Disclamer: l'univers et les personnages d'Haikyuu! ne partiennent pas

Paring: Shirabu Kenjirou/Semi Eita - Tendou Satori/Wakatoshi Ushijima

Rating et avertissement: T. des baisers, de l'amour, beaucoup de baisers, et un coeur brisé - et beaucoup d'amour.

J'espère que cet OS vous plaira. N'hésitez pas à me le faire savoir, si c'est le cas - ou si ça ne l'est pas.


Et s'il devait donner son propre bouton à cette spéciale personne, alors Semi Eita prendrait soin de le lui rendre en mille morceaux. Parce que tout le monde dit que c'est le bouton le plus proche de notre cœur, et parce que le sien était devenu seulement des milliers de bouts cristallins.

Alors Semi Eita tendra toutes ces fractures vers la paume blanche de Shirabu Kenjirou, et il lui dira à quel point il a détesté l'aimer.

Mais c'est un mensonge. Depuis leur premier regard, depuis leur premier salut, depuis leurs premiers mots joli passe, depuis leurs premières provocations mais les miennes sont mieux...

Tout avait été un mensonge.


Semi Eita rencontre Shirabu Kenjirou lorsqu'il a dix-sept ans, et lorsque son cœur était toujours sain des blessures de l'Amour.

La première chose qu'il remarque, c'est son regard caramel noirci. Ses yeux sont clairs, mais toute son aura les assombrît, d'un voile froid, glacial de ses yeux, il met entre lui et le monde entier un mur infranchissable. Alors que Tendou lui murmure les noms des nouvelles premières années dans un coin de son oreille, Semi Eita n'en retient qu'un seul.

Prononcer son nom fait rouler sa langue, et peut-être aussi son esprit. Shirabu Kenjirou partage le même poste que moi. C'est un passeur. Alors que le nom de Shirabu Kenjirou défile dans son esprit, comme une playlist incessante, le mot rival s'entrelace avec ces yeux caramel.

Alors, parce qu'il le faut, parce que c'en était ainsi ; parce qu'il n'avait que d'autre solution que de le haïr, pour tout ce qu'il était sur le terrain – Un passeur. Comme moi. – , le cœur de Semi Eita plonge dans une hostilité qu'il n'avait jamais réellement connu.

Il n'aime pas ce Shirabu Kenjirou.


Il n'aime pas ce Shirabu Kenjirou.

D'abord, parce que le numéro 3 de son maillot Shiratorizawa l'oblige à le haïr. C'est une haine silencieuse. Il ne le montre pas. Lorsque ses yeux gris se posent sur ce Shirabu Kenjirou, sa rancœur reste clôturée à l'intérieur de son propre cœur, et contre sa propre peau.

Pourtant, ce n'est pas parce que cette haine est silencieuse qu'elle n'existe pas. Les autres s'en doutent – surtout Tendou. Elle flotte dans l'air pesant des vestiaires. Elle les écrase un peu tous, lorsque le coach Igurusho Kaji laisse son regard briller d'intérêt à la vue des passes – trop précises, trop adéquates pour Ushijima, des passes qui se fondent trop à l'intérieur de ces paumes –, des passes qui trouvent leur élan grâce aux doigts de ce Shirabu Kenjirou.

La haine est silencieuse, mais elle se voit. Semi Eita est un jeune homme doux : il a toujours, un peu pour tous, des sourires réservés des mains qui se perdent dans les cheveux, quelques mots doux, quelques mots rassurants quelques ça va aller que laissent échapper ses yeux tendres.

Pour ce Shirabu Kenjirou, il ne reste rien – une impassibilité qui ne met pas en valeur les traits de son visage. Les traits de Semi Eita sont fins : ce n'est pas un mensonge d'affirmer que Semi Eita est bel homme. Semi Eita est beau, parce que les traits de son visage forment une délicatesse exquise.

Quand son regard gris croise des yeux chocolat, cette finesse s'évanouie dans une indifférence déconcertante – comme si, pour eux, pour cette couleur caramel, il n'avait pas la force envie de leur accorder une quelconque bienveillance.


Il n'aime pas ce Shirabu Kenjirou.

Au début, il ne l'aimait pas à cause du talent qui résidait dans ses doigts et dans son esprit. Maintenant, il ne l'aime pas parce que c'est un connard.

Il n'aime pas ce Shirabu Kenjirou – un peu plus fort, cette fois. Après quelques mois, l'indifférence que son visage et son corps abordait se transforme, petit à petit, à une hostilité lancée par des regards noirs et par des remarques salées.

Il n'aime pas ce Shirabu Kenjirou – parce qu'il existe, et parce qu'il respire avec cette désinvolture et cet irrespect envers le monde entier, et surtout envers ses aînés. Merde, surtout envers Semi Eita.

Ce Shirabu Kenjirou a droiture dans tout son corps : le gosse a une froideur dans tous les traits de son visage, et un mauvais caractère à l'intérieur de tout son regard – et surtout dans tous ses mots. Ses mots coupent comme un couteau. Non seulement par son ton qui n'était qu'une indifférence glaciale, mais aussi par cette étrange délicatesse du choix des mots – il choisissait toujours les plus tranchants.

Semi Eita parle à Tendou. Ses yeux gris trahissent une détermination non feinte. Il dit qu'il sait que Shirabu Kenjirou va devenir titulaire. Il lui dit tu verras, j'ai raison. Tendou lui dit que non : il dit que le numéro 3 est trop ancrée dans l'équilibre de l'équipe pour s'effacer. Juste comme ça – d'un coup. Semi Eita secoue la tête. Ses pointes noires volent – un petit peu. Certaines restent collées sur son front humide. Ils viennent de finir de s'entraîner et leur corps et toutes les particules de leur peau sont encore bouillants. Il dit, même s'il brûle de l'intérieur – même si ça le fait brûler de l'intérieur – : je vais améliorer mon service je vais rester comme titulaire tu vas voir aussi, je vais devoir m'améliorer dans un autre poste.

