Les soleils jumeaux brillent dans le ciel d'un bleu défini, leur chaleur brûlant les plus imprudents en contre-bas. Agenouillé devant un moteur de speeder battu par le sable et usé par le temps, un jeune garçon subit cette brûlure constante à la nuque sans vraiment réagir.
La sueur sempiternelle dégouline librement de sa chevelure sale et imprègne son cou et son dos sans que cela ne dérange véritablement l'enfant. Ses vêtements négligés en ont vu des pires, se dit-il en essuyant son front. Ce ne sont que des lambeaux qui ne couvrent plus aussi bien sa peau que d'habitude, son teint étrangement pâle commence à rosir dans un bronzage douloureux et l'enfant se dit qu'il devrait prendre son courage à deux mains et aller demander à son maître des nouveaux vêtements. Ces derniers jours, sa mère a ce regard sur son visage qui suggère qu'elle va aller demander par elle-même.
Anakin ne veut pas.
Il est moins naïf qu'un enfant de six ans, et il sait très bien que, parfois, sa mère doit coucher avec des personnes mauvaises ou désespérées pour avoir un peu plus que ce que Watto leur donne. Le garçon n'aime pas savoir sa mère partagée de cette façon, comme un jouet usé qui ne sert qu'à se défouler une fois de temps en temps. Il ne veut pas avoir cette image et ne veut pas voir des marques étrangères, souillantes, parsemer sa peau.
Il n'aime pas ça. Watto le sait et il l'utilise parfois comme point de pression, pour rappeler à Anakin où est sa place. Sa mère également, même si elle préfère jouer l'innocente et croire stupidement que son fils ne sait pas qu'elle vend parfois son corps pour eux.
Ça ne surprendra pas Anakin, le jour où Watto viendra pour lui dire qu'un client l'attend pour prendre son corps. Après tout, il est mignon et a une belle bouche - des voyageurs lui disent souvent ça. Qu'il a une belle bouche, une mâchoire qui semble flexible et que la langue doit être aussi habile. Anakin ne sait pas de quoi les voyageurs parlent, mais il est certain que cela est en rapport avec le sexe.
Les jeux de hasard et le sexe sont deux aspects importants sur Tatooine. Ce sont les deux choses qui font le plus d'argent, en fait.
Anakin ne le dit pas à sa mère, car elle va commencer à s'inquiéter et l'enfant n'aime pas la voir comme ça. Elle tend plus vers les erreurs et les erreurs sont punissables. Bientôt, il va devenir une pute, il est en sur. Pour le moment, il profite de faire surtout de la mécanique, une chose qu'il aime. Il n'est pas sur qu'il va aimer offrir son corps à des inconnus, mais il n'aura pas le choix.
Sa vie est triste, en fait.
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C'est à l'âge de sept ans, un an après avoir fait un drôle de rêve plutôt réaliste, qu'Anakin rencontre pour la première fois un Jedi - ou même une personne de la République.
Il travaille sur une machine, encore une fois. Sa main droite est brûlée et enveloppée avec maladresse dans des bandages sales qui vont infecter la blessure, Anakin en est sur. Watto devra probablement lui amputer la main droite, ce qui le rendra moins productif. Peut-être que là, il va vraiment vendre son corps à temps plein, au lieu que ce soit d'une fois de temps en temps.
Les sourcils du garçon se froncent de douleur et il réprimande un gémissement en se pinçant les lèvres. Sa blessure s'est frottée contre la tôle de la vieille carcasse de robot de combat. Le garçon s'assoit sur ses fesses et inspire profondément en essayant de faire disparaitre la palpitation cuisante.
« Ça va ? » demande une voix douce tandis qu'une ombre cache les sphères jumelles étouffantes.
