Me voila avec une mini-fic de 2 chapitres seulement. En effet, je ne pouvais pas me résoudre à la fin de la saison 1 de la série Sanditon ! Je pense que nous avons tous été frustré et j'ai voulu terminer leur histoire tout simplement. Je n'ai pas le talent de Jane Austen mais j'ai essayé de faire au mieux. N'ayant pas de béta, j'espère ne pas avoir fait trop de fautes !

Merci à ceux qui me liront et mieux encore, me laisseront une review !


Deux ans plus tard

Sidney Parker était sur le retour d'un séjour aux Antilles de quelques semaines. Il avait promis à Miss Lambe de l'emmener en voyage dans son pays natal avant qu'elle ne devienne majeure et par conséquent, qu'il ne soit plus son tuteur. Leurs rapports étaient devenus bien plus cordiaux à partir du moment où le jeune homme l'avait autorisé à fréquenter à nouveau Mr Molyneux et ce, seulement quelques semaines après leur retour à Londres, juste avant le mariage de Sidney et Mrs Campion.

A l'issu de son mariage, Sidney avait essayé d'honorer la promesse qu'il avait faite à Charlotte quant à être un bon mari mais il avait rapidement échoué dans cette tâche. Le cœur n'y étant plus, il avait donc reporté toute son attention sur la reconstruction de Sanditon, ce qui lui convenait parfaitement puisque cela lui permettait de s'absenter des semaines entières de Londres et de cette vie mondaine qui l'écœurait plus que tout, même s'il en eut fait partie autrefois. A son plus grand désarroi, il devait revenir de temps à autre dans la capitale et remplir son devoir conjugal puis il repartait seulement quelques jours plus tard, prétextant que son frère Tom avait besoin de lui pour l'avancement des travaux et pour promouvoir les nouvelles habitations. En effet, la visite de Miss Susan et de son grand ami le prince Régent avait propulsé Sanditon dans la liste des villes les plus prometteuses de la région. Ainsi, pendant presque deux ans, Sidney fit les allers-retours entre les deux villes. Puis il y eut ce voyage qu'il avait promis à sa pupille et qui l'arrangeait puisqu'il avait besoin de prendre l'air loin de tous ses soucis. Malgré toutes ses occupations, il n'était jamais parvenu à oublier Charlotte. Même si ça n'était arrivé qu'une seule fois, il pouvait encore sentir l'odeur enivrante de la jeune femme, la douceur de ses lèvres sucrées et pulpeuses, ses remarques franches, ses conversations cultivées, son adorable arrogance, sa force de caractère. Par le biais de Mary, il avait continué à se tenir informé de sa situation. Ainsi, il avait appris qu'elle rendait souvent visite à Lady Worcester à Londres et qu'elle venait de temps à autre à Sandition pour rendre visite aux Parker. Tous les Parker, sauf lui puisqu'il savait qu'elle ne venait que lorsqu'il était à Londres, probablement de façon délibérée mais il ne lui en voulait pas, comment le pourrait-il ? Il l'avait fait souffrir et sa punition consistait à devenir le mari d'une femme qu'il n'aimait plus et à vivre dans une perpétuelle mélancolie. Il repensa à tout cela alors qu'il voyait les lumières du port de Londres se rapprocher. Leur bateau avait de l'avance sur sa date de retour au pays mais il savait que du travail l'attendait à Sanditon et qu'il ne resterait pas plus d'une journée dans la capitale.


