Camarades !
Ce texte a été écrit lors des Nuits du FOF, avec pour thème Maelstrom.
Je me suis donc de nouveau jetée dans mon ship préféré, le MadWhale, parce qu'on ne change pas une équipe qui gagne.
Bonne lecture !
Vingt-huit ans. Plus de vingt-huit ans en fait. C'est long, Très long.
Se serait mentir de dire qu'il a pensé à lui tous les jours, c'est faux, parce qu'une autre personne occupait son esprit pendant tout ce temps, sa fille, Grace et c'est normal, personne n'irait lui jeter la pierre pour ça.
Mais lui… il a occupé ses pensées d'une manière qui l'a profondément dérangé pendant plusieurs mois. Il ne savait même pas pourquoi au début, il n'était qu'un partenaire, qu'une connaissance.
C'est ce qu'il a essayé de se convaincre lui même, au point qu'il a finis par y croire.
Mais une petite visite à l'hôpital a tout changé, tout.
oOo
Ce n'était pas prévu mais depuis quand prévoit-on de se couper la main en faisant la cuisine ?
C'était ce qui occupait les pensées de Jefferson alors qu'il attendait patiemment dans la salle d'attente, sa main blessée bandée maladroitement, qu'un médecin s'occupe de lui. Il observe une vieille dame qui patiente, l'air un peu inquiet, une petite fille qui lit un livre sous l'oeil vigilant d'un homme au cou entouré par une minerve. Les minutes s'écoulent. Un vieil homme revient dans la salle accompagné par une infirmière, le bras en écharpe et la vieille dame se lève, avec un peu de difficulté, soulagée pour aller serrer son mari, il n'y a aucun doute la dessus, dans ses bras.
« Mr Liddell ?* »
Jefferson met quelques secondes avant de reconnaître le nom de famille qui lui a été attribué et qu'il n'utilise presque jamais. En revanche il reconnaît la voix qui l'interpelle.
Il se détache de la contemplation du couple âgé pour se tourner vers cette voix, cette voix qui lui est terriblement familière.
Victor. Victor Frankenstein. Que fait-il ici ? Comment Regina a-t-elle pu l'emmener ici ? Et pourquoi lui ? Pour le punir de ne pas avoir fait revire le garçon d'écurie ? Sans doute. Jefferson avance vers lui avec lenteur, comme si il n'arrivait pas à y croire. Victor.
Ce scientifique un peu excentrique, venant d'un monde où les couleurs n'existaient pas, où la magie n'existe pas. Où la science est reine.
Ce docteur qui a joué un rôle dans le basculement de Regina vers les ténèbres, pour un coeur enchanté. Cet homme qu'il pensait ne jamais revoir après l'avoir déposé sur le pas de la porte menant à son monde mais que le hasard fait qu'il le revoit là, maintenant.
« Je suis le docteur Whale, enchanté. Vous vous êtes coupé la main, c'est ça ? »
Il ne lui réponds pas tout de suite. Lui qui pensait être un des seuls à avoir conservé ses souvenirs, il réalise que non. Tout lui revient en pleine figure.
Il se souvient être resté un moment devant cette porte, de ne pas l'avoir tout de suite ouverte, d'avoir convaincu le docteur de rester encore un moment, de lui raconter son histoire, son monde. De s'être rapproché de lui, suffisamment pour que le rouge monte aux joues et ce pour la première fois de la vie de cet homme qui ne connaissait même pas l'existence de cette couleur avant.
« Ne vous inquiétez pas, je suis sûr que ce n'est pas bien grave, suivez moi, ça ne sera pas long je vous le promet ! »
Jefferson retombe sur terre et se décide à le suivre. Promet. Ils s'étaient promis de se revoir, quand il aurait accomplit ce qu'il avait à faire, quand il aurait surpassé les lois de la science selon ses dires et cette promesse s'était envolée avec les années. Oubliée. Mais pas le baiser.