Tendou le regarde avec ses yeux ronds. Semi Eita pense qu'il est sur le point d'éclater de rire – mais le son hystérique qu'il connaît bien reste au fond de sa gorge. Il ne dit rien.

Mais ce n'est pas le cas de ce putain de Shirabu Kenjirou. En passant près d'eux, pour se diriger à l'intérieur des vestiaires, trop concerné pour que sa voix reste totalement indifférente :

- Ouais. Tu devrais.

Il le murmure presque. Il ne regarde même pas Semi Eita. Pourtant, il peut - peut-être parce ce qu'il l'a trop vu – voir la noirceur à l'intérieur de ses prunelles claires.

Tendou éclate de rire.

Il n'aime pas ce Shirabu Kenjirou.

Semi Eita n'aime pas ce Shirabu Kenjirou : et apparemment, Shirabu Kenjirou n'aime pas ce Semi Eita.


Cette haine grandit dans leurs regards, puisqu'elle est partagée. Les vestiaires et les terrains deviennent les lieux auxquels leurs mots essaient d'assassiner l'autre. L'équipe soupire un peu, l'équipe qualifie leur comportement de gosses immatures reprenez-vous mais ils voient – même l'innocent Goshiki – que leur haine est trop lointaine pour être rattrapée par des quelconques sermonnâtes.

Semi Eita gagne toujours la guerre des vestiaires. Ces répliques sont sanglantes – d'une brutalité passive que toute l'équipe ne lui connaissait pas. Shirabu Kenjirou avait le pouvoir de faner toute la tendresse que le cœur de Semi Eita pouvait contenir.

Semi Eita aime voir ce Shirabu Kenjirou se pincer l'intérieur des joues lorsque l'un de ses coups a été trop fatal pour qu'il puisse y répondre quelque chose. Semi Eita aime voir les lèvres de ce Shirabu Kenjirou trembler sous une puissante colère haine que son petit corps a du mal à contenir. Semi Eita aime voir les yeux caramel de ce Shirabu Kenjirou le tuer du regard – parce qu'il s'agissait de la seule arme qui lui reste. Les autres, elles ont toutes été détruites par le venin qui glisse sur la bouche de ce Semi Eita.

Shirabu Kenjirou gagne toujours la guerre des terrains. Comme ce Semi Eita l'avait dit, il est devenu le titulaire de l'équipe. Son corps se fondait dans le talent de Ushijima : ses mains, pourtant frêles, passaient toutes les balles à l'intérieur des paumes de l'Ace d'une résistance déconcertante. Ses doigts ne tremblaient jamais.

Shirabu Kenjirou aime voir ce Semi Eita serrer les points lorsqu'il n'entend pas – plus – son prénom lors de l'annonce des titulaires pour les matchs suivants. Shirabu Kenjirou aime voir ce Semi Eita s'entraîner – trop beaucoup à la folie – sur des services qui ne réussissent pas – parce qu'ils sont trop forts parce qu'ils sont trop faibles parce que ses poings tremblent.

Semi Eita n'aime pas ce Shirabu Kenjirou.

Tant mieux.

Shirabu Kenjirou n'aime pas ce Semi Eita.


L'équipe suffoque à cause de toute cette haine et même les blagues de Tendou ne suffisent pas à purifier l'air des vestiaires et des terrains et des chambres et de la cantine et de tous les endroits du monde qui contenaient Semi Eita et Shirabu Kenjirou dans la même pièce.

Alors jusqu'à temps que les deux idiots arrivent à la fermer malgré la présence de l'un et de l'autre, ils sont responsables du rangement et du nettoyage du gymnase. Tous les deux. Dans une même pièce. Sans personne autour – sans aucune main pour pouvoir intervenir si les mots deviennent des coups.

Les deux idiots ont protesté. Le coach est intervenu : il a dit, les bras croisés que si vous refusez cet arrangement vous allez cirer le banc jusqu'à la fin de votre scolarité.

Alors Semi Eita range les balles qui trainent dans tout le gymnase et Shirabu Kenjirou passe la serpillière – ils n'oublient pas de se lancer des milliers de regards noirs, pour rappeler à l'autre que même si les mots ne sortent pas, ils sont pensés très fort dans le fond de leur esprit respectif.

Les mots sont pensés – les mots sont seulement pensés. Ils restent au fond de leur gorge.

Mais ça n'empêche pas le fait que Semi Eita n'aime pas ce Shirabu Kenjirou et que Shirabu Kenjirou n'aime pas ce Semi Eita.

A force, ils sont trop fatigués pour pouvoir se lancer des regards noirs.

Ils rangent le plus rapidement possible. D'un accord silencieux, d'un arrangement qu'ils ne se sont pas dits – parce qu'ils se détestent trop pour s'accorder la parole si celle-ci n'est pas insultante – , ils se dépêchent. Leurs muscles sont épuisés et leur corps est aussi lourd qu'une pierre.

Tout a été dit d'un regard. Leurs yeux ne brillaient pas d'une étincelle d'aversion : parce que, peut-être, ils s'étaient déjà assez lancés de regards pour que l'autre comprenne à quel point il voulait taper sa tête contre un mur. Ils étaient devenus trop fatigués de montrer qu'ils se détestaient.

Haïr est assez épuisant pour le cœur. Montrer sa haine est encore plus fatiguant pour le corps.

