Et me revoilà donc (je sais vous n'y croyez pas). Ce chapitre a pris beaucoup de formes dans ma tête, mais voici ce qu'il en est sorti finalement, j'espère que vous aimerez.

Comme d'hab, je ne peux que vous remercier pour tous les messages que vous me laissez, et pour le compteur des lectures qui grimpe, ça me fait tellement plaisir ! J'espère que ce chapitre sera à la hauteur de vos attentes.


Réponse à Audrey: Ravie que tu sois ravie, hahaha ! Mmmh, vraiment impossible tu crois ? Je te laisse découvrir ce chapitre… ;) Merci de ta review !

Réponse à drou: Effectivement pour les lys ! Merci de ta review !

Réponse à Carneige: Oh, mais il ne fallait pas hésiter, ça me fait toujours plaisir de lire les avis des lecteurs ! Et quelle review, je suis très touchée que tu aies autant aimé, merci ! J'espère que la suite ne te décevra pas ! Au plaisir de te relire !

Réponse à jade: Hahaha, je prends Katerine ! XD Oui, je torture un peu tout le monde effectivement. Merci de ta review !

Réponse à Cam: Merci beaucoup, je suis très touchée !

Réponse à Loumiss: Eh bien, le titre du chapitre a dû te montrer que tu avais bien deviné XD Merci beaucoup de ta review !


Lips are turning blue

A kiss that can't renew

I only dream of you

My beautiful

Muse, Song for Absolution


Les jours passaient, et un cap dans les recherches ne tarda pas à être franchi. Hermione parvint, au prix ce nombreuses heures de réflexion, à démontrer de façon imparable pourquoi et comment les tentacules de strangulos réagissaient à la direction des lésions qu'ils subissaient. Elle avait pour cela dû se plonger dans de complexes manuels de biologie cellulaire, avec l'aide indispensable de Rogue.

Hermione collectionnait les feuilles de notes, qui s'emplissaient maintenant de dessins soignés de cellules aux formes complexes. Elle se remémorait souvent le regard que Rogue lui avait lancé quand elle avait trouvé l'une des clés du problème. Elle se revoyait faire une explication complète du phénomène sur une dizaine de feuilles, durant une demi-heure, sans être une seule fois interrompue par Rogue. Un doigt sur les lèvres, il avait gardé le silence, mais son regard avait véhiculé une telle profondeur qu'Hermione, en le regardant dans les yeux, avait plusieurs fois manqué de perdre le fil de son exposé. Lorsqu'elle avait eu terminé sa présentation, essoufflée, Rogue n'avait rien dit. Il l'avait contemplée avec des yeux brûlants, ses doigts pianotant doucement sur le bord de la table. Puis, il avait repris les feuilles une à une, s'arrêtant sur les dessins appliqués d'Hermione. Il avait finalement ouvert la bouche pour prononcer une phrase qu'Hermione avait senti vibrer jusqu'au plus profond de son être.

- Vous tenez quelque chose.

Ce n'était pas tant le sens de la phrase qui l'avait ébranlée. C'était plutôt l'emploi de la deuxième personne du pluriel. Elle considérait que Rogue était tout aussi méritant qu'elle, et qu'elle n'aurait jamais pu arriver à un tel résultat sans ses précieuses indications. Hermione s'était alors sentie obligée de le rectifier :

- Nous tenons quelque chose.

Rogue l'avait regardée un instant, avant que sa bouche n'esquisse un sourire en coin. Il ne releva pas, et pointa ses index joints sur les notes.

- Si cela ne vous ennuie pas, Granger, j'aimerais les garder quelques jours.

Elle leva un sourcil, amusée.

- Vous n'y croyez pas, n'est-ce pas ? le taquina-t-elle.

Le sourire s'effaça des lèvres de Rogue.

- Bien au contraire, souffla-t-il sur un ton étrange.

Interloquée sans trop savoir pourquoi, Hermione lui donna son accord.

