Cette fic est un Univers Alternatif où Eddie a survécu évidemment ! Elle contiendra une touche de smut dans le second chapitre (d'où le rating M) mais sera principalement centrée sur la relation des personnages et leurs introspections.

Etant actuellement en train de finir le troisième chapitre, je pense que le quatrième sera le dernier, mais allez savoir...

En tout cas bonne lecture !


Aujourd'hui était un jour très spécial, et c'était exactement pour cela que Richie avait fait une réservation dans un très bon restaurant à l'autre bout de la ville, faisant jouer son statut de semi-célébrité pour obtenir l'une de leurs meilleures tables – bien placée, loin des cuisines et du bar, assez isolée pour leur laisser un peu d'intimité.

Ce n'était pas le genre d'endroit où Richie irait tout seul. Il préférait les lieux vivants, à l'ambiance détendue et simple, le genre de bistrot où ce n'est pas grave de ne pas comprendre les noms des plats, du moment que la description en dessous suffisait à savoir ce que l'on mange.

Mais ce n'était pas pour lui qu'ils étaient là ce soir. Il savait qu'Eddie adorait ce genre d'atmosphère un peu chic, et qui serait Richie pour lui refuser ça, alors qu'ils fêtaient leur quatre années de vie commune ?

Il était lui-même surpris : quand Eddie s'était installé chez lui, il avait beaucoup stressé en pensant que ça allait durer à peine une semaine avant que son nouveau colocataire ne préfère retourner chez son ex plutôt que de devoir tolérer les chaussettes sales, les odeurs de pizza, la vaisselle entassée dans l'évier et les cris de Richie provenant de sa chambre au moins 1 fois par semaine - parce que cette fois, ils n'avaient pas eu la chance d'oublier Grippe-sous en quittant Derry et que si la journée, ils étaient capables d'agir comme des adultes fonctionnels, la nuit, c'était une toute autre histoire.

Toutefois, Richie n'osait guère se plaindre : c'était grâce à l'un de ces cauchemars qu'ils s'étaient rapprochés, quand Eddie l'avait rejoint pour le réconforter après un rêve particulièrement horrible, l'ayant laissé en pleurs dans ses draps trempés de sueur. De fil en aiguille, la proximité aidant, ils avaient finalement compris qu'ils éprouvaient la même chose l'un pour l'autre. Eddie l'avait vu dans son état le plus vulnérable, et il ne l'avait pas repoussé. Il l'avait accueilli les bras ouverts, il avait soigné les plaies de son âme, consolé ses incertitudes, et envahit sa vie, sans même un regard en arrière. Il s'était imposé comme une évidence, comme s'il y avait toujours eu une place. C'était peut-être le cas. En tout cas, ça n'avait pas pris longtemps pour qu'ils finissent par se mettre en couple. Les autres Ratés avaient pris cela avec beaucoup de philosophie, comme si c'était inéluctable, le destin cherchant à éviter le chaos que pourrait provoquer l'un d'eux laissé à lui-même dans la nature.

La pensée réchauffait le cœur de Richie, surtout lorsqu'il repensait aux années misérables de sa jeunesse pendant lesquelles il avait désespérément aimé Eddie en secret. Il n'avait jamais osé ne serait-ce qu'espérer qu'Eddie puisse tomber amoureux de lui en retour, et pourtant, ils étaient là à célébrer l'anniversaire de leurs quatre ans.

Comme quoi les contes de fée existaient aussi pour les ratés.

Ils s'installèrent à table et Richie se débarrassa de son blouson, mais lorsque le serveur lui proposa de le prendre, il refusa fermement.

"Qu'est-ce qu'il y a, tu as peur que quelqu'un fauche ce vieux truc ?", se moqua Eddie en donnant son manteau - et dessous il portait un costume, ce qui rappela à Richie qu'il aurait peut-être dû prendre la peine d'en acheter un pour l'occasion, car il avait l'impression de faire tache en dépit de ses efforts vestimentaires.

