Résumé :

Les paladins ne sont pas au meilleur de leur forme. Les expériences que les Galras ont menées sur Matt n'ont de cesse de le faire souffrir, Lance refuse d'accepter la présence d'un Galra parmi eux, Allura peine à surmonter le fait d'avoir laissé son rôle de paladin noir à Shiro et, à leur insu, les Galras ont déjà lancé l'offensive contre la Terre.

Si les paladins ne se ressaisissent pas rapidement, ils vont perdre tout ce qu'ils espéraient protéger.

[Saison 2 de Voltron : Duality] [Terminée]

Note de l'auteur : Juste pour info, il s'agit de la seconde partie de la série Voltron : Duality. Vous devriez lire la première, Another Word for Never, et l'histoire complémentaire Mama Holt's Army avant de commencer celle-ci, ou vous serez complètement perdus.

Si vous voulez discuter de cette histoire (ou de Voltron en général), vous pouvez me trouver sur Tumblr en cherchant squirenonny.

Bonne lecture !

Note de la traductrice : Il en va de même pour moi ! Vous pouvez me trouver sous le nom d'emmainu, où je ne poste que des bêtises, faut bien le dire, ou eminu-translations où vous pourrez avoir un suivi de la traduction et me parler de l'histoire et, vraiment, de tout et n'importe quoi.

Au cas où vous n'avez pas vu ce que j'ai mis sur Tumblr, je compte poster les chapitres 1 à 15 au fur et à mesure que je finis de traduire les chapitres 16 à 30. Vu que j'ai fini le chapitre 16, je poste donc le 1 maintenant :)

Je vous préviendrai également quand je commencerai à poster les histoires complémentaires, à commencer par One Week to Say Goodbye, donc restez à l'affût !

Sur ce, bonne lecture, n'hésitez pas à commenter si l'histoire vous plaît !


Chapitre 1

Retours

Registres de recherche CŒUR
Entrée #1
Cinq ans avant le retour de Voltron

Année Impériale 9870.

Cela fait près de dix mille ans que le seigneur Zarkon a accédé au pouvoir, renversant l'ancienne dynastie altéenne. Depuis lors, l'Empire Galra a étendu ses frontières pour recouvrir plus de quatre mille systèmes solaires à travers mille deux cents galaxies.

Nous avons désormais atteint nos limites et nos progrès ont ralenti. Les ressources s'épuisent et nos vaisseaux défaillent, si bien que nous, druides, avons donné naissance à un nouveau projet : le projet CŒUR. Trois centres de recherche ont été créés pour répondre chacun à une question différente. Le laboratoire numéro deux étudie la quintessence synthétique. Les druides du laboratoire numéro trois cultivent des cristaux similaires à ceux d'un Balméra.

Ici, sur Vel-17, la vocation du laboratoire CŒUR numéro un est simple : il s'agit d'explorer les effets d'une privation prolongée de quintessence sur des êtres conscients, d'identifier les écarts de progression de ces effets chez différentes espèces et de déterminer s'ils peuvent être atténués en l'absence de quintessence naturelle.


— Je sais que je l'ai déjà dit, dit Lance en conduisant le lion bleu en direction de Vel-17, mais je suis vraiment pas sûr que ce soit une bonne idée.

— Quoi, fit Keith. Tu as peur ?

Lance serra les contrôles de Blue si fort qu'elle grogna en signe d'avertissement au fond de son esprit. Il ne savait pas si c'était pour lui dire de se calmer ou si elle faisait simplement écho à son mécontentement. Il allait partir du principe que sa deuxième supposition était la bonne parce qu'il ne pensait pas pouvoir se calmer pour le moment.

— Euh, non, rétorqua-t-il, s'efforçant de garder un ton léger. J'ai pas peur. Pff. Genre. Je dis juste que c'est complètement stupide comme idée, et qu'Allura va nous tirer les oreilles en rentrant.

— T'inquiète, dit Pidge, qui était à l'avant de leur petite formation en triangle. On dira que c'est la faute de Keith.

Lance rit et, au coin de son écran, Keith fit la tête. Keith avait essayé de maintenir un signal purement audio au début de la mission, mais Pidge avait bidouillé le système de communication pour qu'il ne puisse pas couper son visio. (Pas que cela aurait changé quoi que ce soit. Vingt-quatre heures n'allaient pas lui suffire pour oublier qu'un Galra s'était incrusté dans l'équipe.)

— Calmos, Chewbacca, dit Lance, activant les scanners à courte portée alors qu'ils arrivaient à destination. Les adultes t'adorent, c'est pas comme s'ils allaient te dégager. Purée, ils seraient capables de te donner une médaille de l'initiative.

Un léger grognement se fit entendre dans son transmetteur et Lance était plutôt sûr que cela ne venait pas de Red. Mais Keith se contenta de dire :

— Arrête de m'appeler comme ça.

— Quoi, Chewbacca ? demanda Lance avec innocence.

Oui.

— Ok, fit-il en haussant les épaules. Que dirais-tu de Wolverine ? Leomon ? Beast Boy ? Diablo ? Ou tu préfères qu'on en revienne à Furby ?

Keith était définitivement en train de grogner, désormais, et ses yeux jaunes brillaient comme des charbons ardents au milieu de son visage violet touffu.

Lance sourit, le défiant silencieusement de dire quoi que ce soit. Combattre à leurs côtés pendant une bataille ne faisait pas de lui un paladin et dès que Matt serait rétabli, Keith s'en irait. Le fait qu'il les avait aidés à former Voltron ne changeait rien. Ils avaient peut-être été tous connectés pendant un moment, mais ce lien n'était pas sans limite. Alors peut-être que Keith avait vraiment eu l'envie de sauver Berlou (même si Lance ne croyait pas une seule seconde que ce n'était pas sans arrière-pensée), mais il avait pris garde à éviter de trop mêler son esprit à celui des autres paladins. Comme s'il avait quelque chose à cacher.

Allura et Coran n'y voyaient que du feu. Quand Pidge avait proposé de s'attaquer à une base galra pour collecter des informations sur les expériences menées sur Matt, Keith avait proposé son « expertise » en ordinateurs galras et les deux Altéens avaient souri comme s'il était le symbole même de la vertu des paladins. Lance s'était joint à eux parce que Hunk voulait voir Shay, Shiro refusait de quitter Matt et laisser Pidge seul∙e avec un Galra ne semblait pas inquiéter Allura plus que ça.

— Ok les gars, dit Pidge. Il va falloir remettre ce problème de nom à plus tard.

— Il n'y a aucun problème ! Je m'appelle Keith !

Pidge l'ignora :

— Pour le moment, il faut se concentrer sur les données.

— Très bien, grogna Keith, activant ses propulseurs pour prendre de l'avance sur les deux autres. Finissons-en.

Pidge fila à sa suite, mais Lance resta en retrait. Ce n'était pas qu'il avait peur, pas vraiment, mais la dernière fois qu'ils avaient mis les pieds sur Vel-17, il avait failli être dévoré par des zombies de l'espace avant d'être envoyé sur une planète mort-vivante à l'autre bout de l'univers sans moyen de faire savoir à son meilleur ami qu'il était en vie. Lance ne pouvait pas refaire le même coup à Hunk. C'était hors de question.

Mais la petite base lunaire qu'ils avaient attaqué quelques heures plus tôt n'avait pas accès aux registres de recherche de Vel-17, où Matt avait été enfermé pendant près d'un an. Pidge avait alors décidé de retourner sur Vel-17, Keith avait aussitôt accepté et Lance n'avait pas eu envie de passer pour le lâche qui reculait devant un défi. Enfin, il devait bien admettre trouver ça dommage que Pidge et Hunk aient pensé à conserver les générateurs de trou de ver de la flotte galra échouée sur Berlou. Autrement, ils n'auraient pas pu rejoindre Vel-17 sans l'aide du château-vaisseau.

Tant pis. Il ne pouvait plus rien y faire. Il allait devoir prendre sur lui et espérer que les monstres se sentaient d'humeur moins vicieuse cette fois-ci. Ils n'avaient pas dû trouver grand-chose à manger ou à boire dans la semaine, non ? Peut-être qu'ils étaient déjà morts.

Ou peut-être qu'ils étaient tout simplement immortels et mangeaient les gens juste pour le fun.

— Là, dit Pidge alors que Lance les rattrapait.

Le centre pénitencier se tenait en dessous d'eux, petit et silencieux de là où ils se trouvaient. Le regard de Lance se posa sur le trou parfaitement rond au centre du bâtiment, où les murs, le sol et même la poussière avaient été découpés avec précision. La bâche qui le recouvrait autrefois était en lambeaux, chiffonnée au fond du cratère, près d'un petit trou plus récent. C'était là que Lance, Matt et Allura se trouvaient avant que les créatures créées par les Galras ne les balancent à l'autre bout de l'univers.

Lance jeta un œil aux capteurs GPT de Blue. À l'aide des trois lions, les scanners purent détecter trois formes de vie à l'intérieur de la prison, regroupées dans l'aile nord du bâtiment. Elles semblaient trembloter sur l'écran, rampant un peu partout dans la prison comme des cafards sous l'emprise du sucre.

— Keith, attends, dit Pidge alors que le lion rouge filait vers la surface.

Quoi ? s'emporta Keith.

— Oh rien, grogna Lance. Pidge essayait juste de, tu sais, t'empêcher de finir pulvérisé par les monstres qui sont en bas.