Semi Eita n'aime pas ce Shirabu Kenjirou et que Shirabu Kenjirou n'aime pas ce Semi Eita. Mais ils l'ont assez montré, durant ces derniers mois – alors, peut-être que même si cette haine existe toujours, plus les minutes passent, comme celle-ci qui vient toujours de s'enfuir, leur exaspération pour l'autre est trop échinée pour briller.


Il y a quelque chose de bizarre chez ce Shirabu Kenjirou que Semi Eita n'arrive pas à comprendre. Il s'agit sûrement du fait que ce Shirabu Kenjirou réussira toujours à le surprendre – peut-être parce qu'il n'attendait jamais rien de lui, alors une simple surprise pouvait souvent et toujours être considérée comme extraordinaire.

Ce Shirabu Kenjirou écoute sa musique très forte dans ses oreilles – et c'est surprenant, parce qu'il semble pourtant trop calme pour encaisser tout un son aussi fort. Il a ses écouteurs dans ses oreilles et son téléphone dans sa poche. Il range les ballons qui trainent. Parfois, il bouge sa tête en fonction de rythme et sa frange glisse sur ses cils clairs.

Il ne prête pas attention à Semi Eita mais ce n'est pas une chose qui change de l'ordinaire.

Ce Shirabu Kenjirou écoute make you feel pretty de lovelytheband et c'est peut-être à cause de son étonnement, qui sait, mais Semi Eita ne peut pas s'empêcher de crier hey Shirabu pour lui dire :

- J'adore ce groupe.

Ce Shirabu Kenjirou a seulement retiré un seul de ses écouteurs – Semi Eita ne mérite pas le sacrifice de laisser passer un des couplets ou encore le refrain.

- Merci de m'avoir fait remarquer à quel point ce groupe était nul, Semi.

Il remet son écouteur dans son oreille et lui tourne le dos pour aller récupérer la clé du gymnase sur le banc. Semi Eita peut le voir sortir son téléphone de sa veste violette et Semi Eita peut l'entendre changer le son.

Sale gosse.


Ce Shirabu Kenjirou est définitivement bizarre – dans le genre d'être une contradiction pure et dure. Le lendemain, il laisse sa musique combler tout le silence du grand gymnase. Semi Eita n'a pas le temps de lui lancer un regard interrogateur que Shirabu Kenjirou dit :

J'ai oublié mes écouteurs et le silence est trop gênant pour que je puisse le laisser exister.

Evidemment.

Après quelques sons qui défilent, de HUNNY et de Coin et de The 1975, c'est make you feel pretty qui recouvre toutes les sonorités du grand gymnase.

Ce Semi Eita a un rictus.

- Tu n'as pas supprimé le son de ta playlist.

Shirabu Kenjirou plante ses yeux dans les siens. Ils sont loin de l'autre : d'ici, Semi Eita ne peut pas voir de quoi ses yeux brillent. Ce Shirabu Kenjirou lâche :

- Ferme-là et profite de la chanson, looser.

Semi Eita rit.

- Je te l'avais dit.

Et ce Semi Eita rajoute :

- Sale gosse.

Shirabu Kenjirou grogne un peu. S'il n'était pas aussi fatigué, il aurait sûrement eu la force de lui jeter un regard assez noir pour pouvoir le tuer.

Shirabu Kenjirou se contente seulement de regarder les mèches grises de ce Semi Eita bouger sous les mouvements de son corps secoué par ses quelques pas de danse. Parfois, ce Semi Eita ferme ses yeux gris pour pouvoir ressentir un peu mieux les mots de la musique – peut-être. Ses lèvres s'ouvrent et se referment, parce qu'il laisse échapper quelques paroles. Ce ne sont que des murmures – ce ne sont que des caresses de sa voix.

Shirabu Kenjirou ne peut pas les sentir sur son corps.

Who (fucking) cares anyway.


Puisque Taichi est malade, puisque Taichi n'est pas là, puisque toutes les places du bus sont prises, et puisqu'il ne reste que celle à côté de ce Semi Eita, Shirabu Kenjirou est obligé de s'y assoir.

Semi Eita ne dit rien – il a sa tête posée sur la fenêtre et ses yeux gris sur le bouquin La Ballade de l'impossible de Haruki Murakami. Il n'y a que toute l'équipe qui retient son souffre – comme si Shirabu Kenjirou était à deux doigts de couper l'un des fils rouges d'une bombe.

La bombe n'explose pas. Semi Eita ne dit rien. Semi Eita décale un peu ses jambes pour que Shirabu Kenjirou puisse s'installer – il ne lève pas ses yeux. Tendou regarde la scène d'un amusement qui le fait glousser. Shirabu Kenjirou peut l'entendre parier avec Reon sur lequel des deux lancera l'insulte en premier – mais Yamagata lui dit de se la fermer seulement avec son regard, alors Tendou fait la moue, et se cache dans l'épaule d'Ushijima. Il ne dit rien. Personne ne dit rien mais beaucoup pense.

Le bus démarre. La plupart des joueurs s'endorme, parce qu'ils ont gagné le match par un effort physique qu'ils avaient longtemps oublié de faire.

Shirabu Kenjirou sort son téléphone et ses écouteurs de son sac. Il en place un dans son oreille, et peut-être un peu trop hésitant qu'il n'aurait voulu l'être, il tend l'autre à Semi Eita. Il détache ses yeux gris des pages noircies par l'encre. Il prend l'écouteur droit avec ses doigts fins. Ses doigts sont très blancs, très fins et ses ongles sont coupés très courts. Autour de certains de ses doigts, il y a des égratignures recouvertes par des bandages.

- Merci.

C'est tout.

La musique doubt de Hippo Cambus berce assez les pensées de Shirabu Kenjirou pour qu'il puisse fermer ses yeux et reposer son esprit dans un endroit où les réflexions n'existent pas. Il s'endort un peu, marmonne ces choses que les dormeurs chuchotent, et sa tête glisse sur l'épaule de Semi Eita.

