Hello ^^ (comment on dit Bonjour en Fodlien ? aucun idée ...)
Voici donc une histoire avec OC à publication mensuelle dans l'univers de Fire Emblem : Three Houses !
N'hésitez pas à aller zieuter du côté de celle de Little D. Tartine, nos héroïnes se croiseront au Monastère !
Bonne lecture à tous !
(et désolée, petit bug sur la première version du chapitre, les tirets pour les dialogues arrivent, le temps que le site se mette à jour ...)
Chapitre 1 : Première lune
Il y a mon cœur, là.
C'est ce qu'il m'a appris aujourd'hui. Mon cœur est juste là, sous ma poitrine. Il ne faut pas l'oublier et je dois le protéger car il n'y aura que lui qui pourra le transpercer. C'est son « droit le plus entier », il possède tout de moi. C'est ainsi qu'il m'a élevé, cet homme dur et froid. Il m'interdit de l'appeler « père » car il ne l'est pas, je dois l'appeler « seigneur », comme n'importe qui dans ce monde. Il est plus haut que tout ce qui vit. Rien de ce qui respire n'est son égal.
C'est avec le lourd poids de son nom et sa menace ancrée dans ma poitrine que je pénètre sur le parvis du monastère de Garreg Mach. Les lourdes grilles se lèvent et derrière elles je découvre la chevelure blanche de la jeune héritière impériale. Mon aîné, ma « cousine ». Nous sommes elle et moi si différentes, rien ne nous rapproche, alors faire presque partie de la même famille ce doit être le mieux que nous puissions faire.
Toujours digne, les yeux rivés vers ma monture, elle m'accueille en ces murs Saints.
- Bienvenue à Garreg Mach, Luna Von Arundel, chère cousine.
Je hoche la tête sous ma capuche et replace une mèche de mes boucles noires derrière les oreilles. Edelgard me met toujours mal à l'aise, depuis que nous sommes petites. Sans doute est-ce réciproque, elle ne me quitte pas des yeux et ne sourie pas. Son attitude cordiale la pousse même à s'incliner légèrement lorsque je la rejoins après avoir confié les rennes de mon cheval à l'un de mes gens. Noblesse oblige, j'effectue la révérence à celle qui est née pour être ma souveraine.
- Je t'en prie Luna, ici je ne suis pas la future impératrice, nous sommes toi et moi de jeunes étudiantes. Viens, je te conduis à ta chambre.
Je réprime un sourire et époussette mon jupon blanc luisant sous le ciel nocturne et suis Edelgard au travers des cours et arcades du monastère. Mon cœur se rassure quand je bats les pavés de Garreg Mach.
Nous terminons les quelques marches qui mènent aux portes des dortoirs. Derrière nous mes gens trainent mes coffres et malles. Les roues dévient sur les reliefs du sol, je devine que ce ne doit pas être aisé pour eux de trainer une telle charge à travers les étages, mes livres pèsent si lourd. Mais la compassion m'est interdite : tant que les armoiries d'Arundel seront brodées sur moi, mes yeux ne pourront contempler la misère.
- Tiens, voilà tu seras là.
Sans avoir besoin de regarder mes gens, elle leur indique où déposer mes coffres, je me recule pour les laisser passer tandis qu'ils s'exécutent avec vigueur. Ce devait vraiment être très lourd.
- Votre Altesse…
Non d'un coucou ! Hubert ! Sorti vraiment de nulle part, ou alors des confins du chaos, Hubert s'incline et me tend son bras. Il a le don de me faire perdre toute contenance… et de me terrifier.
- Lady Von Arundel, une dame de l'entourage de son altesse ne saurait sursauter à la moindre occasion. Hubert, cela suffit, permet moi de te quitter pour cette nuit chère cousine.
La future impératrice n'attend pas mon assentiment mais je m'incline quand même lorsque sa silhouette a quitté la pièce.