Red ralentit et Lance laissa Blue dévier pour lui faire face.

— Écoute, si tu veux te faire tuer, j'vais pas t'en empêcher. Mais t'as le lion d'un de mes meilleurs amis avec toi, alors tu pourrais faire preuve de politesse et le laisser en dehors de ça.

— Il faut qu'on attire ces choses à l'extérieur, interrompit Pidge avant que Keith ne puisse répliquer. Je veux pas risquer de détruire les ordinateurs.

— Ok, dit Lance.

Il décrivit un cercle autour de la prison, se mordillant les lèvres en cherchant le moindre mouvement. L'endroit resta aussi mort que le reste de la planète, qui était par ailleurs encore plus glauque et déprimante en pleine journée, tout en pierres grises et en ciel sans couleur. Il n'y avait pas d'éclaircies dans les nuages qui se pressaient contre le dos de Blue comme un poids la poussant vers les créatures en contrebas.

Après un moment, Lance retourna vers le lion vert et poussa un long soupir.

— Ok, j'abandonne. Comment on les fait sortir de là ?

Pidge hésita, ce qui le fit se sentir mieux de ne pas avoir trouvé d'idées utiles lui-même. Iel finit par hausser les épaules.

— En faisant du bruit ?

Lance ne lui demanda pas ce qu'iel voulait dire par là. Ou plutôt, il n'eut pas l'occasion de lui demander, puisqu'iel pivota et ouvrit le feu juste alors qu'iel finissait de parler. Les lasers de Green formèrent des lignes brûlantes sous les paupières de Lance et soulevèrent un nuage de poussière cendreuse et d'éclats de roche.

Lance tira sur ses contrôles, œillant prudemment le signal vidéo de Pidge.

— Rappelle-moi qui a décidé que tu avais l'âge de jouer avec des lasers mortels ?

Pidge sourit.

— Tais-toi et aide-moi à foutre la pagaille.


Matt poussa un soupir de soulagement quand le Balméra apparut à travers la vitre. Il s'était avéré difficile de traquer un Balméra en mouvement ; plus que Matt ne l'avait anticipé en quittant Berlou. Les Balméras pouvaient être rapides quand ils le voulaient. Pas autant qu'un lion de Voltron ou que le château-vaisseau, mais assez pour que, le temps que Coran et Allura terminent les préparations, ouvrent un trou de ver pour Pidge, Lance et Keith, et en ouvrent un autre aux coordonnées envoyées par la doyenne du Balméra, Mir, ce dernier soit déjà trop loin pour être à portée des scanners.

Bon, environ quatre heures s'étaient écoulées entre la réception des coordonnées et le saut en trou de ver et, oui, Mir les avait prévenus que son peuple était un peu rouillé en navigation à la surface d'un Balméra en bonne santé. C'était un art ancestral, apparemment, mais qui n'avait pas servi depuis que les Galras avaient colonisé la créature.

Mais tout de même. Vu la manière dont il se sentait, il avait l'impression d'avoir passé deux jours plutôt que deux heures à pourchasser le Balméra après l'obtention de nouvelles coordonnées. Matt savait que c'était certainement parce qu'il était désormais conscient des cristaux qui poussaient au fond de lui, mais il avait l'impression qu'il ne pouvait pas respirer sans en secouer quelques-uns.

Shiro était assis sur le bord de son siège, lui frottant distraitement le dos. Son attention était principalement portée sur la passerelle : l'estrade d'Allura avec ses colonnes jumelles, le panneau de contrôle de Coran d'où il supervisait leur avancée, les scanners longue portée et le système de communication. Le siège de Matt était derrière les contrôles principaux, placé en cercle avec les postes des autres paladins.

Matt ne savait pas vraiment à quoi servaient ces postes. Ils avaient tous une console connectée aux ordinateurs de bord du vaisseau, donc Matt pouvait contrôler tout et n'importe quoi dans le château. Il était quasi certain que Pidge s'en servait pour tester des programmes de sa composition, mais pour lui, ce n'était rien de plus qu'un endroit où s'asseoir.

S'asseoir était une bonne chose. S'asseoir ne faisait pas grincer les cristaux contre sa hanche et n'aggravait pas la douleur persistante de la cicatrice en dessous de son genou gauche. Il était certain qu'il y avait beaucoup de cristaux à cet endroit, mais Coran avait passé un autre scan en utilisant les capteurs du château-vaisseau et, bien qu'un petit groupe de cristaux était bien logé sous la rotule, il n'y en avait pas plus qu'ailleurs.

— À quoi tu penses ? demanda Matt à Shiro, se penchant en arrière pour le regarder.

Juste la veille, ils se battaient encore pour le destin d'une planète entière. Juste la veille, Matt cherchait encore Shiro, ne sachant pas s'il était mort ou vif ou s'il avait rejoint l'armée de Zarkon.

Il se révéla qu'il se battait bien pour les Galras, mais seulement dans le but de saboter la guerre de l'intérieur. L'armée de Zarkon avançait sans s'arrêter et la Terre se trouvait sur la trajectoire de la flotte principale. Grâce à Voltron, cette flotte était désormais en ruine et leurs nouveaux alliés surveillaient la zone pour s'assurer qu'aucune nouvelle menace ne venait planer sur la Terre.

Avec les nouvelles de l'état de Matt, ils n'avaient pas vraiment eu le temps de se détendre sur Berlou, mais Shiro s'était douché et avait délesté l'armure galra qu'il portait pour une combinaison altéenne que Coran avait trouvée dans un placard. Il y avait du bon à vivre dans un château construit par des changes-formes, notamment quand la plupart des vêtements que vous y trouviez s'adaptaient au corps de leur porteur. La combinaison noire et jaune était censée ressembler à un gilet et à un survêtement, mais l'illusion était quelque peu ruinée par la manière dont le tissu s'accrochait aux muscles de Shiro.

Pas que Matt s'en plaignait. Il fallait bien que quelque chose le distraie de sa douleur.

Il se rendit compte qu'il fixait Shiro et se força à lever les yeux vers son visage. Shiro le regardait, un sourcil haussé, les lèvres plissées dans un sourire exaspéré. Matt lui rendit son regard, prétendant ne pas remarquer le rougissement qui lui chauffait les joues.

— Est-ce que je veux savoir à quoi tu penses ? demanda doucement Shiro, testant sa patience.

Il frappa la jambe de Shiro et jeta un regard furtif aux autres. Heureusement, Hunk avait abandonné son poste pour tourner autour de Coran, espérant pouvoir parler à Shay. Ce n'est pas ce qu'il dirait si on lui posait la question, bien sûr. Hunk était bien trop gentil pour montrer ouvertement sa hâte de retourner au Balméra, au vu des circonstances.

Cela ne l'empêchait pas d'avoir l'air à deux doigts de prendre Yellow pour pousser le château à rejoindre sa destination plus vite.

— Je me disais que t'es un crétin, dit Matt avec un sourire taquin. T'as de la chance d'être canon, au moins.

Ce fut au tour de Shiro de rougir, ce qui était adorable. Logiquement, il devait y avoir un temps où Shiro n'avait pas le physique d'un super-héros et apparemment, c'était il y a moins longtemps que Matt ne l'aurait cru. Ou peut-être que l'esprit de Shiro était coincé de façon permanente au stade gênant de la préadolescence. En tout cas, il semblait pris de court dès que Matt complimentait son apparence.

Matt eut pitié de son peut-être/en quelque sorte/presque petit-ami, entrelaçant leurs doigts et indiquant d'un signe de tête la carte holographique affichée derrière eux.

— Assez impressionnant, pas vrai ?

— Ouais, dit Shiro.

Il essayait de ne pas rester bouche bée devant la technologie altéenne et les lignes artistiques de l'architecture, mais cela ne fonctionnait pas vraiment.

— Je n'ai jamais rien vu de tel. Tout est si…

— Étincelant ? suggéra Matt. Futuriste ?

— Délicat, dit Shiro. Je veux dire, soyons honnête. Les vaisseaux galras sont tout aussi avancés et d'une propreté impressionnante, mais… c'est tout ce qu'ils ont. Un sol, un plafond, quatre murs et c'est bon. Peut-être quelques lumières d'ambiance, quelques caméras de sécurité ou autre.

Il secoua la tête, levant les yeux vers le plafond voûté au-dessus de l'hologramme, souriant. Des caractères altéens étaient gravés dans le métal le long de l'encadrement circulaire. Si Matt se concentrait, il pouvait pousser le traducteur du château-vaisseau à les convertir en anglais, mais un cristal lui brûlait la clavicule, alors il se força à sourire et se concentra plutôt sur sa respiration.

— Les Altéens se souciaient de cet endroit, dit Shiro. C'est rafraîchissant.

Souriant, Matt appuya la tête contre le bras de Shiro et ferma les yeux. Il n'avait pas bien dormi la nuit dernière à cause de la douleur et jusque-là, la journée s'était déroulée dans un brouillard interrompu uniquement par quelques pics de souffrance plus intense.

Shiro reprit ses caresses sur le dos de Matt et le rythme réconfortant menaçait de l'endormir.

— On entame notre descente, Princesse, indiqua Coran.

Matt se força à ouvrir les yeux et observa le Balméra grossir de plus en plus. Il pouvait percevoir du mouvement à la surface, près des trous de forage massifs qui formaient autrefois les mines galras. Matt crut reconnaître celui à côté duquel ils se posèrent, mais c'était peut-être son manque de sommeil qui lui jouait des tours.