Il le regarde. Sa frange brune couvre ses yeux. Ses cils touchent sa joue et son torse se soulève au rythme de sa respiration – calme et régulière.

Semi Eita regarde Shirabu Kenjirou. Il dort sur son épaule.

Semi Eita retourne aux mots peints sur les pages de son bouquin.

Et c'est tout.


Le coach soulève leur sanction parce que ça fait déjà deux mois qu'aucune insulte n'a franchi leur bouche. Il ne dit pas que c'est bien parce que cette nouvelle attitude est trop étrange pour l'être. L'équipe aussi pense qu'il y a une tension entre les deux passeurs : mais celle-ci est trop douce pour être nommée tension. Tendou fait quelques blagues, parfois : surtout quand le regard de Semi Eita se prolonge sur la figure de Shirabu Kenjirou. Tendou murmure quelques choses dans ses oreilles, un rictus qui tire ses lèvres. Des sois plus discret, SemiSemi qui ne trompe personne.

SemiSemi ne répond pas, parce qu'il est habitué aux blagues de Tendou qui n'en sont pas vraiment unes.


Ils sont les derniers à sortir des vestiaires. Si un de l'équipe leur fait la remarque, ils répondront sûrement que leur corps était trop fatigué pour pouvoir se dépêcher.

Parce qu'ils ne sont que tous les deux, Shirabu met make you feel pretty – sans aucune raison valable, mais il se doute que Semi aime la musique autant que le volleyball. Et dans les pires des cas et si ses gestes sont jugés comme suspicieux, il dira qu'il n'existe pas de raison particulière pour pouvoir écouter de la musique.

Semi sourit mais Shirabu ne peut pas le voir – ils sont de dos, et Semi s'apprête à refermer son cassier. Quand il se retourne, il voit Shirabu faire le nœud de sa cravate mauve.

Sa chemise blanche met en valeur les petites taches brunes sur ses joues. Il a retroussé ses manches à ses coudes. Ses cheveux cuivre sont peignés et lisses : il a pris le temps et le soin de bien sécher ses pointes, afin qu'aucune goutte d'eau ne vienne s'imprègnera dans le tissu de sa chemise. Ses yeux caramel sont encadrés par ses cils qui se noircissent par l'obscurité.

Shirabu est joli et Semi est quelqu'un de trop honnête pour essayer de le nier.

Shirabu Kenjirou est joli.


Semi et Shirabu ne quittent pas le gymnase une fois que l'entraînement est fini. Ils décident de rester – sans se le dire. Si Tendou veut le charrier avec ça – il le fera – Semi répondra que c'est seulement une coïncidence du destin. Et le destin n'était pas les regards qu'ils n'arrêtaient pas de se jeter – leurs yeux brillaient de quelque chose trop tendre pour que cela soit de la haine.

La playlist de Shirabu comble le silence. Parfois, Semi commente les sons avec sa voix rauque et douce. Il dit que certaines musiques sont trop tristes pour que Shirabu puisse les écouter – il rigole et il dit qu'il faut avoir un cœur pour ça. Shirabu hausse les épaules, et c'est peut-être à cause du sourire de Semi qu'il ne répond pas.

Semi finit par mettre sa playlist. Shirabu s'entraîner à passer avec sa gourde d'eau : il veut que ses doigts s'empreignent d'une exactitude pour ses passes. Il n'y arrive pas. Il n'arrive pas à viser parfaitement la gourde : elle reste immobile comme si elle était fixée au sol. Semi lui conseille d'imaginer les attaquants à la place de la gourde. Il fixe son corps – il lui dit de se détendre.

- Détends-toi.

C'est peut-être à cause de sa voix qui semble douce que les épaules de Shirabu s'apaisent.

Semi met sa playlist et retourne s'entraîner à faire ses services. Parfois, Shirabu dit que ses goûts sont à chier. Et les autres fois, il dit qu'il aime bien le son.

- Bof, celle-ci.

- Attends le refrain, fait Semi. Tu verras. Le refrain fait toute la musique.

- Ce n'est pas un refrain qui va améliorer tes affreux goûts musicaux.

- Ferme-là, sale gosse. On a les mêmes goûts.

Le refrain n'était pas si mal.


Ils s'entraînent souvent ensemble et c'est plutôt bénéfique parce que les services de Semi deviennent un peu prêt exceptionnels et les passes de Shirabu plus précises.

Néanmoins, peut-être que le destin se moque d'eux parce que c'est sur make you feel pretty que Semi Eita se blesse.

En faisant son service, il retombe mal. Il se tord la cheville. Il y a un léger crac que la musique couvre. Semi jure entre ses dents et Shirabu accourt vers la forme tremblante de Semi au sol.

Shirabu accourt vers Semi pour mieux lui dire :

- Tu es un idiot.

Semi grince des dents.

- Ferme-là.

Shirabu se baisse à sa hauteur, et enlève un peu brusquement les mains de Semi qui recouvrent sa cheville. Il murmure un fais voir qui se perd avec des tu es un idiot. Sa cheville est palpée par ses mains moites et ses doigts rougies par les passes. Semi s'étend en appuyant son poids sur ses coudes. Il ne grimace plus.

- Elle n'est pas gonflée mais ça ne change pas le fait que tu sois un idiot.

Semi ne rit pas - il sourit un peu, et soupire en même temps. Son visage est humide à cause de sa sueur qui colle ses cheveux gris contre son front et ses joues et sa nuque.

- Il faudrait aller à l'infirmerie pour être sûr que tu n'as rien.

