Des cendres naît le dragon

La colère, c'était quelque chose qu'elle connaissait. Et c'était bien faible pour décrire ce qu'elle ressentait présentement. Elle raffermit sa prise autour de son frère et fit signe à son père et ses hommes de la suivre. Ils ne resteraient pas une minute de plus.

Le Grand Moineau hésita suffisamment pour l'autoriser finalement à passer. Une calèche les attendait au dehors.

— Votre Altesse, en bas, il y avait des tonneaux de feux grégeois. Un moineau était évanoui devant.

Cela n'avait été qu'un murmure mais amplement suffisant. La calèche se mit en branle alors que son père tentait de rassurer son frère.

Elle savait que le cortège de départ de son père était pratiquement complet. À leur arrivée, elle n'eut qu'à demander d'ajouter ses affaires. Bien entendu, elle savait qui était l'ennemi : Cersei Lannister n'avait jamais caché son antipathie sévère et inexplicable. L'ennemi agissait comme tel, à vouloir leur mort sans aucune demi mesure. C'était ce que faisait les Lannister ; les Stark s'en souvenaient.

Margaery avait tout autre chose à régler, une chose dérangeante désigné comme son mari.

Il était apprêté dans ses appartements assis, seul. Il se redressa en la voyant. Le soleil brillait sur le Donjon Rouge. Il eut l'air heureux et c'était douloureux. Elle n'en était pas à son premier mari mais tomber sur un naïf comme roi. C'était bien sa veine. Il s'approcha d'elle mais arrêta son geste. Même lui ne pouvait rester aveugle.

La fureur sans pareille qui l'habitait alourdissait ses traits la rendant méconnaissable ou presque.

— C'est déjà fini, crut deviner le jeune monarque.

— Oh oui, ça l'est.

Margaery resta de longue minute silencieuse, elle ne savait même pas par où commencer. Pas par la colère – s'il y avait une chose qu'elle avait apprise c'était qu'une femme n'était pas dominée par la colère. Mais elle avait failli mourir entre temps.

— Un roi protège son peuple, comme un mari protège sa femme. Tommen, tu n'as fais ni l'un ni l'autre.

Il ouvrit la bouche mais elle savait maintenant, rien n'en sortirait, ou rien de bon.

— À quoi tu t'obstines ? Tu espères encore quelque chose ?

Tommen eut l'air horrifié comme si elle venait de le gifler. Il recula encore. Mais il n'avait toujours rien à lui répondre. Margaery s'en détourna, elle n'avait plus aucune patience, aucune empathie, il ne lui restait rien qu'une rage indicible. Elle l'entendit marcher et en un dernier coup d'œil, elle le vit à la fenêtre.

Sans doute qu'une parole de sa part aurait tout changé. Mais elle n'allait pas faire cette erreur de gentillesse une seconde fois. Les Lannister, il y en avait eu trop dans sa vie.

— Tu aurais regardé ta mère me tuer.

Elle choisit de partir. Elle désirait sans doute une vengeance plus amère. Elle aurait voulu traîner ces putains de tonneaux jusqu'au Donjon Rouge et regarder la mère irascible être brûlée avec force, fureur. Elle avait rarement désiré avec autant de violence, Margaery était ambitieuse mais pas pour autant sanguine.

Enfin.

Personne ne parlait dans leur calèche. Personne ne les retint à Port-Real. Son père était toujours occupé à réconforter son frère. Il aurait cette fichue cicatrice pour le reste de sa vie. Mais ce n'était pas pour ça qu'elle ne pouvait pas les regarder. Ils s'en rendaient compte et évitaient de croiser son regard ou de la froisser davantage.

Au premier relais, elle revêtit une de ses anciennes robes et choisit de monter. Le trajet avait beau être long, elle le passa à ressasser les événements comme une litanie de malédiction. Elle à Tommen : « Tu es le Roi, tu peux prendre des décisions. » Elle à Loras : « Tu devrais faire attention. » Elle à son père : « Les Lannister ne m'ont guère accepté et tu te contentes de suivre Tywin. »

Évidement, aucun n'écoutait. Ils n'étaient pas détestables mais ils étaient trop affables pour éviter les pièges même les plus évidents. Au moins, son frère et son père seraient à l'abri chez eux. C'était tout ce qu'elle pouvait faire.