Quand ils atterrirent, Matt dut se dépêtrer de son siège, son corps lui faisant l'effet d'appartenir à un vieil homme. La présence de Shiro à ses côtés le motiva à réprimer sa douleur. Il parvint à se mettre sur pied du premier coup, ne vacillant qu'un petit peu quand un vertige menaça de le submerger.

De la pure quintessence, avait dit Allura. C'était ce avec quoi les druides d'Haggar l'avaient attaqué sur Berlou. Leur magie violette habituelle drainait la quintessence de leur victime, mais l'éclair jaune qui avait frappé Matt durant la bataille en était l'exact opposé. Selon Allura, il s'agissait de quintessence volée transformée en arme pour l'injecter directement dans son corps. Et considérant que les cristaux au fond de lui grossissaient au contact de quintessence…

Eh bien, ce n'était pas si surprenant que son niveau de douleur soit si élevé depuis son réveil à la clinique médicale berlounaise.

Il essaya de ne pas trop s'appuyer sur Shiro en quittant le château-vaisseau, mais ça valait mieux que de tomber la tête la première. Le voyage en ascenseur jusqu'à la rampe principale fut long et gênant. Les regards d'Allura et de Shiro lui donnaient l'impression qu'on lui transperçait le crâne avec de petites aiguilles et la manière dont Hunk et Coran évitaient manifestement de le dévisager était à peine mieux.

Mir, Shay et Rax les accueillirent en bas de la rampe.

— Bienvenue, paladins, dit Mir en s'inclinant légèrement. C'est bon de vous revoir, aussi regrettables que soient les circonstances.

Matt se força à sourire.

— Vous parlez de moi ? Nan, ça va, c'était juste une excuse pour laisser Hunk et Shay se revoir.

Shay gloussa dans le creux de sa main, Hunk fit la moue en rougissant et le regard de Mir s'adoucit.

— Venez, dit-elle, indiquant à Rax de s'approcher. Laissez-nous vous examiner.

Rax s'avança en se tortillant les mains.

— Je vais vous porter, si cela ne vous dérange pas ?

Matt était bien tenté de refuser, mais il ne savait pas quand son corps déciderait de le lâcher. S'il déclinait l'offre de Rax, Shiro allait sûrement finir par le porter à un moment ou un autre et s'il n'avait rien contre le fait qu'il le tienne comme une mariée, l'idée que Shiro le voit dans un état aussi pitoyable lui tordait l'estomac, et pas d'une bonne manière.

Il acquiesça donc, faisant de son mieux pour garder la tête haute alors que Rax le soulevait, enroulant un bras rugueux sous ses genoux et un autre autour de ses épaules. Aussi brusque que Rax avait été lors de leur première visite, il était étonnamment doux, désormais, faisant attention à bien tenir Matt pour ne pas trop le secouer sur le chemin.

Allura et Mir prirent les devants, discutant doucement des progrès de la reconstruction du Balméra après la longue occupation des Galras. Coran fit preuve de tact en distrayant Shiro, qui accéléra l'allure pour se maintenir à la hauteur de Rax et de ses plus grandes foulées.

Shay, pendant ce temps, attira Hunk en retrait du groupe et l'accueillit d'un petit :

— Bonjour, créature du ciel.

Matt rencontra les yeux de Hunk par-dessus l'épaule de Rax et sourit, s'amusant de la manière dont Hunk le fusilla du regard avant de s'employer à l'ignorer.

— Hé, euh, salut, dit-il, vacillant légèrement quand Shay buta doucement son épaule contre la sienne. Je, euh, je t'avais dit qu'on serait de retour avant qu'on puisse te manquer.

Shay rit.

— En effet. Je dois l'avouer, je pensais que tu exagérais.

— Ouais, bah, tu as sous-estimé notre soif de danger.


Après un quart d'heure à tirer sans but, Keith se décida à prendre la parole :

— Ok, je ne pense pas que ça marche.

Lance se voûta sur les contrôles.

— Je pense pas que tu

— Non, Lance, il a raison, intervint Pidge, renonçant à détruire le paysage et s'affalant sur son siège. Je crois pas qu'on arrivera à les attirer comme ça.

— Vous êtes sûrs qu'ils sont vraiment là ?

Keith grimaça aussitôt. Il fallait vraiment qu'il apprenne à réfléchir avant de l'ouvrir s'il voulait un jour s'entendre avec les autres paladins.

— Je veux juste dire que certains capteurs d'énergie peuvent détecter quelque chose qui est mort récemment, s'expliqua-t-il. Ou… ou peut-être que ces choses sont toujours en vie, mais qu'elles sont trop faibles pour bouger.

Il regarda les vignettes vidéo au coin de son écran. Lance avait toujours l'air de vouloir le balancer dans un volcan, mais le visage de Pidge était neutre. C'était déjà ça.

— Tu as peut-être raison, concéda Pidge après un long moment. Mais ces bestioles sont vicieuses. J'irai pas là-dedans tant que je serai pas sûr∙e qu'elles vont pas nous piéger.

Keith aurait dû laisser tomber. Il aurait dû se contenter de hocher la tête, de lâcher l'affaire et laisser les deux autres trouver un plan. Mais cela faisait déjà près de cinq heures qu'il se trouvait seul avec eux, les deux paladins qui le détestaient le plus. Si ça ne prenait pas fin rapidement, il allait frapper quelque chose.

— Alors quoi, on se contente de rester là éternellement ? demanda Keith.

Lance, bien sûr, ne trouva pas ça drôle.

— Hé, si t'as une meilleure idée, balance, mais si c'est juste pour te plaindre, rends-nous tous service et ferme-la.

Le lion rouge gronda dans l'oreille de Keith, aussi fatigué que lui de l'attitude de Lance. C'était réconfortant, mais cela n'empêcha pas ses mains de trembler alors qu'il faisait pivoter son lion pour se séparer des autres.

Il y eut un moment de silence, puis les deux humains se mirent à parler en même temps :

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Ouais, c'est bien ce que je pensais. Vas-y, dégage, espèce de chinchilla géant !

— Lance… Je crois pas qu'il s'enfuit.

Red se posa près du mur extérieur du complexe pénitencier.

— Pidge, grogna Keith. Est-ce que je suis près de l'ordinateur central ?

Pidge hésita.

— Tu n'as pas l'intention d'entrer, si ?

Keith grinça des dents, effleurant les contrôles du bout des doigts. Matt lui avait prêté son armure de paladin rouge, constituée de plaques de polymère légères passées par-dessus un justaucorps fait d'un tissu que Keith ne reconnaissait pas. C'était assez fin pour qu'il sente la texture rugueuse de la manette. Il dût se rappeler de respirer.

— Je suis près des ordinateurs, oui ou non ?

— …Non. Ils sont plus au centre. Mais Keith–

Il ne laissa pas Pidge finir. Il appuya sur la gâchette et Red lâcha un tir de faible puissance pour trouer le mur. Elle dévasta sûrement trois ou quatre pièces au passage, mais au moins, Keith pouvait entrer sans perdre de temps. C'était tout ce qui lui importait à l'heure actuelle.

Ignorant les protestations de Pidge et de Lance, Keith abaissa la rampe et l'air croupi de Vel-17 s'engouffra à l'intérieur du lion rouge alors qu'il descendait au pas de course. La présence de Red dans son esprit s'agitait avec le besoin d'action et il ne doutait pas que si elle avait été assez petite pour entrer dans les couloirs de la prison, elle l'aurait suivi dans les décombres.

L'intérieur était étrangement silencieux. Keith joua avec les boutons de son casque jusqu'à trouver celui qui allumait sa lampe. Elle éclaira le couloir d'une douce lueur jaune et les ombres s'étirèrent devant lui, formant des angles aigus et des contrastes marqués qui donnaient un air surréaliste aux alentours.

Lance fulminait dans une langue que le traducteur de Keith ne reconnaissait pas, ce qui était quelque peu soulageant. C'était plus facile d'ignorer son baragouinage que ses insultes tranchantes et Keith devait se concentrer sur la recherche des créatures que les paladins avaient rencontrées lors de leur première visite. Sa visière lui procurait les relevés des scans GPT de Red, qui se faisaient de plus en plus précis alors que Keith se rapprochait de la source du signal. Son armure devait avoir son propre scanner intégré, mais le signal était trop faible pour pouvoir le localiser avec exactitude, même d'ici.

Parcourir le bâtiment dans le noir était difficile, même quand il coupa presque totalement son transmetteur et se concentra sur la carte qu'il fabriquait mentalement. Il avait passé toute sa vie dans l'espace et chaque structure de surface avait sa propre logique. Il n'y avait pas de couloir central ici, aucune symétrie pouvant rendre son exploration plus facile et il n'arrêtait pas de se retrouver dans des pièces sans issue.

Finalement, il atteignit la zone où les détecteurs plaçaient les créatures. Ralentissant, Keith sortit son épée et observa attentivement le couloir en avançant prudemment, à l'affût du moindre mouvement.

Son seul avertissement fut une lumière rouge solitaire dans les ténèbres. Quelque chose racla sur le sol et Keith fit un bond en arrière, évitant de justesse une main griffue de la taille de sa tête. Keith leva son épée en glapissant.

La lame frappa une peau épaisse, s'y coinça une seconde, puis dévia. Il sentit une odeur de chair brûlée et de sang, mais la main de la créature était toujours intacte et pleinement opérationnelle, cherchant à nouveau à frapper Keith au visage alors qu'il reculait.