Shirabu ramène ses mains le long de ses hanches, et il s'apprête à se relever quand une des mains de Semi l'empêche. Elle prend le poignet de Shirabu. Contre sa peau, sa main est en feu.

- Non. Hors de question. Je –

- Arrête de faire l'imbécile.

- Non.

Ils se regardent. Il y a une étincelle d'inquiétude dans ses yeux gris. Shirabu ne les avait jamais vu aussi expressifs.

- Le coach l'apprendra et il ne me laissera pas jouer.

Oh.

Shirabu comprend.

Semi n'avait plus marcher sur le parquet ciré des terrains depuis quelques mois. Ces dernières semaines, peut-être parce que le coach commence à croire en lui en tant que serveur, Semi avait goûté à la victoire d'exister en tant que joueur - à nouveau.

Shirabu ne comprenait pas toujours Semi. Il ne comprenait pas son amour pour les mots et son dégoût pour les sciences. Il ne comprenait pas pourquoi il avait abandonné ses cours de piano pour prendre des cours de guitare. Il ne comprenait pas pourquoi il était aussi gentil avec tout le monde, sans rien attendre en retour. Il ne comprenait pas son adoration pour la bande Picture This. Il ne comprenait pas pourquoi il l'aidait, parfois, à saisir la délicatesse des poèmes de Baudelaire et d'Apollinaire alors qu'il le jugeait trop froid pour apprécier une sensibilité qui lui faisait rouler les yeux. Il ne comprenait pas sa patience. Il ne comprenait pas ses regards.

Parfois, il ne comprenait pas ce Semi Eita.

Parfois.

Shirabu dit à cet idiot de rentrer aux vestiaires et de prendre une douche. Il dit à cet idiot qu'il sera de retour. Cet idiot le croit.


Shirabu est de retour avec une crème dans les mains. Il dit à Semi de s'assoir sur le banc des vestiaires. Semi obéit, avec un rictus et un murmure qui dit autoritaire, Shirabu ?

Shirabu dit qu'il aimerait répondre à sa question, mais il n'aime pas parler aux imbéciles.

Touché.

Shirabu se met à genoux. Il applique silencieusement la crème sur la cheville de Semi. La crème est douce et froide contre sa peau. Parfois, ses bouts de doigts s'attardent à la caresser. Ils sont durs contre la délicatesse de sa peau : ils sont rougis et hachés par les années de passes qui les abîment.

Semi aurait pu lancer une blague pour briser le silence – mais il est trop occupé à regarder la figure de Shirabu à ses pieds. Il paraît minuscule. Il ne dit rien. Il baisse sa tête – comme s'il avait trop peur de croiser des yeux gris.

Semi aime sentir ses mains sur son corps – même si ses doigts ne sont pas délicats. Avec une partie de son corps contre le sien, Semi peut sentir une douce chaleur se répandre dans son bas-ventre.

Il murmure son nom. Shirabu s'arrête. Il murmure son nom. Ses doigts s'arrêtent. Il murmure son nom. Shirabu ne relève pas la tête.

Semi murmure encore une fois son nom avant de se pencher pour l'embrasser.

Il pose ses doigts sur le menton de Shirabu pour remonter son visage. Ses lèvres se posent sur les siennes. Maladroit. Humide. Semi a fermé ses yeux et Shirabu a les siens ouverts et il peut voir les cils noirs de Semi toucher ses joues. Il ne sait pas comment faire. Maladroit. Il n'a jamais vraiment fait ça – contrairement à Semi. Il a l'air de savoir comment faire : il passe sa langue sur une de ses lèvres, et glissent ses doigts jusqu'à sa joue pour la caresser.

Shirabu ferme les yeux. Il penche sa tête à gauche – ou à droite, ou les deux, ou il ne sait pas de quel côté parce que Semi accentue un peu plus sa pression sur sa bouche et il est presque sûr que son cœur bat tellement fort et tellement vite qu'il va mourir.

Le baiser est malhabile et humide et lent et doux. Il est bon et mauvais à la fois. Leurs fronts se touchent et les cheveux bruns de Shirabu chatouillent ses yeux.

Semi Eita sourit – et si Shirabu n'était pas le genre de garçon à sourire pour un rien, peut-être qu'il aurait souri aussi.

Le cœur de Shirabu Kenjirou sourit.


Les jours passent et les baisers défilent.

Shirabu s'est habitué à la pression des lèvres de Semi contre les siennes. Shirabu s'est habitué à avoir les bras de Semi sur sa taille pour le rapprocher de son corps. Shirabu a appris à bouger ses mains jusqu'au visage de Semi pour encadrer son visage.

A chaque fois qu'ils sont seuls dans les vestiaires et dans les recoins de l'école et dans le gymnase et dans les couloirs et dans les salles, il y a plein de baisers volés.

Shirabu a appris à caresser la langue de Semi avec la sienne. Même s'il a murmuré des dégoûtant oh beurk beurk, il a recommencé – encore et encore. Sous sa moue, sous ses plaintes, sous cette mauvaise-foi à peine dissimulée Semi sourit.


Il est 23:56 quand Shirabu toque à la porte du dortoir de Semi.

Ses yeux brillent et il ne respire pas très bien : il a un cahier et des milliers de feuilles dans ses bras. Il y a des cernes bleutés sous ses yeux sombres et sa voix tremble quand il dit :

J'ai un examen demain sur un poème de Victor Hugo et je n'y comprends rien.

Semi prend ses affaires de ses mains et les posent sur son propre bureau. Shirabu ferme la porte du dortoir et il est sur le point de craquer lorsque sa voix devenue trop rapide traduit une panique qui ne fait que grandir – que d'exploser.

