_ remembering
Romance, Friendship, Tragedy.
Personnages principaux : Naruto Uzumaki, Shikadai Nara & Sarada Uchiha.
Personnages secondaires (mais très présents) : Chôchô, Inojin, Boruto, Iwabee, Sumire, Kawaki, OC.
« remembering »
I ; « wind of change »
— « Sasuke. » appela-t-elle, dans un soupir épuisé. « je sais que c'est particulièrement difficile pour toi, mais une décision est à prendre. et tu es le septième hokage. »
— « ce poste aurait dû être à lui. » murmura-t-il, le visage fermé.
Les mots du brun la frappèrent en plein coeur ; elle aurait aimé lui dire qu'il avait tout faux, qu'il méritait amplement le poste, qu'il faisait du bon boulot, mais il n'avait pas tort. Le poste lui était revenu uniquement, parce qu'il n'était pas là. Un énième soupir s'échappa de ses lèvres et elle jeta un regard vers le cendré, à l'autre bout de la table en bois ; un rapide appel à l'aide et il acquiesça, une fêlure au fond des prunelles.
— « Sasuke. » dit-il, d'une voix douce. « écoute-moi. »
Le concerné déposa un regard presque craintif sur son ancien maître ; il semblait si épuisé mentalement que ça lui brisa une partie de son âme. L'adolescent taciturne et légèrement hautain qu'il avait été, manquait au sexagénaire.
— « tu as raison. » continua-t-il. « le poste de septième hokage t'a été offert, parce qu'il n'était pas là pour le prendre. et tu l'as accepté, exactement pour cette raison, n'est-ce pas ? tu fais un excellent boulot, mais.. » il prit une inspiration presque douloureuse. « une décision est à prendre, Tsunade a raison, elle aussi. »
— « je ne peux pas faire ça, Kakashi. » lâcha le septième du nom, la respiration tremblante. « je ne veux pas le faire. »
Kakashi attrapa la main du quarantenaire dans la sienne et exerça une légère pression ; en réalité, il n'avait pas besoin de mots pour comprendre ce qu'il se passait dans l'esprit de son ancien élève. Il assistait silencieusement au désespoir qui s'accrochait à sa silhouette, depuis si longtemps, maintenant.
— « je n'ai rien fait. » ajouta faiblement le brun. « j'aurais dû faire quelque chose. »
— « tu n'es pas le seul. je n'ai rien fait, moi non plus, et toi, tu étais un enfant, j'étais adulte et j'étais votre maître, à tous les trois. » rappela-t-il. « je ne veux pas le faire, j'aimerais que les choses redeviennent comme à l'époque, mais nous repoussons l'inévitable depuis bien trop longtemps. il est temps de lâcher prise, Sasuke. »
La souffrance dans le brun des iris du garçon le blessa. La situation ne les laissera pas indemne, il le sentait, mais qu'étaient-ils, tous les trois, par rapport à tous ces innocents ? L'humanité entière ? Il se retint difficilement de reprendre tous ces mots et exerça une énième pression sur la main de son ancien élève, il lui soufflait un peu de courage, maladroitement.
— « nous sommes d'accord, alors ? » interrogea la blonde, au bout de la table.
Elle tentait de paraître inhumaine, mais le cendré la connaissait assez pour savoir qu'elle se retenait, elle aussi ; tout comme les deux autres personnes dans la pièce, elle avait dû perdre des heures à retourner le problème dans tous les sens, à chercher une quelconque solution qui empêcherait ça, mais ils étaient là et ils n'avaient plus le choix.
— « moi. » souffla-t-il, une peine immense dans le coeur. « Kakashi Hatake, sixième du nom, me penche en faveur de la mission N-U1010 de rang S. »
— « moi. » ajouta-t-elle, tristement. « Tsunade Senju, cinquième du nom, me penche en faveur de la mission N-U1010 de rang S. »
Leurs regards se posèrent sur le brun, qui tentait maladroitement de ne pas prendre la fuite, de ne pas se fondre en un amas d'émotions désespérées ; quelques perles au bord des paupières, il acquiesça, à bout de souffle, l'esprit empli d'un tas de souvenirs. Il se souvenait des premières missions, des premiers rires, des premières disputes, de la rivalité qui les liait, tous les deux ; qu'est-ce qu'il avait raté pour que ça se termine, ainsi ?
— « moi. » lâcha-t-il, le coeur tremblant. « Sasuke Uchiha, septième du nom, me penche en faveur de la mission.. N-U1010.. de rang S et ordonne.. » il tenta de prendre une inspiration, mais l'air lui brûla les poumons. « j'ordonne.. l'assassinat de.. Naruto Uzumaki. »
Le prénom de son ancien camarade entre ses lèvres lui fit très mal. Un sanglot s'étouffa dans le creux de sa main et il congédia d'un mouvement maladroit les deux anciens kages. Et dès l'instant où le claquement de la porte résonna, les larmes qu'il retenait depuis plusieurs minutes tombèrent. Où est-ce que ça avait foiré ? La photographie qui traînait sur un morceau de son bureau accrocha son attention et il se heurta délicatement au sourire qui traînait sur les lèvres d'une tignasse rose ; elle était là, entre deux garçons qui semblaient se haïr, et qui, pourtant, étaient les meilleurs amis. Elle aussi, elle lui manquait terriblement ; parfois, s'il se concentrait suffisamment, il était capable d'entendre le son de sa voix, de sentir ses lèvres contre les siennes, mais chaque fois, le retour à la réalité était de plus en plus douloureux. Elle ne marchait plus à ses côtés, depuis presque cinq ans, mais ça le brûlait encore si fort.
Un bâillement au bord des lèvres, il repoussa les draps qui couvrait son corps nu et s'installa au bord du matelas ; il était exténué, il ne comptait plus les jours qu'il avait passé loin du village caché de la feuille, les missions se multipliaient et il en oubliait de vivre. Une paire de douces lèvres se posèrent dans son dos et un sourire déforma le coin de ses lèvres ; ses iris d'un bel ébène se perdirent un instant sur les courbes délicieuses de la brune, enfouit dans les draps blancs.
— « quelle heure est-il ? » demanda-t-elle, d'un ton endormi.
— « un peu plus de huit heures. » dit-il.
