ses scans en cours, elle balaya les fenêtres des équipes pour trouver de laquelle venait la notice.

- Chef, on en a perdu deux, le compte est à vingt-cinq.

Alex regarda son écran.

- Bien reçu, on a des fuyards? Par-où vont-ils?

Maggie, fit un zoom out du plan de localisation.

- Nulle part chef, les empreintes thermiques ont simplement disparu...

James s'approcha et regarda le moniteur d'Alex.

- Une révision du scan peut-être? Il arrive qu'il confonde les signatures corporelles à d'autres sources de chaleur?

Alex expira bruyamment, ce n'était pas normal. James remarqua sa réaction et remit son casque qu'il avait retiré en attendant le retour des tripodes.

- Je vais aller voir ce qui en est chef.

- Parfait, troisième étage, 38B.

Olsen hocha la tête en guise de réponse et grimpa les escaliers quatre à quatre.


Kara sentait son coeur battre dans tout son corps, amplifié par l'adrénaline de la peur, le froid et l'effet écho de l'eau.

Un des tripodes pénétra dans la salle demain, ses petites pattes métalliques claquant sur la céramique.

Lena sentait ses poumons se serrer, elle commençait à manquer d'air.

Le T5SC-A67N regarda tout autour, ne repéra aucune présence chaude à identifier. Sans perdre plus de temps, il passa sous la porte à nouveau.

Kara sentait qu'elle allait s'évanouir, se sentit faiblir un court moment. Une infime bulle quitta son nez, remonta à la surface en une éclaboussure à peine audible.

Mais pas pour les tripodes.

Les trois à proximité se ruèrent dans la salle de bain, grimpant sur le rebord de la baignoire. De cet angle, ils voyaient distinctement deux silhouettes dans l'eau quoique sans pouvoir être attiré par sa chaleur.

Leur protocole interne les poussait néanmoins à identifier tout ce qui avait de près ou de loin une forme humaine, même s'il s'agissait d'un cadavre croisé au cours d'une mission de reconnaissance thermique.


James terminait les escaliers du deuxième. Il passa au couloir, cherchant le sens des numéros de porte.

Une femme ouvrit à la volée et vint se planter devant lui.

- Vous entendez ça? C'est mes enfants qui chialent à tue tête!

- Écartez-vous madame.

- Va chier avec ton "madame", vous et vos interventions à la con, vous leur avez foutu la trouille à mes gosses!

Un autre homme sortit de son appartement, flambant nu.

- FOUTEZ LE CAMP D'ICI! hurla-t-il à James.

Celui-ci détourna les yeux à la vue de l'homme devant lui. Il écarta la femme du bras mais elle le repoussa.

- RECULEZ, TOUS LES DEUX, ordonna-t-il en passant sa main à sa ceinture sur son arme.

Les habitants se collèrent sur les murs du couloir afin de le laisser passer, mais continuèrent néanmoins à lui crier des bêtises.


Un des tripodes leva l'une de ses pattes dont la pointe s'illumina, signe qu'elle se chargeait. Quand elle clignota, il la mit en contact avec l'eau, envoyant une impulsion électrique dans toute la baignoire.

Le choc traversa Lena et Kara d'un coup, les faisant se cambrer hors de l'eau. Elles émergèrent le souffle court, seulement pour recevoir à nouveau des décharges bas voltage directement sur leur peau par les T5SC-A67N.

Toutes deux savaient ce qu'ils voulaient, les identifier. Mais la voix de Winslow résonnait encore dans leur tête: " ne retirez pas le bandage avant douze heures, sinon vous serez aveugle".


- Je suis de retour à vingt-sept signatures thermiques chef, signala Maggie qui suivait en direct la progression de James. Qu'est-ce que tu en penses? Des junkies qui ne peuvent pas se réveiller?

Alex secoua la tête alors qu'elle montait à son tour vers le niveau trois.

- Ou bien des habitants qui ne veulent pas être scannés.

Alex arriva dans le même couloir, trouva James aux prises avec de plus en plus de locataires.

- Madame allez-vous vous taire et retourner dans votre appartement, disait-il à une vieille dame le menaçant de son chat qui grondait.

Danvers activa son micro à nouveau pour communiquer dans les haut-parleurs de la bâtisse.

- Habitant du 931 Powell, retournez tous immédiatement à vos domicils respectifs. Quiconque se trouvera dans le couloir sans l'autorisation d'un agent Précrime se verra arrêter par la division!


