Cokeworth
Le trajet dans le train dura une bonne heure dans un silence calme. Ils étaient détendus car en mouvement et dans un transport moldu. Pas le genre d'endroits que viendraient vérifier les Mangemorts. Cela était moins sûr pour les membres de l'Ordre mais ils ne les craignaient pas autant que le camp des Ténèbres. Quitte à se faire prendre, l'Ordre du Phénix était la meilleure option. Mais sans Dumbledore pour les organiser, il y avait peu de chance qu'ils arrivent à vraiment faire quelque chose. Du moins pour le moment, d'autant plus qu'ils pensaient encore Harry chez les Dursley.
Ils arrivèrent dans la petite ville de Cokeworth où la plupart des maisons étaient identiques.
« Est-ce que toutes les villes moldues se ressemblent à ce point ? » demanda Drago curieux, alors qu'il ajustait la courroie de son sac sur son épaule.
Il avait son regard gris tourné vers des maisons de briques rouges et à la toiture en tuiles noires.
« Oui et non. Ca dépend quand est-ce qu'elle a été construite, » répondit Harry. « Je dirais qu'elle date de l'époque industrielle. »
« L'époque quoi ? »
« Un peu près le XIXème siècle. Les bâtiments datent de cette époque je pense. Hmm ... Tu vois les sortes de tours et de cheminées grises là-bas ? » demanda le roux en tendant le doigt vers un secteur pauvre de la ville.
« Oui. »
« Ce sont des usines. On y fait un peu de tout en fonction des matériaux qui y rentrent. On récolte du charbon des mines, on crée des vêtements à la chaîne, on coupe du bois, on emploie du métal ou du pétrole pour construire plein de choses... Le gros souci, c'est que ça pollue beaucoup et que ça gâche le paysage. »
« Alors pourquoi les Moldus font ça ? » fit le brun avec les sourcils froncés.
« Parce qu'ils n'ont pas la magie pour les aider. Ils n'ont que leurs deux mains et leur esprit pour trouver des solutions à leurs problèmes et avancer dans l'évolution. »
« Il faudrait qu'on leur montre ... »
« Et qu'on provoque une nouvelle chasse aux sorcières ? » demanda Harry amusé.
Il vit le brun frissonner.
« Oui, non, peut-être pas. Mais c'est ... dommage. »
« Oui, comme tu le dis. C'est dommage. Viens, j'aimerais arriver et nous installer avant la nuit. Et si possible faire des courses pour quelques jours au besoin. »
« Dis, tu n'avais pas mentionné l'existence de nourriture non périssable ? »
« Oui mais ... Comme on est des sorciers, cela nous sert un peu à rien. »
« Ca dépend, des sortilèges peuvent cesser d'un coup quand le sorcier n'est plus capable de l'alimenter. Même pour quelque chose d'aussi basique que la stase. Est-ce que ça t'arrive d'être attentif en cours de sortilèges ? »
Il se prit un regard noir de son ami.
« Explique-moi comment je fais pour réussir mes études avec brio quand j'ai toujours un cinglé qui me colle aux basques avec pour seul objectif celui de me tuer avant d'asseoir sa domination sur le monde ? » rétorqua durement Harry, un peu vexé.
« Désolé. Je n'y avais juste pas pensé... »
« Mouais... Pas grave, » fit le Gryffondor en se radoucissant rapidement. « Disons que je me concentrais sur ce qui était vraiment utile, comme la DCFM. Les potions aussi, bien qu'avec Snape, c'était dur. »
« C'est vrai qu'il n'était pas tendre avec toi... »
Ils continuèrent à discuter, Harry tenant un plan de la ville en main. Il avait acheté une carte de l'Angleterre, se disant que cela pourrait toujours leur servir. Ils traversèrent rapidement les bas quartiers et arrivèrent à la lisière d'un parc.
« La maison devrait être de l'autre coté, » dit le Survivant en montrant une route sur le plan.
« Il y a une ... supérette ? » Le roux hocha à tête pour confirmer le bon emploi du terme. « ... une supérette juste là pour la nourriture, » fit Drago en montrant un petit magasin.
« Super. Ca n'a pas l'air loin. Ce sera pratique. »
« On y va d'abord ou après ? » demanda le Serpentard.