— Je suis désolé, lui annonça Loras avec un air navré et si touchant.

— Je sais, tout va bien. On est à la maison.

Margaery ne faisait pas exprès mais elle était trop furieuse pour juste effacer les souvenirs encore frais. Elle n'avait qu'une envie : retrouver sa grand-mère et lui raconter ses déboires. Elle trouverait le moyen de la faire rire avec.

Le Bief était la plus belle région, toujours. Lumineux, vivant, verdoyant. La vie était partout et la sérénité s'emparait d'elle quand elle posait ses yeux sur le paysage champêtre. Elle ne pouvait guère rivaliser de front avec Cersei, Stannis ne la laisserait jamais exister à sa cour – de toute façon, il ne risquait pas de régner un jour. Il serait surprenant qu'un Nordien tente de siéger, Lord Baelish devait bien roder quelque part.

Il restait la Khalessi. Au point où on en était, ça ne pouvait guère être pire.

Margaery n'était pas sotte au point de préférer le trône à sa famille ou sa vie. Elle était déçue mais elle ne s'accordait que peu de temps pour être dépitée. Elle allait dérouler le tapis rouge à cette reine étrangère ; elle pourrait difficilement faire pire que ses prédécesseurs.

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Daenerys accueillit ses visiteurs de Westeros avec un brin d'impatience. Elle était parvenue à pacifier Meeren et à installer un gouvernement viable. Son Khalassar était nombreux et fougueux. Elle leur avait parlé d'une guerre et c'était de l'impatience qu'ils ressentaient.

Pour une fois, il s'agissait d'une prétendante. Et cela était suffisant pour que Daenerys écoute avec une attention démultipliée. Theon Greyjoy n'avait certainement pas fière allure néanmoins il apportait un soutient complet à sa sœur − une nouveauté appréciable. La présence de Loras Tyrell était plus contestable. Il restait en retrait, portant souvent la main au foulard attaché sur sa tête et toujours silencieux.

Il fut facile de conclure un traité avec le frère et la sœur, ils étaient d'accord sur leur entente.

— Il faudra m'expliquer la raison de votre présence Ser Loras Tyrell.

— Votre Altesse, le chevalier s'inclina, la maison Tyrell vous soutient entièrement. Néanmoins, nous souhaitons avant tout attirer votre attention sur un danger qui menace l'ensemble de votre royaume.

Le jeune homme partit dans une explication des derniers événements. Comment sa sœur avait fui Westeros avant que Cersei ne parviennent à les tuer. Le massacre des Frères Moineaux suite au suicide de Tommen. L'assassinat minutieux de l'ensemble des Frey.

Il raconta que les Tyrell, les Starks de Winterfell et les Greyjoy avaient conclu une alliance et attaqué l'ensemble des villes portuaires des Lannister. Les rencontres maritimes avec Euron avaient abîmé une partie de leur flotte mais ils s'en sortaient bien tout de même.

— Sansa Stark a insisté pour que je vous donne cette missive, elle vient du Lord Commandant de la Garde de la Nuit. Les marcheurs blancs nous tueront avant que nous ayons organisé votre couronnement si nous ne faisons rien.

— Je ne peux retarder ma conquête pour un conte, rétorqua durement la reine.

— Ce n'est pas un conte !

— Le Lord Commandant est Jon Snow, ajouta Theon. Demandez à votre Main, c'est un homme d'honneur, il n'aurait jamais requis une telle union des seigneurs de Westeros sans une menace sérieux.

Tyrion maintenant cible de tant de regard grimaça doucement. Effectivement, il avait eu confiance en ce gamin. De là à penser que des morts pouvaient se relever et marcher...