Les yeux vitreux, Anakin cherche à distinguer les traits de la personne qui l'a interpellé. Sa bouche s'ouvre, mais sa langue est trop pâteuse et sa gorge douloureuse pour articuler ne serait-ce qu'un mot. Cela le frustre. Anakin a déjà eu des pires souffrances, mais ils ne l'ont jamais paralyser à ce point, d'une manière si écrasante et irrévocable.
Il grogne lorsqu'une main fraîche touche son front moite, ses oreilles bourdonnent et il ne peut pas saisir ce que la personne dit, mais Anakin sait qu'elle parle. À lui ou à un autre, il n'en est pas sur. Quelque chose casse en Anakin qui se noie dans l'inconscience, sans crainte du moment présent ou de la douleur creusant son bras.
C'est une odeur familière de poussière qui l'accueille quand Anakin quitte le monde onirique pour rejoindre celui des mortels éveillés. Sa tête lui fait mal comme quand il reste trop longtemps sous les soleils de plomb sans trouver de répit dans l'ombre et sa main est un poids lourd qui fait souffrir s'il force ses muscles. Le garçon fronce les sourcils et ouvre avec lenteur les yeux. Anakin est chez lui sans aucun doute, et quand il se redresse, quelque chose glisse de son front pour atterrir sur sa cuisse. Un morceau de tissu fraîchement mouillé, remarque-t-il distraitement.
« Reste calme, Ani. » murmure quelqu'un.
Anakin se détend entre les mains qui le pressent contre le lit d'infortune et fait un vague sourire vers sa mère dont le plie soucieux dans ses traits la rend encore plus âgée.
« Maman… »
Sa voix est rauque et rêche : elle gratte désagréablement sa gorge et le garçon retient une toux. Shmi passe une main douce dans ses cheveux tandis que les yeux de son fils se ferment une nouvelle fois, preuve de l'épuisement provoqué par l'infection.
Soupirant, la femme observe le visage crispé d'Anakin se détendre peu à peu alors que sa respiration ralentie. Maintenant endormi, il souffre beaucoup moins. Shmi plonge la serviette dans l'eau rendue tiède et la place sur le front du garçon, empêchant son regard de descendre plus bas, là où elle sait où est la main infestée de pue d'Anakin.
« Vous allez bien ? »
La femme sursaute et se tourne vers la jeune et belle adolescente ayant retrouvé son fils avant qu'un malheur ne lui soit arrivé. Un sourire pâle aux lèvres, Shmi hoche la tête. Ni l'une ni l'autre avale ce geste positif. Cela ne va pas. Son fils va devoir probablement se faire amputer le bras - une chose inacceptable pour un esclave.
« Oui… Je crois, oui. » dit Shmi. « Merci d'avoir amené mon fils, qui sait ce qui aurait pu arriver… »
Une personne le capturant et Watto le faisant exploser par l'émetteur dans son corps en croyant que c'était une tentative de fuite. Un frisson parcourt l'échine de la mère qui se redresse difficilement.
Lorsque ces personnes sont entrés dans sa maison, Anakin évanoui dans le bras de l'homme, son cœur s'est presque arraché de sa poitrine alors qu'elle a accourut pour le prendre en demandant des explications. C'est le vieil homme au regard sage et bienveillant qui lui a dit qu'ils l'ont retrouvé et qu'Anakin semblait mal au point, jusqu'à ce qu'il tombe dans les pommes en marmonnant que sa main lui faisait mal. C'est une femme qui leur a indiqué là où se rendre, ce que le groupe a fait rapidement.
L'aîné transpire d'une aura de calme et de sérénité, sa voix douce mais ferme expliquant qu'il faut soigner Anakin au plus vite, l'aidant à enlever les bandages et l'installer dans le confort restreint de la petite maison de terre cuite.
« Il va s'en sortir ? » demande l'adolescente avec inquiétude, assise à la table avec les autres.
Shmi inspire et joint ses mains ensembles, son cœur saignant de savoir que non, ça ne va plus jamais aller.
« Nous devons amputer. » annonce Qui-Gon Jinn.