« On peut y aller maintenant. »
Ils firent rapidement quelques petites courses et ressortirent du magasin avec leurs sacs encore plus remplis. Merci les sortilèges d'allègement ! Ils se dirigèrent alors vers le parc pour le traverser. Ils marchèrent à leur aise en observant quelques enfants jouer, insouciant du danger de la guerre ou même de l'existence d'un tout autre monde empli de magie et de merveilles. Ils virent également des canards nager paresseusement sur la surface du lac.
« L'endroit est ... sympa, » murmura finalement Drago.
« Trop pour un endroit moldu ? »
« Je ne sais pas. Je ne m'attendais pas à ça... Il est encore plus beau que celui de Privet Drive. »
« Techniquement, il est sur Magnolia Crescent, mais oui, je vois ce que tu veux dire, » sourit le Sang-Mêlé.
Ils continuèrent leur chemin et déboulèrent sur Green Street où ils découvrirent de petites maisons coquettes. Elles n'avaient plus rien à voir avec les horribles maisons ouvrières qui ne payaient pas de mine juste à coté de la gare. Elles étaient ici, certes identiques, mais chacune différentes de par leur décoration florale, leur portique, la présence ou absence de barrières ou de haies, le style de voiture qu'il y avait devant. Tout respirait un milieu social bien plus favorable.
« Ta mère habitait dans ce quartier ? »
« Il semblerait, » répondit Harry en soupirant. « Mais je ne sais presque rien d'elle. Juste qu'elle était belle et intelligente, les yeux verts et qu'elle aimait mon père. »
« Personne ne t'a jamais rien raconté sur elle ?! » s'étonna Drago.
« Non. Pas même ma tante. Pourtant elles étaient soeurs. Mais Tante Pétunia ne voient que des monstres en nous, les sorciers alors ... »
« Monstres à qui elle vient de donner la clef de la maison de son enfance, » nota le brun.
« Parce qu'elle a conscience de certaines choses ... Je pourrais peut-être mourir, Drago... C'est même fort probable. »
La voix du Survivant n'était qu'un murmure résigné. Le Serpentard posa une main sur son épaule et la serra doucement alors qu'il portait son regard sur les maisons à la recherche du numéro 7.
« Viens, Harry. C'est celle-là, » dit-il simplement.
Les deux jeunes hommes s'avancèrent vers une maison inhabitée aux murs de pierres blanches. La boîte aux lettres portaient encore le nom des Evans. Il faudrait qu'ils jettent un glamour sur la maison pour qu'elle continue de sembler inhabitée. Ce serait plus sûr. La faire disparaître totalement était inconcevable avec tous les Moldus aux alentours. Mais en attendant de trouver un meilleur endroit, c'était toujours mieux que rien.
Quand ils entrèrent, ils retrouvèrent la maison encore totalement meublée, chaque objet n'étant recouvert que par un simple drap pour les protéger. Après avoir lancé les quelques sortilèges de protections qui s'imposaient, ils nettoyèrent rapidement la place et firent une inspection rapide des lieux en quête d'objets utiles.
Harry retrouva la malle de Poudlard de sa mère. Il la descendit dans le salon. Il l'ouvrirait à un autre moment. Rien ne pressait. Au moins, il pourrait rapidement la récupérer et la ranger dans son sac. Ils pourraient s'installer dans les chambres à coucher, mais en terrain inconnu, le mieux serait de rester l'un auprès de l'autre et à proximité d'une porte d'accès. Ils descendirent donc des couvertures et des oreillers pour s'installer confortablement dans les canapés du salon aux murs de couleur crème.
Le Sang-Mêlé se chargea ensuite de préparer quelque chose de simple à manger. Des pâtes bolognaise. Certes, c'était la sauce du magasin et ne valait donc pas une vraie bolognaise faite maison mais cela se laissait manger facilement. Drago ne se plaignit pas du tout en tout cas. Il était même ravi de manger autre chose que de simples sandwichs rapides.
Malgré le fait qu'ils étaient dans une maison à l'abri, le Sang-Pur se proposa pour le premier tour de garde. Harry accepta volontiers et demanda à être réveillé à la moitié de la nuit pour prendre son tour. Ils ne craignaient pas vraiment quelque chose pour leur première nuit mais on n'était jamais trop prudent. Ils étaient vraiment en guerre dorénavant. Le principal était de survivre. Se priver de quelques heures de sommeil était un bien maigre sacrifice pour cela.
