9 juin 1980
Trois silhouettes encapuchonnées se matérialisèrent simultanément dans la noirceur de la nuit. Les trois hommes eurent immédiatement le réflexe de sortir leurs baguettes et de se menacer les uns les autres. Ils rangèrent leur arme aussitôt qu'ils se furent reconnus.
-Macnair, Lestrange, les salua le premier sans sourire. Puis-je savoir ce qui vous amène ici.
Le dénommé Macnair lui répondit sèchement:
-Épargne-nous tes politesses, Yaxley. Tu sais que nous sommes ici pour la même raison que toi.
-Le bébé, précisa Lestrange.
Yaxley hocha de la tête avant d'ajouter:
-Eh bien, nous ferions mieux de nous dépêcher. Lucius semble détester recevoir des visiteurs depuis quelques temps.
Emboîtant le pas vif de Yaxley, les sorciers se dirigèrent vers l'imposant portail de fer noir qui barrait l'accès au manoir de la famille Malefoy. Ils passèrent devant quelques haies taillées à la perfection et avec finesses, ainsi que devant quelques bosquets de fleurs diverses dont l'été avait permis une floraison éclatante. Cependant, les trois hommes ne prêtèrent guère d'attention aux beautés que la nature faisaient scintiller. Ils s'étaient déplacés ici pour une seule raison et ce n'était par pour regarder les fleurs. Les sorciers étaient venus prendre connaissance de ce qui pourrait être décrit comme l'heureux événement qui avait eu lieu quelques jours auparavant.
-Lestrange, dit Yaxley. Je pensais que toi et ta femme étiez proches des Malefoy. N'as-tu pas déjà vu l'enfant?
Lestrange secoua la tête.
-Non. Ma femme ne pense qu'à servir le Seigneur des Ténèbres. Elle n'a que très peu d'intérêt pour ce qui arrive à sa sœur. Je ferais de même, mais je suis bien trop curieux moi-même pour ne pas aller voir ce fameux enfant.
-J'avais pensé que Lucius t'avais déjà invité.
-Non. Lui qui voulait des héritiers à tout prix. Maintenant qu'il en a, il ne veut pas les présenter à personne, commenta avec amusement Rodolphus Lestrange.
Les trois hommes éclatèrent de rire. Ils passèrent quelques minutes ainsi jusqu'à ce qu'ils retrouvent leur sérieux. Macnair fut le premier à parler.
-Je le comprends, dit le sorcier.
-Que veux-tu dire?
-Eh bien, vous savez. Si j'avais été dans la même position, j'aurais sûrement agi de la même façon que Lucius.
Yaxley et Lestrange lui lancèrent un regard étonné.
-Comprendre Lucius? interrogea Rodolphus. Il a manqué de respect à notre maître. Si c'était moi qui avais eu des enfants, le Seigneur des Ténèbres aurait été le premier informé. Jamais, jamais, je n'aurais osé mentir au Seigneur des Ténèbres comme ce cher Lucius l'a fait.
Macnair considéra son opinion un instant et répliqua:
-Mets-toi à sa place. Vous savez que je suis fidèle au Seigneur des Ténèbres, mais par Merlin! Avec cette sale prophétie, vous savez parfaitement ce qu'il risquait.
Les deux sorciers ne répondirent rien.
-Le Seigneur des Ténèbres n'a pas agi de la façon que les Malefoy s'attendaient et heureusement. Par contre, vous devez accorder à Lucius qu'il avait raison de s'inquiéter et donc, par conséquent, de mentir.
Lestrange et Yaxley ne répondirent pas. Rodolphus nia le tout et répliqua avec dédain que Lucius avait eu tort de désobéir au Seigneur des Ténèbres. D'ailleurs, selon lui, le sorcier avait été trop peu puni pour ses actions. En revanche, pour sa part, Yaxley demeura longuement pensif, considérant les paroles de Macnair avec attention, analysant les moindres détails de cette situation trouble.
-Non, tu as raison, Macnair, répondit finalement le sorcier. Pris comme Lucius, je l'aurais certainement imité et sinon, ma femme m'y aurait poussé. Surtout si l'un de nos fils avait été impliqué.
-Cessez ce discours de traîtres, leur ordonna Rodolphus Lestrange en désignant d'un geste de menton la porte noire vernie eux. Nous sommes arrivés.