Les travaux avaient alors pris diverses directions, toutes aiguillées par la démonstration d'Hermione. Ils travaillaient tous deux sur plusieurs fronts en même temps, afin d'analyser de potentielles façons de contrer les effets associés de plusieurs ingrédients, du métal du couteau, du nombre de tours de mélange.

Hermione appréciait ces moments où ils restaient côte à côte, dans un silence studieux, jusqu'à ce que l'un d'eux sollicite l'autre sur une question pointue, qui les plongeait alors de façon quasi systématique dans un débat houleux. Dans ces moments, Rogue était totalement accaparé par la réflexion scientifique, et par l'intérêt évident qu'il éprouvait pour leurs recherches. Cela rendait l'atmosphère moins électrique. Car le malaise entre eux ne s'estompait pas. L'arrêt de la Legilimencie semblait ne pas avoir eu d'influence sur la Résonance, qui continuait de les ébranler plusieurs nuits par semaine. Hermione devinait qu'ils avaient partagé un rêve la nuit précédant leur rencontre lorsque Rogue se montrait d'une humeur particulièrement sombre, lui répondant par monosyllabes, voire pas du tout. Heureusement, la science venait toujours piquer la curiosité de Rogue, et il finissait toujours par lâcher du lest.

Rogue avait également entamé les premières préparations d'essai. Hermione, elle, restait plongée dans les manuels et la théorie, dans les calculs de dosage et de mélange. Parfois, Rogue, qui devait attendre un peu avant de passer à l'étape suivante de ses réalisations, venait se placer derrière elle et contemplait ce qu'elle était en train de faire. Il relevait délicatement un livre ouvert pour en consulter le titre, jetait un coup d'œil à ses notes, pointait silencieusement du doigt une erreur de calcul. Hermione sentait alors son cœur qui battait plus fort, et la bulle de fierté qui gonflait en elle. Lorsqu'elle levait les yeux vers lui dans ces moments, troublée, il lui rendait toujours son regard, avant de retourner à ses tâches. Hermione appréciait cet équilibre, cette entente fragile qui semblait leur convenir à tous les deux. Elle redoutait au fond d'elle le moindre événement qui pourrait risquer de le briser.

Durant cette période de latence, où Rogue et Hermione évoluaient tous deux en funambules tant dans leur relation que dans leurs recherches, Hermione apprit d'abord la rupture de Ginny et de Dean. Cela ne lui fit pas tant de peine. Son amie était forte, et elle se réjouissait en secret de l'opportunité qui pourrait maintenant se présenter à Harry. La rupture de Ron et de Lavande suivit. Hermione dut bien s'avouer qu'elle ne jubilait pas autant qu'elle l'aurait voulu. Si elle avait été ravie d'apprendre que son meilleur ami ne se pavanerait plus avec cette cruche, il n'y avait rien eu… de plus. Une fois encore, elle dut se rendre à l'évidence. La longue cape noire flottait dans son esprit, et occultait les cheveux de feu qui, quelques mois plus tôt, y avaient pourtant flamboyé ardemment.

oOo

- Je te l'avais bien dit, Harry ! s'emporta Hermione. Ce livre ne pouvait t'apporter que des ennuis.

- Laisse tomber, Hermione, c'est lourd, rétorqua Ron. Je pense que Harry n'a pas besoin de ça ce soir.

Harry broyait du noir au fond de son fauteuil, le visage crispé et le regard sombre. Hermione fut parcourue d'un frisson. L'image évoquée par Harry de Malefoy gisant dans son sang sur le sol des toilettes, la poitrine ouverte, l'épouvantait. Elle espérait maintenant que le livre maléfique pourrirait à jamais là où Harry l'avait laissé, au beau milieu de la Salle sur Demande.

- Je dis juste que…, tenta-t-elle de poursuivre.

- Je sais, Hermione, la coupa Harry. Crois-tu vraiment que j'aurais employé ce sort si j'avais su de quoi il en retournait ?