C'est un poème d'amour et il parle de plein de choses à la fois et je ne comprends pas pourquoi il commence à parler d'étoiles et de fleur en même temps alors que ce sont deux choses différentes et je n'arrive pas à saisir si la femme finit par le quitter et si je n'arrive pas à comprendre tout ça alors je vais avoir une terrible note et tu sais que je n'ai pas obtenu de bourse sportive comme vous tous donc si –

Semi prend son visage entre ses mains. Elles paraissent immenses contre le visage fin et angoissé de Shirabu.

- Calme-toi.

Il pose son front contre le sien et il caresse avec son pouce les quelques larmes qui ont réussi à s'échapper de ses yeux caramel. Il murmure des respire ça va aller respire écoute-moi pour que Shirabu puisse respirer à nouveau. Il chuchote des ça va aller tu vas réussir je suis là je vais t'aider pour que sa gorge puisse réussir à laisser passer de l'air à nouveau.

Avec sa main gauche, Semi pousse quelques mèches cuivre. Il embrasse son front.

Après quelques minutes, après que Shirabu a appris à respirer de nouveau contre le torse de Semi, il demande :

- Tendou n'est pas là ?

Sa voix est frêle – presque timide. Il peut sentir Semi secouer la tête. Il a passé ses bras autour de sa taille et reposé son menton au-dessus du visage de Shirabu.

- Non. Il va sûrement passer la nuit dans le dortoir de Wakatoshi.

- D'accord.

Semi ne demande pas si ça va mieux – car il sait que Shirabu ne veut pas qu'il lui demande. Shirabu chasse toutes les émotions que son cœur peut exprimer – les émotions, il appelle ça les faiblesses. Alors Semi ne parle pas de ses émotions. Parce que Shirabu ne souhaite sûrement pas qu'il lui rappelle ses joues rougies et humides. Alors, à la place, il prend sa main pour le diriger vers son bureau.

Il s'agit du poème Je respire où tu palpites de Victor Hugo et Semi n'a jamais rien lu d'aussi beau.

Semi Eita explique la délicatesse et la fragilité du poème à Shirabu Kenjirou.

Shirabu Kenjirou a des étoiles dans les yeux.

(Pour le poème ou pour ce Semi Eita ou peut-être pour les deux à la fois.)


Les mains de Semi se glissent sous le t-shirt de Shirabu – elles sont chaudes contre sa peau glacée. Il a entrelacé leurs jambes ensemble. Tendou a quitté le dortoir pour celui de Wakatoshi. Ils sont seuls. Semi a laissé sa playlist défiler. Il embrasse toutes les particules de son visage pâle sous le son love it if we made it de The 1975. De si près, il peut sentir le souffle de Shirabu contre son oreille.

Semi caresse son corps. Semi glisse tous ses baisers vers son cou. Semi l'embrasse. Doucement et fortement à la fois. Semi mordille ses lobes et son cou et toute sa peau. Et il passe ses doigts dans ses cheveux cuivre. Quand il sent une de main de Shirabu atteindre sa ceinture, il resserre sa prise.

Shirabu dit que c'est une bonne musique. Semi répond qu'il est très joli. Shirabu sourit – et Semi embrasse ses paupières.

Shirabu lui demande de se redresser. Il dit qu'il ne peut pas trop bouger à cause du poids de Semi au-dessus de lui. Semi lui répond que c'est le but. Shirabu sourit plus fort.


- J'ai envie d'une glace.

Shirabu hausse un de ses sourcils.

- Nous sommes le 27 janvier.

- Je suis un enfant de l'Hiver. Je ne crains pas le froid.

- Tu es un enfant de l'imbécilité.

- Viens. Je connais un bon endroit. Leurs glaces au chocolat sont excellentes – mais ne le dis pas à Satori, où il voudra venir avec nous.

- C'est un rendez-vous?

Semi sourit.

- J'espère bien.

- Tu payes ?

- Sale gosse.


Dans le bus, Shirabu se met toujours à côté de Taichi parce que Semi et lui ne voulaient pas attirer les soupçons sur une certaine proximité trop flagrante. Semi pense que Tendou se doute déjà de quelque chose. Et Shirabu a répondu que oui, sûrement, puisque rien n'échappait au regard de Tendou Satori.

L'équipe a bien fait quelques blagues sur leur rancune passée. Ils rigolent toujours un peu, lorsqu'ils voient Shirabu et Semi s'échanger des paroles sans se frapper – sans se blesser avec leurs mots. Semi n'arrive pas à savoir comment il a pu haïr Shirabu Kenjirou mais tous les autres s'en souviennent – sauf peut-être Shirabu, parce que lui aussi à oublier comme le détester.

Dans le bus, Semi est côté Yamagata et Shirabu ne peut pas s'empêcher de le regarder. Shirabu regarde la façon à ses cheveux gris et blonds à la fois de se désordonner. Il regarde les pointes noires qui s'harmonisent avec la couleur de ses sourcils. Il regarde ses oreilles pointues – il pense à toutes les fois où il y glissait quelques mots, quelques gémissements, quelques paroles. Il regarde ses bras croisés sur son torse. Il le connaît presque par cœur – à force de le caresser, de s'y reposer et de l'embrasser. Il connaît ses mains – elles se glissent sur tout le long de son corps. Il regarde ses doigts bandés. Il les connaît aussi. Il les a adulés.

Shirabu sait que sur l'index droit de Semi, il y a un deux petits grains de beauté. Shirabu sait que dans son dos, il y a toujours les marques d'acnés passés. Shirabu sait que sur le genou gauche de Semi, il y a une cicatrice d'enfance – l'histoire d'une première chute en vélo.

Shirabu connaît le corps de Semi parce qu'il a passé tout son temps à l'embrasser.

Merde, il pense. Il aimerait que Semi l'embrasse. Il aimerait toucher ses paupières closes. Il aimerait s'évanouir dans ses bras – se fondre dans son corps.