— Ma reine, vous êtes la Mère des Dragons. Vous ne pouvez décemment balayer une telle hypothèse de la main.

La voix de Yara avait une inflexion particulière. Elle savait qu'il serait plus logique de vérifier les dires de cet homme avant de prendre de dures décisions.

— Cersei sera morte quand vous poserez le pied sur Westeros, garantit vivement Loras. Le Bief vous soutient, Dorne vous soutient, Lord Tyrion ou Lord Jaime pourrait reprendre les Terres de l'Ouest si vous le souhaitez. Stannis Baratheon est conseillé par une sorcière mais vous surpassez de loin ses troupes et il est en train de marcher sur Winterfell.

L'intonation laissait voir à quel point cette manœuvre était désespérée.

— Où était Jon Snow dernièrement ?

— Châteaunoir Votre Altesse.

La reine congédia ses invités. Elle annonça à Tyrion et Missandei de préparer leur départ lourdement armé. Néanmoins elle partit avant eux. Ils avaient confiance en Jon Snow, ce n'était pas forcément son cas à elle. Elle devait encore choisir entre déverser son immense armée dans le Nord ou à Peyredragon son lieu de naissance.

Et cette énorme décision dépendrait de Jon Snow.

Drogon semblait ravi de cette opportunité de voler aussi longtemps avec elle. Il laissait ses frères à leurs figures et la portait avec stabilité et sérénité dans le Nord. Le Détroit qui séparait Westeros et Essos n'étaient guère très imposant. Les heures défilèrent rapidement, couchée contre Drogon pour profiter de sa chaleur.

Ils ne descendirent qu'en constatant un point chaud dans cette étendu blanche et immaculée. Traversant les nuages humides et froids, ils descendirent en piquet. Daenerys avait assez fait installer de bûcher pour en reconnaître un du premier coup d'œil.

Et alors qu'ils perdaient de l'altitude, elle entendit une voix de jeune femme crier. Drogon atterrit en grand fracas. Il hurla fortement alors qu'elle se laissait tomber au sol. Elle se précipita à travers les flammes et sauver ce qui n'était qu'une gamine. Elle n'arrivait même pas à marcher.

S'en désintéressant un instant, Daenerys se tourna vers l'ensemble d'hommes armés ainsi que deux femmes : l'une en rouge était incontestablement la femme rouge alors l'autre était Selyse Baratheon. Et le seigneur était Stannis Baratheon.

Elle sentait les frères de Drogon tout près, ils étaient aussi prêts et bouillant de colère qu'elle.

— Non ! S'il vous plaît !

La voix venait de derrière elle. Suppliante, roque.

— Ma Reine, je vous en prie ! Ne les tuez pas !

Daenerys s'agenouilla à sa hauteur et la soutient.

— Ils ont voulu te brûler vive, lui rappela-t-elle.

— Je ne pourrais plus vivre si je provoque la mort de mes parents. Et personne ne mérite tel sort.

Constatant l'état déplorable de la jeune fille, Daenerys hocha simplement la tête.

— À vous qui étiez prêts à condamner une enfant à la mort, bénissez sa générosité car la prochaine fois que nous nous croiserons, rien ne pourrait arrêter ma sentence.

Quand il fut évidemment qu'elle emmenait la fille avec elle sur l'immense dragon, la femme hurla comme une possédée. La tempête rendit le voyage inconfortable mais Drogon pouvait vaincre les éléments. Il poussa toujours plus au nord sans faiblir.

Son arrivée alerta les troupes de garde. Heureusement, il s'envola presque directement. Daenerys et Shireen furent bien accueillies par le maître des lieux. La jeune fille n'osa pas dire que ses parents l'avaient condamné au bucher et Daenerys n'oserait pas la blâmer de cela.