- Et puis Malefoy a tenté de lui lancer un sortilège impardonnable, c'était de la légitime défense, renchérit Ron.

Hermione croisa les bras, irritée.

- Ce Prince est dangereux.

Harry se leva du fauteuil et vint se planter devant elle, fulminant.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Après tout, il s'agissait juste d'une indication dans la marge ! La formule n'était pas accompagnée d'un « Essayez ça, vous allez voir, c'est super drôle » !

Hermione ouvrit la bouche d'indignation quand elle comprit ce que son ami sous-entendait.

- Mon dieu, Harry, ne me dis pas que tu vas aller…

- Récupérer le livre ? compléta-t-il. Bien sûr que si ! Hermione, grâce à ce livre, j'ai pu apprendre énormément, et…

- Et obtenir un statut auprès de Slughorn que tu n'aurais jamais pu atteindre sans…, marmonna Hermione entre ses dents, hors d'elle.

Harry ne répondit pas, mais les muscles de sa mâchoire ondulaient dangereusement sous sa peau. Ginny et Ron gardèrent le silence. Hermione se sentit obligée de poursuivre.

- Et puis avec la punition que t'as collée Rogue, une retenue tous les samedis jusqu'à la fin de l'année… A cause de ça, le match de Quidditch de samedi prochain va…

La voix de Ginny claqua.

- N'essaie pas de faire comme si tu connaissais quoi que ce soit au Quidditch, Hermione. Tu ne ferais que te mettre dans l'embarras.

Elle reçut la remarque comme un coup de poignard en plein cœur. Elle croisa un instant les yeux furieux de son amie, et choisit de baisser les siens devant cette colère légendaire que jamais Ginny ne lui avait destinée durant toutes ces années d'amitié.

Hermione ravala douloureusement la boule qui enflait dans sa gorge.

- Je dois y aller, marmonna-t-elle.

Elle n'eut pas besoin de préciser où. Tous savaient déjà.

- Il va te cuisiner, geignit Ron.

- Ne lui dis rien sur le manuel du Prince, Hermione, dit Harry, s'il-te-plait.

Hermione sentit la moutarde lui monter au nez au milieu de son chagrin.

- Pour qui donc me prends-tu, Harry ? Je déteste ce Prince et je suis horrifiée de ce qu'il s'est passé, mais je reste ton amie ! Crois-tu vraiment que je vais aller tout raconter à Rogue ?

- Je ne sais pas, marmonna Ron. Après tout, on dirait que c'est devenu ton meilleur ami, ces derniers temps…

Les larmes vinrent piquer les yeux d'Hermione.

- C'est n'importe quoi ! s'exclama-t-elle d'une voix étranglée de sanglots. Il m'aide simplement à retrouver mes sens perdus, ce n'est pas pour autant que… que…

Elle fut incapable de trouver des mots corrects pour finir sa phrase. Elle sentait le regard lourd de Ginny peser sur elle, et cela lui donna la nausée tant elle se sentait déchirée.

D'un côté, ses amis de toujours. De l'autre, un homme qu'elle appréciait beaucoup trop, alors qu'il les détestait tous. Tous sauf elle. Et entre tout cela, un mystère entre Rogue et Malefoy. Et le Prince et son sort meurtrier.

Ron avait raison, elle était la porte d'entrée facile que Rogue pouvait utiliser pour coincer Harry. Elle savait que Rogue, aveuglé par sa haine envers Harry, n'hésiterait certainement pas à se servir d'elle pour parvenir à ses fins.

Les larmes ne tardèrent pas à dévaler ses joues. Elle hoqueta. Cela sembla soudain décharger l'atmosphère de la colère qui y pesait.

Ron avait l'air peiné.

- Peut-être… Peut-être que tu ne devrais pas y aller ce soir, Hermione ? proposa-t-il.

La jeune femme secoua fébrilement la tête.

- Hors de question, ça ne ferait qu'empirer les choses. Il veut coincer Harry, et comme par hasard je lui pose un lapin ?… C'est jeter de l'huile sur le feu.