Charlotte profita de cette belle matinée pour faire une balade sur la plage de Sanditon. Elle savait qu'elle restait encore une bonne semaine dans cette ville qu'elle aimait tant malgré sa plus grande déception amoureuse. En effet, elle ne pouvait se résilier à ne plus avoir de contact avec les Parker à cause de Sidney. Par ailleurs, elle savait qu'il était en plein voyage actuellement et qu'elle ne risquerait pas de le croiser ici. Elle se promenait, pensant à ses divers séjours entre Londres et Sanditon. Même si cela avait bien occupé son temps, elle n'avait pas trouvé l'amour. Sidney était malheureusement resté dans son esprit : sa voix suave, ses bras puissants, l'impression d'être en sécurité lorsqu'elle était contre lui, son regard transperçant, ses douces paroles lorsqu'il lui parlait au creux de l'oreille. Elle sourit en repensant à cela puis se sentit quelque peu coupable puisque son amie, Miss Susan, faisait son possible pour lui présenter des prétendants lors de chacun de ses séjours à Londres mais rien n'y faisait cependant, il faudrait bien qu'elle tourne cette page de sa vie à un moment. Elle voyait bien que ses parents et son entourage étaient inquiets qu'elle ne soit pas mariée ni même fiancée à son âge. Dans la société actuelle, cela était presque mal vu et il serait grand temps qu'elle y remédie mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Elle ne parvenait pas à effacer ses sentiments ou peut-être ne le voulait-elle pas simplement. Elle vit au loin Mary et les enfants approcher ce qui la remplie de joie. Cette famille était presque la sienne tant elle était proche d'eux. Même si les enfants avaient grandis, elle s'en occupait toujours avec joie lorsqu'elle séjournait ici et Mary était la grande sœur qu'elle n'avait pas eue puisqu'elle était l'ainée de sa fratrie.

- Bonjour les enfants, bonjour Mary ! dit Charlotte.

- Ma très chère amie, répondit Mary. Comment vous portez-vous en cette belle matinée ?

- Fort bien, merci. Mr Parker ne vous accompagne pas ?

- En l'absence de Sidney, Tom est sollicité de toute part. Ce matin il doit finaliser les travaux des nouveaux appartements pour qu'il puisse remettre les clés aux propriétaires la semaine prochaine. Il aurait voulu que son frère soit là mais comme les rénovations sont terminées en avance, il a préféré s'en occuper dès à présent.

- Je comprends. Je suis tellement contente que leur travail porte enfin leurs fruits.

- Ma chère Charlotte, c'est aussi beaucoup grâce à vous et vos connaissances qui ont fait avancer les choses.

- Oh, je n'y suis pour rien si Lady Worcester a été enchantée par ce magnifique endroit.

- Que vous êtes modeste. Nous nous apprêtions à nous rendre sur le marché afin de préparer un bon repas pour Tom. Voulez-vous vous joindre à nous ?

- Bien sûr.


Sidney n'avait, comme prévu, que passé une journée sur Londres après son retour. Il avait ramené Miss Lambe chez elle et était revenu chez lui. Sa femme n'était pas là, à son plus grand soulagement. Cette dernière était partie rendre visite à sa famille pour quelques jours à l'autre bout du pays. Il avait donc passé sa journée à mettre ses affaires en ordre et dès le lendemain matin, il était reparti aux aurores pour Sanditon, en prenant soin de laisser un mot pour sa femme la prévenant qu'il reviendrait probablement le mois prochain mais qu'elle était libre de lui rendre visite si le cœur lui en disait. Il avait délibérément fait cette proposition sachant pertinemment qu'elle ne viendrait pas. Elle avait en horreur le climat de Sanditon, ce qui arrangeait bien le jeune homme. Malgré une légère fatigue résultant probablement du voyage en bateau, il prit son fidèle étalon puis avança vers Sanditon. Il se réjouit de faire la surprise à son frère. Dans leur dernière correspondance, Tom lui avait annoncé l'avance de la date de fin des travaux et qu'il d'excusait déjà s'il devait faire la remise des clés aux nouveaux propriétaires en son absence, ce que Sidney avait tout à fait compris. Il était donc ravi d'arriver en avance et pouvoir assister son frère dans ce moment qu'ils attendaient tous depuis plusieurs mois. Les investisseurs avaient afflué et la ville était à présent en plein essor. Leur fortune s'était accrue aussi vite et ils avaient pu rembourser leurs investisseurs dès lors, Mrs Campion y compris. Les Parker étaient à présents les seuls à pouvoir bénéficier des profits de leurs projets pour cette ville. Sidney était donc arrivé en milieu de matinée à Trafalgar House en espérant retrouver son frère et Mary mais les employés de maison l'avaient informé de leur absence. Il en profita donc pour se poser un instant dans le bureau de son frère. Il se sentait vraiment épuisé et ses muscles étaient endoloris, probablement à cause de sa course folle pour arriver ici au plus vite.