Cela fait mal à la femme, mais elle est d'accord. C'est soit se débarrasser de ce membre qui pourri la santé de son fils, soit le laisser comme cela et qu'il meurt de l'infection.
«… Oui, malheureusement, ce n'est pas si simple. Watto n'acceptera pas d'acheter une prothèse pour Anakin, peu importe combien il est bon dans ce qu'il fait. » dit Skywalker, le front plissé.
« Mais, et vous ? Vous ne pouvez pas acheter la prothèse ? » demande l'adolescente avec un espoir naïf qui irrite autant qu'il répand la chaleur dans le corps de Shmi.
Cette dernière secoue avec lenteur la tête, triste de ne pas pouvoir aider plus son fils que simplement le surveiller.
« Je suis une esclave, je ne possède rien. Si Ani n'est pas capable de travailler manuellement… » elle laisse sa phrase en suspens, sachant que ces personnes ne seront pas de quoi elle parle.
Cela est confirmé par le froncement de sourcils des deux humains tandis que la créature - un gungan, suppose Shmi - incline la tête sur le côté. La femme de presque quarante ans baisse le menton et ferme les yeux.
« Je ne peux rien… Et Mos Espa n'a aucun médecin pour faire l'opération. » Shmi soupire avec découragement.
Qui-Gon croise les bras et penche son dos contre le dossier de la chaise. Les faits sont troublants - l'enfant est troublant. Dès qu'il a posé les yeux sur sa forme recroquevillée, le Jedi a été aveuglé par la Force qui émanait par vague du petit Anakin. Le test de midichlorien a éclairé ses pensées au sujet de l'enfant, car une personne ayant un score plus haut que le Grand Maître lui-même ne peut qu'être une seule personne. Une personne que les Jedi attendent depuis longtemps.
« Qui est son père ? » demande Qui-Gon. « Il pourrait aider. » suggère-t-il, mais il ne croit pas vraiment en ses propres paroles.
Shmi secoue la tête.
« Il n'y a pas de père. Je l'ai gardé, je l'ai accouché et je l'élève. » annonce la femme.
Le Jedi acquiert, la théorie qu'il a depuis sa rencontre avec Anakin se concrétise avec ces mots jetés autour de la table. Il voit du coin de l'œil Padmé qui fronce les sourcils, mais elle ne pousse pas le sujet. Malgré sa grande compassion, ses pensées doivent se tourner encore et toujours vers son peuple qui souffre en ce moment même. La servante reste silencieuse et Jar-Jar, exceptionnellement, ne prononce pas un mot.
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Une journée après s'être évanouie, Anakin est retourné dans la boutique malgré la lourdeur dans ses membres.
Les esclaves n'ont pas de journée de repos, peu importe leur état, et Anakin ne fait pas exception. Ce matin, Shmi lui a caressé les cheveux et l'a enlacé longtemps, embrassant sa tempe et ses joues, chuchotant comment et combien elle l'aime et que rien dans l'univers - ni le temps ni la distance - ne souillera son affection pour lui.
Anakin a accepté toute cette affection, toujours heureux d'être le centre de l'attention de sa mère, mais ses sens l'ont averti que quelque chose allait arriver durant la journée. L'esclave ne sait pas si ça sera bon ou mauvais, mais il sait qu'un événement surgira. Son instinct ne l'a jamais trompé.
Watto le regarde d'un œil critique et lui ordonne de nettoyer la boutique, ce que fait Anakin sans protester. Ses mouvements sont maladroits et sa tête lui tourne douloureusement, mais le garçon continue de travailler avec de minuscules pauses afin de ne pas attirer l'attention de son maître qui le zieute déjà avec prudence, un plan sûrement fait dans sa tête pour soit vendre Anakin ou trouver une sphère où il pourra travailler sans ralentir à cause de son handicape. C'est toutefois plus facile à dire qu'à faire.