Encore des décharges, de plus en plus rapprochées et de plus en plus fortes.

- On n'a pas le choix, réussit à dire Kara entre deux piques des tripodes.

- Mais ça ne fait pas encore…

Lena ne put terminer sa phrase, une décharge la faisant glisser dans l'eau tout entière.

Les tripodes réagirent fortement à sa replongée complète dans l'eau à nouveau et augmentèrent encore d'un cran.

Kara enleva ses pansements, saisit Lena et la sortit de l'eau, l'asseyant devant elle pour lui retirer ses bandages d'un coup sec. À peine avait-elle laissé les bandelettes de gases détrempées tomber sur la céramique qu'elle sentit les pattes de métal grimper sur leurs épaules à toutes les deux.

Lena et Kara ouvrirent lentement les paupières, pour aussitôt subir la lumière aveuglante de l'identoptique.

Au même moment, au bout de l'appartement, James ouvrit la porte au son d'une alarme de minuterie.

Les tripodes captèrent les pupilles, leurs identités non listées parmi les personnes d'intérêt.

- Confirmation des identités chef, prévint Maggie. Rien à signaler.

Alex posa sa main sur l'épaule de James qui s'apprêtait à entrer.

- Ce ne sont pas elles James, on en a terminé avec le quadrillage de la zone Nord-Est.

Olsen vit les tripodes passer entre ses jambes et referma derrière eux. Alex actionna leur rappel et ils revinrent se désactiver à leurs pieds. Tous deux redescendirent au rez-de-chaussée pour retrouver les autres équipes les attendant déjà à bord du PC-2053. Le quadrillage Nord-Est était terminé.


Lena et Kara étaient restées immobiles, dans l'eau, entourées de glaçons et des sacs contenant leur yeux de naissance d'avant. Un regard noisette en fixait maintenant un grisâtre.

L'adrénaline à son comble, leur coeur se débattant chacun dans leur poitrine. De peur, de froid et de quelque chose d'autre qu'elles ne s'expliquaient pas encore.

Le temps s'était comme figée, quelques secondes à peine et s'en était fini. Il y avait quelque chose d'enivrant à cette sensation d'être passée si près du gouffre. Mais une extase encore plus grande ici et maintenant, d'avoir échappé à la traque.

Lena fut la première à rompre le regard, revenant à elle, hors de cette fixation qu'elle avait l'une pour l'autre. Leurs nouveaux yeux avaient produit une sorte d'hypnotisme.

Elle tira dans son dos la chaine du bouchon de bain. L'eau s'aspira par le drain dans un tourbillon au son de la tuyauterie qui grinçait alors qu'elle se levait et sortait de la baignoire.

Le niveau de l'eau baissa drastiquement et ramena Kara à elle, à son tour. Elle cligna les paupières à plusieurs reprises et suivit Lena des yeux. Dans la pénombre de la pièce, pour seule lumière les néons de l'enseigne orange sur l'immeuble voisin, elle ne manqua pas de remarquer qu'elle ne portait qu'une camisole et une culotte.

Pourquoi alors qu'elle-même était vêtue de la tête aux pieds. Elle ne le savait pas. Mais ce qu'elle savait en revanche, c'est que le blanc de son gilet bretelle frôlait le transparent, lui donnait envie de la regarder encore. Plus.

En un battement de cils, elle revit le baiser échangé la veille, dans cette petite chambre alors que l'orage tombait. Elle s'était tellement senti mal du manque le jour suivant, que Kara n'y avait pas repensé, l'avait momentanément oublié. Mais maintenant, elle se souvenait. Très bien.

Kara se releva d'un coup, sortit de la baignoire à son tour, attrapa le poignet de Lena comme elle s'apprêtait à sortir de la chambre de bain.

Une petite voix dans sa tête avait murmuré de se ressaisir. Mais une plus forte l'avait supplantée, lui avait hurlé de ne pas la laisser partir, de l'empêcher de s'éloigner, elle et sa camisole détrempée.

Lena se retourna, vit Kara qui la fixait d'un regard différent, non seulement d'une différente couleur, mais aussi d'une différente intention. Et celle-ci était évidente.

Kara avança vers elle, tenant encore son poignet d'une main, et de l'autre, elle passa ses doigts à sa gorge. Elle les referma un court instant tout en se rapprochant plus encore, faisant reculer Lena contre le comptoir.

