Tous les droits vont aux créateurs de la série. Bonne lecture =)


Jeudi 19 Novembre 2015

9h03

Boston

Massachusetts General Hospital


Emma était en retard. Seulement trois petites minutes. C'était jouable pour essayer de passer inaperçue. La jeune femme attrapa son sac à dos et sortit en vitesse de sa vieille Volkswagen jaune.

Elle entra dans l'aile dédiée à la neurologie et courut jusqu'au vestiaire. La blonde retira la blouse de son sac avant de le jeter dans son casier attitré et enfila sa tenue avec une rapidité hors norme. Un record aurait été effectué si son vêtement de travail ne s'était pas entortillé autour de son cou.

"Laisse-moi t'aider love."

Emma Swan se débattait avec le vêtement et grogna à l'intention de la voix :

"Pas aujourd'hui Killian. Je ne suis pas d'humeur."

"Comme tous les matins Swan... Et tu es en retard."

"C'est qu'il est perspicace ce jeune homme !" s'indigna t-elle passablement ennuyée.

Killian soupira. La jeune femme avait un sacré caractère, il était difficile de la suivre au quotidien. Il regardait attentivement l'infirmière qui était finalement parvenue à s'habiller.

"On mange ensemble ce midi ?"

"Peut-être, si tu arrêtes de me regarder avec cet air !" maugréa t-elle en parvenant finalement à s'habiller convenablement.

"Quel air ?" demanda t-il innocemment tout sourire.

"Regard de chien battu, me suppliant de retourner avec toi, ce qui n'arrivera jamais soit dit en passant."

Il fit mine de s'être pris une flèche en plein cœur, plaçant ses mains sur sa blouse verte au niveau de la poitrine.

"Touché."

La blonde attrapa son badge, replaça les fournitures dans la poche et partit sans un regard pour son ancien amant.

A la sortie du vestiaire elle bifurqua à droite, et prit le chemin de l'ascenseur qui était sur le point de se refermer. Elle bouscula une femme au passage, mais se sentit vite rassurée en voyant son amie.

"Bonjour à toi aussi Em' !"

"Excuse moi. Comment vas-tu ?" demanda l'infirmière peinée qui regardait l'ascenseur monter avec un soupir las.

"Fatiguée, j'ai pas mal de sommeil à rattraper ! D'ailleurs on ne s'est pas vues depuis lundi soir !"

"J'étais de garde Ruby et hier... Eh bien j'étais occupée ailleurs."

"Mouais" ronchonna Ruby, mais avec tout de même un grand sourire aux lèvres. "Qui est l'heureux élu ?"

"Personne !" répondit Emma sur la défensive.

"Mmmmh mmmmh" se moqua son amie.

Ruby était une grande brune, aux mèches rouges. Une femme magnifique qui avait connaissance de ses atouts. Elle avait un grand succès auprès de la gente masculine. Cependant, aucun homme ne faisait partie de sa vie. Elle jouait et séduisait les prétendants, mais n'allait jamais plus loin.

Emma avait rejoint le Massachusetts General Hospital de Boston - MGH - six mois plus tôt et Ruby avait été la première à la guider à travers les dédales de couloirs blancs et déprimants de l'immense hôpital.

Les deux femmes s'étaient rapidement rapprochées puis devinrent amies et bientôt colocataires.

Elles montèrent les escaliers ensembles puis marchèrent jusqu'au bureau des infirmières, lorsque Ruby demanda :

"Tu travailles samedi dans trois semaines ?"

"Je n'ai pas encore eu le plaisir de lire mon planning. Pourquoi ?"

"Je suis l'organisatrice d'un déjeuner entre collègues de service. Pas que cela m'enchante des masses... Mais le directeur a pensé qu'une secrétaire aussi douée que moi avait ça dans le sang. Ce n'est pas un peu de la discrimination d'ailleurs ? Je suis en bas de l'échelle et on me refourgue encore plus de trucs chiants, et puis il y...»

"Swan!"

Emma s'excusa d'un regard auprès de son amie. Elle se retourna pour subir les foudres de sa supérieure qui avait interrompu et fait fuir son interlocutrice précédente.

"Bonjour Dr Mills."

"Quatre fois en deux semaines, et ça, c'est seulement lorsque je vous prends sur le fait. Qui a eu l'idée brillante de vous embaucher déjà ?!"

"Euh... Vous, je crois ?"

Emma n'en menait pas large, la petite veine d'irritation sur le visage de sa supérieure l'effrayait quelque peu. La femme incarnait le charisme et la classe. Elle incitait au respect rien que par sa présence. Cependant, Emma parvenait parfois à passer outre l'aura de puissance de la neurochirurgienne, mais pas cette fois.

