Bonsoiiir ! Comme on est tous plus ou moins prisonniers des circonstances, je me suis dit que j'allais participer à l'effort de guerre en écrivant une petite histoire pour passer le temps ^^ (résultat, je fais que ça depuis ce matin, j'ai bien passé mon temps, en effet)
Notes importantes : Lucifer a dix-sept ans dans cette histoire, donc oui, il agit comme un ado et pas comme le Diable en personne. Vous pourrez donc le trouver OOC, c'est normal.
Ensuite, toujours au sujet de Lucifer, je pars du principe que comme on est dans le monde de SPN et que Luci n'est qu'un lycéen comme les autres, le Diable porte un autre nom, donc Luci a juste un nom bizarre, comme les gosses de la génération Z. Voili voilu.
C'est ma première fic sur Supernatural uniquement (si on oublie mon SuperWhoLock), donc j'espère que vous aimerez ce que vous verrez ! ^^
Bonne lecture !
There's something about Sammy
Lucifer Milton n'était pas à proprement parler un bon élève, ni même un bon frère.
Il aurait également pu ne pas être un bon fils, mais sa mère était morte depuis des années. Quant à son père, hé bien, il était un jour sorti acheter un paquet de cloppes et n'était jamais revenu. Michael, l'aîné de la fratrie Milton, avait donc pris soin de la petite famille pendant ce qui semblait des siècles tout en jonglant avec ses études de droit.
Lucifer respectait son grand frère, bien sûr, mais son côté rebelle lui attirait souvent des ennuis, et même la patience de Michael avait ses limites. Aussi Lucifer passait-il le plus clair de son temps avec son petit frère, Gabriel. Gabriel appréciait Michael (surtout sa cuisine, en fait), mais Lucifer était celui qui lui avait appris tout ce qu'il savait sur les blagues les plus atroces à infliger aux autres. Le petit ange était très vite devenu la terreur de ses professeurs, au grand amusement de ses camarades de classe.
Mis à part sa situation familiale particulière, Lucifer avait d'autres problèmes en tête. Pour commencer, il faisait peur à tout le monde. Pourtant il était grand, blond et musclé, mais sa propension à fusiller le monde entier de ses yeux bleu foncé ainsi que son style légèrement décadent avaient tendance à faire fuir. On aurait pu dire de lui qu'il était beau, mais il ne faisait absolument rien pour se rendre agréable à regarder.
En plus, son prénom était bizarre, un peu comme celui d'une maladie vaguement mortelle ayant dévasté l'Europe au Moyen-âge. Il avait pris pour habitude de se faire appeler Luke ou Nick par ses professeurs, et ces derniers s'en accommodaient bien. Il s'était même fait appeler "Lucy Morningstar" pour un canular téléphonique lors duquel il s'était fait passer pour une call girl en chaleur. Grâce à la voix mélodieuse qu'il avait en début d'adolescence, l'autre gars y avait cru sans broncher pendant une dizaine de minutes avant que Gabriel ne flanque tout par terre en ricanant trop fort.
Enfin, il venait juste de changer d'école à cause des études de Michael et avait donc atterri en terminale sans connaître personne. Résultat : on était en milieu d'année scolaire et Lucifer n'avait aucun ami. Sa vie ressemblait au pitch d'une comédie, mais il n'en avait cure, et malgré les apparences, il commençait vraiment à avoir ras le cul d'être seul en permanence.
C'est donc avec une résolution implacable qu'il se leva ce matin-là pour aller en cours. Aujourd'hui, il ferait la connaissance de quelqu'un, n'importe qui, et ce quelqu'un ne le fuirait pas en courant à la première occasion. Pour cela, il allait faire un effort vestimentaire et bordel, il allait même se coiffer !
Gabriel, les yeux encore collés par le sommeil, passa devant la porte de sa chambre et se réveilla d'un coup en le voyant en chemise blanche et jean (sans trou !) noir.
- Woaaaaaah, t'as rencard ou un alien t'a enlevé cette nuit ? demanda l'ado en ouvrant de grands yeux couleur whisky.
- J'ai, heu, décidé de changer de look, expliqua Lucifer du bout des lèvres en coiffant ses cheveux dans un sens, puis dans l'autre.
- Nan, remets-les dans l'autre sens, grimaça le petit blond en observant sa coiffure.
Lucifer obtempéra et siffla, satisfait du résultat. Il était… regardable.
- Mets tes Docs avec ça, et ta veste en cuir, conseilla Gabriel avant de s'éloigner pour aller petit-déjeuner. Et je t'interdis de mettre de l'eye-liner ! lança-t-il depuis l'escalier.
- Je ne mets pas de maquillage ! tonna Lucifer en attrapant son sac à dos pour rejoindre son petit frère dans la cuisine.
Le changement fut saisissant. Quelques filles lui jetèrent des coups d'œil intéressés, et les garçons qui ne l'avaient même jamais calculé auparavant se grattaient la tête en se demandant s'il était nouveau au bahut.
Bordeeeeel, je pourrais même devenir populaire, réalisa Lucifer.
C'est avec une impression de légèreté que le grand blond rejoignit sa classe sous l'œil étonné de son prof, qui faillit ne pas le reconnaître. Les cours se passèrent sans heurt, pour changer, et c'est un Lucifer plein d'espoir qui déambula dans les couloirs pendant l'intercours pour trouver sa première victi… son premier ami. Ou amie, il n'était pas difficile.
Pour la première fois depuis son arrivée dans ce lycée, le jeune homme rejoignit l'espèce d'amphithéâtre couvert où la plupart des élèves se retrouvaient pendant les pauses pour discuter sur le dos de leurs parents ou s'échanger des cigarettes en cachette. Il scruta les groupes disparates et son regard tomba rapidement sur un garçon seul, le nez plongé dans un bouquin déjà bien usé. Il était assis au sommet des gradins, le plus près possible de la sortie, et s'appuyait contre une des colonnes en ciment qui soutenaient le plafond.
