Tu souris à ton frère, lève ton verre. Le gâteau, posé sur la table, te nargue. Ca fait mal, n'est-ce pas, George ?

Tu as voulu t'enfuir, n'est-ce pas ?

Partir, ne jamais revenir. Tu as erré toute la nuit. Seul. Seul, comme tu l'es tout le temps, maintenant. Mais tu n'as pu t'y résoudre. Alors, tu es revenu. Parce qu'on ne fuit pas comme ça. Parce que tu n'as pas le droit.

Oh, si ça ne tenait qu'à toi tu serais loin, hein ? Tu serais parti, depuis longtemps, tu aurais fermé les yeux et tu n'aurais pas bougé de son corps, encore chaud, là, dans ce couloir glacé. Tu aurais attendu qu'on te prenne, toi aussi. Parce que, au moment-même où sa tête a heurté le sol, plus rien n'avait d'importance.

Mais ce n'est pas pour toi que tu le fais, maintenant. Alors, tu lèves ton verre, tu ne baisses pas les yeux.

Ils pourraient comprendre, s'ils te connaissaient. Oh, ils s'en doutent, tu en es sûr. La planète entière s'en doute. Mais ils ne savent pas. Ils ne savent pas, parce qu'ils ne te connaissent pas. Parce que plus personne ne te connaît.

Tu les écoutes chanter, et, par réflexe, tourne la tête pour te moquer. Mais tes yeux ne rencontrent que le vide. Tu es seul, maintenant.

Il est parti, lui.

Il t'a laissé seul, il t'a abandonné. Alors que vous vous l'étiez promis. Vous vous l'étiez juré, dès que vous avez su parler.

"On sera toujours ensembles !", d'une voix, une seule.

Parce qu'au fond, vous n'êtes qu'une personne, deux facettes d'une même pièce. Alors, maintenant, tu n'existes plus. Plus vraiment.

Le silence se fait, tu souffles tes bougies. Tu n'as pas assez de souffle. La moitié continue de brûler. Sa moitié. Tu regardes les bougies se consumer. Ron souffle, les éteint. Te sauve la mise. La flamme disparaît, s'en va le rejoindre.

Tu as vingt ans, aujourd'hui, George.

Tu as vingt ans, et il ne les aura jamais.