Charlotte, Mary et les enfants passèrent un bon moment à faire leurs achats puis ils rentrèrent à Trafalgar House où la jeune femme avait élu domicile le temps de son séjour de la ville. C'était toujours avec joie que Mary et Tom l'accueillaient. Lorsqu'ils rentrèrent, les employés de maison des Parker récupérèrent leurs emplettes puis ils commencèrent à se diriger vers la cuisine mais Charlotte leur dit qu'elle les rejoindrait juste après s'être rafraîchie. Elle se dirigea donc vers la salle de bain lorsqu'elle passa devant le bureau de Tom. En tournant machinalement la tête, elle vit une silhouette de dos, assit sur le fauteuil du bureau. Ravi de pouvoir dire bonjour à Mr Parker, Charlotte entra de bon cœur.

- Mr Parker, je suis ravie de vous voir, Mary m'a dit que vous deviez réceptionner les derniers appartements ce jour.

La silhouette se leva alors, lui faisant toujours dos mais elle l'aurait reconnu parmi mille. Elle se stoppa immédiatement, comprenant qu'elle ne pouvait pas faire marche arrière.


Sidney dut s'endormir sur le fauteuil puisqu'il fut réveillé par une douce voix qu'il n'aurait oubliée pour rien au monde. D'ailleurs, il crut en premier lieu qu'il rêvait puis il reprit rapidement ses esprits et se leva, trop fébrilement à son goût. Il se retourna et il fit alors face à Miss Heywood. Tous deux restèrent silencieux quelques instants. Même s'ils ne s'étaient pas revus en deux ans, elle n'avait pas changé, sa beauté était restée intacte. Lui, par contre, s'était affiné malgré sa masse musculaire inchangée. La jeune femme l'observa plus à même et put voir les traits tirés sur son visage. Il avait l'air épuisé mais ses yeux donnaient une tout autre impression puisqu'il la déshabillait du regard. Cela aurait pu la rendre mal à l'aise mais ce n'était pas du tout le cas. Elle continua de le regarder quand ses yeux se fixèrent sur l'alliance qu'il portait à son annulaire gauche, ce qui la figea instantanément. Sidney remarqua aussitôt que Charlotte de crispa en voyant la main gauche. Il comprit ainsi que ce doux moment allait prendre fin.

- Mr Parker, commença-t-elle. Veuillez m'excuser, je vous ai pris pour votre frère, Tom.

- Inutile de vous excuser Miss Heywood, il n'y a pas de mal. Comment allez-vous ?

- Bien, merci. Et vous-même ?

- Fort bien.

Un silence inconfortable s'installa entre les deux jeunes gens. Sidney ferma un instant les yeux, s'en voulant d'avoir gâché involontairement ces retrouvailles.

- Vous êtes en séjour à Sanditon ? demanda-t-il.

- En effet. Et visiblement vous êtes revenu de votre voyage aux Antilles.

- C'est exact. Vous saviez que j'étais parti en voyage ? questionna-t-il, curieux de sa réponse.

- Je l'étais. Je corresponds activement avec Miss Lambe, mentit-elle afin de ne pas avouer qu'elle se renseignait sur lui auprès de Mary.

- Oh, évidemment, ajouta-t-il alors qu'il fut prit d'une violente quinte de toux.

- Vous êtes sûr de bien vous porter ? rétorqua-t-elle, visiblement inquiète. Vous semblez quelque peu fébrile.

- On m'a donné bien des adjectifs Miss Heywood, mais fébrile n'en faisait pas partie jusqu'à présent. Merci de votre inquiétude mais je vais bien. Savez-vous où je peux trouver Tom ? continua-t-il afin de mettre fin à ce moment devenu gênant.

- En effet, il réceptionne les derniers appartements.

- Très bien, je vais m'y rendre alors. J'ai été ravi de vous revoir.

- Vous ne voulez pas voir Mary et les enfants ?

- Non, je ne vais pas les déranger, je reviendrais probablement dans la journée. Pourriez-vous lui transmettre mes amitiés ?

- Bien évidemment.

- Vous reverrais-je ? demanda-t-il presque en la suppliant.

- Oh, je ne sais pas…

- Je l'espère alors. Passez une belle journée.