Lena appuya ses mains sur le rebord, pencha sa tête en avant, leur front se touchant, leur nez se frôlant. La main de Kara remonta au côté de son visage, elle approcha ses lèvres et embrassa Lena sans se contenir.

Un baiser loin d'être tendre, loin d'être doux. Un baiser au goût de la peur retombante, d'adrénaline, de noirceur orangée.

Lena agrippa le visage de Kara et lui rendit son baiser avec passion, ouvrant la bouche pour trouver sa langue avec la sienne. Lorsqu'elles se touchèrent, Kara laissa échapper un son qui donna à Lena plus d'envie encore.

Kara serra légèrement ses doigts autour du cou de Lena alors que ses lèvres en demandaient plus, toujours plus. Lena caressa de son pied l'arrière de la jambe de Kara et celle-ci empoigna sa cuisse en guise de réponse.

D'un mouvement, Kara la souleva légèrement pour l'asseoir sur le comptoir. Lena, plus haute désormais, se recula un bref moment alors que Kara la regardait, les yeux presque noirs tant ses pupilles étaient dilatées. Elle faisait aller le bout de ses ongles le long de ses cuisses, les écartait du fait même.

Lena passa la main dans les cheveux blonds dégoulinants, les empoigna pour la ramener à elle. Leurs lèvres se verrouillèrent à nouveau ensemble, comme si elles ne savaient pas faire autrement.

La tension montait de plus en plus, Lena enfonça ses ongles dans le dos de Kara et lui mordit la lèvre inférieure. Kara gémit à cette démonstration d'excitation, se défit de leur baiser en plaquant sa main entre les seins de Lena, la forçant à reculer.

Kara la regarda d'abord droit dans les yeux, puis son regard descendit à sa gorge, à ses seins pointant sous sa camisole. Sa main droite autour de son cou le caressa du bout du pouce tandis que sa gauche passa le long de sa cuisse.

Elle prenait son temps, admirait l'effet qu'elle produisait. De la cuisse à l'aine, créant des frissons au passage, ses doigts passèrent délicatement sous sa culotte.

D'abord, simplement le pouce passa sur son mont de vénus, ce qui fit respirer Lena plus fort.

Puis, il descendit lentement, ce qui fit respirer Lena plus vite.

De haut en bas, de haut en bas. Kara regarda Lena refermer les yeux, puis pencher la tête en arrière sur le miroir.

Son pouce remonta hors de ses dessous, cédant la place à sa main entière qui se lova entre ses cuisses par-dessus sa culotte.

Lena releva la tête, plongea ses yeux enivrés dans ceux de Kara. Elle l'agrippa par l'arrière de son cou et s'en servit pour se redresser. Elle s'approcha de son oreille dont elle lécha le lobe.

- Emmène-moi hors d'ici, murmura-t-elle le souffle court.

Kara pressa une dernière fois entre ses cuisses, puis empoigna ses jambes qu'elle ramena dans son dos. Elle l'entoura de ses bras et en un instant, la leva du comptoir.

Lena referma ses jambes en croisant les chevilles, puis passa ses bras autour de son cou. Kara l'amena dans le salon, jusqu'au bord du divan lit.

Lena posa les pieds par terre, tira Kara vers elle par son chandail de coton mouillé. Il était de trop, comme le reste de tout ce qu'elle portait d'ailleurs. Kara empoigna sa chevelure, la dégagea sur le côté et déposa une série de baiser, partant de l'épaule et remontant lentement.

Lena ferma les yeux à la sensation, mais de son côté, lui retira son chandail et son t-shirt, la laissant en soutif de sport. Alors que Kara arrivait à son cou du bout des lèvres, Lena passait ses mains sous le pantalon de yoga, froid et serré par l'eau. Elle le descendit sous les fesses et les empoigna fermement avant de faire pivoter Kara vers le matelas.

Lena la fit reculer et d'une poussée, tomber sur le dos. Cela lui permit d'enfin, retirer totalement le pantalon qu'elle envoya valser à l'autre bout de la pièce. Kara ne resta pas docilement étendue très longtemps. Elle tira Lena vers elle, releva sa camisole pour embrasser son ventre, partant de sous le nombril et remontant, glissant le gilet plus haut, jusqu'à le faire passer au-dessus de sa poitrine.