Lucifer n'hésita pas et décida d'aller le bousculer un peu. Il fit le tour de la salle, esquivant un groupe de filles bruyantes, et se retrouva derrière sa cible. Bon, comment attirer son attention sans lui faire peur, maintenant ?
- Hey, fit Lucifer sans conviction.
Aucune réaction.
- Hey, toi !
Silence.
Lucifer faillit ajouter un "j'te cause !", mais il savait pertinemment que ça sortirait comme une menace. Il opta donc pour la technique "punchline". C'est ainsi que Gabriel se faisait des amis, en général, ça pouvait peut-être fonctionner avec lui ?
- Hé, mec, tu viens avec moi au bal de promo ? souffla-t-il à l'oreille du lecteur brun.
Ce dernier sursauta et lui retourna une œillade choquée.
- Ce… c'est à moi que tu parles ? balbutia-t-il, les yeux exorbités.
- Bah ouais, qui d'autre ? Alors ?
L'autre le dévisagea, comme à regret, puis secoua la tête.
- Vaut mieux pas. Demande aux autres, tu ne devrais pas avoir de mal à te trouver quelqu'un.
Lucifer l'ignora et prit place sur le banc en pierre comme s'il était chez lui.
- Je m'appelle Lucifer Milton, comme le poète, et toi ? dit-il en tendant la main droite à sa nouvelle connaissance.
Le garçon considéra sa main en haussant les sourcils, mais se garda bien de la saisir.
- Sam Winchester, comme le… flingue, j'imagine, répondit-il tout de même.
Lucifer remarqua l'absence totale de remarques sur son prénom et ajouta un point mental à Sam. Ce dernier avait une coupe plus longue que les autre gars, un peu comme celle de Gabriel. Quant à ses yeux de chien mouillé, Lucifer avait cru y voir du vert, puis du brun, puis du bleu… Ce gars avait des yeux arc-en-ciel, la classe.
- Qu'est-ce que tu lis ? demanda Lucifer après un silence gênant dû à son observation poussée du spécimen assis à sa droite.
Sam tourna son livre pour lui montrer la couverture, et Lucifer se pencha pour décrypter le titre.
- Roméo et Juliette ? Sérieux ?
- On doit lire une pièce de Shakespeare pour le cours de Littérature, et c'est la plus courte que j'ai trouvée à la bibliothèque, expliqua Sam en rougissant un peu.
Effectivement, il était déjà à la page 122, remarqua Lucifer tandis que Sam se replongeait dans sa lecture.
- Je ne t'ai jamais vu dans le coin, dit brusquement le plus jeune sans lever les yeux de son bouquin. Tu es nouveau ?
- Je suis arrivé en début d'année et j'ai passé des mois à fumer seul à l'arrière du bâtiment principal entre les cours, c'est pour ça qu'on ne s'est jamais croisés, fit nonchalamment le grand blond.
- Ah, fut la seule réaction de Sam.
Lucifer étendit ses jambes devant lui et se pencha en arrière pour observer les rayons du soleil entrer dans le bâtiment à travers le dôme en verre qui surmontait l'amphithéâtre.
- Dis… commença-t-il.
Sam se leva d'un bond, dépliant son corps de géant, attrapa son sac et son livre et se dirigea vers le couloir le plus proche.
- Désolé, je dois aller en cours ! cria-t-il par-dessus son épaule.
Lucifer en resta comme deux ronds de flan.
Il passa la pause de midi à chercher Sam dans tout le bâtiment, mais le garçon n'était nulle part. Il n'écouta les cours de l'après-midi que d'une oreille, plongé dans ses pensées. Sam n'était pas dans sa classe, donc il devait être plus jeune que lui, mais bordel, il était gigantesque - et Lucifer était loin d'être petit.
Il avait l'air sympathique, mais sa façon de quitter l'amphithéâtre était soudaine, voire impolie. Pourtant Sam avait l'air très bien élevé et consciencieux, il utilisait même un marque-page au lieu de retourner son livre sur le sol ! Lucifer, lui, utilisait tout ce qui lui tombait sous la main. Un jour, il avait même mis une chaussette sale dans son manuel de chimie avant d'aller manger.
Sam cachait quelque chose, et en tant que presque ami beaucoup trop curieux, Lucifer allait découvrir de quoi il s'agissait.
Le lendemain, il retrouva Sam exactement au même endroit, comme s'il n'avait pas bougé d'un cil depuis la veille. Il lisait toujours Roméo et Juliette et Lucifer crut voir le numéro 120 en bas de sa page. Il avait reculé dans sa lecture ou quoi ?
- Helloooo, chantonna Lucifer en s'asseyant à gauche de Sam, qui sursauta à nouveau en le voyant débarquer.
- Oh, salut, articula le plus jeune en tournant la page.
- Tu avais mal compris l'intrigue ? demanda le grand blond en donnant un coup de menton dans la direction de la pièce de théâtre.
- Heu, je n'étais pas concentré hier, donc je préfère relire cette scène. Pour le cours de Litté, tu vois. Pourquoi es-tu revenu ?
Pris au dépourvu, Lucifer resta silencieux un moment. Et si Sam ne voulait rien avoir à faire avec lui ? Et si… c'était la raison de sa fuite de la veille ? Il choisit de ne rien montrer de ses interrogations et s'installa confortablement sur les gradins.
- He bien, tu m'as semblé être un gars tout à fait adorable, donc j'ai décidé de te faire l'honneur d'être ton pote, déclara Lucifer d'un ton détaché.
Sam ne montra rien, mais ses doigts se crispèrent autour de son livre.
- Je ne suis pas exactement le genre d'ami que les gens veulent en général, crois-moi, répondit-il en choisissant soigneusement ses paroles.
- Je verrai ça par moi-même, si tu veux bien, répliqua le blond avec un sourire de requin. Hé, ça te dit de venir chez moi après les cours ?
