Chapitre 25 : Leçons et marge de manœuvre

Au début de son premier cours privé avec le professeur Rogue, Harry ressentit le besoin de clarifier quelque chose.

- La prochaine fois que vous me jetez un sort, je demande à Fred et George de mettre partout dans l'école des posters de vous avec la robe et le vautour sur la tête.

Rogue fronça les narines.

- Je n'ai pas pour habitude de jeter des sorts aux élèves, quelle que soit la provocation, Monsieur Potter. Je présume que vous avez saisi le message ?

Harry ne dit pas 'j'ai fait des cauchemars toutes les nuits cette semaine à propos de lumière verte et de rire.' Il ne dit pas 'les gens normaux font saisir le message en parlant, pas en se jetant des sorts.' Il ne dit pas un tas de choses.

- Vous avez ma parole que je ne vous jetterai pas de sorts.

Rogue semblait prêt à dire autre chose, mais se ravisa.

- Si vous voulez m'enseigner le duel, je peux apprendre, répondit Harry. On dirait que ça va se révéler utile un jour ou l'autre.

- Survivez jusqu'à l'âge de quinze ans, et on en reparlera.

Harry eut un bref sourire.

- Je m'en suis plutôt bien sorti jusque là.

- Arrogant comme toujours. Dites-moi, pourquoi voulez-vous apprendre les Potions ?

Harry regarda son professeur.

- Je croyais que vous saviez.

- Malgré ce que pouvez penser, vous n'êtes pas au centre de mes préoccupations au point que je ressente le besoin de connaître toutes les idées qui vous passent par la tête.

Ce qui était la façon de Rogue de dire 'répondez à la question.'

- Parce que c'est beau, dit Harry après un moment. Élégant. Et différent des duels et du Quidditch – ça c'est immédiat, mais pour les potions il faut savoir prévoir, sauf quand on a besoin d'improviser…

Il se tut, ne sachant pas vraiment comment exprimer les choses.

- Vous respectez l'Art.

Rogue ne se tourna pas pour regarder Harry, ni pour arrêter ce qu'il faisait, à savoir installer un chaudron à une des tables à l'avant de la classe.

- Vous réalisez que vous n'avez aucun talent ?

Harry attendit, espérant que c'était une question rhétorique, mais Rogue semblait tout à fait prêt à garder le silence.

- Je suis pas mal au Quidditch, mais les Potions c'est ce que je veux faire.

- Venez regarder.

Devant l'invitation, Harry grimpa sur un tabouret pour regarder son professeur préparer une potion. Chaque action était précise, chaque geste économe, chaque mouvement sûr. Ce n'était pas vraiment beau – Severus Rogue n'était pas du genre à se soucier de l'apparence qu'il avait quand il travaillait – mais son couteau était un éclat argenté, son expression concentrée, et Harry avait envie d'être lui.

- Parfois vous êtes exactement comme votre père, dit Rogue, préparant ses ingrédients, les mesurant dans des petits bols.

Harry resta totalement silencieux, car toute personne montrant l'envie de parler de son père avait toujours toute son attention.

- Et parfois vous n'êtes comme aucun de vos parents. Votre père s'est attiré beaucoup d'ennuis à l'école, et a causé beaucoup d'ennuis. Il passait son temps à rire, et il était très doué pour le Quidditch.

Rogue entreprit de broyer des grains de poivre dans un mortier, contrôlant précisément sa force. Harry cligna des yeux autant qu'il pouvait, effrayé à l'idée d'éternuer et d'interrompre le flot de paroles.

- Votre mère, cependant, était douée pour tout. Tout ce qu'elle touchait se transformait en or. Métaphoriquement parlant, ajouta Rogue avec un rapide coup d'œil vers Harry.

Harry hocha la tête.

- Aucun d'entre eux ne s'est plongé dans l'étude de matières pour lesquelles ils n'avaient aucun talent.

Un léger coup de baguette de Rogue alluma le feu sous le chaudron et le mit à chauffer. Harry essaya de revenir au présent, sans grand succès.

- Je ne sais pas grand-chose à leur sujet, dit-il. Tante Pétunia ne parle de ma mère que pour inventer des mensonges.

Le professeur ne répondit rien, ajoutant le premier ingrédient d'un petit geste.

- C'est de la Pimentine ? demanda Harry pour meubler le silence.

- En effet. L'infirmerie va en avoir besoin, quand les pluies d'octobre vont arriver. Généralement j'en prépare de plus grandes quantités.

- Pourquoi pas cette fois ?

- Parce que vous êtes facilement distrait.

Harry lui lança un regard noir, parce que là c'était à coup sûr une insulte.

- Vous avez dit que je pourrais apprendre à faire du Polynectar.

- Le Polynectar est une potion peu enseignée car elle facilite la tromperie, pas parce qu'elle est particulièrement difficile. Les ingrédients sont rares, et la préparation est longue, mais ce n'est pas difficile avec la discipline nécessaire.

Harry pensa tristement à Tante Marge, et ne dit rien sur son propre niveau général de discipline.

- Comment avez-vous dérobé la recette dans la réserve de la bibliothèque ? demanda Rogue comme s'il demandait à Harry de lui passer les pommes de terre.

- Le professeur Lockhart nous a fait un mot.

Rogue eut un ricanement.

- Et je suis censé croire que vous allez rester sagement à jouer avec vos amis alors que Black vous court après.

- Ben, oui, dit Harry. J'ai dit que je le ferais. Et je ne suis pas idiot.

Rogue ne sembla pas vouloir répondre à cela.

- Est-ce qu'il existe une potion pour dormir ? demanda brusquement Harry. Ma potion contre les maux de tête ne marche pas vraiment quand...

- Madame Pomfresh a une réserve de Sommeil sans Rêves, répondit Rogue. Comme le philtre Calmant et la plupart des autres potions ayant un effet bénéfique, elle présente un risque d'addiction.

Zut.

- Votre devoir pour la semaine prochaine sera un récapitulatif du développement de la Pimentine et des propositions pour améliorer la recette.

Harry fit la grimace. Encore plus de devoirs. Et le regard de Rogue était beaucoup trop joyeux.

Le professeur Rogue était, au fond, rien qu'un sadique.


Demander à Fred et George où il pourrait faire des expériences de recettes de bonbons ou de crèmes glacées magiques fut à la fois une très bonne et très mauvaise idée.

- Oh, pauvre ignorant. Fred, nous n'avons pas le choix.

- Nous n'avons pas le choix, George.

Et sur ce, les jumeaux agrippèrent Harry par les bras et le traînèrent vers les sous-sols pour lui présenter la cuisine de Poudlard.

La vie de Harry ne fut plus jamais la même.