Le silence est revenu, je constate que mes gens ont allumé quelques chandeliers avant de partir, je n'ai pas pu les remercier.
Je défais la boucle de ma cape et la dépose soigneusement sur le porte-manteau derrière la porte. Mes cheveux sont un peu humides, il a plu pendant le trajet. Traverser le territoire de l'Empire pour arriver ici m'aura pris tant de jours, et tant de nuits. De la poussière s'échappe du verrou lorsque je le tourne, il claque et le cadenas tombe en réveillant sans doute mes voisins. Il y a un bureau et des étagères, elles seront bientôt remplies. Des livres de sorts, d'enchantements de sortilèges et de potions. Tous offerts par le régent et il me tarde de les parcourir. C'est une académie, je suis venue pour apprendre. Mais surtout, le rouleau de parchemin rédigé de la main même du régent me rappelle les termes de ma mission, je ne saurai être une étudiante comme les autres.
… où suis-je ?
Cette atmosphère, ce noir, ce froid… je dois être encore dans un rêve. Je force, je force mes yeux à s'ouvrir et pourtant mon épine dorsale se hérisse. Je sens ce danger imaginaire, cette projection de ma peur, je la sens se rapprocher de moi. Vulnérable, couchée et sans défense, je lutte intérieurement et j'enfonce mes portes mentales en espérant me réveiller.
Aucun son ne sort de mes lèvres scellées par ce coma onirique qui me cloue sur place. Ma conscience s'agite, je sens que la bête de rapproche. Sa respiration monstrueuse, son odeur rance et râpeuse. Tout mon air devient froid comme si la chaleur de mon corps me quittait pour aller nourrir cette chose hideuse et vorace perchée au-dessus de moi. Je sens sa salive infâme couler sur mes joues, je vois ses crocs pourris des restes des chaires qu'elle a dévoré.
Pourquoi ne puis-je pas me défendre ?! Je force mon sang à bouillir et constelle ma magie la plus fidèle, celle qui ne me trahira jamais. Une incantation silencieuse et du bout des doigts je chasse ce monstre en un lourd fracas crépitant.
Il me faut plusieurs secondes pour réaliser. Haletante, transpirante, mes nefs se libèrent et me laissent à nouveau avoir la maîtrise de mon corps. J'ai mal, strictement partout où ma sensibilité se réveille, elle laisse place à de la douleur. Le parquet ancien craque, mes talons claques et ma jupe se froisse. C'est tout ce que j'entends. Ma tête bourdonne et je peine à me retourner. Malhabile et titubante, mon bras s'affaisse dans le vide, là où je croyais pourtant avoir laissé mon coffre. Les yeux embrumés je plisse les paupières pour deviner les contours du mobilier de bois. Eventré. J'ai dû encore recourir à mon emblème pour me tirer de ce cauchemar. Toujours haletante, je m'effondre que le sol. Au moins cette fois je n'ai pas fait de trou dans le mur, ni blessé quelqu'un…
/ BRAAAAABOOOUM /
- C'était juste là… tu crois que c'est un fantôme ? Lusithea, pardonnez-moi mais je ne crois pas que …
Qu'est-ce qu'il vient de se passer ?
Je rêve toujours ? Oui … Deux individus ne peuvent pas pénétrer comme ça dans ma chambre, ce n'est pas possible.
- Ah ! regardez Hilda ! il y a un corps ! UN COOOORPS !
Des cris en série retentissent, j'entends vaguement des « c'est trop fatiguant je ne veux pas le faire», et « tenez-moi ça je vais l'écraser ». Tout ça ce doit être un rêve, je suis si fatiguée que mon pauvre esprit divague. Le jour commence à se lever, c'est le moment idéal pour faire un somme, après toutes ces péripéties nocturnes, je suis crevée.