Après avoir mangé, Shireen se retira avec Vère. Et trois Frères Jurés la regardaient sans rien dire. Au milieu, Jon Snow était beau garçon et avait fière allure. Mais il avait aussi l'air d'être la représentation vivante de la mélancolie. À sa gauche siégeait Samwell Tarly qui avait semblé plutôt sympathique dans une attitude bonne enfant. C'était peut-être faux mais son apparence lui faisait penser qu'il n'aimait pas les conflits. À droite se trouvait Eddison Tallett qui avait le regard des hommes surpris qu'une femme si belle puisse exister. Au moins, il n'en avait rien dit.

— J'ai du mal à comprendre que vous ayez traversé le Détroit pour nous rencontrer, révéla le Lord Commandant.

— Vous avez toute une réputation Lord Snow. Un mot de votre part et votre sœur lève le Nord entier. Un mot et vous provoquez une des plus surprenantes alliances des Sept Couronnes.

— Je crois que la haine des Lannister est un facteur plus décisif que ma simple parole.

Daenerys sourit doucement. Elle n'était pas dupe. L'homme était né bâtard, n'avait bénéficié que d'une bonne éducation et s'était élevé au rang de Lord Commandant. Ses hommes avaient choisi de le suivre. Les Sauvageons avaient choisi de le suivre.

— Dites-moi, qu'est-ce qui vous fait penser que Westeros sera détruit sous peu par de vieux contes.

Un peu lassés, les trois hommes se mirent à conter leur histoires. Depuis leur première confrontation jusqu'à la grande fuite des Sauvageons unis derrière Mance Rayder. Ils lui expliquèrent que les Sauvageons survivants avaient été accueillis.

Une fois qu'elle les eut épuisé de questions, elle leur demanda une chambre et partit dormir. Ils eurent l'amabilité de lui fournir une blouse propre et une bassine d'eau chaude. Cette attention venait sans doute de Jon Snow qui était le seul à ne pas l'avoir dévisagée avec surprise quand elle avait mandé une couche.

Au matin, Shireen vint l'aider gentiment à se préparer. Elle la remercia longuement et lui demanda si elle allait mené bataille aux côtés de la Garde. Pour Daenerys, elle n'avait plus la possibilité de refuser : elle n'allait pas régner sur des cadavres. La jeune fille ne parla pas de ses parents et tant mieux, Daenerys n'était guère miséricordieuse.

Elles se rendirent au réfectoire et déjeunèrent en compagnie des hommes portant le noir. Elle proposa à Shireen de partir avec elle mais la jeune femme refusa, elle resterait avec Vère en attendant l'arrivée de ses troupes à Westeros.

Y pensant alors, Daenerys interrogea le Lord Commandant sur le siège choisi. Si l'armée des morts allait marcher sur eux, autant trouver une position facile à défendre. Jon proposa Winterfell ou Reine-Couronne mais Shireen se permit de suggérer Tourstance.

— Le château a été abandonné à cause des montées du lac avant même la naissance de nos parents.

— Mais c'était à cause du Plein été, rétorqua vivement Shireen – Jon Snow avait beau être impressionnant, il était facile de lui parler. Avec l'hiver, l'eau est certainement redescendue et tout le monde sait que Tourstance est...

— Un jeu pour vieux chevaliers, termina Jon qui avait mille fois entendu cette histoire. Nous allons donc rejoindre Tourstance et effectuer les réparations pour être capable d'accueillir vos troupes.

Samwell Tarly était déjà en train de griffonner un plan pour qu'elle puisse les rejoindre sans difficulté. Ils sollicitèrent la signature de Shireen pour envoyer plusieurs missives à Peyredragon et commencer à extraire l'obsidienne requise. Daenerys avait accepté les troupes de Stannis même si elle savait qu'au moindre pépin, elle exécuterait l'homme, sa femme et cette fichue sorcière. Elle n'avait jamais aimé les sorcières.

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Tourstance était une perle d'architecture. Sansa ayant fait démonter le château de Fort-Terreur, les Nordiens ne manquèrent ni de main-d'œuvre ni de matériaux pour agrandir et fortifier la place. Les tours semblaient déborder des rochers sur lesquels elles étaient perchées. De grands arcs boutants assuraient la liaison entre les différentes tours créant un réseau infernal.

