Yo ici J'men ^^! P'tain ça fait longtemps depuis la dernière publication. On va reprendre en douceur avec trois petits OS qui traînent dans mon ordi voilà quelques mois. Je devais en effet sortir ce 3 shoot en Décembre mais le temps me manquait puis j'ai oublié. Autant dire que là, du temps, j'en ai à revendre. Dédicace à ma sensei qui a corriger ce chapitre et bonne lecture.

I

Aujourd'hui c'est Noël, j'suis fou de rage, j'suis énervé ! « Crétin », « cancre », « débile », c'est ainsi que je me fais appeler. J'déprime enfermé dans ma bulle. Est-ce ma faute si j'suis nul? Pourtant j'fais de mon mieux, j'étudie d'arrache-pied et même des jambes carrément ! Orphelin de père, Orphelin de mère. Mon papi, celui qui m'a recueilli, adopté, j'ferai tout pour le rendre fier.

Aujourd'hui c'est Noël, j'entame un nouveau jour d'échec. Mais qu'importe ! Le bonheur peut encore frapper à ma porte ! Car certes j'suis timbré, un peu fou, du haut de ma tour j'vois les choses différemment, observant ce monde bizarre et cauchemardesque, j'scrute l'horizon, espérant trouver ma reine. Pas faux que j'sois pas un cavalier, un chevalier, j'suis qu'un petit pion sur cette terre, cet échiquier. J' semble insignifiant ? Soyez prudent ! Un petit pion peut se transformer en roi. Alors oui, malgré ma chevelure j'suis pas brillant, mais croyez-moi j'suis persistant. Allez-y, continuez vos insultes, vos brimades ! Frappez-moi, lynchez-moi, crachez-moi dessus, votre haine, votre mépris, ont rendu ma peau imperméable. Moquez-vous, riez bien, ne croyez pas me rendre malade ! J'vous assure, j'dis vrai ! J'vous raconte pas de salade. Tout cela me donne d'la force, j'vous le dis, j'flancherai pas, je m'en sortirai, j'vivrai bien j'vivrai vieux, j'vous le dis ça sera le pied! On verra bien qui rira le dernier. Le travail paye, j'y crois dur comme fer.

Aujourd'hui c'est Noël, résultat : 7 de moyenne. Efforts vains, j'suis dernier. Injustice, cruauté ! Dieu, n'avez-vous donc aucune pitié ? Pourquoi eux parviennent-ils à tout avoir, tout réussir, avec tant d'aisance, de facilité ? Un 12, un 11 ou même un 10, s'il vous plaît, ne l'ai-je pas mérité ? Finalement j'avais tort, les meilleurs sont pas toujours les premiers.