En vérité le sorcier ne souhaitait pas que quiconque ne le prenne, lui, un serviteur si dévoué, avec deux imbéciles qui débitaient de telles trahisons.
-Si le Seigneur des Ténèbres vous avait entendu, vous seriez morts, affirma le sorcier avant de cogner pour que l'on vienne leur ouvrir.
La porte s'écarta doucement pour révéler un petit être habillé de guenilles crasseuses. Il semblait légèrement craintif et recula de quelques pas en apercevant les trois sorciers devant lui. Cependant, il leur adressa la parole d'une voix plutôt forte.
-Mon maître ne souhaite pas recevoir de visite.
-Dis-lui que c'est Rodolphus Lestrange. Il me laissera entrer.
La créature ne s'écarta pas du cadre de porte.
-Le maître a dit « personne ».
Lestrange émit un grognement désapprobateur avant de toiser son interlocuteur d'un air menaçant.
-Ce n'est pas un sale petit elfe de maison qui va m'empêcher de faire quoi que ce soit, siffla le sorcier en pointant sa baguette sur le petit être. Alors écartes-toi sinon...
Il fut interrompu par une voix froide et féminine.
-Dobby! Laisse nos invités entrer et disparaît.
L'elfe leur fit alors signe de passer avant de, comme la femme le lui avait ordonné, se volatiliser.
Les trois sorciers entrèrent un à un dans le manoir pour se retrouver face à une grande femme mince aux très fins et à la peau pâle dont le regard bleu glacé les transperçait.
Rodolphus lui adressa un sourire avant de la saluer:
-Narcissa, tu me sembles en pleine forme. Il faut dire que la dernière fois que nous nous sommes vu, tu étais déjà assez avancée dans ta grossesse.
La sorcière demeura de marbre et resserra son étreinte autour du nouveau-né qu'elle tenait dans ses bras. À la vu de l'enfant, Lestrange s'approcha, incapable de résister plus longtemps à la curiosité qui le dévorait. La mère lui fit signe de ne pas s'avancer.
-Je sais pourquoi vous êtes venus, dit la sorcière. Ce n'est que mon fils, Drago. Lucius est en haut avec notre fille, c'est elle que vous voulez voir.
-Lucius est seul? demanda Macnair.
Narcissa hésita un instant puis lui répondit que non.
-Avec qui?
La sorcière désigna son bras gauche des yeux.
Lucius Malefoy se tenait dans un coin de la chambre, il observait à l'écart d'un regard anxieux le sorcier à la peau blanchâtre vêtu d'une robe noire qui marchait devant lui. Il tournait autour d'un délicat berceau de bois d'érable, tel un prédateur autour de sa proie.
-Qu'as-tu donc encore, Lucius? Ta fille est en vie. Lord Voldemort tient ses promesses, dit le sorcier de sa voix glacé.
-B-Bien... sûr, maître. Je... je... ne pourrais pas être plus heureux.
Voldemort releva un instant la tête vers lui et le fixa d'un œil peu convaincu.
-Aurais-tu besoin d'une autre punition, Lucius? s'enquit le mage noir en caressant du bout des doigts sa baguette.
Malefoy s'empressa de refuser d'un signe de tête avant de baisser le regard. Il toucha légèrement son visage tuméfié et ravagé par de profondes coupures. La plupart étaient toujours aussi douloureuses en raison de leur fraîcheur. Voldemort les lui avait infligé trois jours auparavant. Pour le punir.
Le mage noir s'arrêta devant le berceau et regarda avec une expression indéchiffrable l'enfant qui y sommeillait. Lucius ne pouvait pas la voir mais il savait que sa fille dormait tranquillement. Cela faisait trois jours qu'il ne l'avait pas vu. Le Seigneur des Ténèbres l'avait emporté avec lui après avoir découvert son existence. Ensuite, il étais venu les visiter, Narcissa et lui. Il avait menacé de tuer Drago, le frère jumeaux et aîné de leur fille, Cassiopeia. Pour épargner la vie de son fils, Lucius avait fait valoir que le nouveau-né deviendrait un jour un homme capable de servir sa volonté. C'était seulement à cette mention que Voldemort avait daigné épargner la vie de l'enfant et avait choisi de punir Lucius.
Lucius lui avait menti. Il avait affirmé au Seigneur des Ténèbres que le second bébé était mort-né. Tristement pour Malefoy, le mage noir n'avait pas pris longtemps à découvrir le mensonge. Lord Voldemort avait un don pour savoir si ce qu'il entendait était vrai ou non.