Là, Sam se tendit d'un coup, comme si la foudre venait de le frapper.
- Je ne peux pas.
- Bah pourquoi ? Je vais pas t'assassiner hein, c'est juste pour bouffer des chips, écouter de la musique et s'affronter à Mario Kart…
- Je ne peux pas, répéta Sam. J'ai plein de trucs à faire l'après-midi.
- Bon, demain alors ?
- J'ai des trucs à faire tous les après-midis, reprit Sam en roulant les yeux. Désolé.
- Et tu fais quoi ? s'impatienta Lucifer, un peu vexé par ce qui ressemblait beaucoup à une excuse bidon.
- Je fais mes devoirs, j'aide mon père, puis je cuisine pour mon frère et moi, des trucs comme ça, éluda le grand brun.
- Bon, et tu vas où à midi ? A la cafétéria ? Chez Biggerson ?
- Mais pourquoi ça t'intéresse, de savoir où je vais et ce que je fais ?! s'énerva Sam.
- Parce que j'en ai marre d'être seul et je pensais que toi aussi, admit Lucifer un peu plus froidement que souhaité.
Sam le contempla en silence et rangea son livre pour se donner une contenance.
- Je n'ai pas cours l'après-midi, donc je pars juste avant la pause de midi, exposa-t-il plus doucement.
Ainsi se construisit leur amitié.
Difficilement.
Ils se voyaient quinze minutes par jour, discutaient rapidement de tout et de rien pendant que Sam lisait pour son cours de Littérature, puis Sam partait en catastrophe pour son cours suivant, toujours à la même heure. Au début, ce rythme bizarre amusait Lucifer - et par extension Gabriel, qui apprenait à connaître Sam par le biais de son frère - mais il ne tarda pas à en retirer une frustration croissante.
Deux mois passèrent, et Lucifer ne savait pas grand' chose de son ami. Il avait un frère aîné nommé Dean, sa mère était décédée très tôt dans un incendie et son père, John, avait tellement de mal pour garder un boulot qu'il en accumulait plusieurs et rentrait rarement à la maison. Sam passait donc son temps à s'occuper du ménage tandis que Dean bossait pour ses cours. A part ça, il savait que Sam voulait devenir avocat, mais c'était à peu près tout.
Il avait même essayé de lui faire sécher les cours du matin pour avoir plus de temps avec Sam, mais le brun n'avait rien voulu entendre. Quant aux week-ends, Sam les passait à faire les courses et d'autres choses qu'il ne détaillait jamais.
- Je ne vois qu'une solution, avait éructé Gabriel un matin entre deux cuillerées de céréales. Essaie de le suivre quand il va en cours, comme ça tu auras plus de temps avec lui. Par contre, si son prof te choppe, tu es mort.
C'était du suicide, donc Lucifer avait suivi le conseil de son petit frère, bien plus éclairé que lui dans les relations humaines.
Il avait suivi la silhouette de Sam sans se faire voir par ce dernier, juste pour pouvoir lui faire la surprise une fois en classe. Il avait bien vu dans quel couloir le jeune homme avait tourné, avait pressé le pas pour le suivre… pour se retrouver dans un couloir vide.
Lucifer avait inspecté toutes les classes plus ou moins vides du couloir, mais Sam n'était nulle part. Il avait même demandé après lui auprès des élèves qu'il avait croisés dans le secteur, mais personne ne connaissait de Sam.
- C'est franchement bizarre, cette histoire, commenta Gabriel en plongeant la main dans le seau de popcorn qu'il venait de sortir du micro-ondes.
- M'en parle pas, grommela Lucifer en changeant de chaîne pour tomber sur le film qu'ils comptaient regarder. J'ai même demandé au secrétariat de l'école, mais ils ne peuvent pas donner d'informations sur les élèves et je me suis fait rembarrer comme un malpropre.
- Ah, monte le son, le film commence !
Lucifer fouillait les fichiers des élèves pendant la pause café des secrétaires. Il lui avait fallu plusieurs jours d'observation attentive des habitudes de ces derniers pour pouvoir s'infiltrer en douce dans leur bureau, mais ça avait fini par payer.
- Alors, Watson, Weissmüler, Wesson…
- Je peux t'aider peut-être ? fit une voix familière et sarcastique.
Le sang de Lucifer se glaça dans ses veines et il se retourna lentement vers la nouvelle venue, les fichiers toujours à la main. C'était Eileen Leahy, la prof d'Arts plastiques. Lucifer l'aimait bien. C'était une jeune femme de taille moyenne aux longs cheveux bruns, et elle le fixait avec un mélange d'amusement et de réprobation.
- Je… je cherchais mon fichier pour changer mon numéro de téléphone, inventa rapidement Lucifer.
- Et tu as changé de nom aussi, on dirait, Lucifer Wilton, ironisa la prof.
- Ah, j'étais à la lettre W ? J'ai dû les prendre à l'envers, plaisanta Lucifer en remettant les dossiers en place. … Je vais avoir des ennuis, pas vrai ?
- Ça dépend de ce que tu comptais faire de ces dossiers, Lucifer, répondit Mrs Leahy en se poussant pour le laisser sortir du bureau.
Le jeune homme hésita. Il pouvait inventer un bobard, mais la prof risquait de s'en rendre compte et pourrait très bien le faire renvoyer pour une semaine. Sinon il pouvait admettre l'intérêt morbide qu'il avait pour un autre élève devant sa prof préférée et gagner une réputation de stalker dans la foulée.
Là, c'est sûr, il n'aurait plus d'amis avant un bon bout de temps.
- Alors ? s'impatienta Eileen, qui voyait bien qu'il cherchait une excuse.