Avec un cri rauque, une deuxième créature se joignit à la première. Celle-ci était recouverte d'un réseau d'améliorations neuro-dermiques. Keith n'avait jamais vu d'utilisation aussi étendue de ce dispositif, mais même une petite fraction de ce dernier aurait suffi à octroyer à son porteur une hausse d'agilité et de précision. Vu à quel point cette créature avait été améliorée, Keith savait qu'il ne valait mieux pas l'attaquer de front.

Il leva son épée pour bloquer un coup du premier monstre, celui avec l'œil cybernétique semblable à celui de Sendak, puis pivota et s'enfuit. Pidge avait dit qu'il y avait trois créatures, mais iel allait devoir se contenter de deux, parce que Keith n'allait pas traîner pour voir si le cobaye manquant était toujours paré au combat.

Il courut sans ralentir, écoutant le bruit des griffes sur le métal pour savoir quand éviter et quand risquer une contre-attaque. Il essaya d'identifier l'espèce d'origine des créatures, mais il ne la reconnut pas. Il fallait dire que la chair en décomposition ne l'aidait pas beaucoup.

Sa carte mentale lui échappait alors qu'il courait. Il n'avait pas le temps de s'arrêter aux intersections pour débattre du chemin à prendre, alors il se dirigeait à l'instinct. Il était plutôt sûr de s'être perdu, mais il pouvait sentir le lion rouge au loin et c'était une boussole comme une autre lui indiquant la sortie.

La bête au réseau ND bondit et Keith ne fut pas assez rapide pour l'éviter. Des griffes de cinq centimètres de long laissèrent des rainures sur son armure à l'épaule et il trébucha, donnant un coup d'épée alors que la créature lui passait devant. Il pivota, frappant l'autre cobaye, avant de s'engouffrer dans la pièce la plus proche. C'était un laboratoire dont les étagères étaient chargées de bocaux en verre contenant des choses indistinctes. Keith ne s'arrêta pas pour les observer. Il traversa la pièce en courant, prit la porte et tourna à gauche en direction de l'appel silencieux de Red.

Il la sentit se rapprocher à chaque souffle, lui tendant la patte. Il se jeta à gauche au coin du couloir, se poussant à aller plus vite tandis que les créatures dérapaient et s'abattaient contre le mur dans leur hâte de le rattraper.

La lumière du soleil se déversait dans le couloir devant lui et Keith augmenta le volume de son transmetteur.

— Je ressors avec deux d'entre eux, cria-t-il. Préparez-vous !

Il trébucha sur le monticule de gravats, remontant à quatre pattes alors que les monstres cherchaient à l'attraper par les chevilles. Le sol instable le ralentissait plus que ces derniers et leurs cris furieux le poussèrent à avancer sans s'arrêter.

Quand il atteignit le sommet du tas de gravats, il trébucha à nouveau et bondit pour rejoindre le sol solide, atterrissant maladroitement et posant une main par terre pour se stabiliser.

Quelque chose de lourd secoua la pierre derrière lui.

Keith courut de toutes ses forces, mais la créature était plus rapide. Elle allait le rattraper avant qu'il n'atteigne le lion rouge, elle allait–

Une ombre passa au-dessus de lui et il se couvrit la tête pour se protéger du vent et de la chaleur qui le fouetta.

La bête siffla et quelque chose se frotta à du métal, agressant les oreilles de Keith, rendues sensibles par l'adrénaline.

Il pivota, prêt à se battre, et trouva le lion vert le dominant de toute sa hauteur, écrasant la créature à l'œil cybernétique sous sa patte avant. Il arqua la queue et tira sur l'autre bête, qui esquiva à une vitesse hallucinante.

Le lion bleu tomba du ciel dans un tourbillon d'air hivernal. Des cristaux de glace fleurirent sur la peau de la deuxième créature, la clouant au sol. Elle se débattit une seconde de plus, tendant les griffes en direction de Blue, avant de s'immobiliser, emmitouflée dans un épais cocon de glace. D'un geste de la queue, le lion bleu brisa la glace et la bête à l'intérieur.

Le silence tomba sur Vel-17.

Keith mit les mains sur les genoux, inspirant de grandes bolées d'air, les battements de son cœur retrouvant un rythme normal. Il retira son casque, laissant la brise s'échappant de Blue lui rafraîchir la nuque. En y repensant, ce n'était certainement pas le plan le plus brillant qu'il aie jamais eu. Enfin, le bon côté des choses, c'était qu'il avait résolu les deux tiers de leur problème.

— Eh ben, dit Pidge, le lion vert s'appuyant plus fortement sur le monstre qu'il écrasait jusqu'à ce qu'il s'arrête de bouger. C'était palpitant.

— Cinglé, corrigea Lance, posant le lion bleu à côté de Green. Le mot que tu cherches est cinglé. Peut-être même prodigieusement stupide.

Les rampes des deux lions s'abaissèrent et Pidge lança un grand sourire à Keith en descendant.

— Mais efficace, tu dois bien l'admettre, ajouta-t-iel.

Lance grogna, refusant de regarder Keith en se dirigeant vers le trou dans le mur.

— L'encourage pas, Pidge.

Keith le fusilla du regard et Pidge lui donna un coup de coude.

— Ignore-le, dit-iel à voix basse. Il aurait fait la même chose si tu l'avais pas devancé.

— Arrête de répandre des mensonges à mon propos, Pidge !

Lance s'arrêta en haut de la pile de gravats, les mains sur les hanches comme un vieil enregistrement de propagande montrant des explorateurs arpentant de nouveaux mondes. Quelque part, Keith n'avait pas l'impression que Lance apprécierait la comparaison.

— Faut pas oublier qu'il reste un de ces trucs à l'intérieur, continua ce dernier.

Pidge leva les yeux au ciel et hâta le pas pour le rejoindre, Keith restant un peu en retrait.

— Merci pour l'info, Ô chef intrépide. Tu nous attends ou tu comptes y aller seul ?

Lance se figea, pivotant pour jeter un regard noir à Pidge, qui sourit innocemment et passa devant lui, s'enfonçant dans l'obscurité.


Rax porta Matt jusqu'à une petite caverne près d'une des sections les plus calmes du tunnel. Quelqu'un avait attaché un rideau pour lui offrir un peu d'intimité, mais la parade miniature qu'ils avaient attirée en traversant les tunnels en gâchait l'illusion. Mir tenta de les chasser, mais une grande partie des petits Balmérans restèrent, en admiration devant les paladins. Matt se dit qu'il fallait s'y attendre, après tout ce que Voltron avait fait pour ce peuple, mais il s'en sentit quand même embarrassé alors que Rax le posait sur un lit en pierre recouvert de mousse.

— Mes vœux vous accompagnent, Paladin, murmura Rax, se frottant le bras.

Il semblait nerveux et Matt aurait voulu avoir la force de le réconforter. Il se contenta de sourire.

— Merci, Rax.

Rax sourit, puis se tourna vers les rideaux qui ondulaient alors que plusieurs enfants essayaient de jeter un dernier coup d'œil aux humains. Avec un soupir, Rax fit un signe de main à sa sœur et sa grand-mère avant de passer de l'autre côté. Un concert de couinements l'accueillit, suivi par un martèlement de pas.

Avec un rugissement joueur, Rax les prit en chasse.

— Qui sont ces vilains ogres qui espionnent nos invités ? Ouste !

Un enfant hurla de rire et Rax grogna. Matt se pencha pour regarder par l'espace entre les rideaux et le vit en train de se frotter la mâchoire, un enfant perché sur son épaule.

— Tu es solide, petit ogre. Tout comme tes pieds.

Hunk haussa un sourcil à l'intention de Shay, qui retint un sourire.

— N'aie crainte. Mon frère surveille souvent les enfants quand leurs parents travaillent. Il ne les laissera pas nous déranger.

— Je parie que c'est un baby-sitter coriace, marmonna Hunk et Matt devait bien le concevoir.

Mir sourit.

— En effet. À présent. (Elle se tourna vers Matt.) Retirez votre haut.

Matt rougit, mais fit ce qu'elle lui demandait, retirant le t-shirt rouge à manches longues que Lance lui avait cousu avec du tissu qu'il avait « emprunté » aux chambres libres du château. Il roula le t-shirt en boule et le serra contre son torse, les yeux rivés au sol alors que Mir et Shay se plaçaient derrière lui. Les autres attendirent à l'entrée dans un silence gêné tandis que Mir posait une main rugueuse et chaude sur son dos.

La chaleur envahit les muscles endoloris de Matt et il se détendit au toucher, même si cela ne dura pas longtemps.

Quand la chaleur s'estompa, Mir souffla et tapota l'épaule de Matt.

— Pas d'inquiétude, jeune homme, dit-elle. Ce sont bien des cristaux balmérans qui poussent à l'intérieur de vous. Nous devrions pouvoir apaiser vos souffrances. Ma petite-fille ?

Shay grogna et ajouta sa main à côté de celle de Mir. Matt n'eut pas besoin de demander quand elles se mirent au travail. Cela remua quelque chose en lui, une sorte de conscience qui, bien qu'atténuée par un éclair de douleur, lui donnait l'impression d'être très petit et pas à sa place. Il savait parfaitement que la pierre sur laquelle il était assis provenait d'une créature vivante, que la planète entière était en vie. Il ne pouvait pas sentir le Balméra, pas comme il pouvait sentir son lion, mais par le toucher de Shay et de Mir, il pouvait ressentir une immensité qui le laissait étourdi et déboussolé.