Les soleils sont au zénith lorsque la porte s'ouvre et qu'un client se dirige directement vers Watto, aucune hésitation dans ses mouvements et, lorsqu'il passe devant Anakin qui est accroupi devant une étagère, il lui jette un bref regard, mais sans plus.
« Je veux acheter votre esclave. »
Les mots font tomber les entrailles d'Anakin au fond de son estomac, son sang se gelant tandis que ses yeux deviennent ronds. Sa respiration se coupe et il se force à la garder régulière. Watto n'a que deux esclaves - la famille Skywalker - et l'accident du garçon s'est propagé aussi vite qu'une tempête de sable. Ainsi, la conclusion logique est que l'homme veut sa mère. La mère d'Anakin. Ils vont être séparés et ne pourront probablement plus jamais se revoir, loin l'un de l'autre.
L'effroi du jeune Skywalker grandit en entendant des choses se poser sur le comptoir - des choses qui peuvent acheter un esclave. Il ne veut pas que sa mère le quitte ! Elle doit rester avec lui, avec un maître qui n'est pas prompt à la violence malgré les punitions régulières qu'ils reçoivent. La conversation n'est qu'un filet de mots incompréhensibles qu'Anakin ne veut pas entendre. Sa main serre le torchon avec force tandis qu'il frotte brusquement l'étagère, retenant un éternuement lorsque la poussière soulevée chatouille son nez.
« Ani, voici ton nouveau propriétaire. » dit soudainement Watto.
Le garçon sursaute, se relevant avec maladresse en sifflant lorsque sa main blessée s'appuie contre le sol en soutien pour l'aider à se relever. Il ne comprend pas ce qui se passe, observant avec perplexité le jeune homme qui est son nouveau maître. Anakin baisse soudainement les yeux et adopte un comportement soumis, comme un bon esclave ferait.
D'habitude, le garçon n'aime pas cela et prend un comportement qui frôle l'insolence envers Watto, mais ce gars-là… Anakin ne le connaît pas et il ne veut pas se risquer à le frustrer sans en connaître les conséquences. D'autant plus que son corps est moins apte à subir une punition violente, il ne faut pas faire le fou en ce moment.
Le garçon suit son nouveau maître en silence tandis qu'ils quittent la boutique pour se trouver sous la chaleur étouffante des rues de Mos Espa.
La marche est tendue, Anakin trébuchant sur ses pieds tandis que ses paupières tombent peu à peu, la fièvre qui commence à le posséder l'empêchant de bien se comporter. Pourtant, son maître n'en dit rien, quelques pas plus loin que lui, tournant parfois la tête afin de voir si Anakin le suit. Ils s'arrêtent au quartier des esclaves et l'homme à la cape brune lui fait signe de prendre le relais jusqu'à chez lui.
La maison est vide, silencieuse, et cela creuse un trou vicieux dans le cœur du garçon. Il aimerait avoir le courage de demander de passer à la cantine, mais sa bouche est pâteuse et sa langue lourde comme un moteur de speeder. Il prépare son baluchon avec ses maigres possessions et rejoint le jeune homme qui attend avec patience à côté de la porte. Ils reprirent leur chemin et ils se trouvent rapidement hors de Mos Espa, ce qui surprend Anakin.
C'est rare que les esclaves changent de maître et c'est encore plus rare que ce nouveau maître ne se trouve pas au même endroit.
« Je suis Obi-Wan Kenobi et je suis en mission. » déclare soudainement son maître.
Anakin fronce les sourcils, la tête en bouillie.
« E-En mission ? » questionne le jeune garçon avant d'ajouter : « Maître Kenobi. »
Le jeune homme secoue la tête, sa tresse qui coule derrière son oreille suivant le mouvement.
« Je suis un Jedi : je t'ai libéré et nous t'amenons à Coruscant. » explique brièvement Kenobi.