/ tap tap /
Tiens, je fais encore un de ces rêves réalistes j'ai l'impression qu'on me tapote le pied. A quoi bon m'en préoccuper. Je me blottis encore plus et resserre mes paupières. Un bon dodo tranquille, voilà ce qu'il me faut.
/ POUF /
… du poisson ? J'ai si transpiré que je sens le poisson ? Non … oh et puis zut, qu'on me laisse dormir. Du revers de la main je chasse cette vague d'odeur marine et … Mes doigts se retrouvent coincés dans des filets ?
Bon, là ça suffit.
J'ouvre les yeux et mes suspicions sont exactes je suis coincée dans un filet. Mais je dois bien être la seule prise que cet outil puisse remporter. Il est bourré de nœuds, de trous et de fils… Dépitée, je me rends seulement compte de l'auditoire qui a pris place dans l'embrasure de la porte de ma chambre.
Une rouquine tremblotante, une jeune fille aux cheveux roses et un garçon aux yeux aiguisés. Tous sont pendus à mes lèvres dont ne s'échappe qu'un soupir. Il faut croire qu'on m'a encore pris pour un fantôme.
Je me défais du pauvre filet et me relève tant bien que mal. Revêtir le masque de l'héritière Arundel après une nuit si agitée est bien la dernière chose que je souhaite faire, mais je n'ai visiblement pas le choix. Je me redresse donc et époussette mon jupon. Savoir-faire de parfaites révérences a toujours été l'une de mes qualités. Je m'incline donc, à moitié eu égard à mon rang et salue ces jeunes gens vêtus de l'uniforme du monastère.
- Je vous prie de pardonner ce léger chahut, c'est ma première nuit en ce lieu saint, je manque encore de repères et m'en excuse. Je suis Luna von Arundel.
Hébétés.
Voilà ce qu'ils sont. Alors je rajoute.
- Et je ne suis pas un fantôme.
Soulagés.
Ils poussent tous un long soupire de satisfaction. Le garçon aux cheveux bleus râle et il s'enfui sous le regard désapprobateur de la jeune rousse. Elle sourit même et s'incline à son tour.
- Pardon pardon je suis confuse ! Je suis Annette Fantine Dominic, mais vous pouvez m'appeler Annette ! ET voici Hilda Valentine Goneril … Je suis dans une chambre non loin de la votre et comme j'ai entendu un gros bruit… et que vous étiez allongée sur le sol, dans le noir …enfin.. Je comprends, comme vous le voyez mon coffre a subit quelques dégâts, c'est ce qui a causé ce bruit. J'espère ne pas vous avoir réveillée.
A en juger sa tenue je ne l'ai effectivement pas réveillée, elle ne pourra donc m'en tenir rigueur.
- Que vaut-il un tel spectacle dans votre chambre Luna ?
Encore lui, Hubert… s'il y a bien quelqu'un à confondre avec un fantôme ce serait lui ! Toujours la même mine de dégoût qui se dessine sur les visages de ceux qu'il croise. La jeune Annette s'en va prestement. Quant à la dame de Goneril, elle ricane et chantonne en s'en allant.
La main déposée sur sa poitrine, Hubert s'incline et m'invite à le rejoindre. A cette heure le soleil darde déjà ses rayons. Mes pauvres yeux gris sont si fragiles, il me faut mon ombrelle pour sortir. Mais dans tout ce bazar…
- Vous permettez ?
Je laisse Hubert rentrer dans ma chambre et se saisir de mon ombrelle, il affiche une mine satisfaite et je le remercie.
L'ombre des dentelles se perd sur ma chevelure ébène tandis que nous déambulons Hubert et moi à travers le monastère. La première des choses à faire, m'a-t-il dit, et de récupérer mon uniforme des mains mêmes de l'archevêque.
