Chapitre 26 : Montage éducationnel

Le premier succès de Harry en matière de bonbons magiques fut pour des petites billes de sucre multicolores qui fondaient sur la bouche et permettaient de souffler des bulles irisées. Il n'aurait jamais réussi, s'il n'avait pas expliqué ce qu'il voulait faire à Fred et George, qui avaient proposé deux de leurs recettes en cours, et à un moment Harry s'était retrouvé avec du sucre fondu dans les cheveux et avait dû aller à l'infirmerie, mais il s'en fichait éperdument.

Les bonbons furent interdits par trois professeurs avant la fin de la journée, et Harry les confia à Fred et George pour leur laisser faire des tests.


- Le professeur Trelawney dit que je vais mourir, expliqua Harry au professeur Rogue pendant la quatrième séance de cours privé d'affilée où le professeur Rogue ne l'avait même pas laissé toucher quoi que ce soit. Pas que ça le dérangeait de rester sans rien faire et de voir de la magie se produire, mais s'il ne parlait pas il se sentait invisible, et alors il se sentait pris au piège. Non merci.

- Et vous avez commencé à voir des présages de mort partout ?

- Ben. Oui.

- Je l'évite, dit calmement Rogue. Chaque fois que je me rappelle qu'elle existe, j'ai une profonde envie de la tuer.

Comme le professeur Rogue semblait totalement sérieux, Harry décida de ne plus jamais, jamais aborder le sujet de son professeur de Divination. Il n'avait vraiment pas envie d'être celui qui ferait péter un fusible au professeur Rogue.


- ... et après il a réarrangé son nom pour dire Je Suis Voldemort, et j'ai poignardé le journal avec un croc de Basilic. J'ai peut-être loupé deux-trois trucs après, je saignais et Fumseck m'a empêché de voir en me pleurant dessus.

- Si vous réussissez à ne pas vous retrouver à l'infirmerie cette année, Potter, je vous montrerai comment faire du Brouillard Fossilisant avec des yeux de Basilic en poudre.

- Vous voulez dire – de ce Basilic là ?

- Vous avez entendu parler d'un autre Basilic qui aurait été tué récemment ? Ces créatures ne courent pas les rues.

- … je n'avais pas vraiment envie de la tuer. Je n'ai pas eu le temps.

- Épargnez-moi votre sensibilité, je vous prie.

- Serpentard a vraiment pas eu de bol de se retrouver avec Voldemort comme héritier, hein ?

- Vous avez pris cette manie persistante d'appeler le Seigneur des Ténèbres auprès du directeur, je suppose.

- Il a dit que c'était une bonne idée. Qu'on ne devrait pas avoir peur d'un nom.

- La peur est une chose sensée. Cela montre que l'on fait attention.

Harry n'avait pas grand-chose à répondre à ça, mais heureusement son professeur n'attendait pas de réponse.


Intrigué, Harry regarda le gobelet. Lupin eut un sourire.

- Le professeur Rogue m'a très gentiment préparé une potion, dit-il. Je n'ai jamais très bien su fabriquer les potions et celle-ci est particulièrement compliquée.

Il prit le gobelet, en renifla le contenu et fit une grimace.

- Dommage que le sucre en neutralise les effets, ajouta-t-il en buvant une gorgée qui le fit frissonner.

- Pourquoi est-ce que… ? commença Harry.

Lupin le regarda et répondit à sa question inachevée.

- Je ne me sentais pas très bien, ces temps-ci. Cette potion est le seul remède efficace. J'ai beaucoup de chance d'avoir le professeur Rogue comme collègue. Il est l'un des rares sorciers qui sachent la préparer.

Lupin but une autre gorgée et Harry dut se retenir pour ne pas lui arracher le gobelet des mains.

- Il est très doué en potions, dit prudemment Harry, ne sachant pas trop comment formuler 'il a une lueur assassine dans les yeux chaque fois qu'il vous regarde.'

Heureusement ou malheureusement pour Harry, le professeur Lupin détendit l'atmosphère comme si rien ne s'était passé, et Harry resta là à se demander s'il devait avertir le professeur Lupin ou supplier le professeur Rogue de lui donner la recette.


- Est-ce que vous empoisonnez le professeur Lupin ?

Rogue esquissa un sourire.

- Si seulement, Potter. Si seulement.

Ce n'était pas particulièrement rassurant. Harry hésita, puis continua.

- Je vous ai entendu parler au professeur Dumbledore, le soir d'Halloween. Et comment vous pensiez que quelqu'un dans le château avait aidé Black.

Rogue prit une pincée d'une poudre bleue et la laissa tomber dans la potion qu'il préparait, lui donnant une délicate teinte mauve. Une des choses les plus exaspérantes quand on le regardait travailler était l'évidence manifeste qu'alors qu'il exigeait que Harry suive la recette, lui n'aurait pas pu s'en éloigner davantage. Si un ingrédient devait être coupé en dés, il l'écrasait. S'il fallait mettre exactement deux cuillerées de quelque chose, il en mettait une poignée. Si la recette disait de remuer pendant cinq minutes, il mesurait pendant cinq répétitions d'une chanson idiote. C'était exaspérant.

- Vous m'avez dit que-

- Potter.

- Mais, Professeur… il a aidé Voldemort à tuer…

- Il mourra.

Le professeur Rogue, en train de prendre un ton étrangement gentil.

- Et ça sera une mort atroce et douloureuse. Contentez-vous de cela.

Faire connaissance avec le professeur Rogue cette année n'était pas du tout rassurant.


À suivre...