Le grognement qui s'échappa des lèvres de la jeune femme agrandit le sourire qu'il portait sur le visage et il ne dit rien, lorsqu'un corps chaud se glissa contre le sien ; il avait besoin de ça, il avait besoin de se sentir aimé, un instant, même si, dans quelques jours, ils seraient de nouveau à des kilomètres l'un de l'autre.
— « il est trop tôt. » grogna-t-elle, dans son épaule. « qu'est-ce que tu fais ? »
— « convocation du hokage. » se justifia-t-il. « restes encore un peu au lit, toi. »
— « et comment est-ce que je suis censé faire ça, sans mon radiateur personnel ? »
Un léger rire s'extirpa de ses lèvres et il haussa simplement les épaules ; la seconde d'après, il repoussait le corps tentant de la demoiselle et se hissait sur ses deux pieds, s'étirant de tout son long, sous le regard gourmand de la brune.
— « ne me regarde pas comme ça. »dit-il.
— « comment ? »
— « comme si tu allais me manger. »
— « c'est peut-être le cas. »
Il secoua la tête de droite à gauche, amusé de la situation qui n'avait rien de nouveau ; ils se retrouvaient souvent, très souvent, dans leurs draps respectifs et avaient du mal à se quitter le matin, incapable de se dire quand est-ce qu'ils se reverraient. Ils étaient constamment envoyés en mission, à l'autre bout du pays, mais ils revenaient toujours, l'un pour l'autre.
— « désolé. » souffla-t-il, un fin sourire au bord des lèvres. « je suis pressé. et tu devrais l'être, toi aussi. je n'ai aucune envie que ton père débarque ici. »
— « arrête, il n'a fait ça qu'une seule fois. » défendit-elle, à peine couverte par un drap.
— « plutôt une vingtaine de fois, en fait. encore un peu, et il aura sûrement vu mon pénis plus de fois que toi. »
Le rire cristallin qui s'échappa des lèvres de la demoiselle lui arracha un énième sourire et il se pencha en avant, capturant ses lèvres dans un baiser ; elle était une sorte de bouffée d'air frais, dans cet univers sombre. Elle l'aidait vraiment à tenir le coup. Une main dans la nuque du brun, elle tenta de prolonger le baiser, de le faire trébucher dans le lit, mais il se retira de l'étreinte, une moue boudeuse sur les lippes.
— « arrête, Himawari. » supplia-t-il. « le septième du nom est effrayant et ton père l'est tout autant, hors de question que je mets l'un ou l'autre en colère. »
— « qu'est-ce que tu dis ? mon père t'adore. » rappela-t-elle, le menton dans le creux de la main.
— « Kiba me tolère. » rectifia-t-il. « il me déteste, mais fait un effort pour être poli, parce que tu es sa fille. »
Il attrapa des vêtements propres dans la commode ébène, dans un coin de la pièce.
— « allez, Shikadai. » appela-t-elle. « j'ai envie de toi. »
— « je te déteste, tu le sais ça ? »
— « tu es fou amoureux. » corrigea-t-elle, amusée. « tu es nu, devant moi, comment suis-je censé résister ? »
Un grognement s'échappa des lèvres du brun, lorsqu'il se heurta aux yeux doux qu'elle lui faisait ; peut-être qu'elle serait sa perte, un jour, mais pour l'instant, elle était tout le contraire.
— « bien. » abandonna-t-il. « mais sous la douche. alors ramènes tes fesses dans la salle de bain. »
Il tenta de prendre la fuite, hors de la chambre, mais telle une enfant, Himawari se jeta sur son dos et s'accrocha ; ils étaient deux shinobis, ils avaient les mains couvertes de sang, ils n'étaient sûrement pas des gens biens. Et pourtant, là, dans cette pièce, ils se sentaient presque normaux, presque comme deux adolescents, amoureux.
La façade du bâtiment administratif du village caché de la feuille se dessina sous son regard et elle n'eut aucun mal à reconnaître les silhouettes de trois camarades ; ils semblaient en pleine discussion, du moins deux d'entre eux, le troisième écoutait impassiblement, un tube de nicotine entre les lèvres.
— « oye, Sarada. » lâcha gaiement la seule fille des trois. « toi aussi, tu as été convoqué ? »
— « oui. » acquiesça-t-elle, simplement. « vous êtes là depuis longtemps ? »
— « à peine quelques minutes. » répondit une tignasse blonde. « tu sais pourquoi nous sommes là ? ton père ne t'aurait pas dit quelque chose, par hasard ? »
— « non. désolé, Inojin. » souffla-t-elle, un fin sourire au coin des lèvres.
Inojin haussa simplement les épaules, lâchant un vague « ce n'est rien » ; il était sûrement inquiet, depuis combien de temps n'avaient-ils pas été convoqués tous ensemble ? Ils avaient partagés les bancs de l'académie, quelques missions pendant l'adolescence, puis ils étaient devenus adultes et s'étaient éloignés ; ils étaient devenus des shinobis à part entière et les équipes avaient été dissoutes. Elle porta un regard sur la rousse, qui riait à une blague du blond et esquissa un sourire ; Chôchô n'était pas une simple amie, elle était sa meilleure amie. Qu'est-ce qu'elle ferait, sans elle ?
Un coude s'écrasa doucement dans ses côtes et elle tomba dans le regard doré de la demoiselle en question, qui la regardait curieusement.
— « pardon, tu disais ? » s'excusa-t-elle.
— « c'est presque l'heure, on y va. » déclara la rousse. « toi aussi, Shikadai. écrase ta merde quelque part et viens. »
Sarada retint difficilement un sourire moqueur aux mots de sa meilleure amie ; ça l'amusait, chaque fois qu'elle remarquait combien l'emprise de la rousse sur le brun était forte. Il lui avait toujours semblé si solitaire, si fort, si hautain, mais au fil des années, particulièrement grâce au lien qu'elle entretenait avec Chôchô, elle s'était rendu compte que ce n'était qu'une image. Un claquement de doigt la tira de ses pensées et elle emboîta le pas à ses camarades.
Les mains liées dans son dos, il effleura du bout des prunelles les shinobis face à lui, sur le toit du bâtiment administratif ; ils n'avaient que la vingtaine, mais le corps couvert de sang et l'âme meurtrie. Le monde shinobi était en guerre, depuis si longtemps, et ils n'avaient connus que ça, eux ; la violence, le sang, le désespoir. Il aurait aimé un futur différent pour la nouvelle génération. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il prit une inspiration brûlante, empreint d'un courage douloureux.