A premier étage Hubert m'indique le chemin qui mène à la bibliothèque. Cette fois je suis excitée à l'idée d'avoir accès à tous ces livres inconnus ! Le Duc Arundel m'avait assuré qu'il n'y avait rien dans ces livres qui ne me soit inconnu. De sorte que de nombreuses purges avaient été faites pour « lisser » le contenu de la bibliothèque du monastère. C'est pourquoi il m'avait offert cette collection d'ouvrages qui m'étaient réservés. Il me faudra être prudente, l'attrait des livres et si puissant.
Hubert m'annonce auprès du garde posté à l'entrée de la salle d'audience puis il me quitte.
- Dame Edelgard m'a sommé de me tenir à votre disposition alors n'hésitez pas à faire appel à moi, tant que cela ne contrevient pas aux volontés de ma maîtresse, évidemment.
Ses yeux verts glacials me considèrent avec amusement. Les portes de la salle d'audience s'ouvrent et il a déjà disparu. Derrière moi, l'archevêque.
C'est la première fois que je la rencontre. Les lys qui ornent sa coiffe son assortis à la couleur de ses joues. Son regard magnétique m'attire à elle, même si chaque fibre de mon corps me crie de m'en aller en courant. Je referme mon ombrelle et me rapproche d'elle. Je le sens, à l'intérieur de moi, qu'elle fait tout pour adoucir son être et camoufler son pouvoir. Elle pourrait me détruire d'un souffle, m'annihiler d'une pichenette. Je suis si peu de choses face à elle. Nous le savons toutes les deux et c'est pourquoi je dois m'incliner. Le Duc Arundel m'avait prévenu, en grand ambitieux qu'il est, il m'avait mise en garde : je ne dois pas la contrarier, du moins, pas encore. Car j'ai côtoyé de véritables religieux, l'or qu'elle orobe et orne son visage, ils l'auraient vendu pour nourrir des orphelins, des indigents comme je l'étais.
- Bienvenue à toi Luna.
Sous son sourire j'entends des hurlements, sous sa tendresse je vois le chaos.
- Dame Rhéa, je vous remercie de m'accueillir dans ce lieu Saint. Oh, je t'en prie, c'est avec joie que nous te comptons parmi nos chers étudiants. Il va de soit que la maison Arundel devra, dans l'avenir, jouer un rôle important pour Fὸdlan, je suis donc ravie de pouvoir contribuer à ta formation et à ton épanouissement.
Elle sait déjà tout de moi, plus que je n'en connais moi-même.
- Les frères du monastère situé dans les terres d'Arundel m'ont fait parvenir une missive que j'ai lu avec attention. Ils semblent vous tenir pour grande affection. C'est là-bas que j'ai grandis. Le Duc Arundel avait jugé qu'un palais de cour Impériale était un endroit bien trop dangereux pour une enfant, alors j'ai passé ma plus tendre enfance dans un lieu Saint comme celui-ci. Mais beaucoup plus modeste. Je suis heureuse de le savoir. Chère Luna vous voilà entourée d'affection puisque le Duc lui-même m'a sommé de vous chérir. Sa lettre était sans détours, allant même jusqu'à choisir la maison que vous devriez intégrer.
Elle marque sciemment une pause, attendant ma réaction mais je ne bronche pas.
- Sachez cependant, chère enfant, qu'il n'est pas dans mes habitudes de priver mes étudiants de l'exercice de leurs choix. Vous n'êtes plus ici à Arundel et je souhaiterai que vous considèreriez ceci comme votre première mission. Quoi donc ? Rencontrez les différents délégués et choisissez vous-même. Le Duc votre père doit vous connaitre et ainsi vous aboutirez tous les deux au même choix. Dans le cas contraire, je me rallierai à votre avis. Vous prendriez le risque de contredire le Duc ? Suivre les intentions de son enfant ne saurait entrer en contradiction. Puisqu'il vous aime tant, il ne doit souhaiter que votre bonheur.