Pas ses lèvres contres les siennes quand ils se rapprochaient de plus en plus et que Jefferson, curieux et surtout, à l'époque, plus audacieux et plus insolent, lui demandait comment il pouvait expliquer scientifiquement les sentiments comme l'amour ou le désir. Il s'était plus à voir le docteur, si sûr de lui, devenir de plus en plus rouge, bégayer, ne pas réussir à avoir une réponse avant d'être coupé dans son embarras par Jefferson, par un baiser.
« Vous expliquez ça comment docteur ? »
La seule réponse avait été un autre baiser de la part du docteur.
Il le suit jusqu'à la pièce où il va l'examiner et Jefferson doit faire un effort surhumain pour ne pas lui sauter dessus, pour ne pas l'appeler docteur. C'est ce qu'il est mais il ne comprendrait pas. Il ne le reconnaît pas et pire il n'aime pas Whale, il n'aime pas cet espèce de petit air arrogant qu'il exhibe ni le petit sourire en coin qu'il adresse à une infirmière. C'est ça ce que la malédiction a fait de lui ? Un espèce de coureur de jupons, de médecin suffisant et apparemment à la solde de Regina ?
C'est presque aussi douloureux que de voir Grace porter un autre nom et être élevée par d'autres gens.
oOo
Quand il quitte l'hôpital et les jours d'après, l'image du docteur et de Whale ne cessent de se mélanger, de s'infiltrer dans son esprit, dans ses rêves. Au départ il n'est pas très présent juste l'espace d'un instant, pour finir par s'imposer, parfois pour une nuit entière et cette compagnie n'est pas qu'amicale, son corps peu en témoigner. Cela le perturbe. Pourquoi il s'impose à lui, à son esprit ainsi, alors que la douleur de la perte de sa femme est encore si douloureuse, même des années après ?
Les années s'écoulent et il croise parfois le Docteur Whale en ville, très rarement cela-dit mais il le croise souvent dans ses rêves.
Puis un jour la malédiction est brisée. Jefferson retrouve sa fille, son enfant, l'amour de sa vie. Il est heureux. C'est vrai. Il n'y a plus que lui et Grace, leurs parties de thé. C'est le bonheur, il a retrouvé sa fille même si cette dernière passe aussi du temps avec ses parents d'adoption, il ne peut pas la priver d'eux ni eux la priver d'elle, se serait trop cruel et ingrat de ne pas remercier ceux qui se sont occupés d'elle pendant vingt-huit ans.
Pourtant il a l'impression qu'il lui manque quelque chose, une pièce au puzzle de son bonheur. Une pièce perdue, qui finit par sonner à la porte de son manoir un soir, alors que Grace est partie dormir chez une copine et qu'il est seul.
« Doc… Wh… Victor ? »
Il ne sait pas comment l'appeler. L'intéressé semble hésiter, comme tout le monde en ville, merci Regina !
Ils restent à se regarder dans le blanc des yeux pendant plusieurs minutes, la respiration lourde, le coeur serré, prêts à exploser. Ils se rapprochent lentement l'un de l'autre et c'est tout un maelstrom d'émotions qui les submergent, qui menace de les emporter alors que la porte se referme.
« Tu… tu m'as... »
Victor n'arrive plus à parler, il semble être sur le point de pleurer. Alors il se jette dans les bras de Jefferson qui n'arrive plus à se contenir et explose en sanglot, des larmes coulent le long de ses joues, il sent ses jambes fléchir mais il reste debout puis d'un coup il retrouve ce qui lui avait manqué, ses lèvres contre les siennes et la promesse qui allait avec.
Ils s'étaient retrouvés.
* Liddell était le nom de famille d'Alice Liddell, la petite fille qui a en partie inspiré Lewis Carroll pour Alice aux Pays des Merveilles, oeuvre dont fait partit Jefferson, aka le Chapelier Fou.
Je profite aussi d'avoir évoqué très vaguement le milieu hospitalier pour remercier tous ceux, qui en cette période difficile, se tuent à la tâche pour nous soigner et mettent leur propre santé en danger. Merci à vous, vous méritez tous le respect du monde.