- Il a une forte valeur sentimentale !, se défendit Richie, la voix incertaine.

Eddie aurait pu avoir des soupçons s'il s'était habillé en pingouin. Déjà qu'il avait été surpris pour le restaurant - cependant, Richie avait mis cela sur la volonté de fêter leur anniversaire et Eddie ne s'était pas posé plus de question, il l'avait cru, trop heureux de profiter pour une fois d'une sortie dans un endroit qui respectait aussi scrupuleusement que lui les normes sanitaires.

Tandis qu'Eddie demandait des conseils sur la carte pour commander le champagne, Richie vérifia une énième fois que le contenu de la poche de son blouson ne s'était pas volatilisé. Il lâcha un soupir en constatant que non, il ne l'avait pas perdu, et il se redressa vivement sur sa chaise avant qu'Eddie s'aperçoive de quoique ce soit.

- Je n'arrive pas à croire que cela fasse 4 ans. Le temps passe à une de ces vitesses, déclara Eddie en se servant au pichet d'eau posé à sa droite.

Il en versa nonchalamment dans le verre de Richie en face de lui, l'invitant silencieusement à s'hydrater même s'il savait que c'était peine perdue. Richie ne buvait rien qui ne contienne soit des bulles, soit de l'alcool. Voire les deux.

- Le temps passe vite quand on s'amuse, répliqua Richie - il savait qu'Eddie ne savait pas comment réagir dans ce type de situation, il n'était pas quelqu'un de très romantique, et les anniversaires ou autres événements de ce type lui passait au-dessus de la tête.

Richie devinait aisément pourquoi Eddie se tenait aussi rigide sur sa chaise, les bras le long du corps, les mains soigneusement posées de chaque côté de son verre : il était content d'être là, mais gêné aussi, incapable de trouver quoi dire. Son esprit tournait à cent à l'heure, remuant ses anxiétés et son désir de bien faire.

Richie aurait pu le rassurer en lui disant que quoiqu'il fasse, il ne pourra jamais mal le prendre, parce qu'il ne pouvait pas rester fâché contre Eddie, c'était impossible. Eddie était son petit soleil, celui qui avait éclairé sa vie aux reflets si pâles.

Néanmoins, il s'en abstînt, d'une part parce qu'il ne tenait pas à tendre la perche pour se faire battre - Eddie était capable de se foutre de lui pour avoir essayé de se la jouer Roméo, et de lui ressortir l'anecdote pendant les 4 années suivantes - et d'autre part, cela lui plaisait de ne pas être le seul à mariner dans son jus.

Malgré sa nervosité flagrante, Eddie esquissa un sourire qui embauma le cœur de Richie, avec la petite fossette qui se creusait dans sa joue là où il portait sa cicatrice sous une épaisse couche de fond de teint :

- C'est vrai.

Ils parcoururent le menu et discutèrent des plats. Richie avait choisi un restaurant qui faisait des plats sans gluten, mais Eddie restait un client difficile. Lorsque le serveur revînt, il lui tînt la jambe pour poser des questions sur la provenance des ingrédients et la fraîcheur des légumes. Richie gloussa : personne n'aurait deviné en l'écoutant déblatérer sur l'importance de manger des aliments de première qualité qu'il mangeait des surgelés quand c'était Richie qui faisait la cuisine.

C'était mignon, la façon dont Eddie s'était si vite adapté. Ce qui dehors le faisait littéralement sortir de ses gonds devenait ridicule une fois passé le seuil de leur appartement. Comme s'il avait deux personnalités, ou plutôt comme s'il portait une sorte de masque, une protection contre l'extérieur qu'il enlevait une fois rentré à la maison.