— « vous êtes les shinobis de demain. » s'exclama-t-il, d'une voix forte. « vous êtes la fierté du village et pour la plupart, vous portez les noms des héros du passé. ne l'oubliez pas. jamais. parce que moi, je ne l'oublierai pas. »
Ils étaient là, le regard dur, mais déterminé, et une main posée sur le côté gauche de la cage thoracique ; l'insouciance n'était plus là, dans les traits de leurs visages encore légèrement enfantins et aucun n'osait dire quoi que ce soit. La voix du septième hokage se répercutait durement dans leurs esprits et il observa silencieusement ces jeunes adultes qui se retrouvaient là, peut-être pour la dernière fois. Les souvenirs des guerres auxquelles il avait participé lui revinrent durement en mémoire, bien qu'ils ne le quittaient jamais réellement, au fond ; ils restaient là, tapis dans l'ombre, attendant patiemment le bon moment pour refaire surface. Il s'était battu, aux côtés de ses camarades ; les parents des shinobis, sous ses yeux.
Un brun se glissa sur sa droite, dans un toussotement maladroit et lui accorda un petit sourire, il acquiesça et lui céda sa place, un "merci" silencieux sur les lèvres.
— « Konohamaru Sarutobi, chef des anbus. » se présenta-t-il, les bras croisés sur son torse. « merci à tous pour le déplacement. si vous êtes là, c'est que notre hokage a suffisamment confiance en vous pour cette mission, de la plus haute importance. »
Sasuke retint difficilement un haut de coeur, aux mots du trentenaire ; il n'avait pas tort, la mission était de la plus haute importance, mais ça le dégoûtait. Il se haïssait pour avoir prit cette décision, pour avoir lâcher prise ; une partie de lui voulait prendre la fuite, se cacher dans un coin de forêt hasardeux et ne jamais revenir, mais il était le septième hokage et actuellement, le shinobi le plus fort du village. S'il s'éloignait, s'il prenait la fuite, les autres villages n'hésiteraient pas une seule seconde à s'en prendre à eux ; l'un d'eux raserait le village et il ne resterait rien.
— « le septième du nom, ainsi que le cinquième et le sixième, ont prit la décision de mettre fin au fléau actuel qui s'abat sur notre monde. » ajouta-t-il. « en utilisant le rouleau des techniques interdites. et vous serez les principaux acteurs de ce changement, en menant à bien la mission N-U1010. une mission de rang S. »
Une main se leva et d'un hochement de tête, il lui donna la parole.
— « une mission de rang S ? » répéta le shinobi. « donc, un assassinat ? qui est la cible ? »
— « la cible est le nukenin Naruto Uzumaki. » annonça-t-il, une pointe de tristesse dans le regard.
Konohamaru avait été proche du garçon. Ils avaient été deux camarades, deux rivaux, deux frères ; le blond avait été le premier à voir en lui bien plus que le petit-fils du troisième. Et il avait sentit son coeur se tordre douloureusement dans sa cage thoracique, lorsque Sasuke lui avait annoncé la décision du conseil. Il n'était pas prêt à dire adieu, il ne le serait sûrement jamais.
Des chuchotements s'élevèrent dans les rangs et il n'eut aucun mal à comprendre que la mission ne plaisait pas ; il tenta de faire revenir l'ordre d'un mouvement de la main, mais se heurta à l'effroi, la colère, dans les prunelles des jeunes adultes.
— « non, mais vous vous foutez de notre gueule ? » s'exclama l'un d'eux, les sourcils froncés.
— « c'est du suicide. » lâcha un autre, les mains tremblantes. « il nous tuera. tous. »
— « vous pensez vraiment que nous sommes aptes à cette mission ? alors que le nukenin en question a terrassé des villages entiers, assassiné des innocents, dont des camarades à lui. certains d'entre nous ont perdus leurs parents très tôt, à cause de ce monstre. » balança un rouquin, les poings serrés.
Les sentiments qui les submergaient soudainement, étaient plus que compréhensible ; ils n'avaient pas connus le garçon souriant, empli de courage, un peu idiot sur les bords, mais si bienveillant. Ils étaient nés et s'étaient retrouvés face au monstre, bercé par la haine, enveloppé par le démon qui vivait dans ses entrailles, depuis si longtemps.
D'un regard, Sasuke les força à se taire et se hissa de nouveau sur l'estrade. Une main se leva, dans la foule de shinobis colériques et il accorda la parole au garçon ; il le connaissait bien — ou plutôt, il connaissait bien ses parents. Et bordel, ce qu'il ressemblait à son père. Shikadai était le portrait craché de Shikamaru.
— « vous avez vaguement cités le rouleau des techniques interdites, pourquoi ? quel est son rôle dans la mission ? » demanda le brun, les mains dans les poches.
— « très bonne question. » acquiesça le Uchiha. « Konohamaru ? »
— « le rouleau des techniques interdites détient un nombre incalculable de techniques qui ont été jugés trop dangereuses ou instables, par nos prédécesseurs. mais l'une d'entre elles pourrait bien être la clef du succès de la mission. » expliqua le trentenaire.
La question du jeune Nara avait attirée l'attention de quelques-uns de ces camarades, calmant la fougue de leurs sentiments, un court instant ; et maintenant, ils écoutaient patiemment les mots qui s'échappaient des lèvres du chef des anbus.
— « par équipe de deux, grâce à la technique en question, vous serez envoyés quarante ans en arrière, quelques heures avant la naissance du nukenin Naruto Uzumaki. » confia-t-il. « vous n'aurez aucun mal à prendre la vi-. »
— « a-attendez. » le coupa une jeune femme. « vous êtes en train de dire que nous allons devoir prendre la vie d'un nourrisson ? mais.. c'est horrible. »
— « arrête tes conneries, Sumire. » s'écria un grand brun, à la peau sombre. « ce n'est pas un nourrisson, c'est un nukenin. l'un des pires. as-tu oublié ce qu'il a fait aux parents de Shikadai et Chôchô ? »
Une telle rage émanait du garçon, que ça déstabilisa plus de l'un de ses camarades ; il n'avait pas tort, au fond, ils n'avaient pas oubliés, aucun d'entre eux.