Ron haussa les épaules.

- Avec lui, on jette constamment de l'huile sur le feu, quoi que l'on fasse.

- Hermione a raison, dit Ginny. Il faut qu'elle y aille.

Hermione se moucha bruyamment, puis, voyant qu'elle était presque en retard, salua précipitamment ses amis et s'engouffra hors de la salle commune.

Hermione ressassa beaucoup en descendant les escaliers. Si Rogue n'était pas intervenu immédiatement, Malefoy serait probablement mort. Et Harry, un meurtrier. Qui était donc ce Prince, qui écrivait de telles atrocités dans ses manuels scolaires ? Et qu'allait-il lui arriver à elle, ce soir ? Ces derniers jours, elle avait vu Rogue autrement. Moins sarcastique, plus à l'écoute et l'aidant plus qu'il ne l'avait jamais fait. Ce soir, elle le savait, il ne serait pas comme tous ces derniers jours. Elle savait qu'elle tiendrait bon, que jamais elle n'avouerait où Harry avait pris cette formule. Mais elle n'ignorait pas qu'il userait de toutes les stratégies possibles, y compris d'intimidation et de Legilimencie. Harry leur avait expliqué que Rogue avait tenté de pénétrer son esprit et qu'il n'avait pu lutter. Elle était persuadée qu'il y avait vu le manuel maudit. Elle devait enfouir le Prince de Sang-Mêlé loin au fond de son esprit. Ne pas lui tendre de perche. Changer de sujet.

Facile à dire.

Une fois arrivée devant la porte du bureau, elle prit le temps de calmer sa respiration, et d'apposer du mieux qu'elle le pouvait un air détaché sur son visage. Une vision d'un Drago Malefoy ensanglanté flottait devant ses yeux, et l'ombre du secret entre lui et Rogue lui serrait la gorge. Elle frappa finalement sur le lourd battant de bois. Il pivota presque immédiatement sur ses gonds, et Hermione devina qu'il l'avait attendue, là, debout derrière la porte. Sa respiration vacilla. Le visage de Rogue était marqué et couvert d'ombres rampantes. Ses yeux étaient froids comme la pierre des murs qui les entouraient. Il s'écarta lentement pour laisser le passage à Hermione. Il n'ouvrit pas la bouche. Elle l'imita. Elle savait que ce soir, ce n'était pas la peine de le saluer.

Sans rien dire, sans se retourner, elle se dirigea vers sa place habituelle et s'installa immédiatement pour reprendre son travail là où elle l'avait laissé. Mais son esprit n'était pas dans la bonne configuration. Les yeux vissés sur la feuille, plume en main, elle écoutait les pas lents de Rogue qui se rapprochaient d'elle. Pour la première fois en plusieurs semaines, Hermione eut peur de lui. Elle refusa de lever la tête lorsqu'il se plaça derrière elle. Une main blafarde se posa sur la table à sa gauche, l'autre à sa droite. Elle sentit le souffle de Rogue agiter ses cheveux, sur le dessus de sa tête.

- Vous savez, souffla-t-il d'une voix glaciale.

Hermione tenta de ralentir sa respiration. Sa voix ne devait pas trembler.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.

Mauvaise réponse. La main droite de Rogue quitta la table, agrippa le bras d'Hermione et la fit tourner violement sur son tabouret. Elle se retrouva face au Maître des Potions, emprisonnée par ses bras de part et d'autre de son corps, et pire que tout, par son regard acéré.

Sous la lumière des torches, Hermione put mesurer l'ampleur de sa colère. Ses traits étaient crispés, et il était encore plus livide que d'habitude. Sa bouche pincée n'était plus qu'une simple ligne au milieu de son visage de marbre.

- Je vous saurais gré de ne pas jouer avec mes nerfs, dit-il d'une voix doucereuse. Ma patience est fortement limitée, ce soir.