Les gens connaissaient le Eddie Kaspbrak toujours propre sur lui, bien coiffé bien habillé, impeccable dans ses chaussures cirées. Richie connaissait le Eddie qui traînait dans l'appart en jogging, pas rasé et n'ayant pas touché un flacon de gel hydroalcoolique depuis 24h. Il connaissait le Eddie adoucit, celui qui se pelotonnait de lui-même contre Richie dans le canapé pour manger des chips en regardant le Saturday Night Live, celui qui riait à gorge déployée quand Richie faisait tomber un pancake sur son pied en essayant de le retourner sans utiliser la spatule, celui qui engueulait les pigeons venus se poser sur leur balcon pendant qu'ils prenaient l'apéro au soleil.

Une vague de chaleur embrasa le visage de Richie en observant le profil d'Eddie pendant que ce dernier continuait de harceler le pauvre serveur.

Il adorait ce type. Il n'y avait rien de rationnel là-dessous. Il ne pouvait pas expliquer ce qu'il trouvait de si attirant dans la manière qu'avait Eddie de toujours trouver à redire sur tout, de râler pour rien et de dramatiser des petits détails. C'était juste attendrissant. Richie n'avait même pas une once de frustration ou d'agacement, parce qu'il savait qu'il lui suffisait de faire une blague, de dire n'importe quoi pour que le comportement d'Eddie change du tout au tout. Il suffisait qu'il le charrie, et l'attention dispersée d'Eddie revenait immédiatement sur lui, oubliant la cause de son énervement.

Ils étaient définitivement fait l'un pour l'autre. Si Eddie était capable de supporter Richie pendant 4 ans, alors Richie se faisait un devoir de ne plus jamais le laisser partir.

Il déglutit, chassant le nœud qui commençait à se former dans sa gorge, et il plongea la main dans la poche de son blouson.

Après plusieurs minutes de négociation, Eddie laissa enfin le serveur filer avec leur commande. Il était terriblement nerveux, sachant que Richie attendait de lui un minimum de romantisme, quelque chose qu'il ne savait pas faire. Il savait aussi que Richie était tolérant, qu'il l'aimait quand même, toutefois cela ne l'empêchait pas de complexer un peu. Il aurait aimé, pour une fois, rencontrer les attentes de son partenaire, parce que lui aussi voulait le rendre heureux - il était bien conscient que Richie avait choisi cet endroit pour lui, parce que Richie faisait toujours ça, il faisait toujours passer les envies d'Eddie avant les siennes.

C'était confortable, et si Eddie avait été un égoïste complet, il se serait contenté de ça. Mais il voulait plus. Il voulait que Richie se sente assez à l'aise pour exprimer ses désirs. Il regrettait que ça ait mis autant de temps pour qu'ils se mettent ensemble, et surtout il avait honte du temps que Richie avait attendu pour qu'enfin il ouvre les yeux. Ce n'était pas juste pour lui d'avoir été obligé de se taire durant leur enfance, et maintenant qu'Eddie était à nouveau célibataire, d'être utilisé comme une solution de repli.

Bien sûr, Eddie ne le voyait pas comme un choix par défaut. Mais il craignait parfois que Richie ne le voit ainsi.

Il captait certains de ses regards, une avidité et un besoin chez Richie, une impatience frissonnante qui faisait balbutier sa bouche et ses mains, comme s'il fallait tout savourer tout de suite avant qu'Eddie ne décide d'aller voir ailleurs.

Eddie ne savait pas comment lui dire qu'il avait tort. Ce n'était pas un sujet facile à aborder. Comment faire ? "Hey, Rich, tu sais, je ne vais nulle part. J'en ai assez de fuir qui je suis, alors ne t'inquiète pas, je vais te coller à la peau jusqu'à ce que mort s'ensuive, telle la sangsue que j'ai toujours été. Alors, heureux ?". Il ne pourrait jamais lui dire. Il pouvait seulement espérer que ses actes parlaient pour lui.

Il ouvrit la bouche pour demander à Richie s'il avait regardé la carte des vins pour le repas, mais il se figea en voyant son compagnon et partenaire pousser timidement vers lui un petit écrin en velours bleu nuit.