Daenerys devait reconnaître que Sansa Stark était efficace. Elle avait été horrifiée en apprenant qu'elle avait fait exécuté Ramsay Bolton en le faisant dévorer par un loup. Elle avait du mal à imaginer plus horrible sentence. Et son insistance à ne pas la reconnaître comme sa souveraine n'adoucissait pas leur rapport. La fille Stark avait été nommée Reine du Nord et c'était suffisamment pour qu'elle ait envie de la réduire à l'état de tas de cendre.

Alors elle se sentit obligée de la prévenir :

— Je n'accepterai jamais l'indépendance du Nord.

Le silence se fit à leur table. Il y avait trois réfectoires et les repas se déroulaient selon un strict roulement. En tant que souveraine, Daenerys déjeunait en compagnie des différents seigneurs et de leurs proches. Heureusement, cela signifiait que Missandei siégeait à ses côtés.

— Qui choisirez-vous comme gouverneur du Nord ? s'enquit poliment Sansa.

Daenerys haussa gracieusement un sourcil. La dite Reine du Nord était entouré de ses frères et de sa sœur. Elle les désigna.

— Jamais, assura Bran avec sa voix absente.

— Surtout comme ça, ajouta Rickon en arrêtant quelques secondes de manger.

— Il faudrait me tuer d'abord, sourit Arya avec une sévérité rare.

— Par qui me remplacerez-vous ? insista Sansa.

— Quelle importance ? Le fait est que si vous vous obstinez, vous ne verrez plus rien.

— J'ai hâte que vous vous présentiez comme la Briseuse de chaînes après m'avoir brûler vive pour avoir défendu ma liberté et celle des miens.

— La guerre a écartelé Westeros pendant plusieurs années, rappela Tyrion, la première révolution serait d'amener une paix durable.

— La Reine Daenerys n'a rien à voir avec les autres rois et reine que tu as pu rencontrer, assura Jon à une sœur sceptique.

Pendant un instant, la Targaryen crut qu'il avait réussi à changer quelque peu la mentalité de la châtelaine, jusqu'à ce qu'elle ouvre la bouche :

— Tu as raison. Contrairement aux autres, elle a trois dragons et plus de cent mille hommes.

Sansa se détourna de la reine et assura à une servante :

— Féliciter maîtresse Pierce pour moi.

Peu après son départ, Daenerys fit signe à Missandei et elles se retirent à leur tour. Elles montèrent jusqu'au dernier étage qui était un immense patio avec un toit faiblement incliné.

— Comment trouves-tu Sansa Stark, lui demanda-t-elle en haut valyrien.

— Fière. Et téméraire.

Daenerys regarda la longue étendue blanche. La neige était tellement dense qu'elle cachait ravins et pentes de la montagne. Tout devenait lisse alors qu'elle avait rarement eu autant de mal à accéder à un château. Elle avait jadis trouvé le désert peu accueillant mais c'était avant d'atteindre Tourstance.

La Khalessi avait fait des promesses enflammées et elle allait maintenant leur donner vie. La large trappe s'ouvrit et une Lady Tyrell échevelée en sortie. Sa robe était doublée mais sa cape restait plutôt fine pour la région.

— Puis-je m'entretenir avec vous ?

— Bien entendu. J'ai hâte de vous entendre défendre votre amie.

Il était drôle de constater les crispations que provoquaient les tensions avec Sansa Stark. Évidemment, certains soutenaient la Nordienne envers et contre tous, notamment ses propres vassaux. Mais la plupart des seigneurs et conseillers des reines ne savaient comme résoudre le conflit.

— Sansa Stark ne remet pas en cause votre supériorité militaire. Simplement...

— Simplement ma légitimité au Trône de Fer. Aucun de mes territoires ne peut déclarer sécession sans conséquence.

Margaery regarda le paysage au loin, le blanc du ciel et celui de la neige convergeaient rapidement.