Hermione fit tourner les rouages de son cerveau à toute vitesse dans l'espoir de bâtir un mensonge plausible. Mais quelle chance avait-elle face à un Maître Legilimens ? Elle sentit soudain une présence dans son esprit et détourna brutalement le regard.

- Arrêtez ! s'exclama-t-elle.

Elle haletait. Lorsqu'elle osa regarder Rogue de nouveau, il souriait. C'était le sourire le plus effrayant qu'Hermione ait jamais vu. Il retira finalement ses mains de la table et fit un pas en arrière.

- Je veux que vous me disiez où Potter a récupéré ce sort.

- Je l'ignore. Je ne sais pas tout ce que Harry fait.

- Vous mentez terriblement mal.

Elle s'exhorta au calme. Elle savait pertinemment que Rogue allait jouer la carte de l'intimidation. Elle se mordit la lèvre.

- Écoutez, Professeur, je… C'était un accident, et…

- Bien sûr, la baguette de Potter a certainement jeté le sort toute seule.

- Ce n'est pas ce que je veux dire, et vous le savez très bien ! s'exclama-t-elle d'une voix aiguë. Harry a voulu se défendre, c'est le premier sort qui lui est passé par la tête. S'il en avait connu les conséquences, jamais il n'en aurait fait usage !

- En êtes-vous si sûre ?

Sa voix était douce, douce comme la morphine avant l'overdose.

- Évidemment !

Elle bouillait intérieurement. Elle s'approcha de lui et leva dignement le menton.

- Vous vous acharnez sur Harry, comme d'habitude, sans même vouloir savoir pour quelle raison il a voulu se défendre… Vous l'ignorez peut-être, mais Drago a voulu lui lancer un Endoloris.

Le visage de Rogue demeura de marbre.

- C'est la version de Potter, rétorqua-t-il. La mienne est la suivante : j'ai retrouvé votre petit vantard d'ami penché au-dessus du corps ouvert en deux de Drago Malefoy. Je ne le demanderai pas une nouvelle fois, Granger : où Potter a-t-il déniché ce sort ?

Hermione sonda le regard abyssal de Rogue, et une évidence la frappa soudain de plein fouet. Il connaissait déjà la réponse à la question qu'il venait de poser. Elle le défia un instant, ses yeux plantés dans ceux de Rogue.

- Professeur…, souffla-t-elle alors. On pose des questions uniquement lorsque l'on en ignore la réponse.

Si Rogue fut surpris, il n'en montra rien. Hermione poursuivit.

- Vous craignez pour la vie de Drago, n'est-ce pas ? murmura-t-elle. Vous le protégez ?

Elle vit les traits de Rogue se durcir encore. Mais partie sur sa lancée, Hermione refusait de faire marche arrière. Pas maintenant.

- J'aimerais comprendre, Professeur… Qu'est-ce qui vous met le plus en rogne ? Le sort lui-même, ou le fait que la victime soit Drago Malefoy ?

- Faites très attention à ce que vous dites, Granger, gronda le Maître des Potions.

Hermione ne se laissa pas démonter.

- Je sais qu'il se passe quelque chose entre vous et lui… J'étais dans la Réserve. Et le soir de la fête de Noël de Slughorn, vous avez…

Elle s'interrompit immédiatement, se rendant compte que cette fois, elle allait trop loin. Cette révélation concernait une nouvelle fois Harry. Et il était impensable qu'elle apprenne à Rogue qu'elle savait qu'il avait fait un serment inviolable au sujet de Malefoy.

Rogue, soudain hors de lui, fondit sur elle et lui enserra les bras avec force. Elle le vit blêmir. Il se contenta de la regarder avec toute la colère possible, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Hermione eut soudain les larmes aux yeux, face à ce monument de mystères qui lui tenait fermement les bras. Elle réalisa qu'elle ne savait rien de Severus Rogue. Combien de temps faudrait-il pour percer tous les secrets d'une telle carapace ? Une vie, probablement, ne suffirait même pas. Elle ne put se retenir de lui dire ce qui lui pesait sur le cœur.