-He bien pour tout vous dire, fit Lucifer, la bouche sèche, je cherche des informations sur mon ami Sam, parce qu'il agit de façon très bizarre et il refuse de me dire pourquoi. Je veux dire, je ne peux le voir que quinze minutes par jour, et après il disparaît sans laisser de trace ! L'autre jour je suis arrivé une heure à l'avance, mais je ne l'ai jamais vu entrer dans l'école, mais je l'ai retrouvé à sa place à la même heure que les autres jours ! En plus il a des horaires bizarres et il n'est jamais disponible le week-end, alors je ne sais pas si son père le bat dès qu'il rentre chez lui, mais vous admettrez que c'est quand même bizarre ! Et il lit toujours le même foutu bouquin !
A bout de souffle, Lucifer faillit continuer son argumentaire, mais la prof d'art faisait une drôle de tête, aussi décida-t-il de la fermer. Il put carrément la voir additionner deux et deux pour comprendre de quoi il parlait.
- Sam… tu veux dire… Sam Winchester ? finit-elle par demander.
- Oui, Sam Winchester : gigantesque, brun, mignon comme tout. C'est frustrant, j'ai l'impression d'être le seul à le connaître !
Eileen ouvrit de grands yeux avant de se rembrunir d'un coup. Elle savait quelque chose, comprit Lucifer. Elle était au courant des petits secrets de Sam !
- S'il vous plaît, dites-moi ce qui se passe, parce que je vais devenir dingue, là !
Mrs Leahy croisa les bras sur sa poitrine, indécise, puis jeta un œil aux alentours.
- Donc tu es… ami avec Sam ? répéta-t-elle, incrédule.
- Bah ouais. C'est si étrange que ça, que je puisse avoir des amis ? se vexa Lucifer.
- Heu, non, ce qui est étrange, c'est que Sam en ait… Ecoute, Lucifer, je vois bien que tu essaies de bien faire, donc je passerai sur ton incursion dans les fichiers privés du secrétariat. Par contre, si tu veux savoir ce qui se passe avec Sam, demande-le lui directement, ce n'est pas à moi de t'en parler.
Lucifer ouvrit la bouche pour se plaindre, mais il vit la tête de sa prof et la réplique assassine qu'il s'apprêtait à prononcer mourut dans sa gorge.
Mrs Leahy était effrayée.
Elle le fixait comme s'il avait un cancer en phase terminale. Comme si Sam et ses secrets allaient le détruire.
Lucifer fit la seule chose intelligente qui lui traversa l'esprit ; il s'éloigna.
- Lucifer, le rappela Eileen. Si tu veux vraiment être ami avec Sam, n'essaie pas de découvrir ce qu'il fait après l'intercours.
- Donc, les profs sont au courant pour Sam, conclut Gabriel en tapotant sa cuillère contre sa lèvre inférieure avant de la replonger dans son pot de glace à la vanille. Le mystère s'épaissit !
- Je veux comprendre ce qui se passe ! vociféra Lucifer en faisant les cent pas dans la cuisine. Si ça se trouve, Sam fait partie de la mafia ! Ou pire, c'est un psychopathe !
- Vu que tu le décris comme un nounours, ça m'étonnerait, objecta sagement Gabriel. Et puis, les profs ne le laisseraient pas étudier dans notre école s'ils savent que c'est un tueur. Je pense que tu devrais lui en parler directement, parce qu'enquêter derrière son dos, c'est nul.
- Mais Mrs Leahy m'a dit de ne pas lui en parler si je veux rester son ami, soupira Lucifer en s'attablant à côté de son frère, le menton dans les mains. Je ne sais plus quoi faire…
- Tiens, tu as regardé sur les réseaux sociaux ?
Lucifer se tourna vivement vers son petit frère, une horrible grimage de dégoût étalée sur le visage.
- Les réseaux sociaux, tu te fous de moi ?! C'est un nid à emmerdes ! Et il y a des pubs ! Et trente mille photos du bonhomme de neige de la fille de Marie-Jacqueline Machin !
Gabriel haussa les sourcils dans sa direction, blasé, et sortit son téléphone de sa poche. Il tapa le nom de Sam dans la barre de recherche de Facebook et attendit les résultats.
- Ah, je l'ai ! Tu as raison, il est chou comme tout… Oh, merde.
Le visage de Gabriel venait de pâlir d'un coup, et sa cuillère resta suspendue à mi-chemin entre le pot de glace et sa bouche. Quelle que soit l'information sur laquelle il venait de tomber, elle empêchait Gabe de manger et ça, ce n'était pas normal.
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'énerva Lucifer en essayant d'attraper le téléphone des mains de son frère.
Ce dernier lui fila l'appareil sans résister et se replongea dans sa glace, des questions plein les yeux. Lucifer plissa les yeux pour lire les petits caractères, puis les écarquilla. Le tout dernier post sur le journal de Sam datait de l'année dernière et avait été écrit par Dean, son frère.
Et il s'agissait… d'une oraison funèbre.
Sam était mort.
Lucifer alla en cours d'un pas lourd, le lendemain matin. Avec Gabriel, ils avaient cherché des raisons expliquant la présence d'un mort à l'école. Ils étaient allés du sosie à l'usurpation d'identité, mais Gabriel, qui avait plus d'imagination, était parvenu à la conclusion que le Sam que Lucifer connaissait était en réalité… un fantôme.
C'était même la théorie la plus pertinente, si on considérait les disparitions soudaines de Sam dans les couloirs, le livre qui restait perpétuellement à la même page, mais aussi les efforts que Sam avait faits pour ne pas s'attacher à Lucifer au début de leur relation. Sans compter le fait qu'il semblait apparaître dans l'amphithéâtre à l'heure de l'intercours et qu'il s'arrangeait toujours pour ne pas toucher Lucifer.
Il comprenait mieux les avertissements de Mrs Leahy, du coup, et sa surprise quand il lui avait dit qu'ils étaient amis. C'est d'ailleurs vers le bureau de la prof qu'il se dirigea avant que les cours ne commencent.
- Lucifer ? fit la voix de la jeune femme dans son dos.