- Evidemment. Je comprends ce qu'elle cherche à faire. Ses paroles rassurantes n'ont pour but que de tenter de mettre de la distance avec les intentions du Duc. Elle sait que je suis un point, mais elle ne sait pas de quoi. Belle tentative, mais il serait naïf de croire que cela puisse fonctionner.
- Prenez donc ceci et aller rencontrer les autres étudiants. Quand votre choix sera fait, revenez me voir chère enfant.
Des moines encapuchés m'apportent un écrin de tissu rouge et blanc brodé de l'emblème de Saint Seiros et me déposent mon uniforme dans les mains.
Les portes de la salle d'audience se referment tandis que je reprends le chemin des dortoirs.
Devant le miroir rouillé et fumé de ma chambre, j'apprends les coutures de ce nouvel uniforme. Un jupon long et garnis comme le veut la mode à Arundel. Cintré haut, je le sens presque sous mes côtes. Le chemisier blanc à jabots sera une plaie à enfiler tous les matins. Il couvre mon cou et le pare de dentelles sous la lavallière que je noue. Le nœud tombe délicatement sur le veston noir brodé aux épaules bouffantes. Je réajuste les pans de la dentelle qui vient caresser le dos de mes mains. Mes lourdes boucles noires complètent le tableau et me voici donc, Dame d'Arundel et étudiante à Garreg Mach. Je réajuste ma frange et m'empare de mon ombrelle.
Aigles de Jais, Lions de Saphir, Cerfs d'Or.
Les trois maisons de l'Académie, l'une d'entre elles sera ma classe ce soir. Mais avant de décider, j'opte pour un détour à la bibliothèque. Je replie mon ombrelle et la glisse dans sa gaine nouée à ma ceinture. La pièce est sombre, je salue les différents moines qui y consultent certains ouvrages ou en copient d'autres.
L'histoire du continent, des légendes, l'histoires des différentes familles nobles de Fὸdlan, uniquement Fὸdlan. Aucune trace des histoires des autres terres, ni Brigid, ni Duscur…
Je laisse mollement tomber mon index, déçue que les mises en garde du Duc soient avérées. Il n'y a rien qui ne me soit inconnu. J'aurais pourtant voulu découvrir les récits de ces autres terres, apprendre de nouveaux héros et surtout de nouvelles magies.
- Pardon, j'ai besoin de ce livre.
Je me recule à la hâte et cogne le garçon derrière moi. Ses cheveux verts en bataille et la trace de son oreiller sur la joue me perturbent. Comment peut-on sortir en étant aussi négligé ?!
- Si vous cherchez les livres sur les emblems, ils sont juste là, je vous déconseille celui-ci, c'est un condensé de bêtises, mais il fait un bon oreiller, certes moins bon que celui en plumes que j'ai égaré, d'ailleurs si par hasard vous le trouvez ... Oh, non… je voulais lire des contes d'Almyra.
Un air surpris se dessine sur son visage et j'entends pouffer un garçon aux cheveux violets un peu plus loin. Autant me rendre à l'évidence, je ne trouverai rien ici, en tout cas rien de ce que je cherche. Je quitte la pièce et m'en vais descendre les escaliers pour gagner le vestibule. Sur le pont qui mène à l'étage inférieur, je croise un jeune garçon aux cheveux orange. Il me salue avec un sophistiqué et j'en fais de même. J'essai de l'éviter et du coup je tourne tout de suite au lieu de poursuivre mon chemin. Mes pieds s'emmêlent et me voici qui débarque en fracas dans une cour aux arcades lumineuses et au gazon vert.
- Oh, tout va bien la nouvelle ?
Aveuglée par la lumière, je mets un temps avant de découvrir les traits de celui qui me parle. Sa peau n'est pas aussi claire que la nouvelle et pourtant mes cheveux sont encore plus noirs que les siens. La petite tresse qui pend d'un coté de son visage scintille sous ses pupilles plus lumineuses que de émeraudes. Jamais dans les contrées impériales je n'avais de visages comme le sien.