Après un moment, les cristaux se mirent à bouger et Matt oublia tout du Balméra et des deux femmes derrière lui. Les douleurs auxquelles il commençait tout juste à s'habituer se déplacèrent, réveillant une nouvelle souffrance alors qu'elles trouvaient de nouveaux os contre lesquels se frotter, de nouveaux nerfs qui n'étaient pas encore désensibilisés à leur présence.

Matt siffla et Shiro s'avança comme pour arrêter les Balmérans. Allura le retint d'une main à l'épaule et Matt la remercia silencieusement. La douleur le quittait déjà et il respirait plus facilement. C'était comme relâcher un souffle qu'il n'avait pas conscience de retenir.

Mir et Shay continuèrent leur travail sur le dos de Matt pendant de longues minutes. Matt suivit le mouvement des cristaux grâce aux brûlures, à la nausée et la torpeur glaciale qui les poursuivaient. Quand elles eurent terminé, elles s'attelèrent à sa nuque, à ses bras et ses jambes, puis à son estomac, répétant le processus. Parfois, elles retiraient un fragment de cristal de son corps à travers la peau, laissant de petites plaies ensanglantées que Shay soignait en les recouvrant d'un gel frais et parfumé.

Mais le plus souvent, aucun cristal n'apparaissait. Matt ne savait pas si c'était parce que les éclats étaient trop larges ou trop profonds pour être extraits ou si elles ne voulaient simplement pas tout faire d'un coup. Cela faisait mal quand ils lui perçaient la peau, alors Matt ne s'en plaignait pas, mais il ne se réjouissait pas de la perspective de devoir refaire la même chose plusieurs fois pour extraire une poignée de cristaux à chaque passage.

Il ne saurait dire combien de temps cela prit au final. Matt en avait passé une bonne partie à peine conscient du monde autour de lui, l'esprit flottant quelque part en dehors de son corps dans une tempête de sensations déplaisantes.

Tout ce qu'il savait, c'était que quand Mir lui tendit une tasse de potage chaud rempli de racines des cavernes et d'insectes balmérans, Hunk était allongé de côté sur un banc en pierre incrusté dans le mur, Coran examinait les pots exposés sur les étagères du fond et Allura et Shiro étaient plongés dans une conversation à voix trop basse pour qu'il puisse les entendre. Enfin, pas qu'il essaya vraiment de les écouter. Il avait l'impression d'avoir couru un marathon et il n'avait qu'une envie, c'était de dormir.

— Vous avez fini ? demanda-t-il en bâillant.

Hunk se redressa, se frottant les yeux, et les autres se tournèrent vers Mir, qui fronça les sourcils et tapota la tasse de Matt. Elle le regarda fixement jusqu'à ce qu'il l'engloutisse, grimaçant alors que des morceaux d'insectes s'écoulaient dans sa gorge.

Il dut avaler deux autres tasses avant que Mir ne soit satisfaite et dès qu'elle prit la parole, il mit le potage de côté.

— Ce sera tout pour aujourd'hui, dit Mir, fronçant les sourcils en regardant ostensiblement la tasse de Matt. Votre vie n'est pas en danger et vous avez besoin de repos. Nous parlerons à votre réveil.

— Mais–

Reposez-vous, insista fermement Mir.

Elle fit un signe de tête à Shay, qui fit sortir les autres en silence.

— Nous reviendrons.

Avant que Matt ne puisse protester davantage, ils furent tous partis et il se retrouva seul dans l'alcôve silencieuse, son corps s'alourdissant. Il se demanda avec un pic d'irritation si Mir avait placé un somnifère dans le potage, mais il ne trouva pas la force de le combattre. En quelques minutes, il fut profondément endormi.


— Alors… les reconstructions semblent bien se passer.

Hunk enfouit les mains dans ses poches et frappa un petit caillou à ses pieds. Lui et Shay étaient seuls pour le moment dans l'un des tunnels principaux, les autres s'étant dispersés pour aider avec tout ce qu'ils pouvaient trouver. Shay avait invité Hunk à l'aider à cuisiner pour sa famille, qui s'avéra comporter deux bonnes douzaines de Balmérans. Apparemment, les familles balméranes se liaient plus par le travail que par le sang. Ceux qui vivaient et travaillaient dans ces tunnels formaient une famille parmi les cinq cents éparpillées sur le Balméra.

Shay portait un ballot de copeaux de roche sèche et friable sur son dos. Elle appelait ça de l'écorce et c'était apparemment combustible. Personnellement, Hunk pensait que cela ressemblait plus à du crottin qu'à de l'écorce, mais hé. Du moment que ça marchait.

Elle sourit à une paire de Balmérans qui travaillaient dans un tunnel latéral. Ils remplaçaient les poutres de support hasardeuses que les Galras avaient installées par de nouvelles plus ordonnées et ils s'arrêtaient de temps à autre pour poser une main sur le mur. Hunk ne savait pas s'ils communiquaient avec un de leurs pairs ou s'ils vérifiaient l'état du Balméra, mais ils semblaient enjoués.

— Ça avance, approuva Shay. Lentement, mais sûrement.

Ils entrèrent dans une grande pièce parsemée de lits spongieux et de tabourets taillés dans la pierre et Shay posa son sac d'écorce près d'une fournaise vide.

— Il faudra de longues années avant que le Balméra ne retrouve toute sa splendeur, mais nous avons beaucoup progressé depuis notre temps sous le joug des Galras.

— C'est une bonne nouvelle, dit Hunk, s'asseyant à côté d'elle.

Quelqu'un avait déjà laissé une pile de racines et un pot d'insectes des cavernes près de la fournaise et, sous les instructions de Shay, Hunk s'attela à éplucher les racines pendant que Shay faisait démarrer le feu.

Enfin… feu n'était peut-être pas le mot qui convenait. L'écorce rougissait comme du charbon et de la chaleur s'en dégageait bel et bien, mais il n'y avait pas de flammes et cela produisait étonnamment peu de fumée. (C'était sûrement une bonne chose, vu qu'ils se trouvaient dans une caverne à près d'un kilomètre sous terre.)

— Et toi ? demanda Shay, une fois qu'elle estima le feu assez fort, se tournant vers les insectes des cavernes. Ce dernier conflit mis à part, est-ce que tout va bien ?

— Eh.

Shay le regarda avec curiosité et il se frotta l'arrière du crâne.

— Eh ben, on a sauvé une rébellion et une ou deux planètes, mais ça alternait surtout entre cours-pour-ta-vie, lutte-pour-ta-vie, sabote-un-canon-alien-de-l'espace-géant-pour-ta-vie.

Il marqua une pause, son humeur s'améliorant face au rire de Shay.

— Que personne vienne me dire que la vie d'un paladin est ennuyeuse, plaisanta-t-il.

— En effet.

Shay laissa tomber une poignée d'insectes des cavernes dans une casserole remplie d'eau et Hunk ajouta les racines qu'il avait épluchées et découpées. Shay y joignit un peu de mousse et de petites brindilles avant de remuer le mélange. Elle se plaça ensuite devant une autre fournaise pour tout recommencer.

— Tu n'as pas été blessé trop gravement, je l'espère ?

Ce serait à ce moment-là que Lance aurait dit quelque chose de taquin, comme Pourquoi ? Tu t'inquiètes pour moi ?

Hunk n'était pas Lance. Il se sentit rougir rien que d'y penser et il rit timidement en se concentrant sur ses racines des cavernes.

— Nan, je vais bien. Autant qu'on puisse l'être.

Il résista à l'envie de toucher sa poche pour s'assurer de la présence du flacon contenant son dernier Ativan. Il avait tenu près d'un mois en n'ayant besoin que d'une pilule, ce qui était honnêtement un miracle, ni plus ni moins. (Si par miracle, vous vouliez parler d'anxiété de bas niveau mais constante de tomber à court de médicaments contre l'anxiété.)

Il aurait pris la dernière pilule il y a des siècles s'il n'était pas sûr à quatre-vingt-dix pourcents qu'il n'allait pas pouvoir en obtenir davantage avant la fin de la guerre. Il valait mieux avoir de petites crises d'angoisse maintenant qu'une énorme crise d'angoisse en présence de Zarkon. Ou un truc du genre.

— Oh, hé, ouais, fit-il en se redressant. J'ai vu d'autres planètes. Tu les aimerais, je pense.

— Oh ?

Hunk hocha la tête, ajustant sa prise sur le couteau en passant de l'épluchage au découpage.

— Ouais, Wa'resha est recouverte d'arbres qui font genre, cinq cents mètres de haut, et ils ont des fougères de la taille de nos lions sur tous leurs gratte-ciels. Et ce sont littéralement des gratte-ciels, même s'ils font petits à côté des arbres. Oh, et sur Berlou, ils ont cette sorte de, euh, pierre non newtonienne. Du sable ? Bref. C'est assez léger pour être emporté par le vent, comme des dunes de sable, mais ça devient solide quand tu marches dessus.

Il s'interrompit.

— Désolé, est-ce que ça a du sens, ce que je dis ? Je veux dire, vous avez pas de dunes de sable ici et je suis sûr que vous connaissez pas Newton.

Shay fit un petit son distrait, piquant l'écorce brûlante avec une fine barre de pierre. Hunk se tut, la dévisageant.