Anakin cligne des yeux, hébété, puis les plissent avec suspicion. Cet homme dit être un Jedi, mais ça ne peut pas être vrai car les Jedi servent la République et cette dernière n'a rien à faire à Tatooine - ou même sur les planètes de la Bordure Extérieure en général - mais quelque chose lui chuchote qu'Obi-Wan dit la vérité.
Son esprit brumeux revit le début de la journée : sa mère collante et lui disant qu'elle l'aime, un sourire fragile aux lèvres mais une lueur brillante au fond de ses prunelles. La sensation qui le harcèle depuis son réveil, le pressentiment qu'une chose extraordinaire allait lui tomber dessus...
L'enfant sursaute et se fige, regardant son nouveau maître - son sauveur ? - avec de gros yeux. Le Jedi s'arrête et se tourne vers Anakin, les mains dans les manches et les sourcils levés en signe de questionnement.
« Ma… ma mère savait ? »
Obi-Wan acquiert.
« Oui, avec mon maître, ils ont monté un plan afin de te sauver. »
«… Me sauver ? » murmure faiblement Anakin. « Mais, et m-maman ? »
Son chuchotement meurt sur ses lèvres tandis que sa tête s'incline dangereusement vers l'avant. Ce fut un rideau noir qui couvre sa vue et son esprit.
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Obi-Wan réceptionne le petit corps maigre du garçon et soupire en le prenant dans ses bras, faisant attention à ne pas frotter sa main bandée contre sa cape.
Il ne comprend pas pourquoi son maître veut l'amener avec eux sur Coruscant, étirant leur malheureux séjour sur Tatooine d'une journée tandis qu'il y a une guerre civile sur Naboo. L'équipage a la pièce manquante, il aurait pu partir il y a deux nuits, mais Qui-Gon a insisté pour que son padawan revienne à Mos Espa afin de libérer le jeune Skywalker, celui qui a un taux de midichlorien plus élevé que Yoda lui-même.
Toutefois, comme en bon apprenti, Obi-Wan s'est plié à la demande de son maître et a été récupéré le petit qui sera soigné une fois dans le vaisseau spatial.
Ils quittent la planète tout de suite après qu'Obi-Wan monte sur le navire volant et que l'ancien esclave soit pris aux mains de la minuscule baie médicale. Les bras croisés, le jeune homme de 23 ans écoute sagement son maître répondre aux préoccupations de la reine de Naboo, celle-ci ayant hâte de se trouver devant le sénat, mais n'étant pas sûre d'avoir son appuie pour appliquer une riposte contre la Confédération du Commerce.
« Alors, comment tu trouves le petit Ani ? »
Obi-Wan baisse le menton et réfléchit brièvement. Lorsqu'il a posé son regard sur lui, il a senti toute la force se déployer en éventail autour du garçon, comme une mère qui couvre son enfant de tous les dangers qui rôdent dans l'ombre.
« Il… brûle, faute de meilleur mot, et ça éblouit. » dit honnêtement le padawan.
Qui-Gon hoche la tête, une lueur satisfaite au fond des prunelles, content que son jeune aille eu la même réaction que lui face à Anakin.
« Il le fait, n'est-ce pas ? »
«… Attendez, maître ! Vous ne voulez quand même pas... » commence Obi-Wan en réalisant ce que mijote Qui-Gon.
« Je vais aller méditer, padawan. Repose-toi aussi, tant qu'il reste du temps. » déclare Qui-Gon en disparaissant le long du couloir.
Obi-Wan inspire avec irritation et fronce les sourcils. Son maître veut demander à ce qu'Anakin soit formé, alors qu'il est trop vieux pour ça. Jamais le conseil va vouloir, peu importe si Qui-Gon croit que le garçon est l'Élu de la prophétie.
Le garçon a trop d'attache et cela pourrait nuire à sa formation. Obi-Wan lui-même ne connaît pas ses géniteurs ni d'où il vient, comme tous les initiés au temple Jedi. Ça évite de créer des attachements à une vie qui ne pourra jamais leur être accordé, car ils ont un devoir envers la Force, cette entité qui les ont bénis par un pouvoir qui doit être utilisé à bon escient.