- Oh oh … tu m'entends ?
Je suis certaine qu'il n'est pas de Fὸdlan.
- Qu'est-ce que tu fabriques encore Claude, arrête de l'embêter tu vois bien que tu la gène !
La jeune fille aux cheveux roses de ce matin nous rejoint et rouspétant contre ce « Claude ». De mémoire il n'y a qu'un seul Claude à l'Académie : Claude Von Riegan.
L'héritier de l'Alliance.
Je m'empresse de reprendre de la constance et me redresse en détournant les yeux.
- Ça ne fait qu'une seule journée qu'elle est là et tu l'as déjà traumatisé ! Luna je te prie de le pardonner, il faut toujours qu'il sème le bazar. Luna ?
Riegan me considère et j'use une fois encore de ma révérence pour …
- Hahahaha ! Pas la peine de me saluer de la sorte, je t'en prie Luna ! Luna Von Arundel.
Sous la voix de son amie, les traits de Riegan changent en l'espace d'une seconde. C'était furtif mais je l'ai senti, sa froideur dissimulée sous sa jovialité. L'annonce de mon nom ne l'a pas réjoui, c'est bien normal et de toute manière, sympathiser avec l'héritier de l'Alliance ne fait pas partie de mes attributions.
Je prends congés d'eux tant dis qu'il me glisse « Nous nous reverrons donc ». Son ton ne sonne pas comme une menace mais je ne me laisserais pas charmer par son regard.
Il y a trop de monde dans cette cour, et trop de soleil je dois …
- Que fais tu en plein jour, bel oiseau de jais ?
Brrrr… cette technique d'approche je donne des frissons, c'est horrible. Il faut vite que je m'en aille.
- Pas si vite, ne t'envole pas !
Qui ose toucher ma main ?! Derrière mon épaule je découvre la chevelure dressée de ce grand type à la chemise ouverte. Ses yeux cajoleurs me répugnent et je dois me retenir pour ne pas lui envoyer ma magie au visage !
- Sylvain, ne la touche pas elle est maudite.
Décidément, le monastère est peut-être grand je ne fais que recroiser les mêmes personnes ! Du coin de l'œil je reconnais le garçon aux yeux aiguisés de ce matin. Il plaisante à moitié et vient se plante face à moi les bras croisés.
- Qu'est-ce que tu oses dire Félix ? Comment une beauté pareille pourrait être maudite, elle a été enchantée tu veux dire ! une vraie fée ! Non, c'est un attrape fantômes, elle les attire.
Espèce de goujat !
- Et vous, vous ne risquez pas d'attirer les femmes ! Dis-je en ouvrant violement mon ombrelle sous son nez.
J'entends ledit Sylvain rire bruyamment dans mon dos sous les menaces de ce Félix qui s'avère être des plus impolis. J'enrage ! Je ne sais pas dans quelle maison il est mais hors de question que je partage sa classe !
- Pardon…
Quoi encore ?! Je me retourne et par Arundel si c'est encore ce malotru je ferai œuvre de magie !
- Vous avez fait tomber ceci.
Oh… Pour la première fois je peux regarder quelqu'un sans être aveuglée. Il est si grand, et si massif qu'il me cache le soleil. Dans sa propre ombre je devine qu'il a les cheveux gris et les yeux clairs. Sa peau est d'une couleur chaude. Sais traits sont durs, lui non plus ne doit pas être de Fὸdlan. Peut-être est-il de Brigid, ou de Duscur ?! Ce serait formidable voire inespéré.
- Tenez.
- Mh ? Ah oui.
Il me tend la gaine de mon ombrelle que j'ai dû envoyer valser sous l'affront du Sieur Félix. Je reprends donc entre mes mains la gaine et la renoue à ma ceinture.
- Je vous remercie.