Eileen était là, avec trois gros sacs de matériel et son air inquiet. Lucifer, gentleman, lui ouvrit la porte du bureau et l'aida à ranger ses sacs.
- Je sais ce que Sam cache, finit-il par avouer, appuyé contre le mur près de l'entrée de la pièce. Il est mort.
Comme la prof ne disait rien, Lucifer continua :
- Il est mort depuis l'année dernière, et le Sam que je connais est un esprit.
Eileen acquiesça lentement, observant ses réactions avec attention.
- Comment… comment mon ami peut-il être un fantôme ? Pourquoi personne ne le remarque ? demanda Lucifer, sa voix se brisant sur les dernières syllabes.
- Sam est… mort ici, un peu après l'heure de l'intercours, commença Eileen d'une voix hachée. On l'a retrouvé pendu dans les toilettes des garçons, et les responsables se sont dénoncés eux-mêmes après plusieurs jours. C'était un accident, Lucifer, une tentative d'intimidation qui a mal tourné.
La gorge du jeune homme se serra, et il éprouva l'envie de retrouver ces "responsables" pour leur faire passer le goût de tuer ses amis.
- L'histoire aurait pu se terminer quand on l'a incinéré, ou quand sa famille a enfin réussi à faire son deuil, mais Sam a commencé à apparaître dans l'amphithéâtre un peu plus tard. Personne ne le voit, ou ne fait attention à lui, j'ignore comment ça marche, mais il est bien là. Je n'ai rien dit aux autres professeurs parce que je croyais halluciner, mais il est bien réel.
- Mais… pourquoi ? interrogea Lucifer avec l'impression qu'il venait juste de perdre son ami, comme s'il était mort une seconde fois.
- Je ne sais pas. Peut-être parce qu'il a eu une mort violente, peut-être qu'il veut se venger, ou qu'il est coincé ici pour toujours… En tout cas, tous les jours, il revit sa propre mort. Au début, j'ai essayé de lui tenir compagnie, de l'empêcher de retourner dans ces toilettes, mais rien n'a fonctionné, c'est comme s'il était condamné à… enfin… J'ai arrêté d'essayer, je l'avoue. A chaque fois que je le vois mourir, j'ai envie de le sauver, mais je ne peux pas.
La voix d'Eileen s'éteignit et la prof se tamponna les yeux, anéantie.
- Sam était brillant, tu sais. Il aurait pu devenir un grand homme, s'il l'avait voulu.
- Si on ne l'avait pas tué, corrigea Lucifer dans un grondement rageur.
Le grand blond sortit du bureau et se retrouva seul dans le couloir désert. Il voulut rejoindre sa salle de classe, mais un sanglot violent remonta dans sa gorge, et il se laissa glisser contre le mur pour pleurer sur le sort de son ami.
Lucifer passa la matinée à l'infirmerie parce que son prof avait trouvé qu'il tirait une tête bizarre. Effectivement, il avait un teint d'aspirine et les yeux rouges, et l'infirmière lui avait conseillé de se reposer. Il souffrait soi disant de surmenage. N'importe quoi.
Il n'alla pas voir Sam, ce jour-là, car il n'était pas sûr de réussir à garder une façade calme et décontractée en sachant ce qui allait lui arriver dix minutes plus tard. S'il fondait en larmes sous les yeux de son ami, Sam ne le supporterait sans doute pas. Son existence était déjà suffisamment tragique sans en plus devoir s'infliger la tristesse des autres.
Il raconta tout à Gabriel le soir même, et son petit frère médita au-dessus de ses spaghetti.
- Putain, c'est triste, conclut finalement le petit blond. Qu'est-ce que tu vas faire ? Avec Sam je veux dire ?
- Je crois que je devrais lui en parler demain, mais je n'ai pas envie de finir comme Leahy et d'être trop déprimé pour continuer à le voir.
- Te connaissant, tu n'iras lui parler que quand tu auras une solution à lui proposer pour le sortir de là, fit son cadet en allant chercher la tarte aux cerises qu'il avait achetée pendant l'après-midi. Donc je te conseille de commencer à chercher. Le pauvre Sam va croire que tu le détestes, si tu arrêtes de lui parler.
- Mouais… soupira Lucifer.
Il réfléchit au problème pendant toute la nuit et se leva le lendemain matin sans avoir réellement fermé l'œil. En voyant sa tête, Gabriel l'enferma dans la salle de bain et lui barbouilla les cernes de fond de teint, histoire de ne pas faire fuir tout le lycée à sa simple vue.
- J'imagine que tu n'as pas trouvé de solution miracle en ruminant toute la nuit, supposa très justement le cadet de la fratrie en lui rendant la clé de la salle de bain.
- De solution à quoi ? demanda Michael, qui avait sûrement passé la nuit à envoyer des textos à sa petite amie tout en étudiant des inepties juridiques plus ou moins sérieusement.
- On cherche un moyen de te raser la tête et les sourcils pendant la nuit, répondit très sérieusement Lucifer.
- Une tondeuse électrique suffira, je te dis, renchérit Gabriel.
- N'importe quoi, ça doit se faire à l'ancienne, avec une lame et plein de crème fouettée !
Michael blêmit et s'esquiva rapidement en marmonnant une excuse.
- On devient bons dis donc ! constata Gabriel en regardant la voiture de Michael démarrer par la fenêtre. Bref, j'ai fait quelques recherches sur Internet hier soir, pendant que tu enrageais tout seul dans ton bain, et j'ai trouvé un site qui avait l'air plus ou moins sérieux… attends… voilà, c'est le site officiel des Ghostfacers.
- Quel nom con, commenta Lucifer en se brossant les dents.
- Ils sont carrément ridicules, mais leurs infos ont l'air pertinentes, répliqua Gabriel. Ils font des vidéos sur les fantômes, tu devrais aller voir.