Aujourd'hui c'est Noël, j'suis seul sur un banc, j'révise, soyez pas étonné. J'vous l'ai déjà dit, j'suis persistant, j'reviens jamais sur une parole donnée. J'bosse à fond les maths, mais j'fais face à un problème. J'suis pris au piège, enfermé dans un cercle. Les ennemis se multiplient, qu'ai-je encore fait ? Dans leur tête, ça tourne pas carré ! J'ai beau faire le tri, tourner ça dans tout les sens, qu'importe les angles, j'pige pas. C'est vrai, je n'en connais pas un rayon sur l'homme, mais pourquoi m'en vouloir sans raison ? L'un d'entre eux s'rapproche et me donne des cours particuliers. Je m'attendais pas à me faire dépouiller quand il m'a parlé de soustraction. J'me révolte, j'le pousse. Hélas ! d'autres viennent à sa rescousse. L'addition est salée. Une chenille face à cent fourmis pour faire un parallèle. J'fais ce que j'peux j'balance des droites, j'essaye de les mordre, mais j'arrive qu'à mordre la poussière. Véritable octogone sans règles, j'prends cher, j'ai mal, j'saigne. Mais pourquoi ? Pourquoi, pourquoi me faire subir tout ça ? Parce que j'suis idiot ? Ou bien parce que j'suis trop pauvre pour me payer de beaux vêtements, un portable de marque, des chaussures Nike ou Adidas, ou un sac Eastpak ? Est-ce pour ça ? Lueur d'espoir, du monde rapplique. Néanmoins, personne ne réagit. Loin d'être divisés, ils sont unis, tous au volant de ce bus horrible qu'on nomme harcèlement scolaire. Certains font mine de ne rien voir, continuent leur chemin. D'autres attendent que quelqu'un intervienne. Clou du spectacle, dans le public, certains repartent avec un souvenir. Quel cauchemar ! Ils me filment, me prennent en photo. Publierons mon mal-être sur Instadrame ou Twitter. Partagerons ma douleur alors qu'ils auraient pu y mettre fin. Est-ce donc ça le sommet de l'évolution ? Je n'ose même pas penser à ce qu'il se trouve en bas. Ça y est, j'ai compris. Compris de quoi ils sont coupables. Eux me frappent pour oublier leurs soucis, à quel point ils sont misérables. Exhiber mes faiblesses pour mieux faire briller leur force. Quant à eux, ils sont juste lâches. Ils préfèrent tous se taire par peur de devenir à leur tour le souffre-douleur du lycée, alors qu'il suffirait de faire front commun. J'les plains, j'suis fier. Ils ne s'en rendent pas compte mais ils ont besoin de moi pour subsister. Je ne baisserai pas les bras, j'continue le combat, rien ne pourra m'arrêter !

Aujourd'hui c'est Noël, assis au CDI. J'rêvasse, j'réfléchis. La philo c'est dur, il suffit pas de raconter sa vie. Faisant abstraction des chuchotements et moqueries, j'continue de bosser. Impossible, c'est l'impasse. J'en pleure, ils en rient. C'est frustrant, c'est rageant, c'est si dur d'être un cancre ! J'fais de mon mieux c'est ça le pire, j'suis vraiment un bon à rien... La réalité est rude, vraiment moche. À quoi bon continuer, quoi que j'fasse c'est inutile, je n'ai rien dans la caboche.

Mais aujourd'hui c'est Noël, un miracle se produit ! Gentiment elle s'installe, elle me parle simplement d'un ton amical. Elle aussi est brillante mais contrairement aux autres elle cherche pas à me faire mal, à m'aveugler. Non, elle veut juste m'éclairer, m'apporter ses lumières. J'comprends rien…

Je comprends ! J'écris la suite tout seul comme un grand. Mon Dieu je fais ça si facilement ! Cette brune est trop forte, je n'en reviens pas, quel prof! Elle me corrige, se moque un peu, mais sans méchanceté. Syntaxe, grammaire, orthographe, conjugaison, elle me conseille, elle me guide. C'est compliqué, j'ai honte, pour une fois que quelqu'un me traite normalement... Grosse surprise, même pas lasse, ne me rabaisse pas, m'encourage : « Ce n'est pas grave si tu n'as rien dans la caboche, il nous suffit simplement de la remplir ».

Aujourd'hui c'est Noël, je vis un rêve dans ce cauchemar. On se voit tous les soirs. Elle m'aide dans chaque matière, seulement je perds le nord. Elle me rend dingue, occupe toutes mes pensées. Je voudrais lui dire tant de choses. Lui dire que j'aimerais connaître son histoire, lui dire « je t'aime » en français, anglais, allemand, espagnol, latin, grec... Bref lui déclarer mon amour dans toutes les langues. Connaître la géographie de son corps. Ce n'est pas que physique, que chimique, je ne peux l'expliquer, je dirais juste que lutter pour ne pas l'embrasser c'est du sport. Je suis plus doué en maths maintenant c'est vrai, cependant il me serait impossible de mettre un chiffre pour représenter la puissance de mes sentiments. Aucun doute, Dieu existe et est à l'origine de ce chef-d'œuvre. Aucun doute, c'est de l'art, il s'est appliqué et je ne parle pas seulement de sa plastique. Sa voix est la plus belle des chansons. J'en suis fou, en devient cardiaque. Dés que je la vois mon cœur fait craque. Second trimestre la sentence tombe : 17 de moyenne et « Félicitations ».