- Comment faites-vous pour ne pas exploser sous le poids de tout ce que vous devez porter ? Vous n'êtes que secrets et énigmes. De vous, je n'ai même pas réussi à gratter la surface, malgré le nombre incalculable d'heures que j'ai passé à vos côtés. Combien de temps allez-vous tenir ainsi ? Combien de temps, Severus ?...

Elle éprouvait à cet instant une peine immense, écrasante. Rogue la secoua violemment, une fois.

- Je vous défends de parler de ce que vous ignorez, Granger. Je vous l'interdis.

Il tenait son visage presque collé à celui de la jeune femme, et ses mains tremblaient de colère autour de ses bras. Hermione, perdue devant le maelström qui se déchaînait devant elle, ne put se retenir de mentionner ce qui l'avait perturbée plusieurs fois les derniers jours.

- Les lys, Professeur… Dans les rêves. Ils reviennent toujours. C'est pour vous, je le sais… Je ne sais pas quel secret se cache derrière, mais…

- Taisez-vous !

- Vous allez perdre pied dans vos secrets, vous allez…

- Je vous ai ordonné de vous taire !

D'un mouvement vif des poignets, il l'assit lourdement sur le tabouret et s'éloigna d'elle, lui tournant le dos. Hermione haletait. Elle avait l'impression d'avoir réveillé un lion enragé, et de s'être enfermée avec lui dans sa cage. Un silence de quelques secondes, lourd comme une chape de plomb, s'abattit. Elle n'osait plus parler. Rogue intervint finalement.

- Pour qui vous prenez-vous, Granger ? Une justicière ? Un ange gardien ? Pensez-vous que mes secrets, comme vous dites, puissent être entendus par quelqu'un comme vous ? Quelle dose de prétention vous faut-il pour que vous osiez croire cela ?

Il lui fit face de nouveau, et la violence de son regard cloua Hermione sur place. Elle sentait tout son pouvoir de Maître Legilimens qui bouillonnait sous la surface. Elle eut rapidement mal à la tête.

- Vous et vos amis fourrez votre nez partout, sans vous soucier des conséquences que cela pourrait avoir sur les autres et sur vous-mêmes. Combien d'infiltrations du Seigneur des Ténèbres dans l'esprit de Potter, combien de Malefoy éventrés faudra-t-il pour que vous compreniez que vous ne maîtrisez rien ?

- Je… J'aimerais tellement vous aider…, souffla la jeune femme, tétanisée.

- M'aider ? M'aider ?

Il lui serra de nouveau le bras. Il parut sur le point de lui hurler à la figure, mais il n'en fit rien. Ses traits se détendirent d'un coup et il relâcha Hermione. Il fit deux pas en arrière et s'adossa à la paillasse, posant ses mains en appui derrière lui, affalé comme s'il n'avait plus la force de se tenir droit. Il scruta longuement Hermione. Celle-ci n'osait pas bouger. Elle avait soudain l'impression qu'une paroi de givre venait de se former entre eux, une paroi qu'il fallait à tout prix éviter de briser. Elle calma lentement sa respiration, et s'aperçut soudain que Rogue avait l'air exténué. La contrariété et les ombres du bureau semblaient l'avoir fait vieillir de dix ans.

- Je suis extrêmement tenté de vous mettre à la porte et de vous défendre de remettre les pieds dans cette pièce.

- Alors faites-le, gronda la jeune femme.

Rogue parut interloqué, puis fronça les sourcils.

- Vous reviendriez de toute façon. Vous me l'avez déjà prouvé.

Hermione poussa un soupir fatigué.

- Vous savez Professeur, vous pourriez aussi avouer que vous n'avez pas envie que je m'en aille, au lieu de vous chercher des excuses. Regardez, moi j'ose l'avouer : je ne veux pas que vous me mettiez à la porte parce que j'apprécie de passer ces moments avec vous.

Elle se redressa et revint à la charge.