— Est-ce que… tout va bien, Shay ?

— Hm ? Oh. (Elle secoua la tête, ses boucles d'oreilles cliquetant contre sa carapace.) Toutes mes excuses. Je ne voulais pas t'inquiéter. J'étais simplement dans mes pensées.

— Tu pensais à quoi ?

— À rien.

Elle laissa tomber ses insectes dans la casserole et se leva, soulevant le reste de l'écorce rocheuse.

— Viens. Nous avons encore beaucoup de ragoût à faire si nous voulons nourrir ma famille.


Lance prit soin de garder un œil sur Keith tandis que lui et Pidge s'installaient devant les ordinateurs de la prison. C'était de plus en plus difficile de trouver des raisons de ne pas lui faire confiance, mais bon, la confiance n'avait pas vraiment de logique, pas vrai ? Lance avait été emmené loin de chez lui, arraché à la moitié de son équipe, passé au mixeur puis recraché dans une bataille avec un Galra à ses côtés. Alors ouais, il était un peu sur ses gardes.

Cela aurait été plus simple d'avoir confiance en Keith si ce n'était pas une tête de nœud arrogante et insupportable vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Toujours à essayer de lui donner l'air stupide, s'empressant d'accaparer toute la gloire et de jouer le mec cool. Keith n'avait pas l'esprit d'équipe et Lance ne pensait pas que c'était juste de devoir y remédier de son côté.

Que Pidge arrête de lui en vouloir pour avoir volé le lion de son frère empirait les choses. Ils étaient toujours là, seuls, un monstre galra manquant à l'appel, et Keith faisait dieu seul savait quoi avec les ordinateurs. Pour ce qu'ils en savaient, il pouvait très bien être en train d'appeler des renforts.

Ok, d'accord, il aurait pu le faire bien avant.

Et d'accord, il avait bien risqué sa vie pour attirer ces créatures zombies.

C'était juste que…

Lance souffla, se forçant à regarder le grand couloir sombre qu'il était censé surveiller au cas où le dernier monstre galra décidait de pointer le bout de son nez. Pidge avait insisté, même si Lance était plutôt sûr qu'ils auraient vu quelque chose depuis le temps si cette chose était encore là.

Mais rester à l'affût de monstres inexistants était une meilleure alternative que de penser à Keith. Il était pleinement conscient que ne pas penser à Keith était une sacrée grosse partie du problème, mais ce problème était si vaste et compliqué qu'il ne savait pas par où commencer. Parce que ça ne concernait pas que Keith. Ça concernait aussi Matt, Shiro, Allura, toutes les victimes des Galras, tous ceux que Lance avait laissés sur Terre et le nombre effroyable de Galras que lui et ses amis avaient tués parce que, après tout, les Galras n'étaient que des monstres maléfiques sans visage, pas vrai ?

Nope. On oublie ça. Lance passa son bayard dans sa main gauche et essuya la droite sur son armure (pour le peu que ça lui servi). Il scanna le couloir du regard, repassant son bayard dans sa main droite, puis à nouveau dans la gauche. Une énergie débordante bouillonnait au fond de lui, amplifiée par l'obscurité et la créature manquante. Peut-être qu'elle était toujours là, après tout…

— Vous avez bientôt terminé, les geeks ? lança-t-il par-dessus son épaule.

Keith poussa un grognement étranglé qui le fit sourire.

— Le programme d'archivage de Zarkon est compliqué, ok ?

— Mais bien sûr, fit Lance, appuyant son épaule contre le chambranle de la porte. C'est ça, ouais.

— C'est la vérité, dit Pidge. Bêtement compliqué. Je dirais qu'il a été conçu pour éloigner les hackers, mais je crois bien que le pirater est le seul moyen de s'en servir sans se frapper la tête contre un mur.

Keith pouffa et Lance se retourna. Il n'était pas…

Eh bien si. Lance le trouva au milieu d'un rire, un sourire étirant ses lèvres. Il avait une main posée sur la console de l'ordinateur, que Pidge avait alimenté à l'aide d'un cristal qu'iel avait « réquisitionné » à l'Espoir de Kera, le vaisseau de la résistance. Il se pencha par-dessus l'épaule de Pidge pour regarder son écran, guidant son avancée à travers les répertoires (ou… un truc du genre ; Lance avait ignoré leur blabla informatique un moment). Il ne remarqua pas le regard de Lance et en cet instant, il n'avait pas l'air d'un ennemi. Il n'était ni hostile, ni énervé ou méfiant. Il ressemblait à une personne normale qui avait été brisée par la guerre de Zarkon et essayait de trouver sa place maintenant qu'il s'en était échappé.

La culpabilité lui vrilla les entrailles. Keith, les autres Galras, toute cette foutue guerre… Merde.

— Qu'est-ce que tu regardes ?

Lance cligna des yeux et vit que Keith lui rendait son regard, son sourire évaporé. Un air amer et sur la défensive avait pris sa place et Lance ne put s'empêcher de s'en sentir reconnaissant.

— J'essaie juste de découvrir à quoi tu joues.

Les doigts de Pidge se figèrent sur son clavier.

— Lance…

— Quoi ? rétorqua-t-il, faisant disparaître son bayard pour pouvoir gesticuler correctement. T'as vu où on est ? Excuse-moi d'être prudent, Pidge. J'essaie juste de te garder en vie.

— Prudent ? marmonna Keith, retroussant les lèvres pour révéler une paire de canines très semblables à des crocs. J'ai une idée. Si tu veux qu'on soit en sécurité, pourquoi tu ne surveillerais pas le couloir ?

Lance croisa les bras, faisant un pas en direction de Keith.

— Comment on sait que t'as pas déjà tué l'autre créature, hein ? Comment on sait que t'essaies pas simplement de me distraire de ton véritable plan ?

L'œil de Keith tiqua.

— Et qu'est-ce que je serais en train de planifier, exactement ?

— Je sais pas. Tu nous as sûrement traînés ici pour nous assassiner sans que les autres le sachent.

— Ça n'a aucun sens !

Tu n'as aucun sens !

Lance pressa ses paumes contre ses yeux, se forçant à respirer. Il sentit le regard de Pidge sur lui, curieux et réprobateur, et il retint un rire. Il perdait la tête. À chercher la bagarre avec Keith, à laisser son horrible mélange d'émotions le submerger. Il n'arrivait même plus à trouver de bonnes réparties.

Il tremblait, il le savait et il savait que les deux autres pouvaient certainement le voir, eux aussi. C'est la guerre. Il grimaça quand ces mots résonnèrent dans son esprit comme une accusation. C'est la guerre. Des personnes meurent. De bonnes personnes. C'est la guerre, pilote de chasse, arrête de te comporter comme un bébé.

— Lance…

— La ferme, Keith, grinça Lance, sans réel venin. Je suis pas d'humeur, là.

Lance.

Keith avait un soupçon d'hystérie dans la voix qui lui dressa les poils de la nuque. Il ouvrit les yeux et vit que Pidge s'était relevé∙e, activant son bayard avec un air de panique sur le visage.

Lance pivota, mais la créature chargeait déjà dans un éclair de métal et de chair en décomposition dansant entre les faisceaux de leurs lampes. Lance se précipita dans la pièce, invoquant son bayard, bien qu'il sache que c'était déjà trop tard. Le monstre était à quelques centimètres de là, fonçant sur lui avec l'intention de l'écraser entre ses pattes métalliques.

Une main le frappa dans le dos. Lance fut projeté en avant, son casque se fendillant contre le mur, et Pidge cria.

Lance se releva, le crâne douloureux, et se tourna au son du sifflement furieux de la créature. Elle avait plaqué Keith contre un mur. Il retenait une de ses pattes avec son épée tandis que l'autre bras de la chose, un morceau difforme d'acier fondu, s'abattait sur son bouclier.

Alors qu'elle levait son bras dissous pour porter un autre coup, Pidge lui lança son bayard. La lame s'enroula autour du bras de la créature et enflamma l'air d'électricité crépitante qui la fit hurler. Keith essaya de se dégager, mais elle enfouit le reste de sa main dans le mur, le coinçant. Son autre bras s'empara de la corde d'énergie et arracha Pidge du sol.

Lance activa son bayard et ouvrit le feu sur le dos de la bête. Elle pivota, les yeux brillant sous le faisceau de sa lampe frontale, et rugit. Elle abattit sa patte intacte sur le torse de Keith et le son d'une armure se brisant donna à Lance l'effet d'un coup de poing dans l'estomac.

Mais il n'eut pas le temps de s'inquiéter pour Keith parce que le monstre le souleva comme un animal en peluche et le balança sur Lance, les envoyant tous les deux au tapis dans un entremêlement de bras et de jambes. Un sifflement de douleur échappa à Keith, mais il se dépêtra de Lance et se remit sur pied, l'épée dans une main, sa dague dans l'autre.

— Hé, le fondu ! Par ici ! cria Pidge, s'appuyant lourdement contre le mur en levant son bayard.

Iel tira, attrapant la créature par le cou et relâchant une tempête électrique qui roussit les narines de Lance avec la puanteur de la chair brûlée.

Keith chargea.

La bête le vit arriver et même avec l'électricité parcourant son corps, elle semblait à peine incommodée, se tournant vers Keith les deux bras levés, prête à transformer le petit Galra en chair à pâté violette.