Shirabu Kenjirou ne peut pas s'empêcher de regarder Semi Eita.

Tendou Satori l'a vu.


Shirabu gémit le prénom de Semi et alors, Semi l'embrasse encore plus fort.

Leurs corps nus se mélangent dans les draps blancs. Il n'y a pas de musique. Semi n'a pas voulu mettre de musique parce qu'il voulait entendre tous les sons que Shirabu pouvait faire entre ses mains – contre son corps. Les soupirs de Shirabu étaient une nouvelle musique dans ses oreilles. Semi aimerait que les gémissements de Shirabu deviennent une playlist immortelle.

Semi lui prend la main. Les deux corps sont moites. Semi chuchote des phrases que Shirabu ne peut pas entendre – mais elles doivent être tendres, puisque Semi est un amant doux. Shirabu entrelace leurs doigts. Semi dit des choses dans le creux de son cou. Shirabu sert sa main plus fort.

Semi s'arrête – il relève son visage vers les yeux tremblants de Shirabu, et il n'a même pas le temps de demander si est-ce que ça va est-ce que tu as mal est-ce que tout va bien tu veux que j'arrête parle-moi Kenjirou que Shirabu murmure:

- Continue.

Semi embrasse doucement ses paupières mouillées.


- Belle passe, Shirabu.

- Merci, Semi.

Je n'aurais pas pu faire mieux que toi.


- Joli service, Semi.

Semi lui fait un clin d'œil.

Il n'y a pas plus fort que toi.


Tendou passe un bras autour des épaules de Semi. Ils sont sur le banc alors qu'un match de 3 contre 3 se passent sous leurs yeux. Ils ont assez loin des autres, alors Tendou se permet de lui murmurer :

- Je te laisse la chambre pour Shirabu et toi ce soir.

Semi lui envoie un regard noir.

Et Tendou éclate de rire.


Semi Eita a la tête sur les genoux de son copain quand il dit :

- Satori sait.

Shirabu ne réagit pas – ses doigts continuent de caresser les cheveux de Semi. Parfois, il prend quelques mèches et les entoure autour de ses doigts. Il ne s'arrête pas. Il ne quitte pas des yeux son cours de chimie posé sur le lit, à leurs côtés.

Semi a laissé jouer le son cry for me de Hunny.

Il a fermé ses yeux gris.

Ce n'est pas étonnant.

Je m'en fiche, Semi. Et toi?

Je m'en moque éperdument.


Goshiki est peut-être le premier année le plus collant qui puisse exister. Alors c'est pour ça que lorsqu'il demande à Shirabu de lui faire des passes après la fin de l'entrainement, il ne peut pas dire non – il sait que c'est perdu d'avance.

Shirabu est un garçon intelligent : alors il essaie de se sauver du temps – de se sauver du temps entre les mots de Semi et de ses mains.

Mais Goshiki n'arrive à frapper aucune de ses passes et Shirabu l'aurait frappé contre un mur si ce n'était pas interdit dans le règlement intérieur.

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

Shirabu craque. Sa voix est plus cassante qu'il ne l'aurait voulu. Goshiki n'y prête pas attention et sa frange noire couvre ses yeux qu'il imagine humides.

- Les dernières années s'en vont dans trois mois. Ça craint. Ça me rend triste.

- Je croyais que tu voulais devenir l'ace de l'équipe.

- Ouais.

Goshiki soupire.

- Mais je n'y arriverais jamais vraiment tout seul.

Et dans trois mois, beaucoup s'en vont.

- Ils ne reviendront pas, tu sais, Shirabu-senpai. Je manque d'avance quelque chose que j'ai mais qui, je sais, va disparaître.

Shirabu lui dit qu'il est stupide. Il lui dit qu'il est bête, parce qu'il sait que les troisièmes années aiment trop ce stupide lycée et cette stupide équipe pour ne jamais revenir. Shirabu dit qu'il est bête, parce qu'ils ne partent pas à l'autre bout du monde. Shirabu dit que Goshiki est bête pour pouvoir se rassurer.

Parce que cet idiot répond à toutes ces contestations et Shirabu commence à croire Goshiki. Goshiki dit que l'université est un autre monde : ils seront trop libres pour pouvoir penser à nous. Goshiki dit que l'université est un monde aux antipodes du leur. Il dit beaucoup de choses qui ne plaît pas à son cœur.

Il y a quelque chose qui se brise.

Goshiki parle de soirées, d'alcool, de filles et de soirées et d'alcool et de la distance et de filles et de Tokyo et de fêtes et filles.

Goshiki dit que Shirabu et lui, ils resteront ici. Et les troisièmes années s'en iront. Et Semi Eita s'en ira.

Et Semi Eita ne reviendra pas.


Ce soir, Shirabu Kenjirou ne rejoint pas Semi dans son dortoir.

Il ne répond pas à ses messages non plus.


Taichi lui demande pourquoi il n'a pas foutu un pied de son dortoir depuis tout le week-end mais Shirabu répond qu'il est malade. C'est drôle, parce qu'il a la maladie de l'Amour et que ça craint.

Taichi ne le croit pas – il se contente de le fixer un peu étrangement. Il dit que Semi le cherche partout.


Semi sait que Shirabu est en train de rompre avec lui mais il est trop amoureux pour le voir.

Il rompt avec lui sans lui dire – et ça ne le surprend pas. Entre eux deux, tout avait été question des mots qu'ils ne se disaient pas.


Semi Eita a dix-huit ans quand il croit qu'il est possible de mourir à cause de l'Amour.

L'ignorance que Shirabu lui porte brise son cœur en milliers de morceaux cristallins.