Comme toujours quand Gabriel se donnait la peine de le conseiller, Lucifer écouta son petit frère et décida d'attendre le cours d'informatique pour faire des recherches tranquillement. Il passa malgré tout le premier cours de la journée à parcourir tous les sites de folklore sur son téléphone pour trouver des informations supplémentaires sur les esprits vengeurs et autres poltergeists. Pendant l'heure suivante, il brancha discrètement ses écouteurs sur l'ordinateur de l'école et visionna plusieurs vidéos d'Ed et Harry, les deux idiots de Ghostfacers.
Étrangement, il trouva la solution à son problème dans celle qui traitait de la chasse aux fantômes. D'après eux, on pouvait se débarrasser d'un fantôme en brûlant son cadavre, vu qu'il s'agissait d'un lien entre le monde physique et l'au-delà. Seulement, Sam avait été incinéré, d'après Mrs Leahy.
Il apparut ensuite que les esprits errants pouvaient rester attachés au monde physique par l'entremise d'un objet significatif. Généralement, le fantôme restait à proximité de l'objet en question, sauf si ce dernier était purifié et détruit par le feu. Lucifer lut les instructions sur le fer et le sel en diagonale, puis ferma le site trop kitsch des deux crétins.
Donc, Sam était coincé sur Terre à cause d'un objet. Mais de quoi s'agissait-il ? De Roméo et Juliette ?
S'il pouvait trouver et déplacer cet objet, Sam ne serait plus obligé de se rendre dans les toilettes pour y mourir à chaque foutu jour qui passait.
Sam serait libre.
- Tu n'es pas venu hier, lâcha Sam en guise de salut quand Lucifer le rejoignit ce jour-là. Tu étais malade ? s'enquit-il en voyant la tête de déterré de son ami.
- Heu, ouais, si on veut. Bon, écoute, faut qu'on parle et je sais qu'on n'a pas beaucoup de temps, donc ne m'interromps pas. Je sais que tu es mort, et que tu es coincé ici depuis ton meurtre.
Le visage de Sam se décomposa et Lucifer se sentit très mal d'avoir amené le sujet sur le tapis aussi brutalement.
- … Comment ? demanda le grand brun après un moment.
- J'ai parlé avec Mrs Leahy, et j'ai vu l'oraison funèbre de ton frère, pour résumer.
Sam ferma les yeux pendant plusieurs secondes, puis les rouvrit. Il avait l'air plus triste que jamais, et Lucifer réprima l'envie de le prendre dans ses bras. Il lui passerait au travers, de toute façon.
- Si tu ne veux plus être mon ami, je comprendrai, fit simplement Sam quand il eut récupéré l'usage de la parole.
- Quoi ?! s'exclama Lucifer. N'importe quoi, tu restes avec moi et c'est pas négociable.
Les grands yeux arc-en-ciel de Sam s'illuminèrent d'un coup et il fixa Lucifer, incrédule.
- T-Tu veux quand même… de moi ?
- Mais oui, comme si je pouvais repousser un nounours comme toi et ne pas me sentir mal juste après ! Bon, j'ai peut-être trouvé un moyen de t'aider à te sortir de cette boucle infernale, mais j'ai besoin de ton aide.
- Tout ce que tu veux, assura Sam, déterminé. J'en reviens pas que tu veuilles m'aider !
- C'est ce que font les amis, sourit Lucifer en faisant mine de lui filer un coup de coude.
- Ok, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? le pressa Sam en regardant l'heure avancer.
- Est-ce qu'il y a un objet qui compte beaucoup pour toi dans cette école ? Un objet suffisamment important pour que ton âme y reste accrochée ?
Sam suivit le regard de son ami jusqu'à son bouquin, mais il secoua la tête, pensif. Un objet important pour lui… Il se mit subitement à fouiller dans ses poches sans parvenir à retrouver ce à quoi il pensait.
- Je crois que je sais ce que c'est, mais j'ignore où il se trouve !
- Dis toujours, je chercherai quand tu seras parti, fit rapidement Lucifer.
- Mon frère portait une amulette sur lui, c'était son premier cadeau de Noël de ma part, et juste avant ma… mort, nous nous sommes disputés et il l'a jetée dans une poubelle. Je l'ai récupérée juste après et je l'ai gardée dans ma poche, mais je ne la trouve plus…
Lucifer sortit son téléphone de sa poche à une vitesse telle que l'appareil faillit se retrouver trois bancs plus bas. Il alluma l'écran et fouilla dans ses photos pour retrouver celles que Gabriel lui avait envoyées depuis le journal de Sam.
- C'est celle-là ? demanda-t-il en affichant une photo des deux frères souriants sous le soleil du Kansas.
Sam plissa les yeux sur la photo de Dean et acquiesça lentement.
- Oui… c'est bien ça ! Oh merde, il faut que j'y aille !
Pour la première fois depuis leur rencontre, l'expression de Sam afficha enfin l'horreur qu'il ressentait toujours à ce moment de la journée. Il ramassa ses affaires, comme si on le téléguidait, mais à aucun moment ses yeux ne quittèrent Lucifer.
- Sil te plaît… supplia-t-il.
- Je viens avec toi, lui assura son ami. Et même si je dois passer la nuit à l'école pour retrouver ce collier, je te jure que c'est la dernière fois que tu vivras cet enfer.
Lucifer était debout dans les toilettes et observait, horrifié, le fantôme de Sam se balancer au bout d'une corde invisible après avoir été suspendu là par des connards sans visage. Les minutes passèrent, et le corps de Sam commença à disparaître lentement, comme effacé par une gomme géante.
La scène avait été horrible à regarder. Connaître les circonstances de la mort de Sam était une chose, mais y assister en direct… il commençait à comprendre Mrs Leahy. Ce n'est que quand Sam eut entièrement disparu que Lucifer fonça dans une cabine pour vomir l'intégralité de son petit- déjeuner.