- Merci Mr Parker. Vous aussi.

Sidney était donc parti sans plus attendre et comme convenu, il avait retrouvé son frère en ville. Ce dernier fut ravi de revoir son frère plus tôt que prévu. Il lui proposa de se rendre dans un quartier peu habité de la ville qu'il voulait réhabiliter et améliorer mais Sidney déclina poliment, voulant se reposer après son voyage et surtout sa rencontre avec Charlotte. Tom, tout d'abord déçu, vit en effet que son frère ne sembla pas être au meilleur de sa forme. Il n'insista pas mais lui demanda s'il voulait diner en famille. Sidney réfléchit un instant, sachant pertinemment que Charlotte serait là. D'un côté, il ne voulait pas qu'elle se sente mal à l'aise puis il repensa au bonheur qu'il avait ressenti en la revoyant. Alors, égoïstement, il accepta puis il se retira dans ses appartements qui faisaient parties des plus beaux et plus grands qui venaient d'être construits. Ayant vue sur la plage, il ouvrit donc les fenêtres et profita de cet air frais qui lui fouettait doucement le visage. Il sentait qu'il avait chaud malgré l'air marin puisqu'il suait à travers ses vêtements. Il s'apprêtait à se déshabiller quand on frappa à sa porte. Il alla ouvrir la porte, faisant face à un messager qui lui donna une missive. Il l'ouvrit et put voir qu'elle venait de Mrs Campion :

« Mon très cher Sidney,

Je viens de revenir de mon séjour et les employés de maison m'ont prévenu de votre arrivée et surtout de votre départ presque immédiat à Sanditon. Bien que j'aie vu votre lettre, cela fait un moment que je m'interroge. Je ne suis pas aveugle, je vois bien que vous n'êtes pas heureux. Le Sidney que j'ai connu il y a une douzaine d'années n'est plus. J'y ai pourtant cru de toute mon âme au début de notre mariage mais vous étiez accompagné d'une mélancolie permanente dont je connais malheureusement la cause et le nom. Je peux vous avouer que moi-même, je ne suis pas heureuse dans notre mariage. J'ai cru pouvoir vous reconquérir en me mariant avec vous mais ce n'était qu'un leurre. En effet, votre départ aux Antilles me prouve, si cela n'était pas encore assez concret pour moi, que vous ne voulez pas de moi. J'ai bien compris que seul mon argent vous intéressait mais je ne vous blâme pas, j'ai moi-même profité de votre besoin pécunier pour mettre la main sur vous, en vain. Lors de vos nombreuses absences, j'ai rencontré un homme qui m'aime, au-delà de ma fortune, comme un époux devrait le faire. Je vous propose donc de mettre fin à notre mariage afin que, je l'espère, nous puissions enfin trouver le bonheur chacun de notre côté. J'attends de vous une réponse au plus vite.

Avec tout mon amour,

Eliza »

Sidney souffla. Il était partagé entre la colère parce qu'il avait l'impression d'avoir perdu deux ans de son existence et surtout l'amour de sa vie mais aussi du soulagement car il allait enfin pouvoir vivre ! Mais Miss Heywood voudrait-elle encore de lui ? Serait-elle-même encore là au diner du soir ? Il ne perdit pas un instant, répondit positivement quant à la demande de son épouse et fit partir le message aussitôt. Son premier réflexe fut de retirer son alliance. Finalement, il était heureux, comme libéré d'un poids qui lui pesait depuis deux longues années. Dans un sens, il avait honte de ne pas s'être conduit en parfait mari mais dans un autre, il ne pouvait pas feindre l'amour qu'il portait encore aujourd'hui à Charlotte, ce que comprit visiblement Eliza. Une fois cela fait, il rangea la missive d'Eliza dans la poche de son pantalon, se déshabilla puis décida de se reposer enfin sur le lit. Il demanda à ce qu'on le réveille pour 17 heures pour qu'il puisse faire sa toilette avant de se rendre chez Tom et Mary.