Pas aujourd'hui, Romero (1). Lance leva son arme et tira sur le visage du monstre. Ce ne fut pas plus efficace cette fois-ci que la semaine passée, mais la créature flancha, oubliant juste une seconde l'épée dirigée contre son torse.

Une seconde était tout ce dont Keith avait besoin. Il jeta tout son poids dans son attaque et enfonça la pointe de son épée dans le cœur de la bête. Elle pouvait encaisser beaucoup de dégâts. Des coups d'épée, de l'électricité, des tirs laser. Mais la force de l'élan d'un Galra, concentrée sur la pointe d'une épée énergétique… Aucune peau artificielle n'aurait pu le supporter. La lame rencontra de la résistance en s'enfonçant, mais elle s'incrusta assez profondément pour que la chose hurle et s'effondre, frémissante, contre le mur.

Désactivant son épée, Keith tituba en arrière jusqu'à ce que ses jambes heurtent le poste informatique. Il y posa une main pour retrouver son équilibre, ce qui illumina les écrans d'un rouge sinistre.

Keith pressa son autre main contre son visage et se glissa au sol, laissant échapper un petit rire secoué.

— Ça vous suffit, niveau sensations ?

Pidge était plié∙e en deux, les épaules pressées contre le mur, et iel pouffa d'une façon un peu frénétique qui faillit tirer un rire de Lance.

— J'ai tellement hâte d'en finir avec cette planète, marmonna-t-iel.

— M'en parle pas, grogna Lance, touchant la créature du bout de son arme, le cœur toujours survolté ; le combat avait duré moins d'une minute, mais il avait l'impression d'avoir couru pendant des heures. Dépêche-toi et termine de pirater ce truc, Gunderson. Je veux me barrer de cet enfer.


Quand Matt se réveilla, Shiro était de retour dans la petite alcôve, assis sur le banc de pierre, les coudes sur les genoux et le regard rivé au sol. Matt cligna des yeux quelques fois et quand Shiro leva la tête, il sourit.

— Salut toi, murmura-t-il.

Shiro se leva, rejoignant Matt près du lit de pierre moussue alors qu'il se redressait pour remettre son haut.

— Comment tu te sens ?

— Un peu énervé que Mir ait décidé de me droguer.

Ces mots s'égarèrent un peu trop près du royaume des souvenirs qui le hantaient, alors Matt se força à s'égayer :

— Enfin, je vais pas me plaindre du sommeil gagné. J'ai dormi combien de temps ?

— Deux ou trois heures, dit Shiro.

Il semblait analyser Matt à la recherche du moindre signe de douleur, alors Matt se tint un peu plus droit, butant doucement son épaule contre celle de Shiro.

— Mais tu te sens mieux ? Ça te fait toujours mal ?

Matt envisagea de mentir, mais Shiro le connaissait trop bien. Ou, enfin, c'était le cas avant et Matt n'avait pas hâte de découvrir s'ils avaient perdu cette capacité à savoir ce que l'autre pensait.

— Un peu. Pas autant qu'avant.

C'était plus ou moins vrai. La douleur était plus supportable, mais c'était elle qui l'avait réveillé, lancinante et brûlante. Il ne s'agissait plus d'éclairs de douleur ni de la tension qui s'était accumulée au cours de la semaine, simplement de maux recouvrant l'intégralité de son corps, l'empêchant d'être réellement à l'aise.

Ils restèrent en silence un moment et Matt ferma les yeux, se doutant de ce qui l'attendait. Mir et Shay n'avaient pas retiré tous les cristaux de son corps, loin de là. À ce rythme, cela prendrait des semaines avant qu'il ne soit en parfaite santé. Des semaines que les autres paladins ne pouvaient pas passer à rien faire. Et c'était en présumant qu'un rétablissement total était possible.

Matt prit une profonde inspiration.

— Alors, qu'est-ce que Mir a dit ? Combien de temps je suis coincé ici ?

— Je ne sais pas. Elle m'a dit de t'amener au tunnel central à ton réveil, indiqua Shiro en haussant une épaule. Si tu t'en sens capable ?

En réponse, Matt se leva. Marcher était plus simple qu'avant. Au lieu d'avoir l'impression d'avoir les jambes remplies de clous rouillés, il avait simplement la sensation d'avoir passé la veille à faire de la randonnée en montagne et qu'il s'était peut-être froissé un muscle ou six au passage. Sa jambe gauche le faisait toujours souffrir, mais elle ne trembla qu'un petit peu quand il passa de l'autre côté du rideau.

Il pivota pour sourire à Shiro, qui lui rendit du bout des lèvres et l'accompagna jusqu'au tunnel principal un peu plus loin, où des outils et des déchets métalliques provenant des structures galras étaient empilés le long du mur en attendant d'être utilisés par une équipe de reconstruction. Coran avait les mains posées sur un filon de cristaux qui brillait joyeusement. Matt ne put qu'assumer qu'il partageait un peu de sa quintessence avec le Balméra, comme Allura l'avait déjà fait précédemment. Cette dernière se tenait derrière lui, une moue que Matt ne lui avait jamais vue sur le visage. Matt supposa qu'on lui avait interdit de refaire la même chose que la dernière fois.

Ce fut Hunk et Shay, assis près d'un fourneau à éplucher des racines, qui remarquèrent son arrivée en premier.

Hunk sourit en se levant et traversa le couloir pour attirer Matt dans une étreinte.

— Matt ! Tu es réveillé !

Matt siffla un peu quand Hunk lui retira tout l'air de ses poumons, mais il lui rendit son étreinte, lui tapotant le dos tout en offrant un sourire à Allura et Coran, qui s'étaient détournés des cristaux pour les rejoindre.

— Comment te sens-tu ? demanda Allura, son attitude calme quelque peu diminuée par l'inquiétude qui dansait dans ses yeux.

— Bien mieux, lui assura-t-il.

Il fit un signe de tête à Shay, puis à Mir alors qu'elle approchait en compagnie de Rax. Deux enfants étaient toujours accrochés à ce dernier, un autour de son cou, l'autre pendu à son bras. Quand ils furent à portée de voix, Matt se sépara de Hunk pour faire face à Mir.

— Combien de temps… ? Quand pourrai-je… ?

Le regard de Mir s'adoucit. Elle se tourna vers un coin tranquille du tunnel, loin de toute oreille indiscrète, et Matt y vit là une offre d'intimité. Vu ce qu'il avait appris la dernière fois qu'un guérisseur lui avait offert de l'intimité, Matt s'attendait à une sorte de condamnation à mort, mais il secoua la tête. Si c'était une mauvaise nouvelle, il n'était pas certain de pouvoir faire bonne figure assez longtemps pour le dire aux autres.

Mir soupira.

— Votre vie n'est pas en danger, dit-elle, attirant son regard. Vous devriez le savoir avant de continuer.

— Génial, marmonna Matt, la nervosité lui crispant à nouveau les épaules. C'est une manière très rassurante de commencer une conversation.

— C'est la vérité, dit Mir. Vous avez un long chemin à parcourir, jeune homme, et je ne veux pas vous décourager avant que vous ne commenciez.

— Long comment ?

Baissant les yeux, Mir prit la main de Matt entre les siennes.

— Ce que les Galras vous ont fait… Ce n'est pas rien. Vous avez de nombreux germes de cristaux à l'intérieur de vous, davantage que lorsque les Galras vous ont perdu, je pense.

— Attendez, interrompit Shiro, se penchant en avant, le visage pâle. Ça se propage ?

— Lentement, dit Shay. Peut-être seulement à cause de l'attaque que vous avez mentionnée. La quintessence fait grossir les cristaux. Cela peut également les multiplier.

— Cela dit, reprit Mir, lâchant la main de Matt et levant la tête pour le regarder avec des yeux brillant de compassion. La guérison est possible, bien que très lente. Nous avons guidé les cristaux à des endroits où ils ne vous blesseront pas, pour que vous puissiez partir à présent et reprendre votre lutte.

Matt déglutit, la gorge si serrée qu'il put à peine se forcer à parler :

— Je sens comme un « mais », là.

Mir ferma les yeux.

— Vous aurez besoin de soins dans le futur. Pour retirer les cristaux et rediriger les nouveaux là où ils feront le moins de dégâts.

— Souvent ?

— C'est difficile à dire. Si vous évitez la quintessence, vous serez peut-être en mesure de tenir un certain temps sans requérir de l'aide. Si vous rencontrez des ennuis… eh bien, vous avez bien vu à quel point cela a progressé depuis votre dernière visite.

Matt inspira brusquement et retint son souffle, la déception se pressant au coin de ses yeux.

— Je vois, murmura-t-il.

Shiro tendit le bras dans un geste de réconfort, mais Matt l'évita, pivotant pour lui faire face, à lui et aux autres.

— Vous allez devoir me laisser ici.

Quoi ? (Shiro fit un petit pas en avant, puis hésita, le visage indéchiffrable.) Non. Je ne te quitterai pas, Matt.

— Tu le dois. Zarkon ne va pas attendre que je me remette. Vous ne pouvez pas vous permettre de refaire le voyage ici toutes les deux ou trois semaines pour que Mir puisse me guérir. Et puis, ce n'est pas comme si vous aviez vraiment besoin de moi. Keith peut piloter Red. Vous avez déjà formé Voltron avec lui.

— Alors je reste avec toi, contesta Shiro. Allura pilotait le lion noir, avant. Pourquoi ne–

— Non, coupa Matt, serrant les poings le long de son corps avant de détourner le regard. Les autres ont toujours besoin de ton aide. Tu ne peux pas simplement les abandonner pour moi.

