Autour d'une bière

C'était la première fois qu'un ami toquait à sa fenêtre pour demander son aide. Il faut dire que Clark Kent était le seul de ses amis qui sachent voler. Il se posa gracieusement et changea son costume coloré pour un simple jean et une chemise.

— Je me suis dis que j'allais prendre conseil auprès de quelqu'un d'autre que ma mère pour changer.

Comme si cela expliquait quoi que ce soit. Bruce récupéra son pain de glace et l'invita à le suivre. Le quarantenaire était en train de déguster un repas en relisant des documents juridiques quand ses systèmes de sécurité l'avaient alerté d'une invasion aérienne.

— J'espère que c'est au moins la fin du monde car je n'apprécie pas les visites surprises.

L'air sinistre de Clark n'augurait rien de bon, pourtant il répondit à voix basse :

— Seulement la fin de mon monde.

Devant le froncement de sourcil de son acolyte, il choisit d'être plus explicite :

— Lois m'a dit qu'elle voulait du « temps pour elle », sans moi.

— Bien, profites-en pour écrire des articles un peu plus poignants. Je trouve ton écriture un peu monotone sans vouloir t'offenser.

L'immobilité du surhomme lui assurait qu'il était sans conteste offensé.

— Je ne veux pas de ce fichu « break ». Mais aucune de mes excuses ne l'a convaincue.

— Et si tu m'expliquais tout depuis le début, que j'ai un peu de contexte.

Le journaliste commença à expliquer que sa compagne l'avait accusé à plusieurs reprises de mal se servir de son pouvoir en la « traquant » ainsi. Elle trouvait étrange qu'il sache toujours où elle se trouve et avec qui et même si cela lui avait permis de la sauver à plusieurs reprises, elle pensait que ça finirait avant tout par la mettre en danger.

— C'est assez facile de faire le lien, confirma Wayne. D'ailleurs Alfred et moi avons effacé quelques unes de tes traces les plus visibles sur Internet.

Clark lui jeta un regard tellement excédé qu'il n'approfondit pas davantage cette question.

— Qu'est-ce que je peux faire ? Je lui ai déjà expliqué que j'étais simplement soucieux de sa sécurité et que jamais je ne lui dirais quoi faire ou avec qui.

— Débander l'arc ne guérit pas la plaie, répondit pompeusement l'hôte. Cela veut dire que même si tu t'excuses, le mal est fait.

— Je ne l'ai pas blessée, contredit le super-héro avec un froncement de sourcil presque comique tant il était accentué.

— De toute évidence si.

La voix de Bruce était implacable. Dans un sens, c'était dangereux d'être ami avec quelqu'un d'aussi têtu que lui.

— Je ne pense pas que tu l'ais draguée en te vantant de connaître tous ses déplacements ou l'ensemble des produits d'hygiène qu'elle utilise. Ça te donne juste l'air d'un fou. Je vois que tu n'as pas l'impression de mal faire, vu tes pouvoirs tu n'as pas besoin d'installer un logiciel espion dans son portable ou de mettre un traceur sur son soutif. Mais c'est pas parce que c'est simple à faire que c'est bien. Elle est blessée parce qu'elle a pas signé pour un traqueur surpuissant, elle voulait le gars gentil de l'Amérique profonde.

Clark attrapa nerveusement la bière que l'autre avait abandonné et joua avec.

— Je suis censé faire quoi au juste ?

— C'est simple, tu fais le mec normal. Si elle te dit laisse-moi tranquille, tu la laisses tranquille. Et puis qu'est-ce que tu risques ? On parle de Lois, elle va pas essayer de te tuer ou voler tes bijoux de famille.

Les deux hommes grimacèrent en même temps.

— Dis je pourrais t'appeler si j'ai envie de craquer…

Avec un soupire à fendre l'âme, Bruce accepta.


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Thème : Arc