- Je suis persuadée que vous avez déjà trouvé ce que vous cherchiez, en lisant l'esprit de Harry. Alors pourquoi avez-vous besoin de moi ?

Un mouvement nerveux agita l'une des commissures de la bouche de Rogue.

- Je n'ai pas tout trouvé. Je sais simplement que le sort vient de l'un de ses manuels.

Hermione sut qu'il mentait. Il savait plus que cela. Elle joua cependant le jeu.

- Que voulez-vous savoir de plus ? Harry ne se resservira pas du sort, vous savez, il n'y a aucun risque de…

- Parce que vous prétendez maîtriser tout ce que Potter fait ? Vous prétendez le connaître assez bien pour…

- Je le connais mieux que vous ne le connaissez. Et mieux que je ne vous connais vous, sans aucun doute, ajouta-t-elle sombrement.

Rogue poussa un soupir si long qu'Hermione se demanda comment il était possible d'avoir autant d'air dans les poumons. D'un mouvement brusque du pied, il ramena vers lui le tabouret qui trainait un peu plus loin et s'y laissa tomber. Las, il passa son pouce et son index sur ses paupières closes.

Quand il rouvrit les yeux, le cœur d'Hermione remonta dans sa gorge. Jamais elle n'avait vu ce regard-là chez Rogue. Un regard trouble, brisé.

Quelque chose se serra dans sa poitrine, et elle détourna un instant les yeux. Elle soupçonnait que le pouvoir Legilimens de Rogue était si puissant qu'il imprégnait parfois son regard sans qu'il le veuille forcément. Il avait cet instant l'un de ces regards, capable de l'avaler tout entière jusqu'à ce qu'elle en oublie jusqu'à sa propre existence. Le timbre grave de Rogue résonna dans les cachots, sembla courir sur les pierres autour de la jeune femme.

- Avant que vous n'entriez ici tout à l'heure, Granger, ma décision était prise. J'avais décidé de me servir de vous, de vous extorquer la moindre information à propos du manuel de Potter. J'étais dans une rage dont vous n'avez pas idée, tout simplement parce que vous ne pouvez ni connaître ni comprendre les implications que pourrait avoir l'agression de Malefoy par Potter. Vous êtes intelligente, Granger, et je sais que vous n'ignorez pas que sans mon intervention au bon moment, Malefoy serait mort actuellement.

Hermione se racla imperceptiblement la gorge. Elle n'avait pas besoin d'imaginer encore une fois son meilleur ami en meurtrier. Rogue continua son monologue, sans la lâcher des yeux.

- Mais quand vous êtes entrée, comme chaque soir dans ce bureau, quelque chose s'est effondré, encore une fois, dans mes certitudes. Dans le regard que vous avez levé vers moi, j'ai vu une détermination aussi forte à me résister que celle que j'avais, moi, à vous ébranler.

Il se tut, semblant attendre une réaction d'Hermione.

- Je reste sur ma position, souffla celle-ci en guise de réponse. Vous avez déjà la réponse à vos questions. Et cette réponse vous bouleverse tellement que vous avez ressenti le besoin de m'extorquer ce que je savais pour en avoir la confirmation.

Elle se mordit la lèvre. Elle voulut lui demander qui était ce Prince de Sang-Mêlé, dont il connaissait à n'en pas douter l'existence. Elle voulut lui dire qu'elle avait tenté d'avertir Harry du danger, que ce Prince avait sûrement dû être – voire était encore, quelqu'un de dangereux. Un mal-être inexplicable la retint de justesse. Et si c'était un ami de Rogue ? Un Mangemort ? Ne pouvait-elle pas se mettre en danger en livrant à Rogue ses craintes sur le Prince ? Rogue… Pourrait-il lui faire du mal ?