« Excusez-moi ? » dit une voix timide.
Obi-Wan se tourne vers la servante qui a accompagné son maître sur Tatooine. Cette dernière le regard droit dans les yeux, ce qui impressionne passivement le jeune homme. Généralement, les personnes évitent le contact visuel avec les Jedi, étant intimidées par leur présence. Mais cette adolescente n'en a cure de qui il est, le regardant avec respect et une crainte mitigée - comme quand un personnage depuis longtemps féerique est à porté de vue.
« Oui ? »
« La route sera longue ? » demande Padmé.
Obi-Wan secoue la tête et l'informe que cela ne prendra pas plus que six heures. Sa cadette soupire et le remercie avant de le laisser seul. Le Jedi commence à marcher avec lenteur dans les couloirs, ne voulant pas vraiment méditer, mais ne sachant pas quoi faire d'autre.
Ses pas le dirigent vers la petite infirmerie et le jeune Jedi se trouve au chevet du garçon anciennement esclave, branché et avec la main soigneusement traitée. Malheureusement, cette attention ne va pas sauver le membre de l'amputation, l'infection ayant trop abîmée les tissus de chair et les terminaisons nerveuses. La brûlure s'est répandu jusqu'au creux du coude d'Anakin, mais Obi-Wan ne pense pas que ce sera tout l'avant-bras qui devra se faire couper, mais juste un peu plus que le poignet. Enfin, il spécule, mais il n'a aucune connaissance approfondie dans la médecine et ne peut donc pas donner un véritable avis constructif.
La chevelure d'un blond foncé - qui va brunir au fil du temps - est plaquée contre son visage rouge de sueur et frissonnant de fièvre. Son corps est maigre et petit, sa seule main visible pouvant tenir au creux de sa paume sans la dépasser.
Un esclave, un oiseau d'une rare brillance enfermé dans une cage, libéré du fléau de sa chaîne afin de goûter au monde - à l'univers - qui l'entoure sans restrictions.
Enfin, sauf celles que l'Ordre va lui imposer.
Car même si Obi-Wan en doute, Qui-Gon croit avec fermeté que le garçon est l'Élu, celui qui va ramener l'équilibre de la Force. Ainsi, son allégeance appartient logiquement aux Jedi et les Jedi ont des règles à respecter. Ils vont tenir le garçon en laisse, mais jamais pour en abuser - seulement pour le protéger.
Un frisson glisse le long de son échine, telle une goutte froide de pluie se faufilant dans sa tunique, tandis que ses entrailles remuent à la pensée qu'Anakin va ramener l'équilibre dans la Force.
Étrangement, il n'aime pas y penser.
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Lorsque l'enfant se réveille, il se trouve dans un endroit inconnu qui le rend mal à l'aise.
Les sourcils froncés, il observe avec calme la pièce aux couleurs froides alors qu'il est encore couché dans un lit douillet et chaud. Anakin n'a pas beaucoup de force et ne veut pas gaspiller l'énergie qui le maintient éveillé à s'énerver pour rien.
Son regard flou se pose sur la silhouette à son chevet et le garçon sursaute en se souvenant des précédents événements. Il se redresse difficilement sur les fesses et baisse les yeux sur la couverture maintenant échouée sur ses genoux.
« M-Maître. » murmure Anakin.
Il grimace lorsque le son racle sa gorge douloureuse, mais il n'a pas le courage de demander de l'eau. Anakin entend le bruissement de vêtements tandis que la présence apaisante se rapproche de lui.
« Je ne suis pas ton maître, souviens-toi. Tu es libres maintenant. » dit une voix juvénile et naturellement douce.
Un verre d'eau avec une paille dedans glisse sous ses yeux et Anakin lève avec surprise la tête vers son… libérateur ? L'homme, jeune et beau, aux traits fins, remarque inutilement Anakin, acquiert à la question muette dans ses yeux.