Lena releva les bras et se laissa retirer le morceau de vêtement. Kara passa une main au bas de son dos pour la rapprocher d'elle et de l'autre, pris l'un de ses seins qu'elle lécha doucement. Lena envoya sa tête en arrière alors qu'elle sentait son coeur battre entre ses jambes.

Elle prit le visage de Kara entre ses mains, la forçant à la regarder dans les yeux avant de lui faire lever les bras en l'air à son tour. Le soutif de sport trempé vola aussi dans les airs, atterrissant mollement sur le plancher. Lena la repoussa couché sur le lit, grimpa au-dessus d'elle, ses longs cheveux noirs retombants de chaque côté de son visage.

Elle empoigna le cou de Kara, lui fit lever le menton, son pouce remontant vers sa bouche alors qu'elle l'embrassait le long de l'épaule. Son pouce trouva la bouche de Kara qui ouvrit les lèvres pour l'embrasser. Lena poursuivit sa descente de baisers vers ses seins où elle fit halte, profitant de chacun d'eux, les regardant se dresser de plaisir à son simple contact.

La langue de Kara enveloppa le pouce de Lena, le léchant et le mordillant plus celle-ci descendait vers son bas-ventre.

Lena descendit du lit, s'agenouillant entre les jambes de Kara dépassant du matelas. Du bout des ongles, elle fit glisser sa culotte vers elle, la caressant au passage, envoyant une onde de chair de poule.

Kara prit appui sur ses coudes, ne désirant pas la lâcher des yeux. Elle trouva un regard noisette, perçant, la fixant. Lena lui écarta les jambes et sans détourner le regard, passa sa langue entre celles-ci

Kara se cambra à la sensation, se mordant les lèvres et fronçant les sourcils. Lena sourit intérieurement, fit passer ses mains de chaque côté pour la retenir par les hanches. Sa langue s'affaira avec envie, prenant son temps, tout son temps. La respiration de Kara devint plus forte et plus rapprochée, ses mains se refermant sur les draps auxquels elle essayait de se retenir.

Lena descendit plus bas, s'insérant en elle, faisait gémir Kara au passage. Celle-ci se laissa tomber sur le dos, n'arrivant plus à se tenir sur ses coudes. Sa main glissa sur ses seins et descendit trouver la chevelure de Lena.

Lena ramena l'une de ses mains qui retenait Kara de trop se arquer, la fit descendre entre ses jambes, la caressant du bout de son pouce pour compléter ce que sa langue ne pouvait plus faire de plus bas. Dans un duo de va et vient, de cercles au rythme des respirations de Kara, Lena la faisait se tordre de plaisir.

Et malgré qu'elle prenait son temps, la respiration de Kara devint de plus en plus sonore. Les expirations devinrent des gémissements jusqu'à ce qu'un cri étouffé par sa paume la traverse tout entière.

Son corps se détendit d'un seul coup et Lena cessa ce qu'elle aurait pourtant aimé continuer encore et encore. Kara se redressa péniblement, croisa le même regard qui affichait un air satisfait désormais.

- Viens, ici, murmura Kara le souffle court.

Lena fit faussement non de la tête, puis remonta en l'embrassant le long de sa peau moite. Kara était à bout de souffle, vibrait encore alors que Lena remontait sur elle. Elle passa sa main à ses cheveux noirs, les aggripa pour la ramener vers elle. Leurs lèvres se retrouvèrent après avoir été trop longtemps séparées. Elle l'embrassa avec passion, trouvant sa langue avec la sienne, décelant un goût différent dans sa bouche.

Au goût, son envie monta d'un cran. Elle-même avait été assouvie, maintenant, ce qu'elle désirait le plus était de posséder Lena à son tour.

De sa main tenant encore fermement sa chevelure, elle la fit tomber sur le côté, puis, elle enjamba le corps de Lena, se plaça au-dessus d'elle. Kara se défit de leur baiser un court moment pour la regarder. Elle respirait encore fortement, sa peau était moite.

Lena soutint son regard, admira ses longs cheveux blonds ondulant aux côtés de son visage. Mais même si elle la trouvait magnifique, même si ce nouveau regard gris était étrangement plus envoûtant que le bleu précédent, elle n'en pouvait plus d'attendre.

- Prends-moi...Kara, murmura Lena alors qu'elle refermait les yeux et se mordait la lèvre inférieure.