Une fois que Sidney fut parti de Trafalgar House, Charlotte resta quelques instants au même endroit, à essayer de réfléchir à ce qu'il venait de se passer. Elle l'avait enfin revu et son cœur s'était emballé aussi vite qu'il y avait deux ans lors de leurs adieux. Elle était passablement inquiète tout de même car il n'avait pas l'air d'avoir la forme puis elle se rappela avoir vu l'alliance. La réalité les avait vite rattrapés malheureusement. Elle alla alors dans la cuisine et raconta brièvement le retour de Sidney à Mary. Cette dernière fut ravie de son retour prématuré quand elle s'aperçut que Charlotte semblait bouleversée. Mary la guida dans le salon et l'invita à s'asseoir :

- Charlotte, que se passe-t-il ?

- Je… je dois avouer que je ne sais pas trop. Je pensais qu'après deux ans sans le voir, mes sentiments envers lui auraient changé.

- Mais vous l'aimez encore ma douce enfant ?

- Mais je ne peux pas ! Il est marié et un homme respectable !

- Ne pensez-vous pas qu'il est le seul juge de ce qu'il peut être ou non ?

- Il en va de ma conscience. Je ne veux pas faire passer mon sentiment égoïste avant sa réputation ou celle de son épouse.

A cet instant, Tom rentra et annonça le repas avec Sidney le soir même. Charlotte, ne pouvant pas s'enfuir comme une voleuse, ne pouvait qu'y participer. Cependant, cela serait l'opportunité de faire définitivement le point sur leur situation à elle et Sidney. Elle aurait son cœur définitivement brisé mais elle voulait que les choses soient claires pour tous les deux et dès demain matin, elle partirait.


Sidney fut réveillé comme demandé par le majordome qui frappa à la porte. Le réveil se fit dans la douleur pour le jeune homme. En effet, il sentait qu'il avait chaud et conclu qu'il devait avoir de la fièvre mais aussi une odieuse migraine qui lui tambourinait le crâne et par-dessus tout, le moindre mouvement faisait horriblement souffrir ses articulations. Sidney grogna car ne n'était pas vraiment le moment pour être malade ! Mais il préféra ignorer ces symptômes et se rafraichit avec un gant de toilette trempée dans de l'eau fraiche. Il se regarda dans un miroir dans la salle de bain où il faisait peine à voir. Il serait grand temps qu'il aille chez le barbier afin de tailler sa barbe qui avait grandement poussé pendant le voyage du retour des Antilles. Il n'avait même pas pris le temps de s'y rendre avant de venir à Sanditon. Il se rappela alors que son jeune frère Arthur était doué de ses mains pour le raser. Sidney avait toujours été son cobaye dans sa jeunesse et il ne s'en était jamais plaint ! Il sourit alors, se disant qu'il le lui demanderait demain lorsqu'il irait lui rendre visite ainsi qu'à sa sœur. Le jeune homme finit sa toilette puis il enfila un pantalon, une chemise puis un veston. Il mit ses bottes, passa sa veste puis son manteau. Il attrapa sa canne qui, bien que décorative, allait bien l'aider ce soir car il se sentait fébrile. Il sourit d'ailleurs à la pensée de ce mot que Charlotte avait utilisé ce matin même à son sujet. Elle avait encore vu juste. Sa présence, à elle seule, lui donna le courage de s'y rendre.


Le repas se passa dans une ambiance courtoise bien que Charlotte prenait grand soin de ne pas regarder Sidney dans les yeux. Elle remarqua cependant dès son arrivée qu'il ne portait plus son alliance, ce qui la déstabilisa au plus haut point mais elle tenta de ne rien laisser paraître dans son attitude. Ils parlèrent de tout et de n'importe quoi puis avant de servir le dessert, Tom et Sidney s'isolèrent dans le bureau pour parler de ce dont ils avaient discuté le matin même. Tom dépeigna les avantages de créer un nouveau quartier quand il se rendit compte que son frère ne sembla pas vraiment l'écouter :

- Sidney, je suis inquiet à ton sujet.

- Pourquoi dis-tu ça ? dit-il en toussant grassement.

- Tu n'as pas l'air en forme et tu es en nage.

- J'ai dû prendre froid en venant de Londres.

- Tu sembles ailleurs. Dis-moi ce qui te tourmente mon frère.

- Et bien… j'ai reçu un message de ma femme qui veut divorcer.

