Voici un nouveau chapitre, bonne lecture !
La jeune femme se réveilla en sursaut, regardant autour d'elle, affolée. Elle porta une main à son visage et sentis un bandage rugueux sur toute la partie droite de celui-ci. Une vive douleur lui fit enlever la main du tissu humide.
-Tu ne devrais pas y toucher. Fit une voix au près d'elle.
La jeune fille sursauta cherchant la source de la voix. Elle aperçut alors une femme, vêtue d'une robe de velours vert sombre, ses longs cheveux auburn étaient tressés en arrière, et ses yeux noisette la regardait avec tendresse. La jeune fille baissa le visage vers ses mains, des larmes ruisselèrent sur sa joue. Soudain, elle se mit à hurler, un son guttural sorti de sa bouche, elle se débâtit dans les couvertures.
-Ne lutte pas chère enfant. Ton don à été révélé, et il sera révélé.
La jeune femme tomba brusquement du lit. Des images défilaient dans sa tête, sa mère, morte, la nuque brisé, Percy, le crâne fendu, gisant dans son propre sang. Elle se tordait de douleurs sur le sol, dans son esprits les mots se bousculaient « Monstre, assassin, démon, tu les as tués, tu n'es qu'un démon, assassin, monstre. ». Les larmes coulaient à flot sur sa joue, elle se mit à genoux et posa ses deux mains sur son crâne, elle avait l'impression qu'il allait exploser. Une autre sensation vint, elle avait l'impression que quelque chose creusait dans son crâne. Une sensation horrible. La jeune femme se laissa tomber sur le côté, épuisée, le corps secoué de spasmes.
La femme à la robe de velours vert s'approcha et se baissa près d'elle.
-Bien mon enfant, dors maintenant. Elle passa une main sur le visage de la jeune fille, et chuchota quelque chose. La fille aux yeux du démon s'endormi aussitôt.
Les semaines qui suivirent furent rude pour la jeune fille. Elle luttait constamment pour intégrer les souvenirs de la nuit du massacre, de la mort de sa mère. Elle était rongée par la culpabilité. Elle se sentait coupable d'avoir tué sa mère, mais surtout coupable de ressentir du soulagement, car elle n'était plus en danger. Son visage la faisait terriblement souffrir, et les traitements étaient éprouvants. Et pour ne rien arranger, elle devait aussi subir les réaménagements que son pouvoir faisait subir à son corps et son esprit. Elle n'y comprenait rien. Cette lutte intérieure se traduisait par un profond mutisme dans lequel s'était enfermé la jeune fille. Elle mangeait peu, dormait énormément, et ne sortait presque jamais de son lit. La dame qui l'avait accueilli lui parlait quelque fois, sans attendre de réponse de sa part. Elle lui avait expliqué qu'elle avait un don, un don de magie, et qu'il s'était éveillé ce fameux soir. Qu'il allait lui falloir du temps pour le comprendre et le contrôler, mais qu'elle l'aiderait. Elle, elle ne voulait pas de ce don, elle ne voulait pas être encore plus étrange, elle voulait être normal. Si elle avait été normal, rien de tout cela ne serait arrivé.
Les semaines passèrent, lentement. Elle avait pu enlever son bandage, et la plaie avait cicatrisé de manière fulgurante, bien que des soins étaient encore nécessaire. La jeune fille n'osait plus se regarder dans le miroir, elle se trouvait repoussante.
Un soir, la jeune fille se leva de son lit pour la première fois depuis bien longtemps, et alla s'assoir à la table de bois, proche de la femme qui vivait dans cette maison. La femme au cheveux auburn regarda la jeune fille avec encouragement, et cette dernière prit timidement la parole.
-Qui êtes-vous ? Où suis-je ?
-C'est un plaisir d'entendre ta voix, chère enfant. Je suis Ygdrelle. La sorcière du fond des bois. Tu as entendu parler de moi, n'est-ce pas ? Ajouta-t-elle en voyant la jeune fille réagir.
-Oui… J'ai entendu des choses, mais les villageois disent beaucoup de choses. Quoiqu'il en soit, je ne devrais pas être là. Conclut-elle.
-Et pourquoi cela ? Demanda Ygdrelle.
-J'ai fait quelque chose d'effroyable… Je suis un monstre… Et si les villageois apprennent que je suis ici vous aurez des ennuis. Répondit-elle en détournant le regard.
Ygdrelle se leva pour aller à sa rencontre elle leva délicatement son visage baissé en appuyant doucement ses doigts sous son menton.
-Tu n'es pas un monstre mon enfant. Le loup, le lynx ou le chien, ne possèdent pas une once de méchanceté en eux, mais un animal acculé peut faire des choses terribles. Et ne t'en fais pas pour les villageois, aucun d'eux n'ose s'aventurer dans ce bois. La cruauté de l'homme n'a pas de limite. Ajouta-t-elle. Une enfant aux yeux du démon, jugée pour sa différence. Tu n'es pas un démon ma chère enfant. Ils ne t'ont même pas nommé. Soupira la femme.
-Vous… Vous me connaissez ? Demanda la jeune fille, interloqué.
-Bien entendu. Les gens du village ont peur de moi, mais le désespoir m'en apporte certains. Un jour je te raconterais tout ce que tu as à savoir sur ta propre histoire. Mais pour le moment, tu dois guérir, et grandir. Et ce ne sera pas une mince affaire, crois moi, Dyrane.
-Comment m'avait vous appelé ? Balbutia la jeune fille.
-Dyrane, Esprit Animal, je trouve que ce nom te convient. Mais s'il ne te plait pas.
-Si, si, il me plait. Personne ne s'était jamais donné la peine de me donner un nom, ou même de m'appeler pour autre chose que m'insulter. J'ai le droit ? De m'appeler… Dyrane ? Hésita la jeune fille.
-Tu as le droit, cher enfant, tu as le droit d'exister en ce monde.