— « moi, je suis prêt. » clama-t-il, haut et fort. « moi, j'irai et je tuerai ce monstre. »
— « moi aussi. » lâcha difficilement Inojin. « j'irai, parce que les innocents qui ont péris de sa main, ne le méritaient pas. »
La vague de courage, insufflé par la rage de l'un d'eux, fit rapidement le tour des camarades et dans un élan de solidarité, ils levèrent un poing en l'air ; ils acceptaient la mission, quel que soit les risques, parce qu'ils étaient des shinobis. Ils iraient et feraient le nécessaire.
— « bien. » acquiesça Konohamaru, les bras croisés sur son torse. « dans deux heures, si vous n'avez pas changés d'avis, vous devrez être là, sur le toit du bâtiment administratif du village et nous vous enverrons dans le passé. maintenant, j'annonce les équipes. »
D'un rapide geste de la main, il attrapa la feuille que lui tendait le septième du nom et jeta un rapide coup d'oeil ; la mission semblait si facile, aux premiers abords, mais ils étaient suffisamment adultes pour savoir que c'était dans les moments anodins, que le pire naissait.
— « Inojin Yamanaka et Chôchô Akimichi. »
Un soupir de soulagement s'échappa des lèvres du blond et il esquissa un sourire maladroit en tombant dans le regard doré moqueur de la rousse ; elle attrapa sa main dans la sienne et la porta doucement à ses lèvres.
— « Boruto Inuzuka et Iwabee Yuino. »
Les deux garçons échangèrent une poignée de mains fortes, heureux d'être ensemble dans cette mission ; Iwabee glissa une main dans les mèches brunes du garçon et les ébouriffa.
— « Sumire Shigaraki et Kawaki Sarutobi. »
Sumire sécha les larmes au bord de ses paupières, celles qui l'avaient submergé en apprenant la dureté de la mission, et adressa un tendre sourire au garçon, sur sa droite.
— « Sarada Uchiha et Shikadai Nara. »
Le brun ne bougea pas, n'adressa même pas un regard à la brune, les iris fixés sur ses deux meilleurs amis, à quelques mètres de lui ; sûrement qu'il était effrayé à l'idée de les perdre. Elle aussi, elle était effrayée de les perdre ; peut-être que c'était la dernière fois qu'ils se voyaient, peut-être que c'était la dernière fois qu'ils se serraient dans les bras, l'un de l'autre. Le coeur tremblant, elle releva la tête et tomba dans le regard brun de son père ; qu'est-ce qu'il allait devenir, si elle ne revenait pas ? Il survivait, tant bien que mal, depuis que sa mère n'était plus de ce monde, alors si elle ne revenait pas, elle n'était pas sûre qu'il tiendrait le coup et ça, ça l'effrayait plus que tout.
D'un geste brusque, il ouvrit le sac et fourra plusieurs vêtements basiques à l'intérieur ; il n'avait aucune idée de combien de temps durerait la mission. Il serait bien vite de retour, si tout se passait bien, mais si quelque chose arrivait, ils seraient peut-être tous coincés là-bas, dans le passé. Son regard s'accrocha aux photos qui traînaient fièrement sur l'un des murs de sa chambre et il esquissa un sourire ; qu'est-ce qu'il serait devenu s'ils n'avaient pas pris la décision de prendre soin de lui ? Il se souvenait parfaitement bien de ce jour-là ; tant d'enfants riaient, faisaient un peu de charme aux adultes, priaient pour être adoptés, enfin, mais lui, il restait dans son coin, un livre dans les mains. Il s'en fichait de tout ça, il ne se voilait pas la face ; à l'époque, il entamait sa dixième année et un enfant de cet âge n'intéressait pas les adultes. Pourtant, il avait croisé deux billes d'un bleu si profond.
Quelques coups contre la porte le tirèrent de ses souvenirs et il donna l'autorisation à sa mère, parce qu'il savait que c'était elle, d'entrer dans la pièce ; la quarantenaire se glissa près de lui, une pointe de tendresse dans les prunelles et passa un bras autour de sa taille. Il n'était plus le petit garçon qu'elle avait prit dans ses bras, ce jour-là, à l'orphelinat, il la dépassait d'une bonne vingtaine de centimètres.
— « tu me manques déjà. » avoua-t-elle, tristement.
— « je ne suis même pas encore parti, maman. »
— « je sais, mais je ne sais même pas quand est-ce que tu reviendras, cette fois. »
Une telle tristesse s'accrochait aux mots de sa mère, qu'il la tira délicatement contre son torse et referma ses bras autour de sa silhouette ; il était un peu effrayé, lui aussi. Est-ce qu'il la reverrait, un jour ? Est-ce qu'il sentirait ses bras autour de lui, de nouveau, un jour ? Un sanglot lui brûla la gorge, mais il le retint.
— « tu sais.. » commença-t-il. « si jamais, je ne revenais pas.. eh bien, sache que je te suis très reconnaissant.. à toi et à papa. »
— « Kawaki. » lâcha-t-elle. « tu n'as pas à-. »
— « non, écoute-moi jusqu'au bout, s'il te plaît. » la coupa-t-il, les lèvres tremblantes.
Elle se retira légèrement de l'étreinte, juste assez pour apercevoir les traits de son garçon déformés par la tristesse ; d'un geste d'une tendresse extrême, elle déposa une main sur sa joue légèrement rugueuse et lui adressa un doux sourire, empreint de courage.
— « papa et toi.. vous m'avez sauvés. » confia-t-il, quelques perles au bord des paupières. « vous m'avez donnés une chance, alors que personne ne voulait de moi. et je.. je sais que je ne le montre pas assez et que je suis un idiot, parfois, mais je.. j'espère vraiment que vous êtes fiers de moi.. j-je vous aime tellement et-. »
— « tu es un sacré idiot. » le coupa une voix grave.
Les pupilles embuées, il tourna la tête vers l'encadrement de la porte et tomba dans le regard bleuté de son père.
— « Konohamaru. » le réprimanda la quarantenaire.
Un fin sourire amusé au coin des lèvres, le concerné haussa simplement les épaules et se rapprocha d'eux, déposant un chaste baiser sur la joue de son épouse ; dans un autre moment, Kawaki aurait fait comprendre le dégoût que lui inspirait la scène, mais là, il était vraiment heureux d'apercevoir l'amour qui liait ses deux parents. Une main forte se glissa dans ses mèches brunes.