- Oh. Et comment le prends-tu ?

- C'était inespéré Tom, répondit-il le sourire aux lèvres.

- Mais enfin, je ne comprends pas. Tu m'as dit que tout allait bien et maintenant tu parais soulager de divorcer. Je suis un peu perdu.

- Tom, je vais t'avouer quelque chose. Si je me suis marié avec Mrs Campion, c'était uniquement pour avoir les fonds nécessaire pour rebâtir Sanditon.

- Doux seigneur Sidney. Pourquoi ne pas m'avoir dit cela dès le début, nous aurions trouvé une solution !

- Nous savons pertinemment qu'il n'y en avait pas d'autre mon frère.

- Cela fait donc deux ans que tu es malheureux…

- Je me suis bien occupé l'esprit avec l'expansion de notre belle ville.

- Je suis profondément désolé.

Au même instant, Charlotte frappa à la porte. Tom l'intima à entrer et elle les prévint que le dessert allait être servi. Tom se leva et se dirigea vers la sortie mais Sidney vit là une bonne occasion pour parler à Charlotte de sa nouvelle situation. Il lui demanda donc de se joindre à lui et prévint Tom qu'ils arriveraient d'ici quelques minutes. Charlotte fut quelque peu prise au dépourvu mais elle ne pouvait pas fuir. A vrai dire, elle savait qu'ils devaient avoir une conversation, le plus vite serait le mieux. Elle s'assit donc sur le fauteuil face à lui et attendit sagement qu'il fasse le premier pas.

- Miss Heywood… Charlotte… Il est à présent grand temps d'avoir une conversation.

- En effet Mr Parker.

- Sidney, s'il vous plait.

N'en pouvant plus d'attendre, Charlotte préféra alors prendre les devants.

- Sidney, je dois être honnête avec vous. J'ai tout fait pour vous éviter ces deux dernières années…

- Cela a bien fonctionné visiblement, ajouta-t-il en toussant.

- Oui, en effet. Puisque cela semble être une conversation à cœur ouvert, je dois ajouter que je souhaite vraiment tourner la page. Vous êtes marié…

- Justement…

- Je vous en prie, ne m'interrompez pas. Cela est déjà bien assez difficile pour moi, la coupa-t-il. Je pense qu'il fallait que je vous voie une dernière fois pour clôturer ce chapitre de ma vie. Je suis à un âge où je devrais déjà être mariée mais vous m'avez littéralement brisé le cœur Sidney. Je suis désolée pour ces paroles crues mais cela est la pure vérité. Je sais que, bien évidemment, ce n'était pas volontaire de votre part, j'ai bien vu le désarroi dans vos yeux à l'annonce de vos fiançailles avec Mrs Campion mais voilà, vous êtes marié et moi je dois aller de l'avant. Je ne regretterais jamais les moments que nous avons passés ensemble, bons ou mauvais, puisque dans un sens, j'ai beaucoup appris de cela. Voilà. C'est tout ce que j'avais à vous dire.

Sidney resta un moment sans dire un mot. Il était choqué par ce qu'il venait d'entendre puisqu'il était responsable de la situation deux ans auparavant et elle venait de lui avouer qu'elle en avait beaucoup souffert. De plus, elle semblait convaincue qu'ils n'avaient plus aucune chance d'être comblés ensemble et qu'à vrai dire, elle lui demandait de la laisser partir pour qu'elle puisse être enfin heureuse. Il s'en doutait malheureusement mais l'aveu qu'elle venait de lui faire lui brisa le cœur. Il sentait que sa température corporelle avait encore augmenté et il suait à grosses gouttes actuellement. Il était affaibli mais il voulait absolument argumenter auprès de Charlotte qu'ils avaient enfin le droit d'être heureux, ensemble. Il sortit le message d'Eliza et l'ouvrit mais ses mains tremblèrent à présent. La jeune femme parut inquiète du comportement de Sidney.

- Sidney, vous êtes sûr que tout va bien ?

Elle le vit la fixer quand elle prêta attention à son regard : ce dernier était vitreux et par ailleurs, il suait anormalement. Il voulut se lever mais avant qu'il n'y parvienne, ce dernier tomba lourdement sur le sol, inconscient.