Drago fit le tour de la maison, observant par les fenêtres du rez-de-chaussée toute activité suspecte mais à part quelques chats ou oiseaux de nuit, il n'eut rien à voir si ce n'est la nuit noire sans lune. Il observa aussi le jardin de la maison. Il avait été beau à un moment. Pas très grand, proportionnel à la maison, mais il avait été beau quand la maison était habitée. On voyait encore des résidus de deux parterres de fleurs ainsi que quelques jardinières dans un beau bois sous la lumière de l'éclairage nocturne moldu. Il ne pouvait pas en déterminer vraiment la couleur dans ces nuances ternes et ombrageuses toutefois. Il le verrait mieux au matin sans aucun doute.
Finalement, les Moldus n'étaient pas si en retard sur les sorciers, ils n'étaient plus à vivre comme au Moyen Age. Ils avaient évolué et créé bien des choses pour améliorer leur quotidien. Il avait pu s'en rendre compte durant sa brève période d'observation chez la Tante d'Harry. Il pouvait même vivre mieux que certains sorciers, comme les Weasley par exemple. A partir du moment où on a un peu d'argent, tout était possible. Même pour eux. A l'exception de la magie ...
Il tomba sur un cadre photo sur la cheminée. Ils ne l'avaient pas allumée parce qu'il faisait encore bon, même un peu chaud. Il tourna le rayon de sa baguette vers l'image étrangement fixe, moldue, et vit une petite famille. Il reconnut sans mal Pétunia Dursley. La femme était presque adulte et n'avait pas beaucoup changé depuis. Les parents étaient des Moldus quelconques mais bien habillés. L'autre jeune fille était par contre très belle. Lily Potter ... Evans, à l'époque. Elle avait les mêmes petites fossettes rondes qu'Harry quand elle souriait. Les mêmes yeux aussi, exactement la même étincelle quand ils étaient animés par la joie. Elle était très belle déjà. Une belle femme aux cheveux roux... Ce qu'il préférait, c'était ses yeux. Deux petits joyaux. Les mêmes qu'Harry. Exactement les mêmes...
Il soupira et s'écarta de la photo pour retourner à son observation des alentours. Le Gryffondor commença légèrement à s'agiter dans son sommeil. Il se mit même jusqu'à siffler. Il avait déjà entendu cela. Plus d'une fois et pas que de sa bouche. Le fourchelangue... Il eut un frisson de peur qui parcourut son dos alors qu'il regardait la rue. Au bout de dix minutes à l'entendre s'agiter ainsi, il préféra quand même le réveiller. Il eut de toute évidence raison car son regard émeraude hanté au réveil prouvait qu'il faisait un cauchemar.
« De quoi tu rêvais ? » demanda-t-il, curieux, alors qu'il mettait de l'eau à chauffer pour le thé.
Il avait fini par apprendre à faire quelques petites choses à la moldue. Harry ne répondit pas tout de suite, reprenant peu à peu ses esprits. Il haletait encore à son retour et il était couvert de sueur. Il patienta en continuant d'observer par les fenêtres en attendant que la bouilloire se mette à siffler. Il ne fallait jamais brusquer quelqu'un, surtout pas un Gryffondor, quand il venait de sortir d'un cauchemar. Lui-même n'aimait pas cela...
Il prépara deux tasses avec du thé et sortit une potion calmante au cas où. Le regard de son ami lui donnait froid dans le dos. Il avait du voir quelque chose d'horrible. Mais se confier pourrait sûrement l'apaiser. Ce n'était qu'un cauchemar après tout... Pas la réalité. Il revint avec deux tasses fumantes et en tendit une au rouquin. Ce dernier le remercia silencieusement et la serra entre ses mains légèrement tremblantes. Drago posa sa tasse sur la table de salon et retourna à son observation le temps qu'Harry se remette de ses émotions et que sa tasse refroidisse un peu.
Note d'auteur : Pour l'adresse des Evans, je me suis inspirée de Maggie Zel. Bon, l'adresse n'est peut-être pas tout à fait la même (retapée de mémoire), mais le nom de la rue me semblait sympa. Et j'ai eu son autorisation surtout ! Merci Maggie ! XD