Les jambes flageolantes, il s'assit sur le sol des toilettes sans se soucier de la crasse. Bon… se calmer d'abord. Il inspira et expira plusieurs fois, comme quand Gabriel essayait de cuire un soufflé, puis se rinça la bouche avec sa bouteille d'eau avant de sortir de la cabine.
Vu l'heure, il venait de rater le début du cours de Math, mais il s'en fichait un peu, là.
L'amulette était quelque part dans l'école depuis un an, ce qui excluait les poubelles, qui étaient changées régulièrement, ainsi que les sols. Quelqu'un l'avait peut-être trouvée, mais Lucifer trouvait bizarre d'amener un objet trouvé tous les jours à l'école.
Il prit donc la direction du secrétariat pour jeter un œil aux objets perdus, arguant qu'il s'agissait d'un héritage de sa défunte mère pour faire oublier le fait qu'il séchait les cours. Le secrétaire fouilla la caisse de vêtements et autres trucs bizarres entassés là depuis des années, mais il n'y trouva aucune amulette dorée avec des cornes.
Déçu, Lucifer retournait vers l'amphithéâtre quand une nouvelle idée lui traversa l'esprit. Et s'il reconstituait le trajet de Sam… ?
Le grand blond se retrouva donc à passer les couloirs au crible tout en évitant d'être vu par les profs, sans rien trouver. Il termina ses recherches dans les toilettes et essaya d'oublier la vision de Sam pendu au plafond. Ces connards s'étaient servis d'un vieux crochet qui devait autrefois porter une lampe pour faire passer la corde et la tenir suffisamment longtemps pour faire peur à Sam. Ils avaient dû le laisser là trop longtemps, et Sam avait lentement été étouffé par son propre poids. Ils avaient paniqué en le voyant mort et l'avaient rependu pour faire croire à un suicide.
Sam était terrifié, Lucifer l'avait vu. Il s'était battu comme un lion, mais ils l'avaient eu.
Lucifer fronça les sourcils à cette pensée. Et si Sam s'était débattu suffisamment fort pour perdre l'amulette ?
Vu la hauteur du plafond, le collier avait très bien pu atterrir dans un lavabo et être emporté dans les tuyaux, mais Lucifer espérait qu'il n'en était rien. Il était du genre loyal, mais pas au point de se transformer en rat d'égouts. Enfin… il pouvait peut-être entuber Michael pour qu'il y aille à sa place ?
Le regard de Lucifer tomba sur le pied du lavabo, puis sur un genre de grille d'évacuation qui devait servir aux techniciennes de surface lorsqu'elles nettoyaient la pièce.
Quelque chose de doré y brillait.
Sans réfléchir, Lucifer sortit un canif de son sac à dos et entreprit de dévisser la grille, plissant le nez à cause de l'odeur. Il fit sauter la grille en se servant de la lame comme d'un levier, puis l'envoya plus loin sur le sol. La grand blond se pencha ensuite vers le truc doré et vit un genre de corne dépasser de la crasse monstrueuse qui sévissait sous la grille. Dégoûté, il alla chercher du papier toilette pour protéger ses doigts du magma noirâtre et tira sur la corne du bout des doigts.
Un objet gros comme une bille de verre suivit la corne, et un genre de lien en cuir se détacha du fond du tuyau. La deuxième corne s'était coincée dans un trou et avait empêché l'eau d'emporter le collier dans les égouts. Brave bestiole cornue.
Lucifer saisit le collier entre deux doigts enroulés dans du papier toilette et le plongea dans un lavabo pour le passer à l'eau et au savon. Cinq minutes plus tard, l'amulette était étincelante, même si son odeur restait atroce. Il pouvait déjà imaginer la tête de Sam devant sa possession la plus précieuse et la plus odorante.
- Il ne se passe rien, ronchonna Gabriel en fourrant des chips dans sa bouche pour passer le temps.
Il était plié en deux pour observer l'amulette, qui brillait paisiblement sur la table de la cuisine des Milton. Lucifer l'avait ramenée de l'école et repassée au désinfectant. Gabriel avait insisté pour l'asperger de Febreze avant de la laisser s'approcher de la table. Le plus jeune de la fratrie surveillait donc le collier depuis lors, mais pour l'instant, rien ne bougeait.
- Tu ne t'attends pas à ce qu'elle te saute au visage quand même ? s'inquiéta Lucifer.
- Je préfère m'attendre à tout, ça m'évite les mauvaises surprise, répondit Gabriel avec son habituel sourire malicieux.
Lucifer repassa dans la cuisine quelque temps plus tard et s'aperçut que Gabriel n'avait toujours pas bougé de son poste. Il avait sorti son téléphone pour jouer et envoyer des messages, mais il était toujours fidèle au poste.
- Michael est rentré et a demandé ce qu'était cette horreur d'amulette, signala-t-il à son grand frère. Je lui ai dit que c'était un collier maudit qui fait perdre ses cheveux à celui qui le touche, mais je te conseille quand même de la mettre hors de sa portée, c'est dangereux à son âge, après tout…
Lucifer sourit et se saisit du collier de Dean.
- Va te coucher, on verra bien s'il se passe quelque chose demain.
Gabriel, mort de fatigue, obtempéra sans faire d'histoire et tapota l'épaule de son frère avant d'aller se coucher. Lucifer l'imita après avoir fermé tous les volets et rejoignit ses frères au pays des songes.
- Luci, les lumières font des trucs bizarres, je crois qu'il y a un problème avec l'électricité, beugla Michael à travers la porte de la chambre de son frère.
- C'que j'en ai à foutre, grommela Lucifer en se retournant dans son lit pour essayer de se rendormir.
Il soupira et fronça les sourcils en constatant que sa respiration faisait de la buée. Aussitôt, le cours accéléré sur les fantômes défila dans son esprit : zones froides, lumières vacillantes…
Comme frappé par la foudre, Lucifer se redressa dans son lit juste au moment où une silhouette familière clignota juste en face de lui. Sam était là, toujours avec les mêmes fringues, le même livre et le même air perdu que d'habitude.