— Comment vous allez faire ? murmura Margaery. Pour changer notre monde, précisa la jeune dame. Vous avez plus qu'une puissance militaire, vous avez acquis une ferveur telle que le monde n'en a pas vue depuis des siècles. Évidemment que vous pouvez tuer Sansa Stark mais ce serait du gâchis pour votre règne. À notre première rencontre, j'ai eu l'espoir que vous répandiez enfin l'espoir.

Daenerys regarda sa main, une main que Lady Tyrell pressait contre sa poitrine. Elle ne pouvait décemment croire qu'elle ne s'en soit pas rendu compte. La frivolité de Margaery Tyrell n'était que feinte, c'était une des premières choses qu'elle avait compris.

Elle demanda en dothraki à Missandei de les laisser seules. La joli brune se tourna vers elle avec surprise.

— Êtes-vous amoureuse de Sansa Stark ?

Un large sourire apparut sur le visage légèrement rond et doux de la jeune femme.

— Nous avons sympathisé il y a longtemps mais nous ne pouvons même pas être qualifié d'amies. Je n'ai aimé personne depuis longtemps maintenant.

— Qu'est-ce qui empêchera les différentes régions de prendre à leur tour leur indépendance ?

— L'argent, sourit Margaery. Le Nord peut peut-être se payer un indépendance et encore, la guerre les a affaibli eux aussi. Mais aucune autre région ne le peut. Notre richesse agricole n'est rien sans un support logistique approprié alors que c'est l'inverse pour plusieurs régions.

— J'aime votre pragmatisme.

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Bien sûr que Margaery allait rejoindre sa famille et être une quatrième fois marié à un seigneur moyen. Peut-être même au nouveau seigneur d'Accalmie Gendry Baratheon. Mais l'idée avait quelque chose d'insupportable à ses yeux.

La femme était de si bons conseils, elle lui toucha la main gantée posée sur la bride et lui proposa de la suivre jusqu'à Port-Réal. Elle avait une légende à bâtir et compter s'entourer des esprits les plus brillants de Westeros.

Parmi l'avalanche de décès qu'avait provoqués la Longue Guerre se trouvait celle de Stannis Baratheon. Elle ne passerait pas pour la méchante exécutante ainsi. Mais Sansa était toujours en vie, la destin ne pouvait pas lui être tout le temps favorable.

Il était déjà heureux que Ser Jaime Lannister ait conduit les troupes royales et Lannister mener la guerre à leur côtés malgré la saccage provoqué. En remerciement, la reine l'avait gracié de ses crimes passés et l'avait nommé Protecteur des Six Royaumes.

Convaincue par Tyrion et Margaery, Daenerys avait renoncé à user de pressions militaires pour reconquérir le Nord. Elle comptait se servir de son immense poids économique pour s'approprier peu à peu le territoire. Et il fallait dire que l'efficacité de la Louve Rouge forçait un certain respect et méritait de rester en vie.

Le trajet fut long même si tout le monde tenta d'agréer ce dure voyage. À son arrivée à Port-Réal, elle réunit divers artisans et leur demanda de détruire brique par brique ce « triste symbole d'incompétence ». Elle vit le trône de loin mais ne s'y assit pas.

— Des cendres naît le dragon, annonça-t-elle solennellement.

Elle n'avait prévenue personne mais elle sentait Drogon voler non loin. Elle l'appela et il descendit en piquer parmi les débris divers.

— Dracarys !

Le feu grignota la pièce et atteignit le siège mythique. C'était le premier coup qu'elle portait à la roue ; un premier coup jouissif et violent. Le fer plia fondit, elle était assez loin pour ne pas avoir à reculer face aux coulées métalliques.

Elle se retourna face à sa cour, pour l'heure ses conseillers ainsi que les artisans. Missandei et Vert Gris ne cachaient pas leur regard fier. Les Westerosi avaient le regard fixe comme s'ils n'en revenaient pas. Ils semblaient tellement surpris que s'en étaient comique.

Margaery fut la première à bouger. Elle mit le genoux à terre et bientôt tous l'imitèrent.