— « tu es un idiot. » répéta son père. « bien sûr que nous sommes fiers de toi. dis-lui, Shizune. »
— « ton père a raison. surtout le concernant. il est fier, même quand tout ce que tu fais, c'est te rendre aux toilettes. » se moqua-t-elle.
Un doux rire s'échappa des lèvres de la quarantenaire et il observa silencieusement les deux adultes, qui se chamaillaient, là, à quelques centimètres de lui. Une quantité insoutenable de larmes s'amassèrent au coin de ses paupières et il prit une inspiration douloureuse.
— « vous allez vraiment me manquer. » lâcha-t-il, dans un sanglot incontrôlable.
La seconde d'après, les bras puissants de son père se refermaient sur sa silhouette et les lèvres douces de sa mère se posaient sur son front ; il fondit en larmes, là, bercés par l'amour de ses parents adoptifs.
Quelques pétales roses d'un cerisier tombèrent à ses pieds. Un tube de nicotine au bord des lèvres, il se pencha légèrement en avant et les repoussa, caressant du bout des doigts les lettres sur le marbre ; ses iris d'un bel émeraude se perdirent un instant dans la contemplation et il esquissa un fin sourire. Il lui manquait tant, tous les deux.
— « bonjour papa. bonjour maman. » salua-t-il, poliment.
Il s'installa sur le sol et jeta un coup d'oeil à la photographie qui trônait fièrement entre les deux tombes ; il se reconnaissait, à peine âgé de six ans, un sourire radieux sur les lèvres, sagement installé sur les genoux de sa mère. Elle le serrait contre elle, tendrement et derrière eux, son père les couvait d'un regard aimant.
— « je ne sais pas quand est-ce que je reviendrai. » avoua-t-il. « c'est peut-être la dernière fois, avant un très long moment ; tante Ino a promis de prendre soin de vous, pendant mon absence. » un léger sourire déforma ses lèvres. « d'ailleurs, elle se porte plutôt bien. oncle Sai l'insupporte parfois, mais vous savez comment ils sont ; ils s'aiment, quoi qu'il arrive. »
Sai et Ino s'étaient bien trouvés, selon lui ; ils se complétaient. Et il se sentait extrêmement chanceux de vivre à leurs côtés.
— « Inojin et Chôchô vont bien, eux aussi. ils se chamaillent constamment, comme deux enfants, mais je sais qu'ils sont raides dingues l'un de l'autre ; je pense même qu'ils sont ensemble, mais qu'ils n'osent pas le dire. » confia-t-il, une pointe d'amusement dans la voix. « je ne sais pas pourquoi ils se cachent, ce n'est pas comme si ça me dérangerait ; je suis plutôt content de savoir qu'ils sont heureux. et j'ai hâte d'être au premier rang pour le mariage. »
Tous les trois, ils étaient meilleurs amis, depuis le premier souffle ; leurs parents avaient toujours fait en sorte qu'ils restent ensemble, qu'ils se fassent confiance et ils avaient réussi, parce que Shikadai serait capable de donner son existence entière pour un sourire de leur part. Et si Chôchô et Inojin s'aimaient, il en était plus qu'heureux.
— « Himawari se porte bien, elle aussi. j'essaie de faire en sorte de la rendre heureuse, et je pense que, pour le moment, ça se passe bien. » dit-il. « moi, elle me rend heureux. je pense vraiment que tu l'aimerais beaucoup, maman. elle a ce sale caractère, digne des femmes du clan Nara. »
Il était un peu plus vieux que sa petite-amie, de deux ans, et au départ, quand il s'était heurté au flirt de la brune, il avait refusé à cause de ça ; il avait été effrayé à l'idée que ça ne fonctionne pas à cause de ces deux années de différence. A l'époque, il entamait sa dix-septième année et elle, fêtait ses quinze ans ; mais elle avait redoublé d'effort, au lieu d'abandonner et ils s'étaient mis ensemble, après quelques mois de flirt. Ino avait été d'un grand soutien, à ce moment-là.
— « je pars en mission. » lâcha-t-il, au bout de quelques minutes. « je ne sais pas si je reviendrai. mais je ne vous oublierai pas pour autant. vous êtes là. » il déposa une main sur le côté gauche de sa cage thoracique. « pour l'éternité. »
Doucement, il s'allongea de tout son long entre les deux tombes et glissa ses bras derrière son crâne ; l'émeraude de ses iris se confronta silencieusement aux nuages qui vagabondaient dans le ciel bleu, emplis d'insouciance. Une insouciance qui lui manquait. Un fin sourire sur les lèvres, il ferma les paupières un court instant, et s'imagina, âgé de quelques années en moins, perdu dans une étreinte entre ses deux parents.
Un grondement d'estomac se répercuta aux murs et un soupir au bord des lèvres, il balança son sac à dos dans un coin de la pièce et s'enfonça dans la cuisine ; sa mère traînait derrière les fourneaux et une douce odeur flottait dans les airs, une odeur qui ne fit qu'accroître sa faim. Il se glissa doucement à ses côtés et plongea son doigt dans la casserole, récupérant un morceau de viande, sous le regard mi-amusé mi-réprobateur de la quarantenaire.
— « Boruto. » réprimanda-t-elle.
— « mais j'ai faim, maman. j'ai terriblement faim. et je suis ton petit garçon préféré, non ? »
— « ça, c'est parce que tu es son seul petit garçon, en fait. » s'exclama une voix féminine.
La silhouette de sa petite-soeur apparut dans l'encadrement de la porte et il lui tira la langue, tel un enfant ; ils étaient différents, sur bien des points, mais ils s'entendaient extrêmement bien. Chaque fois qu'il avait besoin d'un conseil, Himawari était là, ce sourire adorable au bord des lèvres. La brune attrapa une chaise au hasard et s'installa dessus, un sourcil arqué.
— « tu es un gamin, Boruto. » balança-t-elle.
— « c'est le dernier repas que j'aurai de maman, avant un bon moment. » se défendit-il. « laisse-moi tranquille. »
— « assis-toi à table, je te prépare un bol de ramens. » proposa la quarantenaire.