Shirabu l'ignore si fort que Semi commence à douter de sa propre existence. C'est lorsqu'il pleure – un peu et beaucoup et à la folie – qu'il réalise qu'il est bien vivant.

Il est vivant dans un cauchemar.


- SemiSemi… Tu as les yeux rouges. Tu as pris de la drogue ?

- La ferme.

L'air de rien, Satori s'inquiète un peu.

Tendou Satori l'a vu.


Semi Eita ne peut pas s'empêcher de fixer Shirabu Kenjirou et de penser à quel point il déteste l'aimer.

Mais il ne le déteste pas – et c'est peut-être ça, le pire. Il l'aime trop pour oublier la façon dont ses mains le caressaient : la façon dont il l'embrassait.

Semi Eita est obligé de penser à lui au temps du passé et il a envie de mourir.


Tout le monde commence à chuchoter à propos de leur deuxième bouton et si ça ne s'arrête pas, Semi risque de tous les tuer avant de se flinguer. Satori dit qu'il est tendu : il lui rappelle constamment de respirer. Mais il ne peut pas. Il a oublié comment faire.

La cérémonie a lieu dans deux semaines et il ne sait pas s'il est pressé de quitter cet enfer ou si c'est l'idée de quitter Shirabu Kenjirou qui lui paraît être l'Enfer.


Shirabu Kenjirou est présent à la cérémonie et Semi Eita ne sait pas comment interpréter la brillance dans son regard caramel. Ce qu'il sait, par contre, c'est qu'il ne peut pas décrocher ses yeux des siens. Shirabu Kenjirou non plus – mais Semi Eita est trop amoureux pour vraiment le voir. Semi Eita ne voit que son propre amour.

Tendou Satori pleure. Il pleure beaucoup et il crie beaucoup. Il hurle à quel point il aime cette école et à quel point il aime cette équipe et à quel point il aime cette vie et à quel point il est amoureux de Ushijima Wakatoshi. Ushijima Wakatoshi rougit – il a des étoiles dans ses yeux.

Goshiki Tsutomu pleure beaucoup. Il pleure jusqu'à ses yeux lui fassent mal – Satori l'a pris dans ses bras, et il a dit des on compte sur toi, notre petit ace et Tsutomu pleure encore plus fort. Yamagata ne pleure pas, mais sa voix tremble quand il dit je suis heureux d'être vos amis et ses mots signent la fin de Taichi Kawanishi qui passe son bras sur ses yeux humides d'un mouvement rageur.

Semi Eita ne pleure pas parce qu'il a trop pleuré ces derniers mois et c'est comme s'il n'avait plus assez d'eau pour pouvoir verser une larme. Shirabu Kenjirou lui aurait répondu que c'est impossiblement stupide, puisque son corps idiot est composé à 70% d'eau.

Shirabu Kenjirou.

Tendou Satori vient de donner son second bouton à Ushijima Wakatoshi. Ushijima Wakatoshhi vient de donner son second bouton à Tendou Satori.

Et s'il devait donner son propre bouton à cette spéciale personne, alors Semi Eita prendrait soin de le lui rendre en mille morceaux. Parce que tout le monde dit que c'est le bouton le plus proche de notre cœur, et parce que le sien était devenu seulement des milliers de bouts cristallins.

Alors Semi Eita tendra toutes ces fractures vers la paume blanche de Shirabu Kenjirou, et il lui dira à quel point il a détesté l'aimer.

C'était un mensonge.

Mais c'est ce qu'il est en train de faire.

Semi Eita a pris la main de Shirabu Kenjirou pour l'emmener vers un endroit tranquille pour lui crier à la figure quel point il a détesté l'aimer.

Shirabu Kenjirou est toujours aussi joli. Il porte toujours son uniforme et sa cravate violette est toujours aussi serrée autour de son cou. Il va peut-être s'étouffer. Semi Eita donnerait sa vie pour le sauver.

- Félicitations.

Sa voix est étrange, mais c'est peut-être parce que Semi Eita a oublié à quoi elle pouvait ressembler. Shirabu Kenjirou ne le regarde pas – sa tête est baissée et ses mèches cuivre tombent devant ses yeux. Shirabu Kenjirou n'est pas provocateur, insultant ou irrespectueux et ça ne lui ressemble pas. Il a l'air si petit que Semi Eita n'a pas la force – et la haine – pour pouvoir lui crier dessus.

Semi Eita a oublié quelle était la couleur de ses yeux – caramel ou chocolat ? Ou, peut-être les deux ?

- Eita, je…

Semi Eita a oublié comment respirer.

- Je suis amoureux de toi.

Kenjirou relève la tête. Les deux.

- Je te le dis maintenant car ça n'a plus d'importance.

Shirabu Kenjirou a brisé son cœur en millier de bouts cristallins : les morceaux s'éparpillaient dans tout son corps, et ils ne le laissaient pas respirer – et ni rire, et ni sourire. Ils se bloquaient dans sa gorge et poignardaient ses poumons – son foi, ses reins, ses muscles, son cerveau : son esprit. Surtout son esprit. Shirabu Kenjirou a brisé son cœur pour pouvoir le réparer par la suite.

Alors Semi Eita rit. Il rit très fort. Shirabu le regarde avec des étoiles dans les yeux – Semi Eita a du mal à les voir, car les siennes l'aveuglent assez pour ne pas réussir à distinguer l'amour de l'autre. Alors Semi Eita rit très fort. Il faudra que Shirabu Kenjirou l'embrasse beaucoup, beaucoup, pour pouvoir recoller les morceaux. Il faudra que Shirabu Kenjirou embrasse toutes les particules de son corps. Il faudra que Shirabu Kenjirou murmure tous les mots tendres et délicats qu'il a peur de dire.

Shirabu Kenjirou le fera.

- Sale gosse.