Eddie écarquilla les yeux, ce qui ne fit qu'élargir le sourire narquois de Richie.

- Qu...qu'est-ce que c'est ?, dit Eddie trop sèchement - et il s'en voulut pour ça, mais les battements de son cœur étaient en train de s'emballer, la panique menaçant de le submerger à l'idée de faire un infarctus.

- Ouvre-le, souffla Richie, avec cet air taquin qu'Eddie trouvait habituellement irrésistible.

Il était actuellement incapable d'en profiter, trop focalisé qu'il était sur l'étau qui semblait se refermer sur sa poitrine. Il tendit une main tremblante vers l'écrin - et vraiment, il tremblant comme une feuille dans le vent, c'était pathétique, il était pathétique, ça ne pouvait pas être ce qu'il pensait, ce n'était pas possible, jamais Richie n'aurait...

- AH !, hoqueta-t-il en se plaquant la paume immédiatement sur la bouche, les yeux rivé sur le contenu de l'écrin.

C'était une bague. C'était bel et bien une bague.

Un anneau en argent, très simple, sans fioriture. Richie le fixait, les pommettes roses et la mine ravie.

- Eddie-spaghetti, mi amor, accepterais-tu de...

- C'est une blague ?, l'interrompit Eddie brusquement.

Quelques têtes se tournèrent vers eux. Il avait parlé trop fort.

Le sourire de Richie s'atténua légèrement et il plissa les yeux derrière ses lunettes, ses lèvres s'étirant à nouveau, de façon un tout petit peu plus forcée cette fois. Il lui prit doucement la main sur la table.

- Bien sûr que non. Je ne voulais pas le dire comme ça, pardon. C'est juste...j'aimerais...

- Tu me demandes vraiment de...de...

Les doigts de Richie lui caressèrent tendrement les jointures.

- Oui !, souffla Richie avec fougue, le regard brillant sous les spots du restaurant. Cent fois oui, Eddie, à qui je pourrais demander d'autre ? Tu es...la seule personne qui vaille le coup. Je ne vois que toi. Ne...ne veux que toi.

Il gloussa légèrement, clairement embarrassé par ce qu'il était en train de dire, les joues rouges. Eddie aurait souhaité qu'il arrête de parler mais il continua :

- Tu es comme un rêve dont je ne veux pas me réveiller. Je veux rester auprès de toi aussi longtemps que je peux et si...si tu acceptes de...si tu veux bien de moi, alors...

Il s'interrompit, pressa doucement la main d'Eddie dans la sienne, le sourcil soucieux.

- Tu...veux bien ?

La respiration d'Eddie devînt soudain plus rauque et l'expression de Richie se décomposa. Leurs mains se séparèrent tandis qu'Eddie fouillait ses poches à la recherche de son inhalateur. Il le planta fermement entre ses dents pour prendre une bouffée, les yeux baissés.

Richie se redressa dans son siège, reprenant un peu de contenance - Eddie n'avait même pas remarqué qu'il s'était penché pour être à la hauteur de ses yeux, comme s'ils faisaient la même taille. Richie faisait toujours ça. Il essayait toujours de mettre Eddie plus à l'aise, quitte à être inconfortable.

- Je...je suis désolé, siffla Eddie en haletant avec l'impression que sa poitrine allait exploser.

Il repoussa l'écrin, froissant la nappe au passage, puis il se leva sans regarder son compagnon.

- Eds !

La fuite. C'était la seule solution que l'esprit paniqué d'Eddie avait réussi à trouver. Il savait confusément que Richie s'était levé aussi et il ne pouvait pas le laisser l'arrêter alors il accéléra le pas, presque à courir entre les tables, ignorant les regards stupéfaits des autres clients. Il avait honte, mais pas pour les autres.

Il avait honte mais c'était tout ce qu'il pouvait faire.

- EDDIE !