- Lucifer ? Pourquoi tu dors à l'école ?
- Sam ?! C'est bien toi, je ne rêve pas ? Bordel, ça a marché !
- Ça a marché ?! répéta Gabriel en jaillissant dans la chambre de son frère sans y avoir été invité. Oh, salut, tu dois être Sam ! Gabriel, petit frère préféré de Luci, enchanté.
- Heu, bonjour, répondit Sam, pris au dépourvu. Attendez, on n'est pas à l'école et il n'est pas encore l'heure de l'intercours…
- Ah bah non, on est samedi aujourd'hui, l'informa Gabriel en s'éclatant à passer sa main au travers de Sam. Y a pas cours. Mince, Luci, j'ai l'impression que c'est à ton tour de garder le cochon d'Inde de la classe ! Le cochon étant Sam, bien sûr.
Lucifer soupira et poussa son frère jusqu'à l'extérieur de sa chambre avant de lui fermer la porte au nez. Gabriel poussa un genre de rugissement de fureur pas très impressionnant avant de s'éloigner en rouspétant.
- Donc, dit Sam en souriant, tu as réussi à retrouver l'amulette de Dean ?
- Yep ! s'exclama le grand blond en sortant le collier de sa table de nuit. Elle était toujours dans les toilettes. Mais t'inquiète, je l'ai nettoyée hein.
- Donc je suis libre grâce à toi, comprit Sam avec un soupir de soulagement. Merci ! Tu ne peux même pas imaginer ce que ça représente pour moi !
- Ouais, bon, je n'ai fait que mon devoir de meilleur pote de l'année, se rengorgea Lucifer. On fait quoi maintenant ? Je l'envoie à ton frère par la poste ? Je peux aussi la garder jusqu'à ma mort, ça ne me gêne pas…
- Non, surtout pas, fit rapidement Sam. Je ne veux pas que tu vives toute ta vie avec un fantôme chez toi, tu ne seras jamais à l'aise. Et pour te trouver une copine, n'en parlons pas.
- Dis donc, Lucifer, l'électricité ne va pas se réparer toute seule ! rouspéta Michael en ouvrant la porte sans frapper. Tiens, c'est qui ça ?
- Le facteur, fit sèchement Lucifer en lui claquant la porte au nez. Jamais tranquille ici… Bon, je fais quoi de ce truc, moi ? Parce que si tu veux que je la détruise, c'est non. J'ai fait tout ça pour te sauver la mise, donc pas question que je te renvoie dans l'au-delà !
Sam pencha la tête sur le côté avec cette expression qui donnait à Lucifer l'envie irrésistible de tout plaquer pour devenir éleveur de cockers mouillés.
- Mais je ne suis pas à ma place ici, Lucifer. Je ne serai jamais à ma place dans ce monde, même les lampes sont d'accord…
Lucifer fusilla son plafonnier vacillant des yeux.
- Mais je ne veux pas te perdre maintenant, je viens juste de te sortir de ce sombre merdier !
Le silence s'abattit dans la pièce, et Sam clignota un peu.
- Oui.
- Quoi, oui ? s'impatienta Lucifer.
- Oui, j'irai au bal de promo avec toi. Je resterai avec toi jusque là, mais il faudra que tu détruises l'amulette le lendemain matin, d'accord ? Vois ça comme un compromis, ajouta Sam en voyant l'expression sombre de son ami.
- Mais ça ne nous laisse que… trois mois ! calcula rapidement le blond.
- C'est mieux que pas de temps du tout, ou qu'une éternité au lycée. Ecoute, Lucifer, je sens qu'il est temps que j'aille de l'avant. Je ne peux pas rester sur Terre indéfiniment, après tout.
- Tu pourrais rester avec moi, tu ne me gênerais pas, fit sombrement le grand blond.
- Mais quand tu mourras, je serai encore là. Je serai coincé sur Terre comme je l'étais à l'école, fit doucement Sam.
Ces derniers mots eurent raison des réserves de Lucifer, qui laissa retomber ses épaules d'un coup, déçu. Sam tendit une main pour lui apporter son soutien, mais son ami recula d'un pas, le visage fermé.
- Okay… okay, laisse-moi juste… me faire à l'idée, d'accord ?
Sam patienta donc. Il regarda son ami faire les cent pas d'un air rageur dans sa chambre, se rouler sur son lit pour donner des coups de poing à son oreiller, puis s'asseoir au bord du lit pour se calmer.
- Jusqu'au bal de promo ? demanda-t-il d'une petite voix.
- Jusqu'au bal de promo, promit Sam. Après, tu dois me promettre de me laisser partir. Et de dire à Mrs Leahy ce qui s'est passé.
- Je… je te le promets.
Sam posa une main affectueuse sur le bras de son ami et lui adressa un sourire réconfortant. Lucifer lui renvoya un rictus vaguement heureux, puis tiqua.
- Attends… tu arrives à toucher les autres maintenant ?
Sam haussa les épaules.
- Bah, ça demande de la concentration et de l'entraînement, mais j'ai fini par y arriver !
Le visage de Lucifer s'éclaira comme celui d'un gosse le matin de Noël. Il attrapa la main solide de Sam et l'entraîna au rez-de-chaussée, où Gabriel et Michael mangeaient des pancakes. Il installa Sam à table, puis attaqua joyeusement le petit-déjeuner sous l'œil moqueur de son petit frère.
Michael, quant à lui, arrêta de manger :
- Pas que ça me gêne, mais… pourquoi le facteur mange avec nous ?
Lucifer recracha son café par la narine gauche.
FIN
C'était loooooooooong ! (Lilisu meurt, épuisée, comme une meuf pas bien entraînée après un marathon)
J'espère que vous avez aimé ! Moi je vais aller me mettre en PLS je crois XD
Des reviews ou un sort ! (de Lucifer) (gare à vos fesses)