De surcroît, la blonde ne réfléchissait seulement qu'après, laissant son instinct parler pour elle. Elle songeait parfois à se contenir et penser aux conséquences, mais la résolution ne tenait jamais très longtemps.

Mills ouvrit la bouche pour incendier son infirmière de bloc, mais se ravisa quand son bipeur se mit à retentir dans la poche de sa blouse.

Elle se passa une main dans sa chevelure aile de corbeau, son seul signe de nervosité tandis qu'elle observa son outil bruyant de ses yeux noisette.

"Miss Swan, allons-y."

Son ton était impérieux et Emma savait que cette conversation n'était que partie remise.

Elle soupira et suivit la jolie chirurgienne qui était déjà loin.

Arrivées aux devants des urgences, les deux femmes ainsi que le reste de l'équipe accueillirent l'ambulance. L'infirmière tentait vainement de reprendre son souffle après la descente des deux étages aux pas de course.

Il faut vraiment que je me remette au sport… se fustigea t-elle dans son esprit. Regina semblait d'accord avec ce constat silencieux en lui lançant un regard excédé.

La neurochirurgienne dirigea son attention vers les deux ambulanciers qui se mirent à sortir le brancard avec rapidité.

"Qu'est-ce qu'on a ?" s'enquit Regina.

"Homme de trente-cinq ans tombé d'une échelle. Plaie à la tête. Atteint d'obnubilation et se plaignait de céphalées intenses à notre arrivée. Il s'est effondré entre Tremont Street et ici. Tension basse. Glasgow à 5. »

Regina auscultait l'homme tout en avançant et en donnant des directives :

"Préparez le pour un scan cérébral sans injection, on l'intube. Swan, 10 mg de morphine et réservez le bloc 3, il devrait être disponible. " annonça t-elle ne vérifiant même pas si son infirmière exécutait ses ordres.

Elle observa les pupilles de l'homme et commenta :

"Mydriase unilatérale. Intubation Dr Locksley, et plus vite bon sang !"

Elle se décala et questionna son interne :

"Diagnostic Docteur Hernandez ?"

"Probablement un hématome, on recherchera sur le scan une hyperdensité spontanée en lentille biconvexe, un engagement cérébral, des lésions associées, fractures ou embarrures."

"Rien d'autre ?"

L'interne secoua la tête de gauche à droite.

"Des antécédents. Avez-vous pris la peine de ne serait-ce que jeter un coup d'œil ?" répondit sèchement la chirurgienne en pointant du doigt le dossier au bout du brancard.

Lukas Hernandez se sentit mal, il ne se sentait pas encore capable d'être le seul médecin disponible lors d'urgences. Le Dr Mills le lui avait bien fait comprendre de toute manière. La pression exercée par son homologue n'aidait pas. Être aux côtés de Regina Mills était un honneur. L'une des plus grandes neurochirurgiennes de son pays l'avait accepté auprès d'elle pour son internat. Si son intelligence et son talent étaient admirables et enviés, sa rigueur et sa froideur n'étaient pas toujours d'une grande aide pour gagner confiance en soi. Mills se moquaient éperdument des sentiments de ses confrères et collègues. Lukas se faisait d'ailleurs souvent humilier par sa supérieure. Il en venait parfois à douter de ses capacités et de son futur au sein du MGH.

SQ - MGH

"Large plaie, embarrure, volumineux hématome extra-dural localisé en fronto-pariétal" commenta Lukas le regard fixé sur les scans aux côtés de son mentor.

"C'est exact Dr Hernandez. Quelle approche ?" demanda la chirurgienne.

"Il est préférable un abord par volet ostéoplastique."

"Qui s'occupe des temps préliminaires ?"

"Euh..."

Lukas regardait dans le vide, pourquoi son mentor lui demandait ça ? Regina soupira.

"Laissez tomber, venez voir par vous-même. Il faut que je vous rappelle la procédure pour le nettoyage des mains, ou bien l'importance d'une tenue stérile aussi ?"

Lukas grimaça, elle le prenait pour un idiot, mais il ne pouvait pas broncher. Il tenait à sa carrière qui se dessinait lentement devant lui et étonnamment, il tenait également à sa vie. Nul ne se mettait en travers du chemin de Regina Mills.

Une fois prêts, ils entrèrent dans le bloc numéro trois où le patient attendait, crâne rasé et zone d'incision lavée à la bétadine et désinfectée.

"Mr Hernandez, à votre avis, le patient s'est-il rasé et désinfecté seul ? »

"Non Mme."