— « tu es parfaite, maman. » s'exclama-t-il. « merci, merci, merci. »
Et sans attendre, il se jeta sur une chaise libre, un grand sourire sur les lèvres. La mission les éloignerait de leurs maisons, leurs familles, pendant un long moment, peut-être, mais il était rassuré, parce qu'il savait que sa soeur prendrait soin de leur mère. Deux bols de ramens se glissèrent sur le bois de la table et il attrapa le sien, émerveillé, comme à chaque fois que sa mère faisait quelque chose. Un doux rire s'échappa des lèvres de sa soeur et elle attrapa le second, lâchant un « merci » au gré du vent.
— « bon appétit. » lança le brun, affamé.
— « bon appétit, idiot. » répliqua sa petite-soeur, amusé.
Un gémissement de bien-être vibra dans la gorge du garçon, à l'instant où la première bouchée glissait entre ses lèvres ; il esquissa un énième sourire et leva un pouce en l'air, s'attardant un instant sur le sourire qui déformait les lèvres de sa mère. Si elle était heureuse, il l'était. Le claquement d'une porte les tira de l'instant et très vite, la silhouette imposante de leur paternel se glissa dans la pièce.
— « Hinata, qu'est-ce que tu fais ? » interrogea-t-il, les sourcils froncés.
— « ton plat préféré. » répondit-elle, un fin sourire sur les lèvres.
— « mais je ne mange pas à la maison, ce soir. » balança-t-il, immédiatement.
Douloureusement, le brun assista silencieusement au sourire qui disparaît du visage de sa mère.
— « c'est notre anniversaire de mariage, Kiba. » rappela-t-elle, tristement.
— « sûrement, mais je suis occupé, aujourd'hui. j'ai des trucs à faire. d'ailleurs, est-ce que tu sais où est ma putain de veste ? je ne la trouve pas. »
— « peut-être dans le lave-linge, j'ai ramassé les vêtements sales ce matin et-. »
— « tu te fous de moi ? je t'ai déjà dis un nombre incalculable de fois de ne pas toucher à cette veste, merde. » explosa-t-il. « tu sais quoi ? tu me tapes sur les nerfs, Hinata. »
— « pardonne-moi, j'ai oublié et-. » tenta-t-elle, le regard baissé.
— « c'est bien ça le putain de problème, tu t'en rends com-. »
— « je pars en mission, papa. » le coupa Boruto, le regard dur.
Le regard de son père s'accrocha à lui, laissant un moment de répit à sa mère, et il acquiesça.
— « je ne sais pas vraiment quand est-ce que je reviens. » ajouta-t-il. « dans vingt-quatre heures, comme jamais. »
Un hoquet de stupeur s'échappa des lèvres de la quarantenaire, mais aucune réaction ne s'extirpa de Kiba. Il resta là, acquiesçant aux mots de son fils. Puis, il déposa son regard sur sa fille et fronça les sourcils.
— « tu étais où, cette nuit ? » demanda-t-il, les sourcils froncés. « et à qui c'est ce tee-shirt ? »
— « j'étais avec Shikadai. » lâcha-t-elle, dans un haussement d'épaules. « et le haut est à lui, j'ai perdu le mien, hier. »
— « tu as perdu le tien ? » répéta-t-il.
— « oui, quelque part, chez lui. » répondit-elle, un sourcil arqué. « il y a un problème ? »
— « je n'aime pas ça. » dit-il, simplement.
Et il s'extirpa de la pièce, sans un mot de plus. Un soupir s'échappa des lèvres du brun et il déposa son regard sur sa mère, qui se remettait à la cuisine, les mains tremblantes ; elle n'était pas heureuse avec lui, il n'était même pas sûr qu'elle en soit tombé amoureuse un jour. Et il haïssait ça.
— « c'est quoi le problème avec Shikadai, sérieux ? » grogna Himawari, les sourcils froncés.
— « j'en sais rien. si même moi, j'ai fini par accepter le fait que tu te tapes l'un de mes potes, je ne vois pas pourquoi lui est bloqué là-dessus. » annonça-t-il.
— « ça ira mieux, avec un peu de temps. » expliqua Hinata, un léger tremblement dans la voix. « Shikadai est un très bon garçon. je l'aime beaucoup, moi et-. »
— « maman ? » appela le brun, d'une voix douce.
Le son de la voix de son fils lui arracha un léger sursaut et elle ne dit rien, lorsque les mains de son garçon lui prirent le torchon dans ses mains et qu'il la tira contre lui, caressant son dos d'une main rassurante.
— « tu sais. » commença-t-il. « je pense que.. tu devrais te pencher un peu plus sérieusement sur la question du divorce, pendant mon absence. tu n'es pas heureuse. »
Comment était-elle censée l'être, alors que l'homme qu'elle aimait n'était pas celui qui partageait son existence ? Elle retint difficilement un sanglot et s'enfouit un peu plus dans l'étreinte chaleureuse de son fils ; heureusement que ses enfants étaient là.
Une main chaude et gantée se déposa sur son épaule, l'arrachant à ses souvenirs d'une enfance heureuse et elle adressa un doux sourire à son père, qui se tenait près d'elle ; ils se trouvaient dans le bureau du hokage, face à la vitre, qui offrait une vue incroyable sur le village caché de la feuille. Son regard d'un bel ébène effleura un instant le visage de son paternel ; elle n'avait pas besoin de mots, pour savoir qu'il allait mal. Il allait mal depuis plusieurs années, et l'absence de sa mère n'aidait pas ; il en était encore amoureux, et même si elle, elle aurait aimé qu'il voit d'autres femmes, il n'était pas prêt. Pouvait-elle vraiment le blâmer pour ça ? Son coeur était recouvert de tant de blessures, qu'elle ne comprenait pas comment il faisait pour être encore là, debout, près d'elle.
— « tu regrettes ? » demanda-t-elle. « l'ordre de la mission. »
— « c'est inévitable. » répondit-il. « lui, il aurait été capable de m'éloigner des ténèbres, en situation inverse. »
— « ne dis pas ça. » souffla-t-elle, les sourcils froncés. « tu as fait de ton mieux, papa. »
Elle connaissait l'histoire, à quel point ils étaient reliés par un lien fort à l'époque, tous les trois ; ses deux parents et Naruto Uzumaki. Sa défunte mère lui avait conté plus d'une fois leurs histoires, les missions qu'ils avaient partagés, les rires, les disputes ; alors elle n'imaginait même pas comment se sentait son père, à cet instant, il souffrait sûrement, terriblement.