-Quel déception tu fais, Lucius. Si ce n'était pas de...
Son petit moment de tête-à-tête avec le mage fut interrompu par le grincement de la porte qui s'ouvrait. Lucius releva les yeux pour apercevoir les silhouettes aux longues capes sombres de Rodolphus Lestrange, Yaxley et Macnair.
-Ah! Mes fidèles serviteurs qui viennent me voir, dit Voldemort avant de prendre un ton mauvais. Ou viennent-ils voir ta fille, Lucius? Yaxley?
Yaxley s'inclina respectueusement et dit d'une voix empreinte de respect, mais tremblante de crainte:
-Maître... vous savez...
-Que devrais-je donc savoir, Yaxley? demanda Voldemort d'un ton glacial qui fit frissonner les quatre hommes présents dans la pièce. Dis-le.
Le sorcier hésita à répondre avant de céder, effrayé de ce que le mage noir ferait s'il refusait de donner une réponse satisfaisante.
-La prophétie, maître. Vous avez entendu parler de la prophétie.
En entendant cela, le visage de Voldemort se crispa de colère. Il serra les poings quelques longues secondes avant de sembler se calmer. Il reprit d'une voix douce:
-Ainsi, vous êtes venus voir l'enfant qu'annonçait cette fameuse prophétie. Le plus puissant sorcier que le monde aura porté, n'est-ce pas? Alors? Yaxley, Macnair, même toi Lestrange, voilà qui me déçois, êtes-vous satisfait de ce que vous voyez?
Voldemort se pencha vers le berceau et prit l'enfant dans ses bras pour que les sorciers puissent bien le voir.
-Un bébé. Incapable de parler. Et vous voilà, ici, tels des enfants, prêts à voir un miracle. Pensiez-vous donc que cette petite fille pourrait me surpasser?
Lestrange tomba à genoux et dit avec ferveur:
-Oh maître, je n'ai jamais douté. Chaque fibre de mon être est soumise à votre volonté. Je suis votre serviteur à vous et vous seul. Jamais je n'oserais remettre en question votre puissance ou douter que quiconque puisse vous surpasser.
-Ta loyauté est touchante, Rodolphus, dit Voldemort. Toi et cette chère Bellatrix, m'êtes les plus fidèles. En revanche, il est vrai qu'une telle prophétie était problématique, d'autant plus qu'elle semblait s'être réalisé. Je dois avoué que je me suis presque inquiété.
Les sorciers se dévisagèrent entres eux, confus. Leur maître tout-puissant pouvait-il être surpassé par un simple bébé? À cette pensée, le visage de Voldemort se tordit de mépris et de colère.
-N'ai-je pas été clair? demanda le sorcier de sa voix aiguë et glaciale. Je ne serai vaincu par cette enfant et jamais elle ne me surpassera.
-Évidemment, évidemment, maître, murmura Lestrange, toujours au sol.
Le visage du mage noir se détendit et il élabora:
-Voyez-vous, il se trouve que j'avais plusieurs idées pour cette chère... Lucius, son nom?
-Ca-Cassiopeia, maître, balbutia le sorcier.
-Cassiopeia, dit Voldemort avec lenteur, comme s'il savourait chaque syllabe, chaque son, chaque lettre qui composaient le nom du bébé. C'est cela, je m'en souviens.
Le mage noir demeura un instant silencieux avant de reprendre.
-Je dois avouer que mon plan initial était de simplement la tuer. Par contre, quel gaspillage cela aurait été? Tuer le plus puissant sorcier avant même qu'elle n'atteigne un âge où je pourrais évaluer véritablement ses capacités, ce serait du gâchis, dit le Seigneur des Ténèbres. J'ai longuement réfléchi à une alternative jusqu'à ce qu'un plan plus judicieux commence à se dessiner dans mon esprit, Je devais être sûr que cette enfant vieillirait en apprenant à me respecter et à m'obéir.
-Comment, maître? voulut savoir Rodolphus qui buvait les paroles du mage noir.
-C'est bien simple, Rodolphus. Je lui offert le plus grand des cadeaux. Je lui offert ma marque qui deviendra le symbole du prestige par excellence dans le monde de demain que nous bâtissons ensemble. Elle n'aura pas d'autres options que de m'obéir.
Effectivement, les Mangemorts pouvaient voir le motif noir du crâne et du serpent sur le bras de l'enfant.