Kara eut l'impression d'avoir Lena en elle à ces simples mots. Sans détour, sans hésitation, sachant ce qu'elle voulait, qui elle voulait.

Danvers passa sa main à ses cheveux pour les envoyer derrière son dos alors qu'elle relevait la tête en se reculant légèrement. Du bout des doigts, elle descendit le long de la poitrine de Lena, sillonnant le long de leurs courbes. Elle continua, passa le nombril, la pointe de hanches jusqu'à s'insérer lentement en elle.

Kara soupira de plaisir en réalisant l'aisance à l'entrée provoquée par l'anticipation de Lena. Elle inséra un doigt de plus pour créer plus de plaisir et de sensation. De là où elle se trouvait, plus en retrait et presque qu'assise au-dessus d'elle, Kara avait une vue parfaite sur ce qu'elle créait en Lena.

Celle-ci s'arquait à chaque nouveau va et vient, tirant les draps dans ce qui semblait être sa manière de rester relativement en place.

Kara se sentait emplie d'une sorte de dominance de part ce qu'elle arrivait à produire et à observer à la fois. Elle était si belle, dans cette lumière tamisée des néons extérieurs. Son corps devenant lui aussi de plus en plus luisant de sueur.

Lena expira fortement, mais n'y était pas encore. Elle releva la tête et croisa le regard de Kara sur elle. Elle se redressa juste assez pour aller empoigner le cou de Kara et la ramener sur elle de tout son long.

Kara passa sa langue sur le bout de ses lèvres entrouvertes, cherchant cet air qui commençait de plus en plus à lui manquer. Lena continuait à se cambrer au rythme des mouvements en elle de Kara.

Celle-ci entendit sa respiration s'accélérer, décida de sortir ses doigts pour terminer plus haut. Le changement suscita une vive réaction et Lena enfonça ses ongles dans le dos de la blonde. Ses doigts décrivirent des cercles au son du plaisir de Lena devenant de plus en plus sonore et douloureux du bout des ongles.

Kara la sentit vibrer dans ses bras, se raidir dans un court moment de silence sans qu'aucun souffle ne passe plus. Puis, un gémissement enivré et un relâchement total.

Kara se laissa tomber sur le lit à côté d'elle, toutes deux peinant à trouver cet air qui semblait s'être volatilisé de l'appartement.

Elles fixèrent le plafond à la peinture écaillée pendant un moment. Les bruits extérieurs leur parvinrent comme si tout d'un coup, le monde venait de se remettre à tourner. Les discussions fortes des habitants mécontents de l'intervention nocturne, des chats se bagarrant, de la vitre se brisant, du métal traînant par terre. Une vie de bas quartier dans tout ce qu'elle avait de banal, mais qui, durant ce qui avait été leur moment à elles, s'était interrompu, venait de recommencer.

Ce n'était pas réellement le cas bien sûr, elles le savaient bien, mais l'illusion était telle, qu'elles étaient presque prêtes à y croire. Il y avait eu quelque chose de primale, magnétique, instantané. Comme le feu et la poudre se consumant mutuellement en un instant.

Lena se tourna sur le côté pour la regarder. Étendue sur le dos, ses mèches blondes collées sur elle, ses seins se dressant à chaque respiration. Lena chercha une rationalisation à ce qui venait de se passer, ce qu'elle avait laissé se passer. Elle revoyait Kara la suivre hors du bain pour la prendre sur le bord du comptoir. Quelque chose qu'elle ne regrettait pas du tout, se demandait pourquoi d'ailleurs.

Jamais elle ne perdait le contrôle, jamais elle ne se laissait dominer, jamais on ne lui prenait les rênes, jamais elle ne les laissait à qui que ce soit. Mais cette nuit, qui avait dominé qui. Elle n'en était pas certaine et encore, elle ne voulait pas le savoir.

Ce qu'elle savait en revanche, c'était qu'une blonde était étendue, nue et si belle, jusqu'à côté d'elle. Dans cette faible lumière, dans cette noirceur, elle préférait ignorer le reste. Qu'elles ne se connaissaient pas, que les heures leur filaient entre les doigts et que bientôt, tout allait basculer.

À moins qu'elles arrivent à l'empêcher.


davay uydem otsyuda : partons d'ici

dazhe ne dumay ob etom : n'y pense même pas