— « ça aurait pu être moi à la place du nukenin et lui, à la place du hokage. » confia-t-il. « les ténèbres étaient là, dans nos coeurs, mais il m'a sauvé, lui ; son sourire m'a sauvé, ta mère m'a sauvé. ils ne m'ont jamais abandonnés, ils se sont battus ; qu'est-ce que j'ai fais, moi ? »
— « papa. » lâcha-t-elle, tristement.
— « j'ai abandonné trop vite. j'ai épousé la fille qu'il aimait. j'ai pris le poste qu'il voulait. » ajouta-t-il, quelques perles au bord des paupières. « ça aurait dû être lui, le héros de konoha. »
D'un geste tendre, elle glissa un bras autour de la taille de son père et déposa l'une de ses joues sur son épaule, le coeur tremblant ; sa mère aurait sûrement su trouvé les bons mots, elle. Elle se souvenait du sourire de la rose, d'à quel point son père était faible face à elle, d'à quel point ils s'aimaient, même si Sasuke tentait de garder l'image impeccable du héros hautain. Et elle se souvenait d'à quel point, il avait tenu la main de son épouse, pendant des semaines, lui soufflant qu'il l'aimait terriblement, jusqu'à ce qu'elle rend son dernier souffle, là, dans une chambre d'hôpital.
— « Sarada. » appela-t-il. « j'ai.. une autre mission pour toi. »
Les sourcils froncés, elle se retira de l'étreinte et posa un regard curieux sur son père.
— « comment ça, papa ? » demanda-t-elle.
— « je ne veux pas que tu.. » il prit une inspiration. « que tu les laisses prendre la vie de Naruto. »
— « de quoi tu parles ? » lâcha-t-elle, une pointe d'incompréhension dans la voix.
— « je veux que tu.. que tu le sauves. » supplia-t-il. « sauve-le, je t'en supplie. »
L'effroi de la demande de son paternel, la força à prendre un peu de recul ; elle s'éloigna, les sourcils froncés et prit une inspiration tremblante.
— « tu veux que je sauve un nukenin ? » cracha-t-elle, amèrement. « un homme qui a arraché la vie à un tas d'innocents. certains étaient tes camarades. certaines étaient les parents de mes camarades, papa. »
— « tu ne comprends pas. » souffla-t-il, dans un tremblement. « il est devenu le monstre qu'il est, parce que le village l'a forcé à l'être ; ils lui ont fait du mal, ils l'ont privés d'une enfance heureuse, ils lui ont volés son âme. si.. si ça.. si ce point changeait dans le passé, il est possible qu'il ne devienne jamais un nukenin. »
— « tu te fous de moi ? il est possible ? » balança-t-elle. « tu n'es même pas sûr de ce que tu avances, et que se passe-t-il, si je le sauve et qu'il devient un monstre, malgré tout ? »
— « alors, je le tuerai, moi-même. » répondit-il, immédiatement.
Elle se heurta à la détermination qui brûlait dans les prunelles du quarantenaire et elle étouffa un juron entre ses lèvres ; il ne s'en rendait pas compte de la situation, il ordonnait le meurtre d'une personne qu'il refusait de perdre et maintenant, il suppliait sa fille de sauver la vie d'un enfant, qui deviendrait le plus féroce nukenin de l'histoire du monde shinobi.
— « papa. » commença-t-elle. « je sais que.. qu'il a été ton meilleur ami et que tu l'aimes, mais cet homme est un nukenin. il a tué des innocents. »
— « il n'est pas mauvais. » répliqua-t-il. « il ne l'est pas. la souffrance, les mauvais traitements que les autres lui faisaient subir, l'ont poussés à accepter le démon en lui ; c'est ce qui a fait de lui, un monstre. il a le droit à une seconde chance. »
— « et qu'est-ce que je dis à Shikadai, moi ? tu as pensé à lui, une seconde ? » lança-t-elle, les sourcils froncés. « ton meilleur ami a assassiné ses parents de sang froid, il les a forcés à se battre l'un l'autre jusqu'à la mort, devant leur petit garçon. et il n'y a pas que lui. il a fait exactement la même chose avec les parents de Chôchô. tu te rends compte de ça ? »
— « Shikamaru penserait comme moi. » clama-t-il. « Shikamaru n'a jamais abandonné, il s'est battu encore et encore pour lui et il en est mort. mais là, c'est une chance inestimable de changer les choses. »
— « alors tu veux que je sauve cet enfant et que je l'élève ? c'est ça que tu me demandes ? » souffla-t-elle.
— « oui.. euh non. enfin.. ce que je veux, c'est que tu le sauves et que tu trouves le sannin, Jiraiya. trouve-le et dis-lui la vérité, raconte lui tout. » expliqua-t-il. « lui, il l'élevera. »
— « le sannin, Jiraiya ? pourquoi est-ce qu'il l'éleverait ? »
— « parce qu'il est son parrain. »
Sarada connaissait l'histoire du sannin, mais elle ne l'avait jamais rencontré, en personne ; tout ce qu'elle savait, c'était qu'il était mort, des mains d'une organisation appelé l'Akatsuki, dont Naruto Uzumaki faisait parti, à l'époque. Un soupir s'échappa de ses lèvres et elle passa une main dans ses mèches brunes, le souffle tremblant.
— « je.. je ne sais pas. » bégaya-t-elle. « qu'est-ce que je dis à mon binôme ? »
— « abandonne le binôme, arrivé là-bas. » souffla-t-il. « ou convaincs-le. je t'en supplie, Sarada. »
Elle n'avait jamais fait face aux supplications de son père ; elle ne connaissait même pas cette partie de lui. Lui, qui semblait constamment si fort, si sûr. D'un faible mouvement de la tête, elle accepta la seconde mission et n'ajouta rien, lorsque les bras forts de son père se refermèrent sur sa silhouette.
— « merci, Sarada. » lâcha-t-il, dans un murmure soulagé. « merci.. merci. »
Un éclair d'hésitation brûlait dans les iris bleutés du blond. Le souffle court, il attrapa les mains de la jeune femme entre les siennes et les apporta à ses lèvres, déposant une multitude de baisers sur sa peau au teint hâlée ; il était terriblement effrayé, il n'avait aucune idée de comment se passerait la mission et bien qu'ils étaient un binôme, qu'ils seraient ensemble, il était effrayé. S'en était sûrement idiot, il se sentait idiot ; des lèvres effleurèrent délicatement son front et il tomba dans le regard doré de la rousse.