Rogue ne répondit rien. Il se contentait de la regarder sans rien dire. Hermione finit par éprouver un malaise tout au fond d'elle, un malaise qui lui donna l'impression d'étouffer, comme si elle ne pouvait supporter une seconde de plus ce qui s'abattait sur elle depuis des semaines. Lentement, elle se baissa et attrapa son sac, puis murmura :

- Je… Je crois qu'il serait mieux que nous en restions là pour ce soir… Je reviendrai demain… Quand nous serons plus calmes. Tous les deux.

Sans attendre la réponse de Rogue, elle le contourna pour rejoindre la sortie. La main qui se referma sur la sienne la stoppa net dans son élan. Elle se figea sur place, saisie par ces doigts froids au contact électrique. Le souffle de Rogue s'immisça en elle comme une brise d'été au milieu du brouillard.

- Reste…

Le cœur au bord des lèvres, elle se tourna lentement vers l'homme qui lui tenait la main. Lui n'avait pas tourné son visage vers elle, et elle ne distinguait que les contours anguleux de son profil dans l'ombre du laboratoire. Hermione se battit soudain contre un sanglot qui vint s'étrangler dans sa gorge, noyée dans toutes les pensées qui lui martelaient le crâne depuis qu'elle avait appris les événements de l'après-midi.

- Pourquoi ?..., croassa-t-elle. Pourquoi m'obligez-vous tous à choisir ? Je ne veux pas choisir…

Elle ferma brutalement les yeux pour briser ses larmes avant qu'elles ne roulent sur son visage, se morigénant intérieurement d'avoir l'air si lamentable tout à coup. Elle maudit Rogue de la pousser dans ses derniers retranchements, elle maudit ses amis de la soupçonner de vouloir les trahir. Elle sentit soudain la prise de Rogue sur ses doigts changer légèrement. Hermione garda les yeux fermés. Le froissement de la lourde cape noire lui indiqua qu'il était en train de se lever et de se rapprocher d'elle. Lorsqu'il fut juste à côté d'elle, il lâcha ses doigts.

- Ironie du sort, susurra Rogue près de son oreille. Moi, j'aurais préféré qu'on me demande de choisir. J'aurais préféré qu'on me laisse le choix de t'oublier, qu'on me permette de t'ignorer. J'aurais aimé avoir le choix de ne pas te voir venir hanter mes nuits, j'aurais aimé avoir le choix de résister à cette bête qui me prend aux tripes quand tu entres dans cette pièce.

Le cœur d'Hermione battait tellement fort qu'elle en avait mal aux côtes. Elle tentait de calmer sa respiration pour ne pas laisser échapper son essoufflement. En vain. Les accents de Rogue étaient douloureux.

- J'aurais aimé pouvoir retirer ce que je viens de te demander à demi-mot…

Hermione choisit cet instant pour enfin lever ses yeux vers ceux de Rogue. Ce qu'elle y vit la frappa de plein fouet. L'exact reflet de ce qui se jouait en elle à cet instant précis. Un désir trouble et violent, une pulsion, une cassure quelque part au fond de l'être. Rogue continua de parler. Elle aurait voulu qu'il se taise, pour qu'enfin s'apaise le dragon qui faisait trembler sa poitrine, qui rugissait dans son cœur, qui crachait ses flammes ardentes dans son ventre.

- Ne reste pas ici, Hermione… Pars, avant de me laisser faire ce que je n'ai pas le droit de faire.

A ces mots, elle sut. Elle sut qu'ils avaient tous les deux perdu, et qu'il ne servait à rien de lutter, de retarder l'inéluctable.

Dans un élan de désespoir, elle détendit son corps, et vint plaquer ses lèvres sur celles du Maître des Potions.


TintinTIN. Oui, je sais, vous êtes en train de vous énerver, à coups de "pourquoi il n'y a pas de *#à^1e de bouton Next" XD

Mais oh, il faut bien entretenir le suspens, quand même.

Je n'ai pas fini d'écrire le chapitre suivant, mais presque, il est juste... délicat hahaha. Vous vous doutez peut-être de ce que vous trouverez dedans... ou peut-être pas. Je vous dis à très bientôt pour la suite ! ;)