Je lorgne le plus discrètement possible sur sa boucle d'oreille massive. Jamais je n'en avais vi de semblables. Il faudra que je m'entretienne à nouveau avec lui, je dois savoir d'où il vient.
- Pas la peine de me remercier, je ne suis qu'un Duscurien.
Les bras m'en tombent, ai-je bien entendu ?! Un duscurien ?! Par les quatre Saints je dois lui parler ! Il le faut, je veux entendre les légendes de son peuple et apprendre les reliefs de ce territoire ! De toutes mes pauvres forces de m'élance vers cette montage et … arg, pourquoi le soleil encore ?!
- Dedue ?
Peu-importe, même à l'aveugle j'attraperai cette montagne de … aïe ! J'ai dû halluciner et me cogner contre un mur, ma mâchoire a craqué sous l'impact. Je m'éloigne en massant mon visage, aveuglée et assommée.
- Oh, mes excuses, je ne vous avais pas vu. Permettez-moi de vous aider à vous redresser.
Comment ? Du coin de l'œil et alors que je lui avais tendu la main, nos regards se croisent et il se ravisa. Il m'a reconnu, aussi vite que je l'ai reconnu moi-même. Il ne me touchera pas, je le sais. L'innocence qui nous liait étant enfants a fondu comme neige au soleil, comme la joie sous le ciel de Duscur : il ne reste rien, à par des larmes, du sang et l'inconsolable absence d'une famille décimée.
Dimitri Alexandre Blaiddyd ne m'aidera pas à me relever, il m'a privé de son contact depuis déjà si longtemps. Nos regards sont désormais les seuls échanges que nous avons. Le sien en cet instant est un peu perdu, il ne s'attendait pas à me voir mais une fois encore le destin s'est amusé de son bon vouloir.
- Nul besoin de m'aider, c'est ma faute je me suis précipitée. Je suis Luna Von Arundel, c'est mon premier jour à l'Académie.
Le duscurien me salue avec humilité et je vois sur son visage que Dimitri est soulagé que je ne lève pas le secret de notre enfance commune. Il me salue, comme l'héritier royal qu'il est, et non pas comme cet ami tendre que j'ai chéri. Tous ces souvenirs qui nous lient ne sont ni visibles ni palpables, ils n'existent plus que dans ma mémoire.
Je le quitte, sincèrement heureuse de cette rencontre fortuite et je me nourris de son sourire, aussi amer soit-il.
Puis, j'ai marché, déambulé… fuis. Les couloirs du monastère ne me sont pas familiers alors ils défilent dans les coins de mes yeux. Des yeux dont ont coulé des larmes il y a peu. Des larmes dues au soleil, rien qu'au soleil mais elles ont séché. Je suis maintenant à l'abri à l'intérieur du monastère, à l'écart de la lumière et des rencontres. Les talons de mes bottes claquent lorsque je m'arrête pour laisser sortir deux étudiants. Ils viennent de cette grande pièce aux bancs alignés, il y a tant de monde à l'intérieur. Puis mes yeux se posent sur Edelgard. Je n'ai nulle envie de m'entretenir avec elle, je préfère encore m'en aller rejoindre l'archevêque. L'on considèrera ma mission comme accomplie, il ne m'est nul besoin de rencontrer Edelgard, nous nous connaissons déjà. Et pour ce qui est du reste de sa classe, j'aurai largement le temps de discuter avec eux. Il me parait assez évident que le Duc a choisi de me placer dans cette maison, elle rassemble tous les nobles de l'Empire. Même si j'ignore le lieu exact de ma naissance, étant réputée comme étant sa fille tous me croient née dans le duché d'Arundel.
J'emprunte donc l'escalier qui mène à la salle d'audience de l'archevêque. Mes pas sont légers et pourtant mon cœur est lourd. Le visage de Dimitri trouble ma vision et une succession de soupirs viennent mourir entre mes lèvres.
- Avez-vous fait le tour chère enfant ?