Shiro ouvrit la bouche pour protester, mais s'interrompit. Matt sourit. S'il y avait bien une chose sur laquelle il pouvait compter, c'était que Shiro ferait toujours ce qui valait le mieux pour tout le monde, même si ce n'était pas ce qu'il voulait. Voltron avait besoin d'une personne comme lui. Matt pouvait se débrouiller seul. Ce ne serait pas la première fois.

— Excusez-moi, intervint Shay d'une petite voix.

Elle se fit toute petite quand cinq paires de yeux se tournèrent vers elle et elle jeta un regard à Mir, qui hocha la tête de manière encourageante.

— Il y a encore une solution pour ne pas vous séparer, annonça-t-elle alors.

Shiro s'égaya de façon presque imperceptible :

— Laquelle ?

Shay lança un petit coup d'œil à Rax par-dessus son épaule.

— Je… pourrais vous accompagner. Ainsi, vous n'aurez pas besoin de revenir ici pour le traitement.

Quoi ? fit Rax d'une voix basse et tranchante, faisant tressaillir Shay. Tu ne peux pas… Vex. (Il se tourna furieusement vers Mir.) Tu étais au courant ?

Mir acquiesça calmement.

— C'est la meilleure chose à faire. L'univers a besoin de Voltron plus que tu n'as besoin de ta sœur, jeune homme.

Se hérissant, Rax se défit des enfants qu'il portait.

— Elle est plus jeune que moi ! Comment peux-tu l'envoyer à la guerre de ces créatures du ciel ?

— Notre guerre.

Rax se figea aux mots de Shay et se retourna, fronçant les sourcils.

— Comment ?

Entrelaçant ses doigts, Shay leva les yeux pour le regarder.

— C'est aussi notre guerre. Les Galras ne distinguent pas ceux qui se battent de ceux qui ne se battent pas. Ils ont envahi notre foyer. Ils ont envahi tant d'autres Balméras et d'autres mondes. Tout ce que je peux faire pour aider les paladins de Voltron, je le ferai avec joie.

— Ce sera dangereux, dit Matt, essayant de contenir la bulle de soulagement et de gratitude qui grandissait au fond de lui. Tu es sûre que tu sais dans quoi tu t'engages ?

Shay hocha la tête.

— Depuis que vous êtes partis, j'ai rêvé de quitter cet endroit, de me battre contre Zarkon. Je veux aider les autres Balméras qui vivent toujours sous sa coupe… et pas seulement les Balméras. Tous les peuples méritent d'être libres. Si je peux aider de quelque façon… (Elle carra les épaules.) S'il vous plaît, laissez-moi vous accompagner.

Il y eut un instant de silence abasourdi, puis Allura s'avança et prit les mains de Shay.

— Dans ce cas, bienvenue à bord.


Keith et les autres n'arrivèrent pas au point de rendez-vous avant le château-vaisseau. Le transfert de données avait connu quelques accrocs et Pidge avait voulu créer une sauvegarde de secours au cas où. Keith avait cru qu'iel aurait hâte de retrouver son frère, mais iel semblait traîner des pieds.

Iel eut l'air presque soulagé∙e quand ils émergèrent du trou de ver pour être accueillis par un sermon furieux de Matt qui les pourchassa jusqu'aux hangars.

— Vous ne pouvez pas filer comme ça sans me prévenir ! Et s'il vous était arrivé quelque chose ? Et si vous vous étiez fait attaquer ?

— C'est pas comme si c'était prévu, marmonna Lance alors que Keith débarquait et se dirigeait vers l'ascenseur. On a attaqué la base comme on l'avait dit, mais on a rien trouvé alors on a improvisé.

Keith croisa les bras et s'appuya contre le mur de l'ascenseur. Il se demanda s'il devait retirer son casque pour ne pas avoir à écouter leur dispute, mais il essayait de s'intégrer à l'équipe, non ? Ignorer les paladins, même si c'était très tentant, n'était sûrement pas le meilleur moyen d'apprendre à les connaître.

Matt poussa un soupir tandis que les portes de l'ascenseur s'ouvraient.

— Vous auriez au moins dû nous rejoindre avant de retourner là-bas.

Pidge traîna les pieds hors de son ascenseur, retira son casque et le jeta sur le siège de son poste.

— Alors j'étais censé∙e rester là à me tourner les pouces en attendant de voir si la douleur allait te refaire perdre connaissance ?

Matt passa les doigts dans ses cheveux en soupirant. Un Balméran se tenait derrière lui avec Hunk et Lance donna un coup de coude à ce dernier en passant, le faisant rougir.

Allura se tourna vers eux, les sourcils froncés.

— Matt a raison. Disparaître sans nous dire un mot de votre destination était imprudent et irresponsable.

— Mais ça a marché, non ? intervint Keith.

Il s'était assis de côté sur le siège du paladin rouge (son siège, il supposait, bien que c'était étrange à dire), laissant ses pieds se balancer par-dessus l'accoudoir. Il sentit le poids de plusieurs regards sur lui et se tourna vers Shiro et Allura, qui l'observaient avec un air réprobateur. Keith haussa les épaules.

— Quoi ? Personne n'est blessé et on a eu l'information qu'on cherchait. Que voulez-vous de plus ?

Shiro porta une main à son front et Allura croisa les bras, se lançant dans un sermon que Keith n'écouta pas. Son attention s'était portée sur Lance, qui l'observait depuis l'autre côté de la passerelle où il se tenait Hunk et le Balméran. Keith ne saurait comment décrire l'expression de Lance : sourcils froncés, lèvre coincée entre ses dents…

Dès qu'il vit que Keith le regardait, son visage se ferma, retrouvant cet air hostile familier. Keith adopta aussitôt une expression similaire.

Ce fut Lance qui brisa le contact visuel en premier, frottant son armure au niveau de ses hanches comme s'il y cherchait des poches. Il hésita, puis alla rejoindre Keith.

— Donc… commença-t-il, serrant les lèvres. Quand on était là-bas, tu…

Lance laissa sa phrase en suspens et Keith le dévisagea en plissant les yeux.

— Quand on était là-bas, je… quoi ?

Passant une main dans ses cheveux, Lance fusilla le mur du regard.

— Tu sais.

— Non, dit Keith. Je ne sais pas.

Il attendit, mais Lance ne continua pas et Keith sentait sa fourrure se hérisser.

— Si tu as l'intention de m'accuser d'un autre plan galra machiavélique, dépêche-toi, qu'on en finisse.

Lance tourna brusquement la tête, lui jetant un regard noir.

J'essayais de te remercier de m'avoir sauvé la vie, enfoiré.

La dureté de son ton mit Keith sur les nerfs.

— Ne t'inquiète pas, dit-il entre ses dents. Ça n'arrivera plus.

Lance se figea et Keith eut le sentiment qu'il ne s'attendait pas à cette réponse. Il ouvrit la bouche comme s'il s'apprêtait à se disputer, puis se ravisa. Avec un soupir exaspéré, il tourna les talons et sortit de la pièce, interrompant ce qu'Allura était en train de dire.

Pidge observa Lance s'en aller, puis se tourna vers Keith.

— Qu'est-ce qui vient de se passer ?

Keith grogna, s'affaissant sur son siège.

— J'en ai aucune idée.

— Tu… comprends pas les humains, pas vrai ?

— Je ne comprends pas les gens, dit Keith.

Cela ne l'avait jamais dérangé de ne pas savoir comment créer des liens avec les autres Galras, contrairement à maintenant. Il ne savait pas pourquoi c'était différent, mais il voulait que les paladins l'apprécient. C'était juste que… il ne savait pas ce qu'ils voulaient de lui.

Pidge redressa le sac contenant son ordinateur sur son épaule, puis tendit un poing en direction de Keith. Il reconnut le geste que Shiro faisait de temps à autre et il leva instinctivement son propre poing pour rencontrer celui de Pidge. Lors du silence qui suivit, Keith se demanda s'il avait mal interprété l'intention de Pidge, paniqua et retira brusquement sa main.

Puis un sourire dévora le visage de Pidge.

— Je vais chercher de la bouillie avant de me pencher sur ces dossiers. J'aurais bien besoin d'aide avec la traduction, si tu n'as rien de mieux à faire.

Keith y reconnut là une offre de paix et se permit un petit sourire. Il avançait peut-être à tâtons avec ses tentatives d'amitié, mais il avait apparemment réussi à faire quelque chose de bien.

— D'accord, dit-il. Pourquoi pas.


(1) Je ne suis pas sûre à 100 %, mais je crois que ça fait référence à l'acteur-réalisateur américain George Romero, qui semble fan de films d'horreur : Day of the Dead, Road of the Dead, Doc of the Dead, plein-de-trucs of the Dead, bref vous voyez le topo…

Note de la traductrice : J'espère que ce chapitre vous aura plus ! On se retrouve pour le chapitre 2 dès que le chapitre 17 sera traduit. Je vous conseille de jeter un oeil à mon tableau sur Trello, ici (en enlevant les espaces et les parenthèses, parce que ff a le dont de me saouler) : (h)(t)(t)(ps) : / / w ww. trello.(c)(o)(m) / b/PdnK7SRa/someplace-like-home

Vous verrez mieux mon avancée, de cette façon.

Bon confinement à tous, je m'en retourne à Animal Cross- euh, je veux dire, mes cours en ligne. Ciao !