— « éteins ce cerveau, deux secondes. » dit-elle, un sourire amusé sur les lèvres.
— « et si.. s'il arrivait quelque chose ? » demanda-t-il, le coeur tremblant. « à toi ou Shikadai. »
— « Inojin. » lâcha-t-elle. « toi et moi, on sera ensemble tout le long. et lui, il fait équipe avec Sarada ; est-ce que tu imagines la puissance d'un tel duo ? »
Le doux rire qui s'échappa des lèvres de la rousse étouffa un peu ses doutes et il se pencha en avant, capturant ses lèvres dans un baiser tendre. Les mains de la jeune femme glissèrent sur sa nuque et elle le tira sur le lit, se glissant dans une étreinte amoureuse ; ils s'aimaient profondément. Un sourire sur les lèvres, il déposa quelques baisers sur ses joues, un bras fort autour de sa taille.
— « j'ai envie de plus. » confia-t-il.
— « je ne suis pas sûr que nous avons le temps. » répliqua-t-elle, dans un rire adorable.
— « non, je ne parle pas de ça. je parle de plus, plus que ça. » il glissa une main sur l'une de ses joues douces. « je veux que, lorsque l'on reviendra de la mission, tu m'épouses. que tu deviennes ma femme. que Shikadai soit notre témoin. que mes parents s'occupent de l'organisation. je veux plus, avec toi. qu'est-ce que tu en penses, Chôchô ? »
Il n'avait aucun honte. Ils ne sortaient ensemble que depuis quelques mois, mais ils se connaissaient depuis une multitude d'années ; pire, ils partageaient la même demeure depuis plus de onze ans. Lorsque la tragédie avait frappé les parents de ses deux meilleurs, Ino et Sai n'avaient pas hésités une seule seconde avant de recueillir Chôchô et Shikadai, sous leur toit et ils avaient offert une seconde chance à ces deux enfants, une autre chance d'être un peu heureux, malgré l'absence de leurs parents.
Les lèvres de la rousse sur les siennes le tirèrent de ses pensées et en écrasant délicatement ses mains sur ses joues, il remarqua enfin les larmes qui inondaient ses joues.
— « je t'aime tellement. » avoua-t-elle, contre ses lèvres. « bien sûr que je veux être ta femme, Inojin. »
— « tu me rends tellement heureux. » souffla-t-il, en capturant ses lèvres dans un énième baiser.
Il avait plus que hâte que cette mission se termine. Il imaginait déjà, sans peine, la rousse remonter l'allée, dans une tenue traditionnelle et lui dire oui, pour l'éternité.
Le dos droit, le regard dur, le septième du nom s'avança, pour la seconde fois de la journée, sur l'estrade ; les deux heures s'étaient échappés et ils se retrouvaient ici, sur le toit du bâtiment administratif, prêt à changer le cours de l'histoire du monde shinobi.
— « en retournant dans le passé, vous renierez vos clans respectifs. » clama-t-il, haut et fort. « vous vivrez sous une autre identité, face aux personnes que vous croiserez, mais si c'est possible, ne croisez personne. le décès du nukenin Naruto Uzumaki changera assez de choses dans le futur, alors faites attention à vos actes et vos paroles. personne ne doit savoir qui vous êtes. »
Ils acquiscèrent d'un même mouvement et il capta une demi-seconde le regard de sa fille, qui se tenait prêt de son binôme ; elle n'était plus la petite fille qu'il bordait à l'époque, elle était devenue une femme, une belle femme et il aurait vraiment aimé que Sakura le voit.
— « vous êtes les shinobis de demain. menez à bien votre mission et revenez-nous. » continua-t-il.
Il offrit un sourire aux shinobis et céda sa place à Konohamaru ; lui aussi, envoyait son fils là-bas, sans connaître les risques et les aboutissants.
— « bien. » s'exclama le trentenaire. « vous avez un parchemin par binôme, contenant la technique interdite, qui vous permettra de revenir, à la fin de votre mission. restez par deux, ne vous séparez pas. et faites attention à vous, ici vous êtes des shinobis à part entière du village, mais là-bas, il y a quarante ans, vous ne serez personne, si ce n'est des ennemis. »
Tandis que les mots s'échappaient de ses lèvres, il priait ; il espérait sincèrement que les choses termineraient bien, il n'était pas prêt à dire adieu à son petit garçon et à son épouse. Shizune et lui avaient eu du mal à se trouver, mais maintenant, il était si heureux que l'idée de la perdre le brûlait. La mission laisserait sûrement des séquelles, il n'en doutait pas, mais qu'était-il censé faire d'autre ? Le nukenin Naruto Uzumaki terrassait des villages entiers, un sourire sur les lèvres ; les villages se faisaient la guerre, inlassablement ; des innocents périssaient. Alors, c'était sûrement la bonne décision, n'est-ce pas ?
— « c'est la première fois que le septième du nom et moi-même utilisons cette technique. vous allez être envoyés quarante ans en arrière. » précisa-t-il. « il est possible que vous vous sentiez nauséeux ou épuisés, à votre réveil ou dans les jours qui suivent. vous êtes en binôme, prenez soin les uns des autres. »
— « bien, il est temps. » annonça le septième du nom. « mettez vous en cercle. »
Les shinobis se mirent en mouvement et un cercle se dessina rapidement sur le toit du bâtiment administratif ; dans un bond agile, Sasuke et Konohamaru se postèrent chacun d'un côté du cercle et échangèrent un rapide regard. Les mains liées, un flot de mots incompréhensible s'échappa de leurs lèvres et d'un même mouvement, ils touchèrent les épaules du shinobi le plus proche d'eux. Une lueur rougeâtre emana au centre et la seconde d'après, ils disparaissaient dans un nombre incalculable de plaintes douloureuses.
Konohamaru posa un regard apeuré sur le septième du nom ; maintenant, il était trop tard pour faire marche-arrière.
note de l'auteur —
Merci à toutes les personnes qui prendront le temps de lire et de mettre un commentaire ; j'écris pour moi-même, mais c'est toujours un plaisir d'échanger avec les lecteurs et de lire une trace de votre passage. L'histoire se centrera sur les personnages de Shikadai, Sarada & Naruto, mais les autres, présentés dans ce premier chapitre, auront néanmoins leurs apparitions.