"Qu'est-ce qu'une équipe soignante pluridisciplinaire ?"

"Différentes personnes, de différentes professions, réunies autour d'une tâche commune : prendre soin des patients. »

"Bravo, le dictionnaire est un ami fidèle, la théorie c'est vraiment bien, très utile, mais un peu de pratique ne serait pas de refus. Voyez, les antécédents, c'est grâce à vos collègues que vous les obtenez. Remerciez aussi les techniciens pour ce scanner. N'oublions pas non plus Miss Swan, reine des retardataires pour la stérilisation du lieu et du patient. Une infection nosocomiale évitée est un avantage certain quant à la survie du patient."

Lukas grogna, son ego en prenait encore un coup, le ton enfantin que mimait son mentor n'aidait pas. Il attendait la suite patiemment. Une femme blonde dont il ne se souvenait pas du nom vint près de sa professeure pour lui enfiler des gants stériles.

"Un compliment et une remontrance dans la même phrase, vous êtes douée Dr Mills." chuchota doucement Emma, de façon à ce que seule la chirurgienne puisse entendre.

"Continuez ainsi Miss Swan. Le licenciement est proche." avertit-elle.

"Quel dommage... Nous nous entendions si bien dans un bloc opératoire."

"N'importe quelle infirmière serait capable de faire la même chose, et je peux en trouver une avec plus d'expérience, mais qui soit aussi… bien plus supportable."

"Pourquoi m'avoir attribué ce poste dans ce cas là ?"

Emma fit claquer l'élastique du gant contre la peau de Regina. Un petit sourire espiègle s'étira sur ses lèvres.

Regina ne sut que répondre et de toute façon le temps n'était plus aux chamailleries. Elle se détourna vivement de la jeune infirmière irritante et ordonna à son interne de tracer les traits pour l'ouverture du crâne.

"Scalpel."

Emma tendit à la neurochirurgienne l'outil demandé en même temps que le mot fut insufflé.

"C'est ça dont je parlais. Une certaine symbiose lorsque nous travaillons ensemble." expliqua Emma avec un clin d'œil.

"Taisez-vous Miss Swan. J'aimerais sauver la vie de cet homme."

Emma avait gagné cette bataille. Mais la guerre ne faisait que commencer.

SQ - MGH

Lukas était épuisé. La chirurgie urgente de Mr Ferguson n'était pas des plus complexes non, c'était sa supérieure qui l'ennuyait profondément. C'était son troisième jour au sein du Massachusetts General Hospital, et il se sentait au bout du rouleau. Il se mettait déjà beaucoup trop de pression. Il avait imaginé que son internat ne serait qu'une formalité, il n'avait pas voulu se fier à la réputation de Regina Mills.

Rien avant ne l'avait préparé à cette longue garde qu'il devait effectuer dès son arrivée. Hormis peut-être les longues nuits à étudier plus que de raison…

Mr Gold, le grand Directeur l'avait pourtant prévenu : être l'ombre de Regina Mills était une véritable torture. D'autres avant lui avaient essayé, et les résultats n'étaient pas toujours concluant.

Lukas était un homme de petite taille, certes, avec des cheveux châtains et des traits fins qui encadraient des yeux marrons communs. Un être tout à fait banal en somme. Cependant, il était doté d'un don. Une mémoire eidétique ou plus communément appelée mémoire photographique, la capacité à se souvenir d'une grande quantité d'images, de sons ou d'objets dans leurs moindres détails. Ce don avait été une bénédiction pour ses études de médecine à Harvard, lui facilitant grandement la tâche.

L'interne se dirigea vers la cafétéria. Son ventre criait famine depuis une heure ou deux. Il s'empara d'un plateau et se positionna derrière un grand brun qu'il devina brancardier à la couleur criarde de sa blouse. Sans vraiment le vouloir, il écouta celui-ci se plaindre :

"Elle a vraiment dit ça ? Quelle garce en puissance !"

"Mh... C'est la première fois que je me fais traiter d'écervelée inconsciente doublée de roturière. Le premier à la rigueur, mais roturière ?! Qui utilise ce mot de nos jours ?!"

L'homme se mit à rire avant d'ajouter :

"Ma belle, je crois que cette femme te hait. Après, tes retards à répétition n'aide pas non plus ton cas. Tu es douée Swan, mais tes défauts te poussent vers la sortie. Sois prudente."

"Je ne possède qu'un manque de ponctualité ! » s'écria la jeune femme.

Lukas la reconnue comme étant l'infirmière de bloc attitrée du Dr Mills.