— La Reine Daenerys ! Puisse-t-elle régner sans fin !

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Évidemment un des problèmes de détruire la résidence royale par excellence, c'était qu'ils n'avaient nul part où vivre. Daenerys choisit de pousser jusqu'à Peyredragon. Elle répartit ses troupes militaires pour prévenir tout débordement et commença à réfléchir à son couronnement.

La Reine voulait une somptueuse fête qui régalerait le peuple.

Le soir même, elle entraîna Margaery avec elle. Alors que tous étaient aux réjouissances, elle semblait bien plus réservée que d'habitude.

— Que vous arrive-t-il ?

Daenerys s'était affûtée avec le temps, elle voyait quand elle se refermait. Quand elle se retenait galamment de lever les yeux au ciel. Quand elle jurait dans sa tête. Là, elle s'éloignait, y compris physiquement. Elle se saisit de son verre de vin et en but une gorgée.

Elle avait l'air tellement triste. Patiente, Daenerys s'approcha et caressa ses longues boucles désordonnées. Ses cheveux étaient souples, brillants. Cela la décida. Du même air triste, Margaery révéla :

— Ça faisait longtemps que je n'avais aimé personne comme cela.

Le regard qu'elle planta sur elle était univoque. Elle était ce qu'elle voulait. Une foule de pensées, d'inquiétude et d'exclamations exaltées jaillirent en Daenerys. Elle était reine, certes. Mais elle ne s'était pas mariée et sans doute n'en aurait-elle pas besoin. Et puis à quoi pensait-elle ? Elle n'avait pas à se projeter aussi loin.

Est-ce qu'elle allait oser l'embrasser. Elle jura en haut valyrien. Elle n'avait aucune idée de la marche à suivre et elle n'était pas sûre d'avoir envie de débuter une telle relation avec la jeune Tyrell.

Pourtant, elle ne put retenir sa provocation :

— Je ne pensais pas que vous étiez femme à hésiter.

Un sourire conquérant apparut sur les lèvres charnues de la fille du Bief. Elle porta la main à son menton et l'embrassa puissamment. ça ne ressemblait à rien de connu. Enfin si, des lèvres c'étaient des lèvres. Et ce n'étaient pas les cheveux longs qui la gênaient. Mais pour le reste, elle avait encore beaucoup à apprendre.

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— La Reine des Six Couronnes est Daenerys du Typhon, récite un enfant. Sa bannière représente trois dragons violets aux flammes blanches. C'est un rappel à son ancienne maison mais aussi au trois régions qu'elle gouverne : les Six Couronnes de Westeros, la mer Dothraki et la mer de Jade. Chaque région est gouverné localement par un de ses lieutenants : sa femme la Reine consort Margaery pour Westeros, Madame Missandei siège à Meeren et Monsieur Dhaario assure l'intégrité du Khalassar. Sa main est toujours Tyrion Lannister.

— La Reine est appelée l'Imbrûlée, la Mère des Dragons, la Briseuse de Chaîne. Elle apporte la liberté et la prospérité. Elle a fait revivre les antiques terres de Valyria et peut débarquer n'importe où grâce à ses puissants dragons. Elle donne des opportunités aux orphelins et fait briller la culture et-

— À moi ! Tu vas tout dire !

— Pas mon problème !

— Jeune gens ! Je doute que Sa Majesté soit impressionnée par de jeunes sauvages impolis.

Ils se calmèrent directement. Ils avaient l'occasion d'impression Son Altesse ainsi que de riches commerçants et artisans. Pour de jeunes orphelins sans soutien, c'était l'occasion d'accéder à une vie meilleure. C'était la magie du règne de la Grande Reine.


Défi : Mille Prompt (Défi de la gazette des bonbons au citron)

Prompt : 995. Et si − Lancel avait éteint la bougie ?

Code : 058 (ce code sert à savoir quel OS appartient au même univers d'où le fait qu'il se retrouvera dans le titre du chapitre)

J'espère que ça vous a plu, à bientôt j'espère ! Maneeya.