Je sursaute. J'ai presque oublié l'archevêque alors que j'allais précisément à sa rencontre. Toujours immobile et droite elle paraît inébranlable, presqu'éternelle.
Je hoche la tête et mes bijoux de chevelure scintillent pour appuyer ma réponse. Oui, j'ai fait le tour et je fais le choix de me rallier à l'avis du Duc. Je ne suis pas ici pour moi, je ne suis qu'un pion lancé sur un échiquier que je ne contrôle pas. Ma seule façon d'être en vie est d'obéir, de jouer conformément aux instructions et de détruire ce que l'on m'ordonnera.
- Qu'il en soit ainsi alors, si tel est votre choix.
J'ai toujours su que mon destin était lié à celui d'Edelgard. Lorsqu'elle a « disparu » j'étais pressentie pour prendre sa place dans l'Empire. Cela aurait été l'un des plus gros mensonge de l'histoire de ce monde mais sans doute la plus belle victoire du Duc. Il n'a jamais vraiment effacé cet échec, qu'elle survive et s'impose dans la cour de son père. Alors je sais qu'il me placera juste à coté de sa Dame, moi le Fou, assassin à sacrifier.
- Vous porterez donc les couleurs des Lions de Saphir, conformément à la volonté de votre père, le Duc d'Arundel.
Voilà donc, c'était évident que …
Comment ? Qu'a-t-elle dit ? Les Lions de Saphir !
C'est décidément trop pour cette journée infernale. Ma conscience s'échappe et tombe évanouie.
- Non … non non … Sans façon.
Je vais faire demi-tour, m'enfuir très loin ou retourner dans un couvent.
Jamais je n'avais eu à me poser cette question, et pourtant j'ai souvent réfléchi à la manière la plus horrible de mourir mais, entre la peur de désobéir au Duc et la terreur de côtoyer Dimitri… je ne sais honnêtement pas ce qui m'effraie le plus. Je fais les cent pas devant la porte de la classe des Lions de Saphir depuis plusieurs minutes. Les cloches viennent de sonner mais je n'ai toujours pas trouvé la force de rentrer. Pourquoi le Duc a-t-il choisi de me mettre ici ?! Au lieu des Aigles de Jais ?! C'est à n'y rien comprendre.
Accroupie, recroquevillée je m'ébouriffe les cheveux et étouffe mes sanglots. Cette situation est vraiment horrible. Je dois être en plein cauchemar.
Je martèle mes joues pour essayer de me tirer de ce songe terrible mais il me faut admettre la vérité : je suis dans la réalité. Aucune porte menant sur un autre monde ne s'ouvrira pour moi, je suis fichue. Si je fuis, le Duc me poursuivra et me tuera. Si j'obéis je mourrai de honte et de gêne à vivre si proche de Dimitri.
Le choix est impossible, autant que je mette fin moi-même à mes jours.
Voici donc la bonne chose à faire, je vais me jeter du haut des montages et ainsi je n'aurai pas à choisir. C'est mieux pour tout le mon…
/ Tapote /
Furtivement, je relève mon regard pour identifier qui m'interrompt dans mes plans macabres. C'est un visage inconnu. Un jeune homme aux cheveux sombres et aux yeux lumineux. Il me considère avec inquiétude. Je vois à son armure luisante qu'il n'est pas un moine, il tient un livre sans ses mains.
Sans doute est-il professeur à l'Académie.
Il saisit ma main et m'aide à me relever, alors que je n'en avais pas la moindre envie. Des larmes s'écoulent de mes yeux, il ne prend pas la peine de les essuyer, il me sourit simplement. Sans dire un mot j'ai pourtant le sentiment qu'il me réconforte.
Il me quitte et pousse la porte de la classe et m'invite à le rejoindre. Tremblotante, je mords mes lèvres et attrape sa main tendue.
C'est alors que nous pénétrons tous les deux dans la Maison des Lions de Saphir.