"Et ton foutu caractère, ta fierté démesurée et ton grand sens de la justice, défenseure de la veuve et l'orphelin qu'on pourrait t'appeler. Tu as surtout cette capacité à envoyer tout le monde paître sans te soucier de rien. Tu as tout pour déplaire à un patron Emma, tu fais du bruit, et tu ne respectes absolument pas certaines obligations."

Emma grogna de frustration. Killian avait raison, mais lui dire ne servait à rien mise à part flatter son ego déjà surdimensionné.

"Admettons que je fasse des efforts sur mes retards, cette femme est impossible ! Elle a la capacité émotionnelle d'une huître. Elle est infernale avec tout le monde, de ses internes aux secrétaires. C'est un véritable tyran" s'insurgea Emma.

Killian souriait. L'infirmière le faisait rire. Il la trouvait belle et rafraîchissante. Il se sentait en paix avec lui-même quand elle était à ses côtés, ses vieux démons disparaissaient au son de sa voix. Son parfum aidait aussi à son évasion. Il la désirait, peut-être même qu'il l'aimait.

"Essaye, dans le pire des cas elle continuera à te dénigrer sur ta classe sociale jugée inférieure."

Malheureusement, cette femme ne pourrait jamais être sienne. Elle le lui avait fait comprendre qu'il n'y aurait rien de plus que de l'amitié. Ils avaient essayé, dîners amoureux, cinémas... Mais Emma ne ressentait pas « cette étincelle » comme elle lui avait expliqué il y a peu.

Killian était déçu bien sûr. En lui, la petite flamme vacillait toujours, mais il se contenterait de l'amitié qui lui était offerte, simplement.

Ils s'assirent tous les deux, et discutaient d'une série télévisée du moment, toutefois ils furent interrompus :

"Bonjour, Lukas Hernandez" se présenta le jeune homme en se rapprochant de la table des deux amis. "Je suis interne sous les ordres de Mills. Je peux m'asseoir à votre table ?"

"Ouais bien sûr ! Mon pauvre, être le larbin de la dragonne, tu es courageux mate! Je suis Killian."

Celui-ci tendit sa main pour rencontrer celle de l'interne.

Un rictus sardonique apparu sur ses lèvres tandis que Lukas eut un air horrifié. Le jeune homme de petite taille avait encore la prothèse du brancardier dans la main.

Emma explosa de rire. Ce n'était pas la première fois, mais le résultat était toujours le même.

Lukas jeta la prothèse de main sur la table apeuré. Il avait besoin d'air, la blague était un peu trop surprenante.

Il bégaya :

"Dé-désoo..lé. Je l'ignorais."

"Non ne t'excuses pas Lukas, c'était une blague de mauvais goût." répondit Killian avec un air navré.

Emma s'étouffa avec sa banane, repensant au visage de l'interne et à la gêne occasionnée.

"Love, respire, tout le monde me fixe, entre sa tête de blasé et toi qui t'étouffes à cause d'un fruit... J'ai ma réputation." dit-il en lui faisant un clin d'œil.

La nervosité du jeune docteur et le fou rire d'Emma dissipés, l'interne questionna :

"Comment est-ce arrivée ? Enfin... Si ce n'est pas trop indiscret."

"J'étais dans l'armée, il y a de ça quatre ans. Je faisais partie des soldats envoyés en Irak. Je l'ai perdu à cause d'une mine. Nous étions une des dernières unités sur place, mais les attentats... Le retrait des troupes devait se terminer en décembre 2011. Je l'ai perdu en octobre. » expliqua t-il en refixant sa prothèse à son avant-bras.

Lukas écoutait son récit avec attention. Il ne savait pas quoi dire et se contenta de hocher la tête à plusieurs reprises durant le récit.

Il ne voulait pas qu'un malaise subsiste et changea de sujet :

"Vous êtes ensemble ?"

Emma allait rétorquer, mais Killian l'a pris de vitesse :

"J'ai bien essayé, mais Swan n'a pas succombé à mon charme !" clama t-il en passant son bras autour de l'épaule de la concernée.

"Bouge tes sales pattes de là !" grogna Emma.

Lukas s'amusa de leur querelle limite fraternelle. Il discuta encore avec eux tout en picorant son riz avant de regarder sa montre avant d'annoncer affolé :

"Merde, je dois y aller, à plus tard, et merci !"

"Courage jeune homme !" envoya Killian avec sympathie.

Emma observa à son tour l'heure et gémit :

"Les bonnes résolutions ne sont pas encore tenues ! Je file."

Elle embrassa son ami sur la joue avant de détaler.

Killian grommela :

"Je me fais toujours avoir..."

Il se mit en marche et débarrassa les trois plateaux.