Avec hésitation et prudence, l'enfant se penche vers la paille et l'encercle de ses lèvres. Lorsque le verre reste en place, il sirote avec lenteur en appréciant la sensation que le liquide frais fait dans sa gorge. Ses yeux se ferment tandis qu'Anakin se fait violence pour ne pas tout boire rapidement, sachant la valeur de l'eau et comment il pourrait s'étouffer s'il s'emballe.
Le calme est bienvenu quand Obi-Wan pose le verre contre un plateau. Le Jedi incline son menton vers le pied du lit, une demande silencieuse pour savoir s'il peut s'y asseoir, et Anakin hoche la tête. Ce sentiment de sécurité qui émane de Kenobi lui permet de ne pas frissonner sans discrétion lorsque son pied frôle le sien en prenant place. Maintenant tous les deux face à face, Obi-Wan en tailleur et le garçon avec les jambes croisées au niveau des chevilles, ils s'observent minutieusement, chacun de son côté ayant des suppositions sur l'autre personne.
« Es-tu un esclave ? » demande soudainement Anakin.
« Non. Pourquoi demandes-tu ça ? »
Anakin hausse les épaules, sa conversation avec l'homme revenant peu à peu à la surface de son esprit.
« Tu l'as appelé maître, j'ai cru que tu lui appartenais. »
« C'est… Ah, oui… Chez les Jedi, le mot maître signifie une personne sage qui est attitré pour enseigner, mais pas comme une personne possédant une autre. » explique calmement Obi-Wan, cherchant dans les yeux bleus du garçon la confirmation qu'il a compris.
«… Oh… Ce mot sonne quand même laid. » marmonne Anakin en s'appuyant un peu plus contre les oreillers du lit.
Le garçon réfléchit durant quelques secondes, fixant intensément Obi-Wan, avant d'arriver à la seule conclusion qu'il peut tirer de ce qu'il connaît.
« Tu dois être un ange, alors. » dit-il avec la conviction de ne pas se tromper que seuls les enfants ont.
Obi-Wan sursaute légèrement, ses yeux ronds de surprise plongeant dans ceux confiants du garçon qui s'est un peu penché vers l'avant en disant cela.
Un ange… Kenobi en a vaguement entendu parler, par des marchands ou des voyageurs lors de ses missions. Ils disent que c'est une créature magnifique et belle, d'une douce inégalable et d'un pardon absolu. Les ailes plus blanches que le blanc se déploient derrière lui, s'étirant afin de protéger tous ceux en contre-bas.
Si le garçon avait su qu'Obi-Wan l'a traité de « forme de vie pathétique » lorsque Qui-Gon a parlé de lui, le padawan n'est pas sur qu'Anakin garderait cette croyance farfelue comme quoi il est un ange.
« Non, je ne le suis pas. » déclare-t-il.
Anakin fronce les sourcils, mais il n'a pas le temps de répliquer une protestation qu'un droïde astromech bleu et blanc entre dans l'espace médical en bipant furieusement. Obi-Wan incline légèrement la tête de côté, peu habitué à entendre la langue binaire des droïdes.
« Il dit que ton maître te demande. » informe gentiment Anakin en voyant un sillon confus creuset le front de Kenobi.
Ce dernier hoche la tête avec reconnaissance et lui conseil de se reposer avant l'arrivée à Coruscant.
« Attends !… M-ma main, qu'est-ce qui va lui arriver ? »
Il n'a pas besoin de mots, car le garçon comprend le sort de son membre infecté à la seconde même où il croise le regard pers du jeune Jedi.
« Repose-toi, tu en auras de besoin. »
C'est ce que l'ancien esclave fait.
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Lorsqu'Anakin se réveille, le soleil de Coruscant transperce timidement le rideau bordant la fenêtre à côté de lui tandis que son esprit léthargique s'extirpe peu à peu de la brume oppressante qui l'a préservé de toutes les douleurs suscitées par l'opération.