Aujourd'hui c'est Noël, gros changement dans mon quotidien. Le pion a réussi à se transformer. La chenille est devenue un papillon. Les fourmis rôdent toujours même si la situation a changé. Les uns me jalousent en silence, les autres ont choisi une nouvelle cible, un nouveau pion qui les aidera à décompresser. Cinq d'entre eux essayent de m'intégrer à leur bande, quand le reste continue de me haïr, toutefois, rien qu'avec des mots. Je pensais être satisfait, que ce nouveau regard me plairait, mais contre toute attente je me trompais. En fin de compte il n'y a plus que son regard à elle qui m'importe. Je veux être avec elle, je veux la rendre heureuse, lui offrir monts et merveilles. Je ferai tout mon possible, devenir médecin, astronaute, chirurgien, président même s'il le faut.

Aujourd'hui c'est Noël, ça y est, elle et moi c'est officiel ! On est en couple maintenant. Je ne sais pas ce qu'elle me trouve, mais je ferai tout pour qu'elle ne regrette pas ce choix. J'avoue que c'est compliqué. Oui c'est vrai que j'ai progressé je ne vais pas le nier. Néanmoins, l'école finalement, pour moi ne rime à rien. En réfléchissant, l'école qu'est-ce que c'est ? Un endroit où l'on entre dés que nous sommes à même de penser, qui se chargera de mieux la diriger, la contrôler. Car l'école n'est pas faite pour nous apprendre à penser par nous-mêmes, mais à rentrer dans le troupeau, à obéir. Elle essaye d'effacer les individualités, nous faire rentrer dans le rang. Est-ce vraiment ce que je veux ? Passer le quart de ma vie dans le monde pénible des études ? Soit… Nôtre société tourne autour de l'argent et il m'en faut si je veux réussir ma vie. Pour elle je suis prêt à faire ce sacrifice, faire ce qu'il faut pour gagner ma vie. Mais elle me dit que ce n'est pas acceptable. Qu'on ne peut pas gagner sa vie à la perdre. Que notre existence est courte, que c'est ce qui la rend formidable, qu'il faut l'honorer, savourer pleinement chaque petit moment. « Si tu veux me rendre heureuse, alors fais ce que tu aimes ». J'avais raison, je ne la mérite pas. Ce que j'aime ?

Aujourd'hui c'est Noël, je quitte ce lycée pour rejoindre le CFA. CFA et lycée professionnel , je sais cela n'a pas bonne réputation. Pour certains « c'est de la merde », on ne pourra faire qu'un sous métier en sortant de là. Pas tellement de leur faute, l'État n'a pas cessé de les dévaloriser. Qu'importe, c'est mon choix, le jugement du grand public est insignifiant. Et puis, ces idiots feront moins les malins quand on les lâchera dans le monde du travail. Moi je continue de me former, d'apprendre les secrets du boulot de boulanger. Sept ans après je gagne ma vie. Elle est belle, elle est populaire, elle est grande, elle est magnifique ma boulangerie ! Et en plus elle rapporte ! Située dans la France profonde, c'est le cœur du village, c'est vraiment super d'aider les autres.

Aujourd'hui, c'est spécial. Réveillon de Noël avec mon âme sœur à l'hôpital. Ma femme m'a offert le plus beau des cadeaux. Je passerai le restant de mes jours à lui exprimer ma gratitude. Un petit garçon, un petit blond, notre soleil à tous les deux. Serait-ce pour cette raison que l'admirer me donne les larmes aux yeux ? Aujourd'hui c'est Noël, c'est la fête du Christ, c'est son anniversaire. Pourtant c'est notre ange qui nous obnubile, à partir de ce soir c'est lui la seule personne qui compte pour nous et que jusqu'à ce que la mort nous prenne, sa mère et moi, chaque jour de sa vie, nous promettons de célébrer.