Ses yeux se baissent sur sa main droite et son cœur manque un battement en voyant le membre métallique qui a remplacé la chair chaude.
Il savait qu'une prothèse allait subvenir à sa main amputée, il n'avait pas le choix s'il ne voulait pas devenir infirme. C'est toutefois un coup dans son estomac car savoir et voir est complètement différent.
Ses doigts de métal frémissent alors qu'ils agrippent le drap blanc - tout comme sa main gauche, encore intact.
Il ne sait pas ce qui va lui arriver. Car même s'il a réussi les tests des maîtres Jedi, ceux-ci ont clairement dit ne pas le vouloir sous leur insigne. Parce qu'il est trop vieux. Cette raison laisse un goût amer sur la langue d'Anakin. Au moins, les Jedi ont accepté de l'opérer et lui offrir une prothèse qui devra avoir des ajustements au fil du temps afin de suivre sa croissance.
Le fait de ne pas devenir un Jedi ne dérange pas tant que ça Anakin - oui, il en a rêvé, mais ce rêve est vite devenu un mirage lointain. Ce qui le met mal à l'aise, c'est sa place dans tout cela. Certes, il ne peut pas devenir un Jedi, mais qu'est-ce qui va lui arriver ? L'Ordre va-t-il le renvoyer sur Tatooine et lui remettre des chaînes ? Sont-ils assez apathiques pour faire cela ou vont-ils montrer cette compassion débordante qu'ils ne cessent de proclamer posséder ?
« Tu es réveillé. C'est bien. » dit une voix familière et lourde de fatigue.
Anakin regarde Obi-Wan s'avancer vers lui, curieux de ne pas voir Qui-Gon, mais il ne le signale pas. Le padawan a les traits tirés par une expression de deuil, ses yeux sont cernés et discrètement rougie. Le garçon incline la tête sur le côté, mais ne commente pas l'apparence morose de son aîné.
« Oui... Que va-t-il m'arriver ? » demande timidement Anakin.
Les lèvres de Kenobi se pincent tandis qu'une expression déterminée et tenace possède son visage las.
« Tu vas devenir un Jedi, Anakin. Je te le promets. »
C'est un peu plus tard, avec la seule compagnie de R2, ce droïde qui semble ne plus vouloir le lâcher depuis qu'ils ont fait connaissance dans le vaisseau, qu'Anakin connaît tous les évènements.
La bataille sur Naboo lors de son hospitalisation ainsi que la mort tragique de Qui-Gon aux mains d'un Sith, l'antithèse du Jedi, qui a son tour, est mort sous la lame d'Obi-Wan. Cela lui a fait de la peine, car il a un peu parlé avec le défunt maître de Kenobi et il a bien apprécié cet homme qui l'a aidé à se libérer de son destin d'esclave. Pourtant, il s'inquiète plus pour le jeune padawan qui va s'est fait promue en tant que chevalier et qui est maintenant son maître car le conseil est revenu sur sa décision.
Quelques jours plus tard, dans l'appartement du nouveau chevalier Jedi, Anakin s'appuie contre Artoo en jouant avec sa tresse padawan, puis il prend son courage à deux mains.
« Maître, vous allez bien? »
Il ne dit pas qu'il entend parfois ses sanglots étouffés ou alors qu'il peut creuser sous le masque vierge qu'Obi-Wan revêt devant les autres. Il ne le lui dit pas car il ne veut pas couper le peu de lien qu'ils ont réussit à développer au cours de la dernière semaine. Un fil maigre et fragile qui peut se rompre au moindre coup de vent.
« Oui, Anakin. Maintenant, concentre toi sur ta méditation. »
De mauvaises grâce, Anakin se plie à l'ordre même s'il ne croit pas aux paroles de Kenobi.
Après tout, il est bon au faux-semblant.
